BLOG LITTERAIRE

30 août 2014

AU FRICHTI D'LA BONNE FORTUNE

AU FRICHTI D'LA BONNE FORTUNE

1.
Ce matin, dans la baignoire, une araignée grosse comme un ténor.

2.
L'araignée dans la baignoire, j'ai voulu lui jouer l'air du crac boum yapu, mais "comme tout a une âme", je l'ai laisser filer le long d'une serviette de bain; so long, Ariane !

3.
Nous, en Europe, on est trop sensible. C'est pour ça qu'on veut plus les voir, les cadavres des autres, au loin, là-bas, où ça s'massacre.

4.
Ecouté hier "The girl from Ipanema", toujours aussi chouette, Stan Getz, Astrud Gilberto, du vrai bon tout ça !

5.
Qui prie un porc passe pour un jambon.

6.
Les morts ne reviennent que si l'on s'en sert.

7.
Comme j'avail un oeil dans la main, je décidai d'aller chez le barbier.

8.
"J'ai l'ciseau zozo" est le titre d'une chanson idiote, dont les paroles -  hélas ! - j'les ai pas encore écrites.

9.
Choses de l'ombre, roses des noirs jardins, yeux aux statues étranges, places inquiètes, vous reprendrez bien un peu de Charles Mingus ?

10.
Des morts, savez-vous, des morts marchent dans la nuit et sont pourtant couchés.

11.
La soupe de la nuit, j'y ajoute force clins d'yeux; c'est ainsi que j'obtiens un bouillon d'oeil.

12.
...Saintes paroles... d'l'étrange syllabe... C'est qu'au loin, j'les entends point... essorillé diablement...

13.
Je me demande si chacun de nos pommes serait pas un point de suspension dans la suite infinie des points de suspension d'une réponse de dieu au diable.

14.
Des sorts jetés... crapaud au marais... malédictions en figurines... je couaque, je craque et casserole.

15.
Méfiez-vous du verbe casseroler; il contient plus de choses qu'il n'y paraît.

16.
A la pluie le visage... J'écris à l'adresse de qui n'en a pas encore... Le vent me souffle...

17.
A la radio, du rap beuglé par des analphabètes althérophiles... Vite, du Thelonious Monk !

18.
De l'océan plein les vignettes, et du mystère en couleurs... Mes petits bonshommes de bande dessinée.

19.
"On ne peut plus s'asseoir, tous les bancs sont mouillés"
(Jules Laforgue, "L'hiver qui vient")

20.
On ne peut plus... faudrait pourtant... L'éclair allume sa tête de cheval blanc.

21.
"Je fais la cour à ma Destinée;
Et demande : "Est-ce pour cette année ?"
(Jues Laforgue, "Esthétique")

22.
On fait sa cour... d'la royale plein la caboche... on s'dit du quoi et du parce que... on mirobole... on cinoche... on s'fait le frichti d'la bonne fortune...

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 août 2014


29 août 2014

L'OEUF DE L'ECLAIR

L'OEUF DE L'ECLAIR

1.
L'art du politique consiste à faire coïncider une demi-vérité avec un demi-mensonge, le tout constituant un oeuf à nous faire gober.

2.
"Les bourreaux meurent aussi" n'est une consolation que si on peut leur couper la tête.

3.
L'autoritarisme vise à ce que ma liberté s'arrête là où ne commence même pas celle des autres.

4.
"- C'est tous des fantômes !... hi ! hi ! hi ! C'est tous des fantômes !..."
(Céline, "Le Pont de Londres" [Un personnage])

5.
C'est qu'ça fantômie active vivace perspicace
Tous ces vivants qui veulent me faire la peau du mort.

6.
Des perspicaces comme spectres, je m'y entends... des
Fantômes i sortent des choses comme des ombres de l'église.

7.
Hi ! le réel est plein de fantômes
Hi ! les fantômes ça n'existe pas
Hi ! le réel n'existe pas.

8.
C'est qu'ça, du Hollandais Volant sur la mer des morts,
Tous, Vaisseau Fantôme, c'est qu'ça en fait d'l'équipage !

9.
Des fantômes !... Je vous vois savez ! Des
Fantômes ! Ils me servent à boire ! Ah c'est mon sang !

10.
Le diable est au clocher; Dieu est dans la banque, et c'est lui qui paie la réfection de l'église.

11.
"Tout ce qui est loin de la Terre est réuni dans un oeuf d'éclairs"
(Myriam Erckelbout, "Coup de tonnerre")

cf "Ivar Ch'var & Camarades, Le Jardin Ouvrier 1995-2003, Flammarion, 2008, p.289.

