BLOG LITTERAIRE

08 février 2016

PARFOIS PIERRE

PARFOIS PIERRE

1.
« Ils me disent, tes yeux, clairs comme le cristal »
(Baudelaire, « Sonnet d'au
tomne »)

Yeux : « clairs comme le cristal » chez Baudelaire ; à y lire des fois un avenir dans ces globes, pis du trouble, voire du pas très drôle.

2.
« Je suis le sinistre miroir
Où la mégère se regarde. »
(Baudelaire, « L'Héautontimorouménos »)

Miroir : ce qu'on est des fois qu'on n'y retrouve ni son latin ni son chien.

3.
« Les maisons, dont la brume allongeait la hauteur »
(Baudelaire, « Les sept vieillard
s »)

Brume : fée maussade qui traîne les rues pour nous les exagérer, les choses, nous y troubler flouer paumer.

4.
« 
Dans le ravin hanté des chats-pards et des onces
Nos héros, s'étreignant méchamment, ont roulé,
Et leur peau fleurira l'aridité des ronces. »
(Baudelaire, « Duellum »)

Chats-pards : Ça chaparde j'suppose ces bestiaux. Chez Baudelaire, ça « hante le ravin » aux « héros s'étreignant méchamment ». Politique donc.

5.
« Quand il
jette en dansant son bruit vif et moqueur »
(Baudelaire, « Les bijoux »)

Le vif peut se moquer du monde, mais c'est l'incomparable ironie des morts qui à tout jamais déconsire la sottise de l'espérance en l'humain.

6.
« To
ut un monde lointain, absent, presque défunt »
(Baudelaire, « La chevelure »)

Monde : chez Baudelaire, peut être « absent, presque défunt ». On n'est pas loin du fantôme ou du regret avec ce monde, là.

7.
«
Alors l'homme et la femme en leur agilité
Jouissaient sans mensonge et sans anxiété,
 
E
t, le ciel amoureux leur caressant l'échine,
Exe
rçaient la santé de leur noble machine. »
(Baudelaire, « J'aime le souvenir de ces époques nues... »)

« Exerçaient la santé » : expression qui grince en souplesse, tout à fait à la façon des danseurs ou des squelettes des vignettes.

S'exercer la santé : expression qui peut signifier tant de choses (travailler, peindre, faire du sport, faire l'amour...)

Bistrot : lieu où les squelettes vont se rincer la dalle.

8.
« 
Or il n'est pas d'horreur au monde qui surpasse
La froide cruauté de ce soleil de glace »
(Baudelaire, « De Profundis Clamavi »)

Soleil de glace : comme ça siffle, le vent chassant au ras du sol les lignes de poussière glacée.

9.
J'entends le vent chahuter de lointaine
s timbales.
J'entends la froideur d'un rire voltiger.
J'entends un galop sans jambes
et ricaner une tête sans yeux.

10.
« 
Le rire joue en ton visage
Comme un vent frais dans un ciel clair. »
(Baudelaire, « A celle qui est trop gaie »
)

Rire : chez Baudelaire, il se balade sur les visages des filles trop gaies, comme s'il glissait trapèze pour se rattraper aux coins des lèvres.

11.
« Et que de ma pensée, en vaguant au hasard,
J'aiguisais lentement sur mon cœur le poignard »
(Baudelaire, «La Béatrice »)

Cœur : parfois pierre sur laquelle lentement qu'on l'aiguise, son poignard.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 février 2016.

07 février 2016

NOTES SUR LES PORTES DE LA GLOIRE

NOTES SUR LES PORTES DE LA GLOIRE

« Les Portes de la gloire » (sorti en 2001) est un film français réalisé par Christian Merret-Palmair. C'est une comédie qui grince. Les principaux acteurs en sont Benoît Poelvoorde, Michel Duchaussoy, Etienne Chicot, Yvon Back, Julien Boisselier. Le scénario et les dialogues sont signés Pascal Lebrun, Christian Merret-Palmair, Benoît Poelvoorde. La musique est d'Alexandre Desplat.

« Les Portes de la Gloire » c'est un
film qui commence par des tambours à
la va-t-en-guerre On entend une voix
qui speake amerloque J'comprends pas
cause que je l'cause pas l'amerloque
Je comprends « Come on » L'amerloque
demande à un gars pourquoi en retard
qu'il est A cause du breakfast peut-
être « juste un morceau de croissant
désagréable voix puis ton de cassant
chef oui chef « en passant » le bout
de croissant puis « triste image que
vous donnez de la France » qu'il dit
jacte cause speake l'amerloque & pis
que c'est bien désappointant tout ça
« and remember » pis i cause de keys
et de success puis on entend chanter
« Dans Les Villes De Grande Solitude »
la chanson de Michel Sardou qu'c'est
une bonne chanson d'ailleurs qui dit
bien qu'ça se perd la superbe virile
dans les villes modernes anonymes et
formatées qu'ceci dit moi à mon avis
dès qu'il y a d'la conscience y a du
meurtre & qu'la civilisation ça sert
jamais qu'à sublimer le meurtre puis
en attendant on va tout de même sous
le nombre crever il pleut maintenant      

Tiens il pleut je suppose qu'il pleut
ça ressemble au son de la pluie qu'ça
flique & floque & fait des flaques et
j'aime bien flanquer des f façon d'la
Zut flanquant baff-baff! force gifles
aux têtes à claques de l'invisible On
cause dans la pluie je m'dis des fois
qu'on cause dans la pluie qu'on cause
dans l'indistinct qu'on cause qu'nous
les vifs on pige pas ce qu'ils disent
les autres comme ça dans la pluie Pas
la voix d'un autre qu'on entend cause
la voix d'un personnage du film c'est
la voix du personnage joué par Benoît
Poelvoorde (il s'appelle Demanet) aux
prises (il téléphone) avec quelqu'une
qui regrette embobinée qu'elle fut et
qu'elle aurait aimé s'désabonner mais
c'est trop tard qu'il lui dit et donc
il l'envoie sur les roses & j'entends
car j'écris en écoutant le film après
seulement je vérifie certaines choses
et encore pas toujours je ne fais pas
dans le filmologique vu que je scribe
dans l'amusette bon j'entends dans le
film « Tu sais c'est qui l'nouveau ? »
Y a donc un nouveau dans c't'histoire
un monde de représentants de commerce
de VRP ça je le savais déjà j'ai déjà
vu le film le gars le nouveau là il a
fait des études de commerce il débute
sa carrière « My way to succiç » qu'i
dit l'autre Me fait penser au guignol
personnage de Jean-Claude Convenant i
s'appelle Michel je crois ici mais il
dans « Caméra Café » (série culte) se
blaze Jean-Claude Convenant Ce timbre
de voix c'est celui d'Etienne Chicot.

Il ne joue pas Michel Etienne vu
qu'il joue Patrick il raconte et
y a Michel il rit façon d'phoque
il raconte Patrick que dans c'te
région chaipas si vous avez noté
ils s'appellent tous Derval puis
on prend le VRP pour une copie à
Laurent Fignon N'est-il pas vrai
que nous sommes tous cousins mes
frères Le nouveau çui-là qui fut
interloqué en amerloque au début
du film Jérôme le nouveau serait
son futur beau-fils au patron de
la boîte c'est ce qui s'dit dans
l'équipe Bruits de moteur car on
circule c'est qu'on en fait d'la
route & qu'on l'sillonne le pays
pour vendre du Ralph Spiegel ses
bouquins à Ralph Spiegel ça fait
bien passe-partout comme blaze &
puis international C'te boîte si
elle s'appelait Pégasse ce blaze
ferait genre Pégase alourdi dada
chuté dans la gadoue mais j'l'ai
berlué des ouïes c'pégasse-là et
c'est Pégase son nom à la boîte.

