BLOG LITTERAIRE

17 septembre 2014

QUI PAR LE FEU QUI PAR L'EAU

QUI PAR LE FEU, QUI PAR L'EAU

"And who by fire, who by water,
Who in the sunshine, who in the night time,"
(Leonard Cohen)

1.
Brouille, floute, trouble, et brouillasse encore; il flotte sur nos carcasses.

2.
Le "jouet de cet oeil" à Rimbaud, qu'on nous yoyote fantoche golem, qu'on nous voye, qu'on nous sidère, qu'on nous fascine.

3.
Les Américains, zont maintenant des yeux et des oreilles plein les ciels et qui foudroient, ces yeux, qu'ce sont des drones en fait.

4.
A quel mur donc font-elles écho mes paroles ?

5.
Poussière... en nuées de trouble... cache les yeux, les milliers d'yeux en rangs serrés qui s'avancent sur la route.

6.
L'autre monde, ce maquignon sur la route d'un roman de Bernanos, sans flammes ni foudre.

7.
Nous tournerons la tête. On nous préviendra quand ce sera fini. Les massacres, on ne les aura pas vus; et nous crierons victoire.

8.
Quand le temps, quand le temps ne, quand le temps ne passe, quand le temps ne passe plus, alors, c'est que, dans le temps, c'est que dans le temps nous, c'est que dans le temps comme, c'est que dans le temps comme bloqués, c'est que dans le temps comme bloqués sommes, c'est que dans le temps comme bloqués sommes, fascinés.

9.
"Quand, dans la chambre nue aux persiennes closes"
(Rimbaud, "Les poètes de sept ans")

Quand, dans la chambre, elle, nue, quand, dans la chambre, elle, nue se, quand, dans la chambre, elle, nue, se contemple, quand, dans la chambre, elle, nue, se contemple au miroir, eh bien, nous, on la voit pas, cause que les persiennes sont closes.

10.
De tout ce que j'ai, de tout ce que j'ai lu, de tout ce que j'ai lu et, de tout ce que j'ai lu et appris, je, de tout ça, je ne, de tout ça, je ne peux, de tout ça, je ne peux rien, de tout ça dire, car j'ai rien retenu.

11.
"The black cloud carries the sun away"
(T.S. Eliot, Burnt Norton, IV)

La nuée noire emporte le soleil.

12.
Des fois, l'être qu'on aime, le v'là emporté comme soleil par la nuée noire.

13.
Blackloude qu'ça fait d'la nuée noire, d'l'enfume pays, que le v'là tout carié, le soleil, comme fichu loin.

14.
S'tend et tensionne, entre la crevure et le vagissement.

15.
Avez-vous remarqué que, des fois, le rire des filles rebondit plus qu'il ne vibre ?

16.
J'ai connu une jolie fille dont le rire
Etait tout à fait groh-oh-oh-oh-oh-ohtesque.

17.
Faire gaffe qu'i faut, à c'qu'on dit, à c'qu'on fait, qu'l'air est tout junglé d'langues perfides, qu'on dirait des lianes, d'l'a serpente pour vous rattraper.

18.
Des fois j'pense à elle, si loin maintenant, si coeur fragile, façon "petite lumière déchirée" à Artaud.

19.
Des fois qu'on a envie d'les lever, nos paluches de vengeance, alors faut bien réfléchir, des fois qu'on aurait tort.

20.
"Pensez-vous que le vieux proverbe soit juste, celui qui dit qu'on naît pour être pendu ou noyé ?"
(Agatha Christie traduit par Claire Durivaux, "La Fête du Potiron", Club des Masques n°174, p.90)

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 septembre 2014.


16 septembre 2014

DEBLAYER LE PASSE

DEBLAYER LE PASSE

1.
Puis encore que Puis décidément puis Le temps avance balayant les encore que les quoique n'admettant que les pendant que et les tandis que.

2.
Sans reflet, comme il se doit quand on veut passer inaperçu, je m'avançais dans la rue, tel Fantômas quand il se déguise en ombre, son ombre, sa propre ombre, prompte à jaillir des murs pour foudroyer.