12.
Tout ce qui est et qu'existe pas tout
Ce tohu-bohu d'orages imaginaires qu'on vit avec.

13.
Qui passe dans nos pommes en grande tenue d'excentrique qui
Est notre invité qu'on rêvasse que même des fois il s'incruste.

14.
Loin de nous les autres i se rapprochent
De chose en chose i viennent avec toutes leurs mains.

15.
La Terre ça fait des lunes qu'on a pigé la
Terre qu'elle était ronde et sourde et bouffe-tout-cru.

16.
Est-elle folle sauvage la parade de tout
Réuni qu'on dirait plus les choses de la même façon.

17.
Dans la poésie, y a beaucoup de masques,
Un max de masques ! Drôle de bal, çui des têtes perdues !

18.
Oeuf au fond de l'univers, qu'on en est nous, tous, des reflets
D'éclairs, tonnerre de noms, l'oeuf !

19.
Existe-t-il une théorie de l'information lointaine, une problématique des questions à distance dont nous serions les réponses ?

20.
Non, je ne crois pas que "Les Amours brûlées" soit une chanson de Gainsbourg, ni de Landru d'ailleurs.

21.
L'Imprononçable dit et chacune de ses syllabes commence à courir le monde à la recherche de son nom.

22.
"C'est très long de ne jamais avoir le temps."
(témoignage d'un ouvrier à la chaîne, entendu sur France Culture)

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 août 2014

D'UN OEIL ENNEMI

D'UN OEIL ENNEMI

1.
Ecouter le beau "Terre de France" de Roda Gil et Julien Clerc, puis les voir, les politiques, comment ils se pavanent dans la télé.
2.
La tuile à venir vous tombera dessus au moment où vous vous pencherez pour déterrer un os laissé par le passé.

3.
L'ironie cruelle de l'Histoire finit par rendre la démocratie pesante à ceux qui en bénéficient pourtant, cependant que l'autoritarisme arbore le sourire du loup avant l'attaque.

4.
La perte d'influence de l'entreprise entraîne une perte d'influence du syndicat. Le loup tient le loup.

5.
Pour échapper - ou tenter d'échapper - à la collusion du politique et du patronat, la gauche française a favorisé la promotion de l'expert, du professeur, de l'universitaire, et a ainsi programmé une collusion du politique et de l'administratif aussi vénéneuse que celle que l'on soupçonne dans les gouvernements de droite.

6.
C'est trop vite dit de voir dans l'entreprise un outil politique qui doublerait son rôle de production. Dans un état démocratique, la rentabilité finit toujours par primer sur les orientations politiques du gouvernement.

7.
L'homo economicus est avant tout pragmatique; il n'est libéral que tant que cela l'arrange.

8.
En multipliant réformes et contre-réformes, l'Education Nationale finit par perdre de vue ses propres règles de base pour tout sacrifier à une politique du chiffre censée justifier ses errements.

9.
La valeur d'un projet dépend moins de son objectif que de la somme des élégances qui y est investie.

10.
L'élégance n'est pas un complément de manière; elle est la substance même du projet individuel.

11.
Si les physiciens ne nous expliquaient pas qu'il y a un univers tendant vers l'infini, nous n'y penserions pas plus que nous pensons aux dragons et aux elfes.

12.
"Et dans les instructions qu'il donnait à ses disciples, on ne voit pas un mot d'étude ni de science, si ce n'est pour marquer le mépris qu'il faisait de tout cela."
(Rousseau, "Discours sur les Sciences et les Arts", "Réponse au Roi de Pologne, Duc de Lorraine")

13.
Le " C'est ce qu'on a toujours dit" ouvre la bouche plus qu'il la clôt. Mieux vaut ne rien dire.

14.
Tout comme "à force de lui paraître familier", "le spectacle de la nature devient indifférent" à l'homme sauvage de Rousseau, le spectacle des autres, leur héroïsme comme leur obscénité, finit par indifférer le civilisé.

15.
La modernité n'unifie aucunement les comportements; elle les diversifie au contraire, jusqu'au conflit.

16.
Toute conscience réflexive est un incendie qui couve.

17.
"Les combats ne font pas toujours le succès de la guerre, et il est pour les généraux un art supérieur à celui de gagner des batailles."
(Rousseau, "Discours sur les Sciences et les Arts", Seconde Partie)

18.
Le savoir-faire n'est pas une affaire de robotique. C'est l'art même d'être humain que de savoir faire, et même de savoir y faire.