« La première qualité du vendeur,
c'est l'observation » en v'là une
à la Convenant Jean-Claude Y en a
plein d'sentences & lieux communs
tout au long du film Les Vendeurs
Représentants Placiers (VRP) tout
qu'ils observent & du rapace dans
la mirette puis l’œil américain i
zont Lui observent les mœurs à la
province genre que le voisin s'il
chope un ulcère l'autre de voisin
i va s'faire « pousser un cancer »
terrible & lucide observation car
i sont pas que pauvres cons & ils
ont aussi un cerveau les vendeurs
& ils en ont des trucs & ficelles
les arpenteurs de boue pluie vent
canicule dans la région du Derval
y en a plein et l'autre il phoque
de rire qu'c'est sous-entendu que
c'est tout consanguin and co dans
la région sais pas ce qu'ils ont.

Voilà comment qu'on vend du « Pégase
Diffusion Paris » même si « on n'est
pas de Paris » c'est le vernis qu'le
vendeur flanque à son baratin & tant
pis s'il se mélange les pinceaux y a
le gag du cramique et d'la céramique
vendent d'la camelote encyclopédique
à des gens ordinaires i pleut encore
marrant chaque fois qu'le personnage
joué par Benoît Poelvoorde pointe le
groin i s'met à tomber des cordes de
pendus façon d'dire sans doute qu'il
est rien moins qu'ennuyeux l'Demanet
déjà qu'il a l'air con comme la lune
bête comme ses pieds tiens à nouveau
les martiaux tambours c'est qu'l'mec
interprété par Poelvoorde c'est chef
de secteur qu'il est puis tente d'en
imposer au nouveau-là le beau-fils &
de lui tirer les vers du nez que des
fois qu'il serait quelqu'un le Régis
Demanet petit chef que le Patron lui
Demanet petit chef aurait repéré lui
le Patron Monsieur Beaumont citation
du film Le Pont sur la Rivière Kwaï.

Après il y a une jolie musique du
mélancolique à longues notes d'la
zique genre séquence émotion J'ai
regardé un peu là et faut bien le
dire que ce film il est aussi sur
le suicide sur le lent suicide et
la tentation d'en finir d'un coup
qu'ils traînent avec eux les gens  
qui se rendent compte parfois que
c'est pas vraiment une vie que la
vie qu'ils traînent & y a un truc
dur de dit qu'le vendeur Michel i
balance comme ça que les chômeurs
ça les rassure qu'un « sapé comme
un prince » vendeur il sonne chez
eux pas toujours facile le métier
qu'les gens ça leur arrive d'vous
menacer d'un coup de pied au cul.

Maintenant évidemment i font ça
par téléphone de vendre et i se
prennent des insultes plein les
oreilles C'est le monde moderne
chacun essaie de profiter d'son
prochain et de gagner du pognon
sur son dos pendant que j'cause
du marketing moderne dont je me
fiche très royalement il y a de
la musique il y a d'l'accordéon
guitare électrique genre balade
tsoin-tsoin & promenade rythmée
sur les trottoirs de nulle part
quelque part en France Ah c'est
pas du cramique ni du comique &
pas cosmique le taf d'en vendre
des bouquins qu'en fait tout le
monde s'en fout qu'le nouveau i
se prend râteau sur râteau il a
pas d'expérience du coup il est
pas convaincant pas l'air sûr &
pour la vendre sa salade i faut
pas avoir l'air cornichon l'air
d'avoir l'air faut avoir et pis
paraître sûr de soi & maître de
sa destinée pis assez fort pour
en imposer à ses contemporains.

« Je ne dois pas être jugé sur
le nombre de fois où j'échoue,
mais sur le nombre de fois où
je réussis » Il se répète c'te
phrase-là le nouveau on dirait
d'la méthode Coué La musique à
la bande-son j'aime bien et je
pense aussi mais ça n'a rien à
voir avec la musique du film à
Paroles Paroles Paroles qu'ils
chantaient Dalida & Delon il y
a des lustres chouette chanson
évidemment rien à voir avec le
film mais quand même que c'est
que paroles et carabistouilles
ce qu'ils content les vendeurs
Là le personnage de Demanet il
fume la pipe ça distingue même
que ça fait angliche & colonel
du Pont de la Rivière Kwaï son
héros à Demanet c'est que d'la
fiction colonel de cinéma rien
une marionnette de studio rien
du pur malt aussi il boit Rien
qu'un plagiat Régis Demanet un
plagiat d'la fiction qu'on lui
vend et qu'il prend pour de la
vérité comme nous tous qu'on y
croit bêtement à tout ce qu'on
nous conte et qui ne sert qu'à
nous flouer sur le nul sens de
ce monde là où on sait d'moins
en moins quoi faire que jamais
qu'ça va mieux qu'on nous gère
plus ou moins sereinement c'te
dégringolade qu'on sent que ça
va arriver qu'tout l'absurde à
c'monde ça va nous sauter à la
gorge un d'ces jours qu'on n'y
pensera même plus à vrai dire.

Il tente Régis d'faire copain-copain
avec le futur gendre du patron qu'on
croit Mais en fait il se venge qu'il
l'engueule dans les yeux de la pitié
lui reproche la pitié qu'on lui voit
dans les yeux quand il démarche Sont
pas aveugles les gens & lui comme si
il était pas assez rapace & toujours
trop humain le Jérôme Il tente Régis
quand même de l'mettre dans sa poche
le beau-fils en lui offrant des bons
de commande remplis & qu'il n'a plus
qu'à mettre son nom dessus « Tu veux
goûter ma tarte ? » Jérôme il est en
belle-famille Je reconnais la voix à
Jean-Luc Bideau c'est lui le père de
la fiancée c'est lui l'boss Monsieur
Beaumont riche et vulgaire c'est que
le monde est surtout aux mains d'une
poignée d'riches & vulgaires pis qui
gèrent un nombre croissant que ça de
croître ça n'arrête pas & infiniment
d'âmes de plus en plus pauvres Après
la scène de chasse (eh oui la chasse
le client c'est qu'un gibier & vivre
grenouiller dans la métaphore & s'la
sentimentaliser c'te chasse à courre
à laquelle on participe tous sur nos
chevaux d'parade à désastre voilà ce
que c'est que vivre) Que ça pourrait
« être du melon transgénique » c'est
le métier qui rentre Jérôme commence
à avoir l'aplomb de raconter des tas
de blagues pour fourguer sa camelote
C'est vrai aussi que l'on y vit dans
le monde du trans- du n'importe quoi
à la pistache Ceci dit ça a toujours
été comme ça l'Histoire De n'importe
quoi en pagaille & batailles qu'elle
est faite & il y a qu'les historiens
et les philosophes idéalistes pour y
voir autre chose que d'l’imbécillité
Régis Demanet une histoire drôle pas
vraiment drôle qu'il raconte du lieu
commun encore Dans un café Jérôme et
Régis qu'ils sont & même qu'il pleut