3.
Si nos chevaux sont des châteaux, nous faisons cavalerie de nos remparts et c'est la belle au donjon qui hennit.

4.
Si le feu est fait de voix, quel opéra qu'une cheminée ! Et l'on n'en s'étonne plus dès lors, de ces voix qui hantent l'air, de ces bribes de cris qui passent.

5.
Si l'être est une morsure, peut-être alors que l'ontologie est avant tout une vampirologie.

6.
Dans chaque conscience réflexive, il y a ce moi qui cherche à se remplir du sang de l'autre, ce fâcheux inaltérable.

7.
Les continents, les têtes d'un chien gardien du secret de nos enfers.

8.
Quelle salade que cette chambre ! La belle qui y dort, sans doute qu'elle s'expose à la limace.

9.
Si nos verres portent nos lèvres, il ne faut donc pas trop les écouter, et les boire sans les croire.

10.
A l'être caramel, une ontologie de confiserie, pis qu'ça colle, tiens, qu'on en a plein l'apparaître.

11.
Le monde, une boîte d'allumettes que le Diable, une à une, craque.

12.
Le monde est plein d'histoires de "petits bonshommes à pied" que se racontent les chevaux. Rêvé cela en lisant "Le Cavalier blanc" de Morris et Goscinny.

13.
On s'en r'sent des fois d'la réjouissance dans le palpitant; c'est qu'on se sent aimé, tiens, ou qu'on a touché des sous.

14.
Le réel, ce qu'il est tarte, des fois, le réel, tarte aux pommes, que les pommes, bien sûr, c'est nos poires.

15.
"Par quel trouble me vois-je emporté loin de moi ?"
(Racine, "Phèdre", II, 2, v.536 [Hippolyte])

16.
Tout troublé, j'me zieute que j'm'en vas loin loin loin de moi que j'me dépare.

17.
"avec Phèdre, non sans paradoxe"
(Les Petits Classiques Larousse)

18.
Si les tourbillons sont des tours, les "tourbillons de feu furieux" à Rimbaud signalent donc que le château est en feu.

19.
"What might have been and what has been"
(T.S. Eliot, "Burt Norton", I)

Le travail de l'historien : distinguer "ce qui aurait pu être" de "ce qui a été".

20.
Du ressort de l'historien : déblayer le passé des fantômes qui tentent de s'y établir.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 16 septembre 2014

14 septembre 2014

WHERELAOU

WHERELAOU

1.
"Everybody's Got Something To Hide Except Me And My Monkey". Je trouve épatant ce titre choisi par Lennon et McCartney pour une de leurs épatances rythmiques de l'excellent album blanc.

2.
"the hermit-trush" que j'lis dans T.S. Eliot (in "What The Thunder Said"). C'est la "grive-ermite", celle qui celle qui celle qui - je me demande ce qu'elle peut bien faire, la grive-ermite.

3.
Selon T.S. Eliot, la "grive-ermite" ("the hermit-trush") chante :
"Drip drop drip drop drop drop drop"
Compte goutte Compte goutte goutte goutte goutte Mais, comme le fait remarquer le poète, "there is no water"; "il n'y a pas d'eau".

4.
Et pourquoi que le long solo de batterie qui constitue l'essentiel du morceau "Moby Dick" de l'album live "The Song Remains The Same" de Led Zeppelin, je l'appellerais bien aussi "What The Thunder Said", ce qui est le titre de la Vème partie du poème "The Waste Land" de T.S. Eliot ? Pourquoi ? Comme ça.

5.
Réponse d'une journaliste à quelques critiques qui chipotaient sur la qualité de "Shine A Light" de Martin Scorsese : "C'est juste le plus grand groupe de rock du XXème siècle filmé par l'un des plus grands cinéastes du XXème siècle."

6.
Where Là où Where là où Where là où
Là où ça where where where qu'autant se puisse faire
Et j'ajoute que le wherelàoù est une bête qui se cache.