19.
La mondialisation est une victoire de l'économique sur tous les autres aspects des cultures humaines; le jihad lui-même ne pourrait rien contre l'apparence de prospérité universelle.

20.
L'ennemi est un oeil qu'il ne faut point crever, mais tromper.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 août 2014.

TU ES MA TERRE

TU ES MA TERRE

1.
Le réel, il finit par être foutu de vous rendre responsable; c'est d'ailleurs à ça qu'il sert.

2.
Puis on finit par faire une bêtise. Des fois, c'est au moins une, mais des fois, c'est une seule, très fatale.

3.
Le train de l'orthographe est bondé d'exceptions qui confirment la règle et que de grammaticales bêtes à cornes regardent passer.

4.
Acharné dans ses recherches, il finit avec succès par n'y rien comprendre.

5.
A force de se remplir d'étonnement, ils en font un de ces boucans, les points d'interrogation qui se heurtent dans la cafetière.

6.
Tout n'étant que cendres et promesses de cendres, je m'allume une clope, bois un verre de rhum, et me mets un morceau de Jimi Hendrix.

7.
Image cocasse du gars en poulet étranglé, long cou serré cassé bec amer et yeux en croix.

8.
Que le futur puisse juger le passé révèle bien des prétentions, et aussi que le présent se fait des illusions.

9.
"et l'abandon de toute notion rationnelle fait un bien fou." (signé c.c. in "Nova Magazine" n°65, mai 2000, p.58)

10.
Il passa le brouillard, traversa les apparences, tomba sur un mur.

11.
Quand une tuile vous tombe dessus, c'est généralement que vous tombez sur un os.

12.
J'aime l'expression "faire voler en éclats" pour le coup qu'elle porte, le tranchant de la main et l'onomatopée nippone.

13.
On n'est qu'un numéro, et pis qui sonne faux.

14.
Je n'apprécie guère la prétention à l'exemplarité en politique, cet art où seules les exceptions sont intéressantes.

15.
"Tout pourrait changer" dites-vous. Ouh la ! Ne me faites pas peur !

16.
J'aime ces dessins où de jolies frimousses esquissent une moue. Pas vous ?

17.
Relevé dans un vieux numéro du Nouvel Obs : "Les flammes n'éclairaient pas assez les visages" et le pressentiment d'un grand incendie dans l'être.

cf Pierre Ajame, "Le Nouvel Observateur" n°1176, 22-28 mai 1987, p.125.

18.
Je me demande si dans leurs vieux jours, les vieux maîtres ne jalousent pas les jeunes gens maladroits qui s'agitent dans leurs vieux os.

19.
Le réel est si perversement cruel qu'une voix douce ne peut l'être qu'étrangement.

20.

"Tu es ma terre
Mon désert qui s'en va
Tu es ma terre, ma mère et mon hiver..."
(Etienne Roda Gil / Julien Clerc, "Terre de France", 1974)

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 août 2014

ENCORE UN P'TIT COUP C'EST DU FEROCE !

ENCORE UN P'TIT COUP C'EST DU FEROCE !

1.
"Chez les Shadoks, la situation était satisfaisante; les essais de fusée continuaient à très bien rater."
(Jacques Rouxel, "Les Shadoks")

Phrase d'une actualité politique criante.

2.
Mon chien me regarde avec une grande effronterie. Ce n'est parce que je me sens obligé de garder sa maison chaque fois qu'il fugue, qu'il doit me prendre pour une truffe.

3.
Il avait les cheveux en bataille comme s'il venait d'écrire Hernani.

4.
La rentrée littéraire. France Inter va comme tous les ans faire la promotion de romans passionnants et mal écrits, des romans qui vantent la liberté, la fraternité, l'amour, la solidarité, etcétéré... des mensonges, quoi.

5.
L'équilibre de la terreur nous a jusqu'ici dispensé d'un conflit majeur entre l'Est et l'Ouest, jusqu'à ce que tout l'échafaudage finisse par tomber sur la gueule à tout le monde.

6.
J'aime bien l'expression relevée chez Alain Touraine "contrôle du pouvoir de décision socio-économique": ça fait sociologique, technocratique, expert, et en fin de compte, ça dit pas grand chose.