Il pleut La première partie du film
est marquée par la pluie Régis fait
dans l'sentencieux qu'les chiens ça
soye plus fidèle que l'humain c'est
pas douteux Il y a un chien dans ce
café mais par contre celui-là i pue
qu'il l'écarte le puant clebs C'est
qu'le réel pue rien à faire le réel
vous avez beau l'désodoriser pue la
mort le réel n'êtes pas d'accord et
que j'ai le tarin trop délicat sans
doute Bah pensez ce que vous voulez
c'est bien votre droit Régis il lui
donne chaipasquoi à Jérôme il a une
idée derrière la tête l'Régis qu'il
lui file un dossier une répartition
si j'ai bien compris un plan sur la
comète à lui faire passer au patron
il a confiance qu'en tout cas Régis
il espère s'faire bien voir et être
distingué enfin & sortir réellement
du rang Après y a mariage la mariée
Hélène c'est la fille du patron y a
d'l'accordéon le Patrick Sergent il
baratine des jeunes femmes le Régis
tente lui aussi mais il se plante &
s'artrouve tout seul que son cadeau
en « étain martelé par derrière » i
sert son à la tête de Mozart dedans
cadeau d'étain martelé par derrière
sert de cendrier maintenant Après y
a tête-à-tête entre le beau-père et
le gendre Il est question du christ
supervendeur Maintenant on danse et
chenille farandole & musique d'sots
les mariages quoi y a même un genre
de musique de cirque & un air connu
ah oui c'est ce qui est sifflé dans
Le Pont de la Rivière Kwaï Hello le
soleil brille brille brille Marrant
surtout que comme on l'a vu pas mal
qu'il flotte dans ce film puis elle
est de nouveau sur la route la fine
équipe des vendeurs Y a un zozo qui
gueule dans un porte-voix & dans la
voiture la conversation roule aussi
sur la comparaison Johnny-Sardou de
ces conversations à passer le temps
qu'on doit passer forcé fatal c'est
comme ça avec nos contemporains des
fois qu'ils seraient pas synchrones
avec nous peut-être pas tout à fait
normaux j'veux dire pas tout à fait
comme nous Y a des vulgarités après
sur un poil trouvé qu'il est prêt à
« l'expertise s'il faut » il dit le
Michel Moineau parce qu'il a autant
de cervelle qu'un moineau peut-être

Tous au bord d'une piscine
qu'ils sont maintenant Ils
disent des bêtises pis des
minabilités Demanet il est
ridicule grotesque et très
vulgaire Se pointe Demanet
trompe à slip kangourou le
v'là à jacter de stratégie
marketing un genre de truc
avec lequel on leur bourre
le mou aux étudiants & aux
politiques aux braves gens
aussi qui y croient à tout
ce qu'on leur dit alors là
je fais une pause histoire
d'en griller une Ce qu'ils
font donc maintenant c'est
une idée à Demanet chef de
secteur des simulations de
vente Le sketch rapidement
tourne court because qu'un
représentant de commerce à
trente ans d'expérience il
a pas réellement besoin de
simulation & il la connaît
la musique puis qu'au chef
de secteur il lui rabat un
peu son caquet Après c'que
l'on entend c'est un genre
de musique jazz-rock genre  
de musique façon y a comme
qui dirait un malaise dans
la civilisation & v'là nos
vendeurs dans une cité une
de ces merveilles du futur
tours de béton et de verre
où vendre ça devient assez
difficile dur et éprouvant
les gens i n'écoutent même
plus que les oreilles leur
en sont tombées de tant de
moderne partout La voiture
tombe en panne & les voilà
plantés dans le nulle part
sous un ciel trop bleu car
eux viennent du Nord De la
pluie Sont plus chez eux i
se sont aventurés Ils sont
pas ces vendeurs d'l'enfer
sur leur terrain de chasse
Comment ça va tourner c'te
tournée là dans le Sud que
le chef Demanet s'pourrait
qu'il perde son sang-froid
pète les plombs d'ailleurs
Benoît Poelvoorde c'est un
acteur du nerveux du vif &
de l'exubérant Les entends
de nouveau les tambours et
ce martial son sec saccadé
qu'ils ont les tambours de
guerre Le chef i fait quoi
Il prépare quoi J'sais pas
J'entends les tambours pis
des bruits d'trucs machins
qu'on bouscule i sont donc
dans un nouveau secteur…

« On gagne pas une guerre sans
perdre quelques batailles » il
martialise le Régis Jérôme lui
propose de prospecter à deux &
Régis que c'est lui le chef et
qu'un chef ça décide tout seul
Régis refuse puis il se plaint
qu'on lui a volé quelque chose
qu'c'est embêtant cause il est
allergique à chaiplusquoi mais
que maintenant dans sa boîte à
gants il a un P.38 qu'il dit i
pète les plombs non le chef de
secteur J'entends des coups de
feu mais Demanet précise qu'un
flingue d'alarme qu'c'est Pète
les plombs oui pète les plombs
Sons d'voitures sur la route i
roulent donc quand même que la
camionnette déconne Michel lui
dans la région-là il a sa mère
devant la télé dans une maison
de retraite Il va la voir il a
pas grand-chose à lui dire Une
mine à blues un peu ce film si
l'on y réfléchit qu'l'humanité
pas très reluisante l'humanité
qu'elle semble pas tout à fait
glauque mais très médiocre pis
long le temps semble plus long
le ciel est bleu le temps long
des avions passent eux roulent
i roulent i roulent en causant
minable cause qu'on cause tous
plus ou moins minable puis ils
ont affaire à du pas facile la
clientèle en ont marre que les
mômes mal élevés ils ont envie
de les et qu'les bavards casse
-choses ils auraient comme des
envies de cogner i sont un peu
dans la panade les vendeurs et
i vendent plus les vendeurs du
coup i s'engueulent s'prennent
la tête i s'tapent dessus même
que le chef de secteur il perd
le contrôle de la situation là
citation du film Le Pont de la
Rivière Kwaï comme quoi il y a

un moment où « on est plus prêt
de la fin que du commencement »
j'entends un sifflement & jette
un coup d’œil l'a du coton dans
l'écoutille le Régis qui essaie
de la ressouder son équipe c'te
réplique « comment a pu-t-on en
arriver là » qu'il balance sans
rire ça m'avait fait rire quand
je l'avais entendue la première
fois que j'ai vu le film Puis i
font la fête Patrick Sergent il
baratine dans une boîte de nuit
Ça s'agite la panse en rythme &
pis ça picole picole et déconne
tout ça bien ennuyeux Balzac le
plus vieux vendeur celui-là qui
rassure i bâille à ce spectacle
de pauvres minables qui boivent
un coup de trop pis qu'ça finit
qu'ils l'ont paumé leur chef de
secteur Mais où il est ce con ?
Le voilà tout seul sur la route
le Régis Ils tentent bien de le
récupérer mais il a une dignité
de colonel anglais Régis & faut
dire qu'un peu bourré qu'il est
Régis qui suppose qu'exprès ils
l'ont fait exprès d'le paumer i
refuse Régis d'y monter dans la
camionnette et comment qu'ça va
finir comment l'équipée sauvage
à eux autres surtout que Jérôme
i s'est passé un truc là Jérôme
apparemment il a basculé Jérôme
chuté dans le néant tout noir &
i les sent plus ses jambes il a
besoin d'être rassuré il beugle
et il se plaint qu'il ne pourra
plus jamais marcher tu es là il
demande à chacun Patrick Michel
tu es là Michel Jean-Jacques tu
es là mais en fait il blague il
a rien la farce s'finit tout de
même par un drame je ne vous en
dis rien n'avez qu'à le voir le
film et puis l'écouter la belle
page classique qu'il lit Michel
Duchaussoy Oraison funèbre Puis
rappel de l'imposture du monde.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 février 2016.

