BLOG LITTERAIRE

20 février 2017

DEUX CHANSONS MAL FICHUES

DEUX CHANSONS MAL FICHUES

CHANSON MAL FICHUE MAIS QUAND MÊME

Des fois que rien n'aurait plus de sens
que j'traînerais ma carcasse à travers moi
comme un fantôme traverse la pluie
comme un fantôme traverse la pluie

Des fois que j'écouterais « Cowboys and Angels »
entre deux bières en traînant dans ma maison spectre
y a comme un chanteur mort qui plane dans l'air
y a comme un chanteur mort qui plane dans l'air

Des fois qu'le clown invisible m'aurait piqué tout l'humour
Des fois qu'le chien d'l'hiver m'aurait rongé tous les osses
ceux oùsque je sifflais des macabres de fantaisies
ceux oùsque je sifflais des macabres de fantaisies

Mais où ai-je mis mon âne çui-là qui jouait du luth
Ah comme il manque au palais de ma caboche
et j'entends braire au loin les ânes des autres
et j'entends braire au loin les ânes des autres

Bah fais-toi z'en pas elle reviendra ta belle humeur
Et Zut avec ça me dis-je à moi-même car je m'entends bien
et ta manière d'envoyer balader le monde
et ta manière d'envoyer balader le monde.

AUTRE CHANSON MAL FICHUE ET EN PLUS ELLE EST HUMIDE

Alors il se mit à tomber à tomber à flotter
et j'ai dit Seigneur que d'eau que d'eau veux-tu nous noyer ?

Et j'ai dit Seigneur que d'eau que d'eau veux-tu nous noyer ?
Qu'il tombe ainsi tant de morts tant d'ombres tant d'épées

C'est qu'il en est tombé des chiens malades et des cordes à pendus
des voix brisées des seuls et des saules à pleurer

C'est qu'il en est tombé des vers blancs des leçons oubliées
de vieux maîtres je pense à vous Claude Lourme

C'est qu'il en est tombé des brunes à guitares de vieux bouquins
des bistrots que faisais-je là des escrimes des pianos

C'est qu'il en est tombé des prières des factures des rêves de
fortune et tout ce que je dois qu'à mort ne plaise

C'est qu'il en est tombé des trucs et ficelles des promesses
ah ça j'y ai perdu presque toutes mes dents
c'est la vérité j'vous le dis

C'est qu'il en est tombé des blues et des rolling stones
et des promenades dans un piano un jour d'été

C'est qu'il en est tombé des pédagogies et puis voilà qu'on
nous raconte la vie eugénique et éternelle Cioran comme tu avais raison

C'est qu'il en est tombé de vieux camarades las ils sont
très autres maintenant puis que le vent emporte

C'est qu'il en est tombé des amours mortes dans de vieilles chansons
des Arsène Lupin du samedi soir des Rois Fainéants

C'est qu'il en est tombé des Trente Glorieuses des frigidaires des téléviseurs
on dirait bien qu'tout ça nous retombe sur la tête

C'est qu'il en est tombé des San-Antonio des culs avec indolence
des langues vertes que l'on n'emploie plus sous peine de justice

C'est qu'il en est tombé des un chat c'est un chat et des Orlando De Rudder
et tous ces crachats vois ami comme ils retombent sur terre

C'est qu'il en tombé des statistiques et des premiers d'la classe
pendant qu'à la télé j'contemple Le Pen Fillon Hamon et tout ça d'mon.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 février 2017.


11 février 2017

LA BANDE DE JEUNES CONTRE LE VEILLEUR OCULAIRE

LA BANDE DE JEUNES CONTRE LE VEILLEUR OCULAIRE

(Fiction sociétale et soyons honnête assez bâclée)

 

« Mieux vaut entendre ça que d'être sourd » dit le muet, qui n'y voyait rien, à cause de la brume.