7.
Jadis, quelqu'un comme Alain Touraine pouvait écrire que "l'ère des particularismes culturels s'estompe". S'est un peu gouré, le sociologue, non ?

8.
La multinationale (on dit aussi transnationale, ça fait plus récent) échappe au politique à la manière du lézard qui abandonne sa queue pour mieux filer.

9.
Si demain les gens doivent travailler 39 heures payées 35, je pense que l'on pourra dire que les idéologues de gauche auront bien travaillé pour la droite.

10.
Il est tristement amusant de penser que l'on a pu écrire, à l'instar d'Alain Touraine, que "les classes dominées" n'étaient "plus définies par leur misère". Il est vrai que l'économie souterraine et le travail au noir masquent pour quelques temps encore une misère pourtant partout à l'oeuvre.

11.
L'économie souterraine creuse ses galeries partout, y compris sous les palais de la République.

12.
Le monde est déprimant. On dirait une vieille chanson de Johnny Halliday.

13.
Comme on les voit pas quand ils vieillissent, les gens de la télé, je m'attends toujours à voir débarquer sur le plateau du clone à Drucker un squelette en costume à paillettes.

14.
Madame la nouvelle ministre de l'Education Nationale voulait naguère interdire la prostitution. Elle pourra en tout cas s'attaquer maintenant à la prostitution étudiante laquelle, massification de l'enseignement supérieur oblige, fait des ravages me dit-on.

15.
En tout cas, chapeau pour Madame Vallaud-Belkacem, accepter de s'occuper du merdier laissé par Peillon et Hamon, c'est courageux !

16.
Mon héros ? Bonaparte à cheval qui chanterait du Morrison en assassinant comme Fantômas.

17.
Mon héroïne ? Madonna jeune qui chanterait du Marie-Paule Belle en déclamant du Jacqueline Maillan.

18.
C'est une illusion technocratique de croire que l'on peut programmer une société moderne. Ensemble d'individus imprévisibles aux intérêts contradictoires, une société moderne ne se développe qu'en acceptant provisoirement ce qu'elle finit toujours par ressentir comme une contrainte.

19.
Rien de plus étranger à la conscience que la notion d'Etat, et ce n'est jamais que par la contrainte et la ruse que l'Etat se fait obéir.

20.
La grande mission de l'éducation nationale est de faire croire que c'est dans l'intérêt des gens de se faire peu à peu rogner leurs libertés au nom de la fiction d'intérêt général.

21.
Des fois y a comme une herbe qui vous travaillerait sous la peau au jaillissement d'un je ne sais quoi venimeux.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 août 2014



26 août 2014

NOTE SUR LA BULLE SPECULATIVE DES PRETS ETUDIANTS

NOTE SUR LA BULLE SPECULATIVE DES PRETS ETUDIANTS

D'après ce que je comprends, les Américains, pour pouvoir faire des études, sont obligés de s'endetter de façon déraisonnable. Il y a donc des sommes énormes qui ne seront jamais remboursées, ou remboursées au moment où les marchés seront tellement saturés qu'il y aura déflation. Bref, les USA ne craignent sans doute pas grand chose mais quelque chose me dit que l'Europe risque bien à terme de payer les pots cassés du calamiteux système éducatif américain. Et dire que Nicolas Sarkozy pensait qu'il fallait que les Français s'endettent pour que coûte que coûte, ils deviennent plus productifs : n'est-ce pas ce que l'on appelle "mettre le couteau sous la gorge de quelqu'un" ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 août 2014

Posté par patricehouzeau à 16:54 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

BON DEBARRAS DOIT-IL SE DIRE

BON DEBARRAS DOIT-IL SE DIRE

Je suppose que Benoît Hamon, éphémère ministre de l'éducation, doit être soulagé d'être débarrassé de cette patate ultra fumante qu'est la réforme des rythmes scolaires initiée par Vincent Peillon qu'on n'entend plus non plus d'ailleurs. Je me demande si certains ne vont pas l'accuser de déserter avant la bataille.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 août 2014

Posté par patricehouzeau à 15:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

C'EST SANS DOUTE

C'EST SANS DOUTE

1.
Chaque jour qui passe, et dans chaque jour qui passe, chaque regard qui le renvoie à son espace si étriqué, si plein de son insuffisance, qu'il va finir par avoir envie de crever des yeux.