06 février 2016

LUI LÀ MOI

LUI LÀ MOI

1.
« 
Dès que je rentrais, il fallait que je la visse et que je la maniasse. »
(Maupassant, « La Chevelure »)

Dès que, j'suis plein de dès
Que de départs
avortés de dès que
Je sans faute
et puis nada de dès que je
Rentrais chez moi
oui Alors
Il fallait mon âme
l'invisible en moi
Fallait que je l'examinasse
de conscience
Que j'en détaillasse les
mensonges que
Je l
ui questionnasse la péripétie que je dans tous les sens
La
retournasse et c'te vivace feignasse grognasse lui
Visse
toutes les promesses non tenues
Et il fallait mon âme
que je la démêlasse que je la dépêtrasse
Que je la
réprimandasse et que
Je
lui secouasse sa pâle carcasse puis
La
vidasse comme on vide un pot de chambre et lui
Maniasse
l'apparaître du lendemain.

2.
Lui là moi, que j'suis plein de dès que, de départs annulés, de dès que je sans faute et puis nada... mes syllabes, un désert.

3.
« 
J'entrai au théâtre, quelques instants, dans quel théâtre ? Je ne sais plus. »
(Maupassant, « La Nuit »)

C'est qu'on finit par les confondre, tous les spectacles du monde. Je note que, le monde, je ne le mets ici que par goût de l'écho.

4.
« 
D'un coup de pioche, ils firent sauter le couvercle et nous aperçûmes un squelette démesurément long, couché sur le dos qui, de son œil creux, semblait encore nous regarder et nous défier ; j'éprouvai un malaise, je ne sais pourquoi j'eus presque peur. »
(Maupassant, « La Main d'écorché »)

« D'un coup de pioche ils firent sauter
- je mangerais bien des pommes de terre
sautées moi
le couvercle cornichons)
d'la boîte oùsqu'on les range nos osses
nous aperçûmes c'est que nous en avions
encore des yeux
un squelette et nous le
blazâmes aussitôt Hector comme il était
démesurément long Hector Lelong fut son
total blaz
e couché sur le dos d'son œil
creux semblait encore nous regarder
pis
nous défier
comme s'il la possédait lui
la vérité
j'éprouvai un malaise je sais
pas trop pourquoi sans doute j'en avais
mangé un peu trop de patates sautées et
j'eus quasi peur de vomir dans la tombe

5.
Le temps série de casseroles ! Et puis des échos au loin qui s'confondent, qu'on n'en voit plus la queue du chat.

6.
« et j'entendais au bout de l'allée la bêche des fossoyeurs qui creusaient la tomb
e. »
(Maupassant, « La Main d'écorché »)

Et pis d'la musique joyeuse yop-la-la boum-boum
J'entendais de la fanfare
Au loin
j'entendais un
Bout de
quelquedrôle de zique genre jouée par
De
drôles de zigues et dans
L'allée
où j'avais emmené mes oreilles à
La musique se mêlait le son d'la
Bêche
le son répété d'la bêche
Des
coups tranchants et le souffle des
Fossoyeurs
moi j'entendais la musique
Qui
filait l'trapèze là-bas la voltige les hommes
Creusaient
(han ! han ! han!)
La
terre est pleine de ces trous où l'on
Tombe
fatalement un jour que c'est le dernier.

7.
Parfois Zut, ses ombres, elle les dénombre. Elle en connaît d'ailleurs quelques-unes par leur prénom.

8.
« Les astres là-haut, les astres inconnus jetés au hasard dans l'immensité où ils dessinent ces figures bizarres, qui font tant rêver, qui
font tant songer. »
(Maupassant, « La Nuit »)

« Les astres là-haut c'est drôle
cette précision comssi qu'en bas
ils pouvaient être les astres là
haut qu'ils sont évidemment même
que nous nous sommes ici-bas les
astres ces inconnus qui font des
rondes au-dessus de nos têtes et
aussi étrangers qu'nous l'sommes
à nous-mêmes jetés comme
les dés
jetés par une main invisible sur
un tapis noir aux nombres et aux
lois inconnues jetés aux rythmes
emportant le réel & son autre et
la poussière d'nous autres jetés
jetés jetés jetés jetés jetés je

les astres
au hasard (Balthazar)
dans l'immensité (c'est grand et
un peu terrifique non si j'écris
terrific «i-c» n'serait-ce point
plus terrifique que si j'l'écris
terrifique terrifique
« q-u-e »)
où ils tracent sur l'papier noir
ces figures bizarres (les astres
c'est tout du Picasso ou
bien de
l'abstrait
les astres galerie de
peintres abstraits
puis galaxies
de barbouilleurs de l'infini les
astres peinturlureurs jeteurs de
couleurs pour y piéger quoi dieu
réel irréel diable temps ombres)
et font tant tant tant tant tant
tant tant tant tant tant tant et
pourquoi tant j'écris tant c'est
pour passer le temps
évidemment.

10.
Les astres, ces inconnus qui font des rondes au-dessus de nos têtes, comme s'ils veillaient sur nos cosmologies, les astres.

11.
« Je me retourne brusquement parce que j'ai peur de ce qui est derrière moi, bien qu'il n'y ait rien et que je le sache. »
(Maupassant, « Lui ? »)

« Je me tourne et me retourne
dans mon lit cause que j'dors
mal
puis debout je m'retourne
brusquement
comme si j'allais
le
s surprendre Lupin Fantômas
en pas d'chair
& pas d'os non
plus cause que juste héros
de
papier ils son
t je m'retourne
parce que j'ai peur de ce qui
est derrière moi
si c'est mon
ombre ou l'ombre
de qui c'est
mon dieu je me retourne je me
retourne je me retourne je me
fais un effet quel effet j'me
fais un effet façon cinéma la
même brève séquence du qui se
retourne trois fois avant que
la matraque l'assomme
que les
yeux du spectateur découvrent
le visage du héros que le mec
de dos s'aperçoive que Marion
vous êtes là enfin m'retourne

si brusquement qu
'des fois ça
s'pourrait qu'elle s'effrayât

mon ombre
qu'elle prît la clé
des murs & pourtant qu'il n'y

ait rien pourtant je l'sais y
a rien
y a rien ni personne y
a rien aussi bien que je sais
qu
'j'vous écris une langue oh
langue de folle en chemin pis
de chemins qui bifurquent pis
qui vont où le hasard bricole
tous ses et cetera & à suivre

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 février 2016

02 février 2016

UNE VOIX A TRAVERS

UNE VOIX A TRAVERS

1.
« L'amour avidement croit tout ce qui le flatte. »
(Racine, « Mithridate », III,4 v.1027 [Mithridate])

2.
L'amour, c'est un fils de, et puis avide qu'il est, l'amour… l'amour, il a jamais trop d'yeux.

3.
Tout-ci tout-ça l'autre qu'on zieute bouche bée
Je t'aime et t'aime et t'aime et toujours t'aimerai
Ce qu'on est sot alors c'est à qui qu'est l'plus sot

4.
Et puis la fée d'l
'horloge, l'infiniment ridée, passe, cuit nos pommes, et nos amours, elle les désosse.

5.
« Devant lui une espèce de grand type en imperméable longe la grille. »
(Robe-Grillet, « Les Gommes »)

6.
Devant lui la longue rue pleine de vent
Il me faut maintenant une rime en – an
Afin de l'imiter la longueur du vent
Devant lui la longue rue pleine de vent
Et au bout la grosse bête Océan.