7.
Quel est l'étrange en moi qui murmure ses syllabes ?
L'aurais-je avalée toute bruissante, la Sibylle ?

8.
"Je ne crains que le nom"
(Racine, "Phèdre", III, 3, v.860 [Phèdre à Oenone])

9.
Des fois, je ne me sens pas plus maître de moi qu'un cornichon est maître de son bocal.

10.
Pas trop à s'berluer, faut pas patiner dans l'illusion, cause que si dessus c'est tout lisse, dessous c'est tout gouffre.

11.
Des fois y a que ces jours-ci c'est couci-couça tout ci tout ça, et qu'l'ici est encombré, qu'le maintenant déborde qu'on voudrait étrangler le présent.

12.
Parfois, je me demande comment font les historiens pour ne pas vomir sur certains documents.

13.
T'en ai-je jeté, dis, du dit, t'en ai-je assez jeté pour te déberluer, dis, que tu devrais avoir les écailles qui t'en pleuvent des yeux.

14.
"Toi-même en ton esprit rappelle le passé"
(Racine, "Phèdre", II, 5, v.683 [Phèdre à Hippolyte])

15.
L'esprit, comme on siffle un chien fugueur, rappelle son passé. Et puis un jour, le chien ne revient pas, ne reviendra plus.

16.
Des fois je m'dis qu'son absence, c'est ma présence, puis je m'évapore dans les couloirs.

17.
"Mon mal vient de plus loin."
(Racine, "Phèdre", I,3, v.269 [Phèdre à Oenone])

18.
Sauf accident, pour bon nombre, ce mal qui les touche, qui les mine et les mélancolise, leur vient de plus loin qu'on ne croit d'abord.

19.
Y a des coeurs i sont gros d'une bête à pointes, et froide comme le mépris dans un regard.

20.
Qu'est-ce pour nous, mon Dieu, diable, coeur, qu'est-ce pour nous que tout ce monde-là ?

21.
"Or des lunes", où ai-je entendu ça, "or des lunes" ? Dans quel poème, quelle chanson, quelle voix argentine ?

22.
Alors la nappe avala tout, café, thé, chocolat, pain, beurre, confitures, et Alice elle-même.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 septembre 2014

LA OU TU ES EST TON SPHINX

LA OU TU ES EST TON SPHINX

1.
"brouille le pivotement des toits rongés"
(Rimbaud, "Nocturne vulgaire")

Le réel tourne sur lui-même suivant l'oeil brouillé par l'oeil rongé par l'oeil.

2.
"Toute lune est atroce et tout soleil amer"
(Rimbaud, "Le Bateau ivre")

Pleines d'atrocités, nos vieilles lunes, que la vérité n'en finit plus de vomir.

3.
La vérité ? - Elle est imbibée, intoxiquée par l'atroce poison de toutes nos lunes.

4.
Nous avons l'air d'improviser nos masques, et cependant, ils sont, à notre insu, décidés depuis si longtemps.

5.
Y a du cinoche, c'est du cinoche à fantoches, fantoches sanglants, à haches, "avec le goût du mauvais rêve" à Rimbaud.

6.
Ecrire, c'est s'adonner à l'incessante sécession des syllabes.

7.
Ecrire, susciter le "Cur secessisti"; n'y répondre que par des traits vifs, en pluies drues.

8.
Je suppose que, sans ironie ni fard, il en est à qui, tous les jours, la poésie sauve la peau.

9.
Un i pour le squelette et deux o pour les yeux : et voilà le bonhomme sur la page de cahier.

10.
Le passé est tout agité de soudains qui ne sont plus que des ombres.

11.
Les ombres, le passé est plein de leurs spasmes, de leurs "grandes mains lunaires", pour la reprendre, l'ombre, à Artaud, "l'ombre de cette grande main lunaire", qui, je suppose s'empare du paysage, fouille les poitrines, y trafique du cardiaque.

12.
Un tatouage, l'ombre, un tatouage dont la peau se détache pour courir d'autres chimères.

13.
Où tu es est ton ombre; où tu es sont tes chimères. Où tu es est ton sphinx.

14.
Sphinx, chimères, ombre répandent dans les syllabes leurs fantasmes d'humanité.

15.
Je sais qu'y en a, ils n'écrivent que dans l'ombre; ils visent à l'écriture fantômas, à l'écriture du comme si les ombres.