2.
J'y pensais fréquemment à cette heure si belle
Où les poulets tombaient tout rôtis des aisselles
De Dieu.

3.
C'est en barque qu'il regagna le centre-ville
Puis poursuivit à pied ses rames indociles
Qui, loin, si loin, sans lui, continuaient son chemin.

4.
Il n'est pas bon de rester devant moi quand je me suis tant poussé à bout tant poussé tant que derrière moi les mains de l'abîme tentent de me chuter qu'alors mes mains à moi se tendent et se rattrapent au premier devant moi venu.

5.
Quand je reprends de l'âme au petit déjeuner,
C'est qu'je reprends de l'âme au petit déjeuner.

6.
C'est comme si je n'savais pas où vont mes pas quand je n'suis pas dans mes souliers.

7.
"C'était sans doute vrai. Peu importait de toute façon."
(Anne Perry traduit par Elisabeth Kern, "La Marque de Caïn", 10/18 n°3300, p.193)

8.
Le problème de l'homme invisible quand il disparaît, c'est que l'on ne peut pas demander à quelle heure il a été vu pour la dernière fois.

9.
Comme je n'ai plus ma tête, il me faudrait un masque, mais comment porter un masque quand on n'a plus sa tête.

10.
Comme la girafe sortit, elle s'enflamma; c'est que trop d'effes sifflaient dans l'air.

11.
Quand je n'ai pas de sphinx vers qui me tourner pour le renouveau de mon stock d'énigmes, je m'en invente un, illico, éphémère, spontané.

12.
Devant un nouveau sphinx, j'hésite; et s'il ne parlait pas ma langue, et s'il allait ne pas comprendre ma réponse et me faire passer entre ses dents.

13.
Alors elles s'envolèrent, lègères comme des rubans aux allures de spectres.

14.
Passé un certain âge, les choses prennent du diable qu'on se dit qu'elles pourraient, les choses, vous prendre et vous fourrer dans leur chosier.

15.
- Maintenant, sortez d'ici ! Mais ne prenez pas l'ailleurs pour une porte; je vous vois tout de même, j'ai pondu des yeux en vous.

16.
Un artiste est celui qui sème des yeux dans vos yeux.

17.
Il parut se lever, trop impatient pour rester branche coupée : "et si je me faisais professeur de latin" se dit-il en remettant son opérette.

18.
- Et si je gagne, tu seras pendu, mais comme nous n'avons pas de pandouilloire, je te donnerai bonnement un cours de grimaces et d'ad cuisinam latin.

19.
En vérité, Dieu a oublié une infinité de détails dans lesquels le diable s'est logé multiplié. Voyez comme dans tous les coins il nous cligne de l'oeil et nous tire la langue.

20.
Comme il n'avait pas de sphinx sous la main, il se la trancha, histoire d'avoir une nouvelle énigme : Qui est donc ce moi à la main tranchée ?

21.
Je me demande qui est Donc ? Au fond, ce Donc, je ne le connais pas.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 août 2014

23 août 2014

PETITS PATAPONS

PETITS PATAPONS

1.
En français, quelqu'un de carré ne tourne pas en rond, mais il tourne rond, sauf quand il est rond et qu'il voit double.

2.
Ne cherchez jamais à justifier votre sphinx, il vous en voudrait.

3.
A la vue du spectre, mon sang se retira au fond du couloir; ce qui m'éloigna.

4.
Des fois, quand on prend conscience qu'on a un rival dans sa pomme, on en veut à son miroir.

5.
Le max de syllabes qu'il lançait de sa voix forte... Voltige !  L'attraper au vol, la saisir, toute cette foutue rhétorique... Vertige !

6.
Y en a zont des voix tellement coupantes qu'elles vous hachent le cogitif.

7.
Je suppose que quand on tombe dans l'oreille d'un sourd, ça doit être coton pour appeler au secours.

8.
Je ne me disputerai pas. Je me laisserai tranquille. Je rentrerai avec moi chez moi.

9.
Il arpentait le bureau en s'arrachant les cheveux; ce qui fit que l'après-midi même il dut s'acheter une perruque.

10.
La non existence est une négativité de l'être. Ce n'est pas que cela n'est pas puisque cela n'est pas.

11.
Christi ! Déjà midi et j'ai déjà rien fait.

12.
Oui, Msieurs-dames, c'est moi-même. C'est bien ça que j'suis. C'est ça et pas autre, et pas autrement, et même pas définitivement.