7.
Lui (le personnage) il avance dans le roman et dans une rue qu'il ne connaît pas d'une ville qu'il ignore.

8.
Les personnages, si j'avais su, je ne serais pas, je n'aurais pas, mais i peuvent pas ; même nous, les vifs, on peut pas, qu'on regrette.

9.
Les personnages, de petits fantômes,
les personnages, qu'on promène dans nos hantises.

10.
La littérature, c'est d'la fabrique à spectres. Dans les librairies, ce qu'on achète, c'est du linceul, du belphégor, du fascinant.

11.
« 
Espèce de », pourquoi « espèce de » ? « grand type » aurait suffi ; un
« 
grand type » c'est assez anonyme dans l'visionnage, non ?

12.
L
e vague, l'anonyme-là, en imperméable (c'est-y qu'i va pleuvoir ?) et qui longe longe longe j'aime bien le son de la forme longe.

13.
Je ne sais qui passe
dans mon songe, passeet allonge son ombre,passeet longe la grille avec soudain des yeux si blancs.

14.
« Et puis ma vie dans l'ombre d'Essarès… Et puis… et puis… l'or surtout... »
(Maurice Leblanc, « Le Triangle d'or »
[Siméon])

15.
Et puis que voulez-vous des fois sa vie on se demande ce qu'il y a réellement dedans, c'est-à-dire quelle ombre au juste la hante.

16.
Zut vit dans une maison oubliée. La nuit, elle y agite des ombres et fait se balancer des lanternes. C'est pourquoi on la croit hantée.

17.
Il y a ici l'ombre qu'il me reste, et puis l'ombre que je ne connais pas. Sans doute elle attend son heure, pour me sauter à la gorge.

18.
Puis il y a l'rhinocéros très gris; i passe dans la pluie ; puis tout un tas d'choses féroces qui traînent en ville.

19.
Puis il y a l
'or je le sais j'en rêve l'or
Surtout celui-
là d'or qui dort dans ma mémoire.

20.
« J'entends comme un bruit de crécelle...
C'est la male heure qui m'appelle. »
(Tristan Corbière, « Heures »)

21.
J'entends quoi donc qu'j'entends
Comme un son qui perce le vent
Un
son lancinant rythmique agaçant un
Bruit
un d'ces bruits du passé venant

22.
De temps en temps la
Crécelle
me visite
C'est
elle la miss qui crispe
La
mistigrie aigre la
Male
fée la male
Heure
la longue griffe

23.
Comme une voix, une voix à travers, une voix qui m'appelle, comme si je devais revenir.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le
2 février 2016.

J'ENTENDS QUOI DONC QU'J'ENTENDS

J'ENTENDS QUOI DONC QU'J'ENTENDS

1.
« L'amour avidement croit tout ce qui le flatte. »
(Racine, « Mithridate », III,4 v.1027 [Mithridate])

L'amour dans quel sujet j'm'embarque
Avidement qu'c'est l'amour qu'on
Croit qu'c'est arrivé (des fois i paraît qu'si)
Tout-ci tout-ça l'autre qu'on zieute bouche bée
Ce qu'on en est sot alors c'est à
Qui qu'est l'plus sot puis
Le temps passe qui en général ne nous
Flatte guère.

2.
« Devant lui une espèce de grand type en imperméable longe la grille. »
(Robe-Grillet, « Les Gommes »)

Devant lui la longue rue pleine de vent
Lui (le personnage) il avance dans le roman et dans
Une rue qu'il ne connaît pas d'une ville qu'il ignore
Espèce je me demande pourquoi il a mis « espèce
de » l'auteur « un grand type » aurait suffi un
Grand type on le visionne le vague l'anonyme-là le
Type péquin dans l'décor le gusse
En (peut-être il va pleuvoir)
Imperméable et puis qui
Longe longe longe j'aime bien le son de
La forme longe qu'on trouve aussi dans songe et allonge le long de la
Grille pleine d'ombre maintenant que le soir tombe.

3.
« Et puis ma vie dans l'ombre d'Essarès… Et puis… et puis… l'or surtout... »
(Maurice Leblanc, « Le Triangle d'or » [Siméon])

Et puis et
Puis que voulez-vous des fois que
Ma vie voyez-vous qu'il y aurait eu jadis dedans ma
Vie trop d'rhinocéros que moi je reste
Dans une maison oubliée Il y a là
L'ombre que j'ai encore et puis l'ombre
D'E… là il y a un nom mais je le connais pas moi c't'homme
Et puis et
Puis que voulez-vous il y a l'rhinocéros
Et tout un tas d'choses féroces qui traînent en ville et
Puis il y a
L'or je le sais j'en rêve l'or... l'or...
Surtout celui-là d'or qui dort dans ma mémoire.

4.
« Ni le Transatlantique autant
Qu'une chanteuse d'opérette »
(Tristan Corbière)

Ni la neige – il ne neige guère cette année ni
Le je ne sais quoi vu que
Transatlantique est le mot suivant
Autant galère train bus berline cafetière volante
Qu'une redingote ou l'air ancien d'une
Chanteuse tralala-itou
D'opérette larirette.

5.
« J'entends comme un bruit de crécelle...
C'est la male heure qui m'appelle. »
(Tristan Corbière, « Heures »)

J'entends quoi donc qu'j'entends
Comme un son qui perce le vent
Un son lancinant rythmique et agaçant un
Bruit un d'ces bruits du passé venant
De temps en temps la
Crécelle me visite
C'est elle la miss qui crispe
La mistigrie aigre la
Male fée la male
Heure la longue griffe
Qui à travers le vent de dedans l'os
M'appelle, comme si je devais revenir.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 février 2016.

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31 janvier 2016

LES DEGRÉS VERS LES OMBRES

LES DEGRÉS VERS LES OMBRES

1.
L'Histoire
a parfois été le fait de grotesques, de brutaux, de nains que nous appelons « grands hommes », par ironie sans doute.

2.
« 
se livrant, inconsciemment, à la mimique d'un poisson rouge dans un bocal »
(Agatha Christie
traduit par Louis Postif, « Un cadavre dans la bibliothèque », Le Club des Masques n°38, p.77)

Que des fois, on en laisse, des bestiaux, nous remonter l'inconscient, et puis du très profond d'nos vies antérieures. Qu'est-ce qu'on se ressemble alors !

3.
« 
D'après lui, les gens les plus invraisemblables écrivaient des romans policiers. »
(Agatha Christie, op.cit.p.101)

Qu'on s'imagine - berlue ! - que les œuvres étranges, les œuvres à énigmes demandent des auteurs excentriques, exotiques, voire ésotériques.

4.
« - Vous pensez donc…
- Je ne sais pas au juste ce que je pense, fit Harper, embarrassé. »
(Agatha Christie, op.cit. p.133)

Que des fois, on sait pas exactement ce que l'on pense, que ça s'compose pis s'décompose tout ça les idées, le monde, la caboche.

5.
« - Ma foi, je ne regarde jamais l'heure ; en tout cas, il n'était pas très tard. »
(Agatha Christie, op.cit. p.61 [Bartlett])

Si ça se trouve, quand on ne la reluque pas sa toquante, les aiguilles, elles n'en font qu'à leur tête.