(Eugène Suie, « Le Mystère de l'apache parapluie »)

 

C'est l'histoire d'une bande de jeunes qui faisait rien que des bêtises genre voler missels, missiles, vermicelles et vermisseaux.

 

Ah ceux-là on ne les aurait pas laissés seuls dans un couloir des fois qu'ils l'auraient volé pour le revendre à un courant d'air.

 

Esthètes turbulents ils eurent leurs périodes comme la période s/m où ils ne volèrent que saumons et serments sermons salmonelles et ciment.

 

Y eut aussi la période vélos volés valises et têtes de veaux, la période vaisselles et vaisseaux, la période rolling stones et riens à cirer

 

Cé vilains rendirent l'homme invisible san manche le couteau san lame non plu san cheveu la tête à Mathieu et san dent la mâchoire à Jean.

 

C'été vraiman des si affreux que la société leur colla un œil pour les surveillé tout le tant. I pouvé plus rien fer sans que l’œil le sue.

 

L’œil que la société colla aux jeunes malfras en plus il eut droi à la majuscule c'est vous dire s'il fut singulier l'Œil télépathe touça.

 

Alors ils été tout embêtés de l’Œil surveilleur i pouvaient plus rien fer même quan ils étaient avec leur copine dan leur chambre et touça.

 

Come y en avait un qui savé des choses i dit ça me rappelle 1984 mes les autres disent cé du passé n'en parlons plus et du coup il la closa.

 

Com l’Œil les surveillait i décidirent (c'est-à-dire qu'ils se dirent ce qu'ils décidaient) de le crever l'Œil comme on cref un apcé.

 

Mes pour crever l’Œil sociétal qui était dans une matière aussi étrange et inconnue que le parfum de la Dame en noir qu'on dirait chaipas.

 

Pour crever l'Œil sociétal tout en bizarre matière fallait un drôle de surin ou une poutre gigantesque peut-être et ils se questionnurent.

 

Car l’Œil était fait en hypnose dédiée que dès qu'un gusse voulut s'en approcher aussitôt il le fascina d'une chanson télépathique.

 

Quan y en avé un de télépati par la chanson de l'Œil il bizarrait ferme quelques temps ne passant ses journées qu'à écouter des chanteuses.

 

Alors çuilà qui savait des choses dit qu'eux i devaient chanter des chansons plus fortes que celes de l’Œil chantant à lèvres muettes.

 

Car l’Œil, tout en hypnose et télépathie, savait tout ce que pensée les affreux que déjà il en connaissait beaucoup des chansons dédiées.

 

Je dis « chansons dédiées » car cé la mode maintenan de dédier à tour de langue y a des verres dédiés des vins dédiés et des gueules dédiées.

 

Mais pour composer des chansons plus fortes fallait être aussi fort que la moutarde, celle là qui des fois vous monte au nez.

 

Après avoir essayi i s'rendirent qu'il leur falot trouvé un maître compositeur car les maîtres compositeurs dici travaillé tous pour l'Œil .

 

Ceux qui travaillaient pour l'Œil on les reconnaiçait à leur combinaison en composite dédiée avec un œil dessiné dessus.

 

Plus le grade était élevé, plus les sourcils étaient dessinés épais ; pour les combinaisons des madames, l’œil s'ornait d'élégants faux-cils.

 

Heureuseman ils trouvère un tuyau dans l'oreille d'un mystérieux inconu qui en avait râle de travailler à l'Œil (et pourtan il était payé).

 

Le mystérieux inconnu personne ne le connaissait cé pourça qu'il était inconu et mystérieux à cause de sa façon de manger les moules-frites.

 

Il était mystérieux l'inconu par exemple il mangeait de la compote de pommes avec son boudin noir c'était bizarre come du Nor de lon tans.

 

Le jour où il mangea des chicons, des boulettes-carottes-pommes de terre pour finir par d'la tarte au riz, nul ne douta : il était d'ailleurs.