16.
Sont-ce là toutes mes têtes ? dit-elle en plusieurs langues.

17.
Dieu est un maître de la matière d'ombre; il en fait jaillir la lumière d'une manière étonnante.

18.
La nuit, à la fenêtre, je vois s'agiter l'encre des syllabes que les oiseaux laissent au vent.

19.
Je ne suis que ce que le réel fait de moi, un i pour le squelette, deux o pour les yeux, et quelques phrases pour agiter le fantoche.

20.
Quel est l'étrange en moi qui distille ces syllabes ? fit-il songeant à tous ces poisons qui courent dans les bêtes.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 septembre 2014.

13 septembre 2014

FIAT LUX CERTES MAIS QUELLE LUMIERE NOIRE

FIAT LUX CERTES MAIS QUELLE LUMIERE NOIRE

1.
Et si l'univers était infiniment tripoté par deux apprentis de la cuisine des dieux qui se le disputeraient âprement.

2.
"son ombre elle touche le fond un jour"
(Lucien Suel, "Re [garde un] jardin regarde")

3.
Son mur il est près de lui son mur lui
Ombre et le mur mur.

4.
Elle (je la vois avec mes yeux d'outre-mur) elle est bien mignonne
Touche de bleu blanc blond dans le paysage et ses murs.

5.
Le mur il est tout troué, la jeune fille au
Fond de l'ailleurs dispersée; et que bouts d'sons sa chanson.

6.
Un bout d'ci, un bout d'ça, un bout d'son, un
Jour passe en mangeant ses grenouilles.

7.
L'élève : - "Et où ont-ils disparu, Monsieur, tous ces manuscrits ?"
Moi (avec un air inspiré) : - "Je pense qu'un grand éléphant blanc les a mangés."

8.
Chaque jour, ou presque, m'apprend quelque chose sur l'oubli qui caractérise l'essentiel de mes relations aux autres, leçon de chaque jour, ou presque, que, presque chaque jour, j'oublie.

9.
Il avait dans la tête un trône sur lequel il s'asseyait volontiers et d'où il rendait justice avec cette souveraine bienveillance qu'il avait beaucoup pour lui-même et peu pour les autres.

10.
Je me mâchonne longtemps la décision, comme un écolier mâchonne un capuchon en regardant s'agiter ce réel qui prétend lui apprendre quelque chose.

11.
J'ai faim. Tous les appétits. Les dieux que je boufferais. En salade.

12.
J'eusse aimé violonner virtuose, dans l'électrique gratter d'la gratte, pianoter dans le mystérieux, mais j'ai plus de ventre que de cervelle.

13.
Que de malices sous ta limace, si ta limace veut dire chemise.

14.
"Satan qui dit que" qu'il écrit Rimbaud. Flammes, Satan, polyglotie aussi. Chez Bernanos, le Diable, c'est peut-être Monsieur Ouine, un professeur de langues.

15.
La pédagogie a rêvé une vérité sereinement révélée, apprise, transmissible, dépendante de la logique et de la raison, et elle ne semble pas toujours se rendre compte que la vérité foudroie, arme pour le combat et non pour une paix universelle.

16.
Le Vrai relève plus de la face hérissée de la Gorgone que du clair visage du saint.

17.
"Fiat lux !" certes, mais quelle lumière noire !

18.
La vérité, l'autre face ténébreuse d'une pièce jetée en l'air par quelque dieu tricheur.

19.
Il y eut que nous avons crevé les yeux des horloges; le temps ne nous regarde plus passer.

20.
"Rien ne bougeait encore" que je lis dans Rimbaud, c'est que tout est d'abord dans la fermentation de sa révolution quotidienne.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 septembre 2014.