6.
Me demande si je pourrai regarder ma dernière heure en face, celle qui viendra en dodelinant d'sa grosse tête d'horloge bouffeuse d'âmes.

7.
Ou alors dans mon lit, face à la fenêtre, de la paix des champs viendra le bong
uebong d'une cloche, j'croirai.

8.
« 
Veuillez me répéter exactement ce qui s'est passé. »
(Agatha Christie, op.cit. p.61 [Melchett])

Quoi qu'on fait ? - On répète…
Quoi qu'on répète ? - Le passé, et pas exactement; on appelle ça l'avenir.

9.
Écrire une phrase me prend parfois tant de temps... comment qu'ils font, pour en écrire des tas et des tas, qu'ils appellent ça roman ?

10.
« Au réveil, les rêves se confondent souvent avec la réalité. »
(Agatha Christie, op.cit. p.9 [Bantry])

Au réveil, les mascarades de dessous les paupières, elles se diffusent dans le réel, s'y flanquent, s'y fondent… à peine qu'on les reconnaît.

11.
« - Oui. Nous y sommes descendues.
- Qui, nous ? »
(Agatha Christie, op.cit. p.92)

Qu'on descend, comme ça, les degrés, vers les ombres… et pis qu'on finit par se demander qui on est.

12.
« Tout d'même, se dit Zut en contemplant le monde, de si petits hommes, et de si grandes
ombres. »

13.
« 
Il lui prit les mains et les serra chaleureusement. »
(Agatha Christie, op.cit. p.100)

Il lui prit les mains et les mit dans sa poche. Ça peut toujours servir dit-il en prenant congé.

14.
Zut aussi a cette manie, les mains qu'elle prend, de les serrer chaleureusement dans s
on sac à mains. C'est bien dans sa manière !

15.
J'entends des voix à la radio. Je vais mourir aussi.

16.
« Les deux jeunes gens se lancèrent des regards fulgurants. »
(Agatha Christie, op.cit. p.28)

Plein d'yeux jetés… fulgures de l’œil… éclairs et froncements… regards lointains… complices clignements… le chat, il s'en fiche.

17.
Prédestination… prédestination…
préméditation, oui !

18.
« -
Elle vous a amenée ici pour que vous lui fassiez sortir les lapins du chapeau. »
(Agatha Christie, op.cit. p.93 [Sir Henry])

Elle aime les mirabelles elle
Vous avait promis une tarte aux mirabelles
A préparé une tarte aux mirabelles vous a
Amenée ici pour que goûtiez sa tarte aux mirabelles
Pour que vous vous régaliez de sa tarte aux mirabelles
Que vous en gardiez un excellent souvenir
Vous n'en mangerez pas souvent d'aussi bonnes vous
Lui en serez certainement reconnaissante il y a là un
Fassiez fâcheux j'sais pas quoi en faire je peux pas le
Sortir sinon la phrase elle bancale
Les phrases faut qu'ça aille droit aux
Lapins ceux qu'on fait aux pruneaux
Du coup ça me revient sous le
Chapeau c'était pas d'la tarte aux mirabelles, ah non.

19.
« Dans les romans, les cadavres se trouvent d'habitude dans les bibliothèques. »
(Agatha Christie, op.cit. p.9 [le colonel Bantry])

Dans cette phrase qui affirme que dans
Les romans – et surtout les
Romans policiers, ceux avec des détectives excentriques -
Les cellules grises à fines moustaches les perspicaces dépressifs
Cadavres et voilà qu'les morts envahissent Ça
Se propage partout ça les morts Les morts ils se
Trouvent soudain sur le chemin dans le journal partout
D'habitude on les traverse sans même les saluer
Dans la vie faut savoir faire la différence
Les morts c'est bon pour les
Bibliothèques et les vivants qui les accompagnent Ceci dit, dans cette phrase vous avez un exemple de ce que l'on appelle en français un présent de vérité générale (on dit aussi « présent de vérité absolue » ; il y en a qui exagèrent toujours...)


20.
« Madame ! Madame ! Il y a un cadavre dans la bibliothèque ! »
(Agatha Christie, op.cit. p.5 [Mary])

Madame ! (C'est qui qui appelle?)
Madame ! (
Quelle est cette voix qui sort de sa phrase?)
Il y a il y a il
Y a ah mais voilà qu
'ça perroquette il y
A il y a il y a il y a
Un cadavre dans...
Cadavre ? Vous avez dit cadavre comme c'est morbide
(Dans les romans, dites, tout d'même, on lit d'ces choses !)
La bibliothèque je dis ça et je hausse les épaules la
Bibliothèque est pleine de cadavres ce n'est pas nouveau.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 31 janvier 2016.

25 janvier 2016

VINCERE !

VINCERE !

1.
Tout au long de sa vie refusé d'être sage. Spéculatif furieux, agité du bocal... absolument chronique... purement et simplement refusé tout raisonnable, tout l'embourgeoisement d'une carrière littéraire soigneusement orchestrée (c'est un métier!) qui aurait pu de son vivant, pourvu qu'il fermât sa gamelle politique, et puis un peu plus de souplesse dans ses relations, lui assurer honorabilité et fortune. Misanthrope du type à préférer la compagnie des bêtes à celle des bipèdes, voué l'essentiel de son existence à la fièvre, celle d'une écriture à déchirures, de celle qui refuse les mots ronflants façon trombones et la soumission au transcendantal en vogue – préférant la féerie noire des phrases à cauchemars, la transgression, pis le coup de pied au cul du bien écrire.                            
Je me le dis assez proche du Dom Juan de Molière, l'à-cheval et la main au pommeau de l'épée, qui préfère affronter la divine transcenmachine plutôt que de renoncer à cette terrible, à cette féroce humanité qu'il aime tant.

2.
« Arthur même a presque une tête »
(Tristan Corbière, « Déjeuner de soleil »)

Arthur ou Robert ou Popaul lui
aussi qu'il en a presqu'une de
tête caboche figure son masque
lui a dégringolé le citron lui
a changé la configuration dis.

3.
SCANSION (Attention hein!)
« m'obséder comme le peuvent seuls certains vers.»
(André Breton, « L'amour fou »)

m'obséder  m'obséder  m'obséder
comme les  visages i  peuvent i
le visage  peuvent i  dans ma t
peuvent &  ce visage  m'fascine
seuls les  visages i  peuvent à
certaines  filles ou  alors des
vers vers  vers vers  où où où?

4.
Je n'aime guère ces auteurs qui ressassent leurs poèmes comme on ressasse une leçon de morale, et bien apprise, et sans doute.

5.
« - Entendez-vous gratter les crabes de la nuit... »
(Tristan Corbière, « Paris nocturne »)

« - Entendez-vous qu'ça gratte
gratter les bêtes crabes on en
crabes on en rêve d'ces crabes
de la nuit sur de longs sables
qui passent rangs serrés rouge

6.
« Mon coeur !… Chante encor, va – Ne compte pas. »
(Tristan Corbière, « Heures »)

« Mon coeur !… Chante encor,
va – Ne compte pas. » Et pas
sur les autres surtout et de
toute façon tu n'comptes pas
toute façon t'y prétends pas
hein mon bon toutou poète...

7.
Moi ce que je vois, dans les visages, c'est de la généalogie, de la généalogie d'la forme, du crâne, d'la viande.

8.
« - Allons ! la vie est une fille
Qui m'a pris à son bon plaisir... »
(Tristan Corbière, « Paria »)

- Allons !
La vie est un que voulez-vous
Elle nous prend à son c'est comme ça.