 

Le mystérieux inconnu personne ne le connaissait mais il leur révéla qu'un maître compositeur s'était enfui loin là au-delà de la Zone.

 

Le mot « Zone » ça la troublia la bande de jeunes à cause des terribles zonars qu'on dit qu'ils travaillaient pour l'Oeil avec des couteaux.

 

Alors le chef de la bande de jeunes c'été un jeune lui ossi mes com il été chef il avait l'air moins jeune mais pas beaucoup plus quanmêmun.

 

Alors le chef de la bande dit aux zotres qu'ils devaient s'entraîner à massacrer du surin oui mes coman fer à cause de l’œil surveilleur là.

 

Je sais pas coman ils ont fai pour s'entraîner à massacrer du surin à cause de l'Œil surveilleur là mes enfin easy arrivurent.

 

Du coup la bande parta odela de la Zone, trouvère le trouvère (le maître compositeur) et aprenirent à composer aussi bien que je conjugue.

 

Ils rentrirent chez eux assourdirent l'Œil en lui chantan des trucs pas possibles que l'oeil en perdi toute télépathie et majuscule.

 

L’œil maintenan il était tout détélépaté et plus très surveillan que du coup la bande de jeunes chantans dansit la Danse de Saint Guignol.

 

Les savants sociétaux les éducateurs sociétaux les politiques dédiés et les saintes gouvernances furent bien embêtés de ne plus avoir l'Œil.

 

Vous me direz pourquoi ils ont pas construibriqué un autre Œil pour surveyer les jeunes chantans, un Œil sourd comme un œuf dur bien sûr.

 

« - Et je dirais même un œuf dur de la feuille » dit alors un détective à chapeau melon qui avait un frère dans la marine.

 

A cette question, chaipas que répondre quand bref j'en ai marre de l'histoire, pis c'est l'heure de ça vous r'garde pas salut les autres.

 

Bon alors la bande de jeunes forma un groupe à chansons qui eurent du succès du coup i s'amendirent et voilà ça finit bien (poil au chien).

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 29 janvier 2017.

05 février 2017

SALVE

SALVE

 

1.

Au train où ça va, je me demande si le prochain président français ne sera pas ou très jeune ou très blonde.

 

2.

François Fillon accuse la gauche de complot. Croit-il vraiment qu'il n'a que des amis à droite ?

 

3.

De toute façon, le mal est fait et si Fillon échappait à une mise en examen, je me demande si le discrédit ne serait pas plus grand encore ?

 

4.

Fillon déclara un jour : « Je suis à la tête d'un Etat qui est en situation de faillite » : pas pour tout le monde apparemment.

 

5.

Amusant de voir l'homme qui voulait supprimer 500 000 emplois de fonctionnaires empêtré dans une affaire d'emploi fictif.

 

6.

Ils ne sont pas tous pourris, non, ils sont juste plus ou moins tous voleurs, menteurs, magouilleurs et très très très rapaces.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 5 février 2017.

QUELQUE PART DANS LA LANGUE

QUELQUE PART DANS LA LANGUE

 

1.

Non je n'aime guère mes contemporains et je n'aime guère ceux qui vinrent et je ne regarde ceux qui arrivent que d'un œil méfiant ; ne suis rien qui vaille que le peu de mes brefs ; pas sympathique non, et pas vraiment gentil et pas vraiment méchant ; je me hausse les épaules quoi.

 

2.

Ah c'est embêtant, à chaque fois que je mange des pommes cuites, je rêve de pommier foudroyé.

 

3.

Le passé, c'est une collection de présents qu'invente l'historien, lequel est une invention de la grammaire.

 

Avec cet aspirateur à présents qu'on appelle l'oubli on en met des trucs sous l'tapis du passé lequel s'épaissit s'épaissit comme un mystère.

 

4.

Mourir un peu, non, c'est déjà de trop, mais je reprendrais bien un peu de cette chaude, de cette bonne vie là.

 

5.