13.
Vous leurrez pas, la vie ne nous prend jamais à l'essai; elle finit toujours par nous renvoyer d'où l'on vient.

14.
Est-ce que quand on arrive devant Saint-Pierre, on doit s'excuser du dérangement ou bien ?

15.
En fin de compte, on est redevable de la place que les autres veulent bien vous accorder dans ce monde. On remercie pour des portes ouvertes.

16.
Il y a deux sortes d'êtres, ceux qui s'font leur propre trou et ceux qui l'ont tout creusé d'naissance. Et c'est pas forcément ceux qui creusent qui ont les mains les plus sales.

17.
Y en a qui poétiquement se fourrent l'océan dans l'intérieur, comme s'ils avaient des algues dans le caleçon.

18.
A la radio, une politicienne reconvertie dans l'humour, O Scour ! Vite, du Creedence Clearwater Revival pour éviter le mauvais sort !

19.
Te regarder et te dire sont deux choses incompatibles, puisque je ne puis te regarder sans en rester bouche bée d'admiration, et je ne puis rien te dire que tu ne saches déjà.

20.
Il viendra un jour où, tout fondu d'la tête, je reconnaîtrai pus quidam, que des patapons, des patapons, des patapons i seront, et rond !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 août 2014

22 août 2014

SYMPTÔMES

SYMPTÔMES

1.
L'accumulation des objets est un symptôme du capitalisme. Les objets tiennent lieu de monnaie, et, comme elle, les objets se dévaluent ou prennent de la valeur.

2.
Le capitalisme nous fait vivre dans le mythe de la caverne d'Ali Baba, et la technocratie dans le mythe de la lampe d'Aladin.

2.
Le discours politique met à l'épreuve l'efficacité des rhétoriques. C'est le plus habile dans l'babil qui finit par remporter la mise.

3.
En démocratie, le discours politique n'a pas pour objet de faire obéir, mais de rappeler à la complexité du réel.

4.
En aucun cas, le discours politique ne doit tenir lieu de réglement intérieur. Un homme politique n'est pas un proviseur de lycée.

5.
"Puisque jamais je n'aimerai que vous."
(Racine, "Bajazet", v. 1269)

6.
Prouesse ontologique : l'être amoureux réduit le réel à l'unicité d'un visage, jusqu'à se désespérer de n'y pas faire rentrer l'espace et le temps.

7.
La haine universelle est égalitariste en ce qu'elle prend tous les visages pour objet. L'universalisme est la plus maligne des ruses que les élites prennent pour haïr les peuples.

8.
La démagogie des élites pensantes feint de mépriser la caste des guerriers qui garantit pourtant sa sécurité. Combien de postes dans la fonction publique ne doivent leur pérennité qu'au succès de nos armes ?

9.
Malheureuse la république qui se mettrait à cracher sur ses soldats et à restreindre leurs moyens.

10.
Le soldat est le garde du corps de la République, et on ne crache pas sur son garde du corps.

11.
L'armée n'a pas d'autre fin que celle de servir la République, et pas d'autres moyens que ceux que la République lui octroie.  L'armée fait corps avec la République comme la magistrature fait corps avec la Justice.

12.
Le droit naturel n'est pas autre chose que le droit des Barbares à mettre Rome à sac.

13.
L'Histoire est pleine de haches et de têtes coupées; cet infini charnier finit toujours par se faire humus. Ce qui ne console pas, mais désespère.

14.
"Il n'y a qu'une seule race, celle des autres" est une phrase de droite.
"Il n'y a qu'une seule race, celle de l'autre" est une phrase de gauche.

15.
On ne peut empêcher quelqu'un de risquer sa vie, puisque, par définition, cette vie est individuelle, personnelle, irréductible. On peut noter cependant que mettre sa vie en jeu est aussi une manière de tester l'engagement des autres à vous sauver jusqu'à ce qu'il finisse, l'autre, par hausser les épaules.

16.
La politique a pour but de conserver en état les décors; l'essentiel est qu'ils semblent chauds et familiers; ainsi maintient-elle l'illusion du sens du confort.

17.
Ce que les peuples appellent prospérité n'est souvent que le cache des massacres lointains.

18.
"Derrière les vitraux, la clarté s'affola soudainement."
(Jean Ray, "Le Grand Nocturne")
Dieu panique.

19.
En vérité, je vous le dis, Dieu n'est pas de colère, mais panique, affolement, fuite en avant de l'univers.

20.
Quand bien même le Christ ne serait qu'une fiction, puisque ça marche...

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 août 2014.

 

 



Fin »