9.
Y a dans certaines musiques
comme une ombre que parfois
l'on entend ou pas mon avis
qu'ça s'peut qu'ça soit lié
à l'état de mes écoutilles.

10.
Si je alors bien sûr je
sauf si évidemment vous
me comprenez sinon tant
pis je ferai comme si.

11.
Si parfois il se disait « Et si je me tuais… bah non, un fantôme, ça n'se tue pas... » et puis qu'il mettait son manteau et partait acheter du pain.

12.
Écoute des nouvelles ce matin : ce siècle est donc religieux, et politique, hélas…

13.
On ne se connaît pas soi-même ; du coup, des fois, on a intérêt à se méfier…

14.
Je n'aime pas la politique. Elle réveille en nous le petit juge, le procureur, l'imbécile du haut de sa fonction.

15.
Les Français qui commettent le pire ne sont plus des Français point barre.

16.
Le fantôme de nous qu'on vit avec, on passe son temps à le fuir, des fois quand même il nous rattrape.

17.
Des fois, j'me console pas de la mort de Satie. Il y a tant d'imbéciles vivants...

18.
Ah ne nous plaignons pas ! Bonaparte nous l'a appris ! Ne pas se plaindre ! Et vaincre ! Vincere !

Patrice Houzeau                                    
Hondeghem, le 24 janvier 2016

23 janvier 2016

DONG DONGUELONG DIT-ELLE

DONG DONGUELONG DIT-ELLE

1.
« Pendant la guerre, un homme se résigne à manger son chien, regarde les os qu'il laisse, et dit :

— Pauvre Médor ! Comme il se serait régalé ! »
(Jules Renard, « Journal 1887-1910 », 1908, 12 février)

2.
Dong donguelong dong cling
Lors d'une guerre Un pauv'
hère Dong donguelong dong,
clang Tenaillé par la faim
De manger son chien il fut
contraint Dong donguelong,
dong, cling Il n'en laissa
que les osses tant sa faim
fut féroce Dong donguelong
dong, clang Songeur il dit
alors :Pauv' Médor ! Comme
il se serait régalé ! Dong
donguelong dong cling Pour
Vous faire rire Ce bref et
drolatique cauchemar Je le
tire du Journal d'qui donc
donquelong donc clong j'le
tire du Journal du Journal
du Journal de Jules Renard
Dong donguelong dong cling
Dong donguelong & puis zut

3.
A mon avis, le présent n'a aucun avenir ; le présent, vous savez quoi, c'est déjà du passé.

4.
& qui qu'c'était cette jeune fille  
qui l'agite son illusion comme une
ombre de caverne un fantoche hante
-la-caboche une perdue d'vue à vie

5.
Zut pensive, au bout d'un moment : « Les poètes, c'est rien qu'des pervers, des amoureux d'leur langue, des fétichistes, quoi... »

6.
La musique pure n'est pas porteuse de sens ; c'est du temps plutôt, du temps, oui, du temps, qu'elle porte, la musique.

7.
« Ah ! l'enfance, l'herbe, la pluie, le lac sur les pierres, le clair de lune quand le clocher sonnait douze… le diable est au clocher, à cette heure. »
(Rimbaud, « Nuit de l'enfer »)

Deux temporalités pour la musique : le temps exact et mesuré de l’exécution - le temps tangible -, et l'autre temps, revenant, survenant, surprenant comme diable au clocher.

8.
Le mystère se tient à la frontière entre l'existant et l'être. C'est ce qui peut faire son charme, ou nous flanquer l'malaise.

9.
Rêve : elle, devant une célèbre toile de Magritte : « Évidemment que ceci n'est pas une pipe, c'est une peintoire, on dit ça non ? »

10.
« Que les moutons suivent leur route,
De Carcassonne à Tombouctou…
- Moi, ma route me suit. Sans doute
Elle me suivra n'importe où. »
(Tristan Corbière, « Paria »)

« Moi, ma route me suit. Sans doute
Elle me suivra n'importe où et même
qu'il y en a sur leur route qui les
suit il y a comme une ombre oui une
ombre qui les suit là sur la route.

11.
"Oublié dans l'espace et perdu dans le nombre"
(Victor Hugo, « Les Feuilles d'automne »)

"Oublié dans l'espace et perdu dans le nombre"
Ce vers de Victor Hugo il pourrait commencer une
fantaisie genre destin d'un paumé du cosmos non?

Paumé au cosmos et zigzaguant entre
les scintillantes notre héros genre
solitaire ses aventures sidérales i
les poursuit & faut vu qu'il y est.

"Oublié dans l'espace et perdu dans le nombre"
Sinon ce vers de Hugo me rappelle les devoirs
surveillés de mathématiques mon peu d'talent.

12.
"Toujours prête au combat, la sombre Pampelune
Avant de s'endormir aux rayons de la lune,
      Ferme sa ceinture de tours."
(Victor Hugo, Grenade, « Les Orientales »)

Muraille meurtrières invisibles de ses
yeux ombres & des paroles qu'on entend
qu'en songe des mots de passe-muraille

13.
« pas assez pesante, elle s'envole et flotte loin au-dessus »
(Rimbaud, « Mauvais sang »)

« pas assez pesante, elle s'envole
et flotte loin au-dessus » son âme
si peu forte friable & pis miettes
se disperse s'perd dans les sables

14.
"La lune était sereine et jouait sur les flots."
(Victor Hugo, Clair de lune, « Les Orientales »)

Joueuse la lune des fois
A quoi joue-t-elle ainsi
sur les flots en fait je
sais pas et j'm'en fiche
j'crierais bien A poil !
À poil la lune ! Non pas
conv'n non franchement ?

15.
"De ses doigts en vibrant s'échappe la guitare."
(Victor Hugo, Clair de lune, « Les Orientales »)

Dong, donguelong, dong, cling, donguelong, dong, dong, clang
Oui bin hein, on a les alexandrins qu'on peut !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 janvier 2016.

LE PASSÉ C'PAYS LÀ QU'ON S'INVENTE

LE PASSÉ C'PAYS LÀ QU'ON S'INVENTE

 

1.

Quoi qu'c'est qu'cette danse

c'est la danse du S du s qui

à la façon d'un long sinueux

à venin dans la jungle passe

 

2.

« Ma vie et mon amour tous deux courent hasard. »

(Racine, « Mithridate », II,5, v.337 [Pharnace])

 

« Ma vie et mon amour tous deux courent hasard.»

y en a pour qui ça court plus ça galope & bat la

campagne à épouvantails qui jactent & jacassent.

 

3.

« images gondolées, décolorées, absurdes. »

(Jean Echenoz, « Cherokee »)

 

images gondolées, décolorées, absurdes

y avait dans le miroir une maison sous

la pluie une maison qui se disloquait.

 

4.

« Il rejoignit la petite pièce, enjamba la fenêtre, traversa »

(Jean Echenoz, « Cherokee »)

 

« Il rejoignit la petite pièce,

enjamba la fenêtre, traversa la

phrase paragraphes et chapitres

et s'retrouva à la fin du roman

le lecteur ayant sauté quelques

tout d'même centaines de pages.

 

5.

Les gens sont pleins d'trous et même que des fois, ils tombent dans l'une ou l'autre d'ces intimités infernales , et n'en reviennent pas.

 

6.

Un disparu nous habite. Parfois, il nous enfièvre, crache, nous use, joue au billard avec nos os, puis se révèle et nous disparaissons.