RIRA BIEN QUI RIRA TOUT DE MÊME

RIRA BIEN QUI RIRA TOUT DE MÊME

1.
Sans les guerres de religion, Dieu ne serait qu'un passe-temps, qu'un alibi de la norme.

2.
Un livre digne de ce nom est un assassin dans toute sa puissance. Ainsi les livres saints.

3.
Aimer et désaimer, avoir et perdre, prendre et déprendre, plier et déplier : autant d'occasions d'ouvrir et de fermer la bouche.

4.
Exister, c'est organiser ses manques et ses manquements. Du reste, être, c'est courir vers le grand manque, l'ultime faire défaut.

5.
Je n'irai plus jamais, je crois, boire un verre avec quelqu'un. Cela m'a souvent ennuyé, d'avoir à échanger des banalités avec un quidam dont les motivations exactes m'échappaient presque toujours.

6.
C'est toujours la même minute. Le temps multiplie ce qu'il abolit.

7.
Le temps est un joueur de go qui finit toujours par nous enfermer dans un territoire d'où nous ne sortirons plus.

8.
Le solitaire est celui qui essaie, souvent en vain, de se lier d'amitié avec lui-même.

9.
Les gens, des dégoûts secrets derrière des sourires affichés.

10.
J'aime assener des vérités qui n'en sont pas. Vous n'espérez pas qu'en plus je sois sincère.

11.
Jadis, les oeuvres suscitaient les écoles; aujourd'hui, c'est plutôt la norme qui, quoique.

12.
J'entends par l'école des mauvaises études, cette école là où j'ai suivi tant d'heures de cours qui m'ont surtout appris la patience et l'ahurissement devant le stupide, le plat et le creux. Ecole utile s'il en est.

13.
Pourquoi voudriez-vous qu'un petit prof soit savant ? Déjà qu'il a passé le concours.

14.
Je trouve de plus en plus suspect cette opiniâtreté à vouloir sans cesse accroître notre espérance de vie. Les Enfers seraient-ils surpeuplés ?

15.
J'aurai été une bonne partie de ma vie un sans-dents. D'où mon mépris.

16.
La gentillesse et la bienveillance ne sont jamais que des succédanés plus ou moins hypocrites de la noblesse de caractère.

17.
Le mot "bienveillance": une forme déguisée de la condescendance administrative.

18.
Le discours de la technocratie est si bien rodé que l'on y croirait presque. Presque. Et c'est dans ce presque que se tient mon couteau.

19.
Rira bien qui rira tout de même.

20.
J'ai rêvé de mademoiselle, qu'elle m'avouait son inclination et toutes ces sottises. N'en ai pas moins trouvé le rêve agréable.

21.
L'un des plus étranges rêves que j'ai pu faire (avec celui de l'être-léopard à l'échelle de corde et celui du fracas sur le toit) : quelqu'un près de moi appelait : "Magdalena... Magdalena... Magdalena... Magdalena", puis j'étais en marche et quelqu'un près de moi dit : "Ce n'est pas Marie-Madeleine qui t'a suivi, Jésus, c'est toi qui l'as suivie."

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 septembre 2014

07 septembre 2014

QUAND UN SANS ALLURE VOUS TRAITE DE SANS DENTS

QUAND UN SANS ALLURE VOUS TRAITE DE SANS DENTS

1.
Dans l'expression "sans-dents" qui, d'après la presse relayant généreusement Valérie Trierweiler, aurait été employée par François Hollande pour désigner les Français les plus défavorisés, je me demande s'il n'y aurait pas cette idée lointaine, implicite et probablement inconsciente, que les Français, à partir du moment où on sait comment s'adresser à eux, seraient bien trop moules pour se révolter.

2.
Il y avait "le pays légal et le pays réel", il y avait "la France d'en haut et la France d'en bas, il y avait la "fracture sociale"; maintenant, si l'on en croit Valérie Trierweiler, grâce à François Hollande, il y a la France des "à dents" et la France des "sans dents".

3.
Ce grinçant incident a au moins le mérite de rappeler qu'une femme qui se sent bafouée peut-être férocement mordante dans ses contre-attaques.

4.
Assurément, c'est avec ce "sans-dents" là que François Hollande creuse un peu plus sa tombe politique.

5.
"Les pauvres, c'est rien qu'des chans-dents" aurait chuinté François Hollande un jour de dinde de Noël, laquelle, dit-on se serait plainte.

6.
Quelqu'un qui vous raconte des bobards pour vous piquer vot' pognon, dans la vie courante, c'est un escroc. En politique, on appelle ça un candidat.

7.
Quand un sans allure vous traite de sans-dents, le mieux est de hausser les épaules et lui tourner le dos.

8.
Ah bah ! On peut admettre qu'au sortir d'un cocktail entre gens à dentition, on peut sous l'influence d'un  vin blanc un peu trop féroce, se laisser aller à des traits de charrue (souvenons-nous de "casse-toi pauv' con", "le bruit et l'odeur", "un auvergnat ça va, c'est à partir de trois que..." et autres preuves que nos élites, eh bien, ça fait longtemps qu'ils  n'ont plus fréquenté La Rochefoucauld, Chamfort et Voltaire), mais tout de même, voilà un "sans-dents" - s'il est vrai qu'il l'a réellement faite, c'te bourde - qui risque de rester dans la gorge de bien des électeurs.

9.
N'oublions tout de même pas que François Hollande a eu cette lucidité d'intervenir militairement dans des régions menacées par un jihad sans pitié et soutient le combat des Kurdes d'Irak contre des jihadistes particulièrement redoutables. En l'attente des résultats de son récent virage socio-libéral, c'est bien la seule chose positive que je puisse mettre à son actif.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 septembre 2014.

DRAGONNER ZOU

DRAGONNER ZOU

1.
Le 7 septembre 2014, sur France Inter, entre minuit et une heure, Alain Maneval a passé dans son intégralité le génial "Histoire de Melody Nelson" de Gainsbourg (1971). Voilà une bonne manière de travailler à la pérennité d'une belle oeuvre.

2.
Entrer en concurrence avec les formes, se coltiner des colliers d'ombres, se grouiller l'esthète, se secouer le styliste.

3.
La projection en boucle de la fascination - illusion si, cinéma, apparitions stellaires, soleils dissipés.

4.
Pis i s'en va sans qu'personne s'en doute; c'est qu'il a le cerveau volant, dragon zou, qui fiche le camp aussi vite qu'il n'en revient pas d'être là.

5.
La fascination raye le disque, vous flanque la cervelle en boucle, vous séquence fermé, vous coince dans la maudite synchronie.

6.
Nous sommes tentés par la synchronie comme l'autre ailé par la lumière. Malédiction, car qui voudrait se retrouver coincé dans un tableau ? Qui voudrait étouffer dans une chanson ? Qui accepterait de hanter toujours un même lieu dans un même temps ? Qui supporterait d'être, toute son existence durant, enfermé dans sa fascination pour un visage ?

7.
J'ose à peine regarder son visage; je crains que cette rose blanche me tire la langue, éclate de rire, me lance ses épines dans les yeux.

8.
Elle avait un visage, cette maison où je rentrai, de longs cheveux d'escalier, des lèvres dans les murs, un nez dans la cheminée, le front livresque et des dents de cuisine; ses yeux brillaient dans tous les miroirs, sauf dans la chambre où ils flottaient, rêveurs.

9.
La nuit s'étire les jambes les bras les mains les yeux et divise les angles, et englobe les cercles, et masque les géométries.

10.
Nous sommes de manière à. De manière à la nuit. Nous sommes à la nuit horloge sans yeux.

11.
L'ombre le temps. Réel cavalcadant. Sous les paupières, des drames anciens avancent masqués, traversant des couloirs aux cris étouffés, aux ombres glauques qui se glissent sous les portes.

12.
L'écrire mal n'empêche pas de penser. Des fois, les phrases trop bien faites, c'est rien que beau masque derrière lequel moisit lentement quelque glauque tapis d'idées.

13.
"Ce passé ces têtes de morts"
(Apollinaire, "Le brasier")

"Ce passé ces têtes de morts", en concert, qui ricanent, pis qui claquent des dents, pis qui grincent des mâchoires, pis qui vous content.