 

7.

« Je ne veux que les voir ; je ne veux qu'à leurs yeux »

(Racine, « Mithridate », IV,7, v.1445 [Mithridate])

 

Je ne veux que les voir je 

ne veux que ses yeux je ne

veux que la voir & je sais

qu'à ses yeux ne suis rien

 

8.

Je ne joue pas de guitare

je ne sais pas dessiner &

je chante comme une poêle

mais cela je le sais dire

 

9.

« Si j'étais un autre, je ne voudrais pas être moi ». Voilà une pensée qui vous place en position d'être jugé par n'importe qui.

 

10.

Que nous puissions nous enchanter

d'une paire d'yeux emmanchée d'un

tube digestif relève d'une chimie

bien plus puissante que la raison

 

11.

Nous sommes pleins de pronoms et des répliques qu'ils s'échangent. Pour les distinguer, c'est simple (croyons-nous) : nous usons de prénoms.

 

12.

Le nom… le nom... un pseudonyme le nom… celui d'un étranger dont le nom est à lui-même inconnu.

 

13.

Cinéma : plus ou moins luxueuse boîte à fantômes.

 

14.

Radio : des voix la fréquentent, et certaines finissent par la hanter.

 

15.

« et je m'attends à un interrogatoire serré, car on va me découvrir un mobile. »

(Agatha Christie traduit par Louis Postif, « Un cadavre dans la bibliothèque » [Mark Gaskell])

 

m'attends à un interrogatoire serré

car c'est sûr on va me découvrir on

va me percer à jour je ne répondrai

pas & me dissiperai nuée fumée rien

 

m'attends à un interrogatoire serré

car c'est sûr on va me découvrir un

mobile un pourquoi que j'suis et un

pourquoi là d'quoi m'tuer c'est sûr

 

m'attends à un interrogatoire serré

car il va finir par me découvrir ce

bonhomme dans ma mémoire qui chaque

nuit pose des questions absurdes...

 

16.

Le rêve nous fait passer du coq à l'âne, du coq qu'on fait à l'âne qu'on est.

 

17.

Les habitudes… on croit berner le temps… qu'il serait cyclique, revenant saisons, bonhomme de chemin qu'on en connaît la musique, rites baptêmes et communions, pis i s'déglingue nous avec.

 

18.

On soliloque on grandiloque

on s'gigote on s'sanglote &

on s'gonfle & on s'gonfle &

on bouffonne d'la cafetière

pis on finit tout maigre et

tout y en a plus dins s'lit

 

19.

« Je ne parlerai pas ; je ne penserai rien »

(Rimbaud, « Sensation »)

 

« Je ne parlerai pas ; je ne penserai rien » ; d'ailleurs, je ne serai pas là, ni ailleurs, je serai dans le passé, c'est-à-dire nulle part.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 23 janvier 2016.

22 janvier 2016

OH A PRESENT ÇA VA PAS MIEUX

OH A PRESENT ÇA VA PAS MIEUX

 

1.

« DAC : (…) Allez… donnez le signal et embarquez tout le monde. Prenez des pelles, ça ira plus vite ! »

(Pierre Dac et Francis Blanche : «  Les fumeries clandestines de jambon »)

 

Et embarquez tout le monde prenez

des pelles ça ira plus vite ah ça

quand on convoie d'l'ossement sûr

qu'les pelles c'est ce qui va l'm

 

2.
« à quelque monstrueux insecte, et la vingtaine de pièces »

(Claude Simon, « Les Géorgiques »)

 

A quelque monstrueux insecte la

vingtaine de pièces investie du

tortillement de la bestiole aux

mille pattes carapace luisante.

 

3.

« Oh ! à présent ça va pas mieux !… pas beaucoup mieux... »

(Céline, « D'un château l'autre »)

 

Oh ! À résent ça va as mieux que

c'est as ossible ça r'gardez moi

ça je suis obligé de courir arès

Viens ici nom d'un p d'travers !

 

4.

Des fois Zut, vieille qu'elle se sent, et plus vieux encore le monde, un croulant, le monde, qu'elle se dit en se décomposant.

 

5.

« Un truc auquel j'ai pensé souvent, c'est que peut-être dans le passé, il y a eu une fille formidable »

(Patrick Cauvin, « E=mc2 mon amour » [le narrateur])

 

Peut-être dans le passé il y a

une fille formidable à l'temps

remonter la machine y en a pas

reste écrire qui l'passe aussi

 

D'ici un siècle peut-être deux

j'aurai de ses nouvelles à mon

avis ce s'rait étonnant que je

puisse vraiment m'y intéresser

 

6.

Ce que j'aime chez Rimbaud c'est

l'énigme « Madame se tient trop

debout dans la prairie/prochaine »

de qui parle-t-il ? Il ne le dit

 

pas et s'il décrivait des images

sans préciser d'où elles sortent

peintures gravures des vignettes

des illustrations caricatures ou

 

peut-être de simples croquis vus

dans quelque atelier ou panneaux

peints décors de théâtre ou peut

 

-être de ces images qui sous les

paupières se glissent tandis que

vous vous endormez Ce que j'aime

 

7.

chez Rimbaud c'est la trouvaille

« Lui, comme/mille anges blancs

qui se séparent sur la route,/

s'éloigne par-delà la montagne »

dessin animé bonhomme s'divisant

en mille filant partout nuage de

poussière qu'un hypervéloce bip-

bip à bec laisse sur la piste...

 

8.

« Ils avaient trouvé un cercueil. D'un coup de pioche, ils firent »

(Maupassant, « La Main d'écorché »)

 

« Ils avaient trouvé un cercueil.

D'un coup de pioche, ils firent »

Que trouvèrent-ils ? Un squelette

Sans doute Il leur tira la langue

 

9.

« traumatisée par les conséquences de l'unique nomination »

(Jeanne-Favret-Saada, « Les mots, la mort, les sorts »)

 

« traumatisée par les conséquences

de l'unique nomination» Impossible

désormais de jouer aux échecs avec

les autres dieux il n'y en avait +

qu'un pour décider de nos défaites

 

10.

« à l'inconnu par le dérèglement de tous les sens »

(Rimbaud)

 

« à l'inconnu par le dérèglement

de tous les sens » & c'est comme

ça qu'on finit au cabanon bancal

& plein d'lune s'tête à l'envers

 

11.

« des histoires, tant pis. N'ayez pas peur des histoires. Je »

(Jean Echenoz, « Cherokee »)

 

des histoires tant pis N'ayez pas peur

des histoires il en est tissé le monde

des histoires pis souvent de fil blanc

& qu'ça court les rues sur deux pattes

 

12.

« on distinguait au loin, fondues, la mer et la côte plate »

(Jean Echenoz, « Cherokee »)

 

« on distinguait au loin, fondues,

la mer et la côte plate » ciel bas

nuages noués coton sable pâle dans

la caboche comme un air de violon. 

 

13.

« d'entrer dans la boutique pour essayer le crapaud. Dans »

(Jean Echenoz, « Cherokee »)

 

d'entrer dans la boutique pour

essayer le crapaud y jouer une

fantaisie dévaler le clavier &

tenter le nocturne ou la valse

 

14.

« eux dans une pesante résonance de gong. Ils se mirent »

(Jean Echenoz, « Cherokee »)

 

Eux dans une pesante résonance de gong

Ils se mirent en route vers le tombeau

hindou traversant les petites cases de

la jungle vers la promesse à suivre…

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 22 janvier 2016