14.
La distance relativise les cercueils. Il faut avoir le nez dessus pour cracher son dégoût, pour nauséer, pour se mettre en colère contre l'être, ce néant à la hache.

15.
Dès que l'on fouille, farfouille, trifouille comme si on allait en dénicher un, de trèfle à quatre feuilles, on sait déjà qu'il faudra en déterrer, des crânes vides, avant de le trouver, le trésor, et même que des fois, dans la fouille, on y laisse ses mains.

16.
Des fois qu'le réel serait une tension au d'sus du gouffre, une tension continue entre le laisser tomber et d'incessants efforts, à la Cioran, "pour ne pas éclater en morceaux".

17.
"Je ne suis pas né de la dernière tombe" qu'il répondit, le revenant.

18.
Dans la maison hantée y a du ouh ! ouh ! pis des cris, pis des chuchotis. On dit qu'c'est la jeune fille de la maison. La grand-mère en sait des choses. Bin oui, mais elle radote. Des yeux dans la nuit.

19.
Y a urgence le jour à faire le jour sur. Le cartel des ombres veille. Y a urgence le jour à endiguer la nuit et son collier de têtes mortes.

20.
"Imposer un autre paradigme". Impératif qui tombe de la bouche des philosophes comme si l'Histoire avait affaire avec la Vérité.

21.
L'Historien est celui qui pense pouvoir faire jaillir le vrai d'un puits de ténèbres.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 septembre 2014.

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06 septembre 2014

LA DEPOUILLE D'UNE FOUDRE

LA DEPOUILLE D'UNE FOUDRE

1.
Il n'y a pas de mot pour dire le chat mort
Et vivant à la fois pour dire le chat vif
Et crevé à la fois pour dire le chat peau
Qui tourne tourne tourne dans sa boîte d'espace.

2.
Et le souffle passa et tout se poila.

3.
Si légitime, si légitime que, si c'était encore possible, la sed lex en pâlirait sur la Croix.

4.
L'humain, cette chose la plus difficile, si difficile, aussi difficile qu'une pelote d'infinis, et que la pelote d'équations avec laquelle dieu tricote le réel.

5.
Le matin est blanc et nous promenons nos ombres dedans en attendant que midi vienne taper.

6.
Quand on commence à hésiter, des lignes invisibles se tracent, circulent autour de nous, nous éloignant symboliquement de ce qui était encore possible.

7.
Lettré, le Néant a t-il lu Sartre ?

8.
les poulets
quoi quoi quoi
dire des poulets
dire ce que ce que ce que
Beverly Voldseth dit
qu'ils sont dark dark dark
les poulets
noeuds noirs de traits vifs.

9.
Sur la route, des ombres balancées comme des jeunes filles à la balançoire, que le marcheur, indolent car il fait chaud, traverse.

10.
Un lieu peut-il vibrer ? Quel dieu, quel gong, quelle cymbale, quelle plaque alors y secoue son orage muet ?

11.
Celles du poète, ses poupées imaginaires, ses savantes désarticulations, celles du poète, flanquées plein ses vers, ses filles rêvées, même quand elles s'appellent Napoléon, Hannibal, épervier gris clair, napperon.

12.
Je n'aimerais pas crever en vieux radoteur des lettres, chipotant sur Proust, chichitant sur les traductions et pontifiant d'la prose d'amphithéâtre.

13.
Joueur invétéré, il paria qu'il mourrait un jour pair. Il rédigea donc deux testaments.

14.
"Sur la pente du talus les anges tournent leurs robes de laine"
(Rimbaud, "Mystique")

Sur la pente on glisse... du talus on en a plein les talons dessus pis on glisse il a plu... les anges, que vais-je comment les agiterai-je les neigerai-je... et pourquoi faire neiger les anges déjà qu'ils ont des robes que donc il faut dire elles... des robes de laine, Hélène... pis pourquoi que j'glisse ainsi dans la phrase, si dans la phrase, dans la phrase, la phrase...

15.
"- Du vide, je t'en ficherai du vide, moi !" qu'il répondit Dieu au philosophe.

16.
Je l'écoutais pontifier à la radio, esthète de l'argument, jeteur de profondeur en poudre .

17.
Les recueils de Cioran - des jets d'étincelles, la dépouille d'une foudre.

18.
J'entends à la radio un philosophe dire sans rire que la poésie d'untel "repose sur le vide", dans lequel, à mon avis, elle tombe, évidemment.

19.
C'est que j'y vois trop d'esprits que je m'y noierais, assurément, dans tant de raisons, de causes et d'effets qui bavent aux nébuleuses, et si prompts à vous disséquer le réel, si féroces à étouffer l'idiot de moi qui rengaine une vieille comptine électrique.

20.
Qu'on patiente et on verra qu'on ne verra pas, cause que depuis lurette nos mirettes auront servi de bifteck aux bestioles qui nous ramènent à la nuit.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 septembre 2014

L'AVOIR EN MAUVAISE COMEDIE

L'AVOIR EN MAUVAISE COMEDIE

1.
Et le vent l'dépouilla de ses chairs et d'sa tête.

2.
Comme il ne restait que l'ombre du mur, il disparut.

3.
Avec le di, avec le bon di, avec li, qu'est-ce que j'vas faire, bon di d'bon di !

4.
Des fois, je me dis comme ça qu'c'est pas bon di d'bon di qu'on devrait dire, mais bandit d'bon di - Ah !

5.
N'empêche qu'avec le di, le bon di, et pis le dimanche, che, che, je. Je quoi le dimanche ? Je m'emm je m'enn "Je hais les di" j'ai en co le di, en comédie la mauvaise, en voilà une tiens l'avoir en mauvaise comédie.

6.
Franchement, nous sommes sincères à peu près comme un acteur médiocre dans une mauvaise comédie.

7.
"Avec moi dieu-le-chien"
(Antonin Artaud)

8.
J'en ai plein d'l'avec moi du ouah ouah à god the dog i bondit l'bon dieu chaque dimanche comme un diable de sa boîte de nuages.

9.
Y a des écrivains à horizons lointains; des fois, vrai qu'ils vont loin, pis profond. Pis y a les verticaux, les foudroyants, les fulgurants, qui vous tombent sur la tête, dans la tête, jusqu'au ventre des fois.

10.
Dans une multitudes d'horizons une multitude de poitrines.
Et puis une multitude de dieux cachés partout dans le grand cartel des horizons.

11.
La diachronie raconte des histoires.
La synchronie forge des foudres.
Des fois, elle a même pas le temps de le finir, son conte, que.

12.
J'écoute le beau "Dickens' Dublin" de Loreena McKennitt (album "Parallel Dreams") :
"Maybe I can find a place I can call my home
Maybe I can find a home I can call my own".

13.
On ne tombe pas amoureux d'un foie, d'une rate, d'un intestin, on tombe amoureux d'une peau parlante. Ce que nous aimons en l'autre, ce sont les signes de l'autre.

14.
Il n'y a qu'un chien pour adorer un os.

15.
La lune - elle porte un chapeau ! Que pensai-je à propos d'une crêpe et de l'être dévorant ? Oui... La lune, dis, on dirait une crêpe qui s'apprêterait à nous dévorer.

16.
Delvaux : Squelettes plantes femmes en chairs parmi les plantes et la compagnie des ombres squelettes géomètres qui passent et passent et passent.

17.
There are no eyes here the wind in a field

Il n'y a pas d'yeux ici le vent dans un champ.

18.
Le nez du clown se mirant dans une flaque est-il la lune rouge d'un lilliputien des eaux tombées dans la nuit ?

19.
Le verre qui me tombe des mains, une main invisible s'en emparera-t-il ? Aucune chance. Si cela arrivait cependant ? Si cela arrivait... Sans doute que mes jambes entraîneraient mon cou dans leur fuite.

20.
Ce qui reste d'un philosophe, ce sont ses osses pardi, sur lesquels il ne peut plus compter pour promener sa carcasse spéculative, sur lesquels il ne peut plus compter pour méditer sur la vanité des choses.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 septembre 2014.



Fin »