Quand elle sera toute mourute

Et sous la terre toute pourrite

Je dirai ah comme nous nous plûtes

Et que le temps nous dépite…

 

6.

Qu'un poème soit trop long, il ne le faut point, dit Zut en tirant sur son bref.

 

7.

La lune des fois elle est si blanche qu'on dirait le visage de ma belle-sœur le jour où ça ne vous regarde pas.

 

La lune st'une crêpe même qu'en Picardie des fois elle est toute ficelée de brumes.

 

8.

Les rails c'est squ'on a dans la tête qu'on est sur la bonne voie on nous dit mais des fois on déraille quand même.

 

Les rails ça mène les gens vers une autre vie qu'après ils reviennent à leur vie pareille.

 

9.

Les miroirs quand on s'y r'garde dedans, des fois on s'y reconnaît.

 

Les miroirs quand on s'y r'garde dedans, des fois on reconnaît quelqu'un ; des fois c'est soi-même, des fois non.

 

D'ailleurs, lui-là qu'est pas là, il n'a pas de miroir chez lui, vous savez, il aurait trop peur d'y apparaître.

 

J'ai connu quelqu'un, son miroir, il l'appelait son Belphégor ; une autre c'était « miroir, mon beau miroir ».

 

Celui-là qui appelait son miroir son Belphégor, on dit qu'il abusait des romans populaires, mais il a tout de même fini par disparaître.

 

Celle-là qui appelait son miroir « miroir, mon beau miroir », elle a été bien compromise savez, dans une affaire de pomme empoisonnée.

 

10.

- « J'ai connu un oiseau du même genre, ah c'était un drôle de bonhomme ! » dit le corbeau à la chouette.

 

Les oiseaux jadis jactaient latin dans les poésies ; c'est parce qu'on y pigeait rien. Ceci dit i jactent toujours étrange les zoziaux.

 

Ô zolis zoziaux du zézaiement ô oiseaux zêtes zaussi du jadis du jadis chantant du jadis au jardin où vous rappelez des chansons.

 

Ô oiseaux zêtes jadis à jactance de pie Margot et rossignolets jolis, c'est en fontaine de trilles que du latin jaillissait de vos becs.

 

Ô oiseaux du jadis vous siffliez dans les poésies un latin plus joyeux joli que celui qu'à leurs ouailles administraient les prêtres austères.

 

Les oiseaux, ça vole haut ; faut s'y connaître, sinon on risque bien d'tirer sur la douane volante.

 

11.

L'imprimerie ça va si vite que les livres, on les a pas tous dans la tête, déjà qu'il y en a beaucoup i s'dissolvent dans la matière grise.

 

12.

Un couteau est fait pour couper dans le réel, - ôtez en la lame puis le manche, et c'est plus un couteau, mais un aphorisme.

 

13.

Le réel, ça sert beaucoup à nous repérer au milieu d'tout ça qu'on imagine.

 

14.

La vérité, c'est ce qu'on finit parfois par trouver après avoir questionné pas mal de mensonges.

 

15.

« - Oh grand mur, comme vous avez de grandes oreilles ! » fit le Petit Chaperon Rouge après avoir fumé toute la galette.

 

16.

Parfois ma tête me dit : « Cela me gêne que l'on puisse nous voir ensemble ». Alors nous nous séparons et je n'ai plus ma tête à moi.

 

17.

Pierre se jeta dans une remarque sur l'heure qu'était donc ce qui fulmina Marina dont l’œil lança force électricités noires kil'frappirent.

 

Je sais pas pourquoi Marina fulmina ; sans doute que la belle voulut rester un peu plus longtemps dans un chaipazoù oùsqu'ele s'amuseau.

 

Oùsqu'elle s'amuseau à s'secouer les puces et le reste sur un air électrotototonic et répépétititif à flanquer un mal de tête à un bœuf.

 

« électrotototonic et répépétititif » : cha ch'est dur, ch'est chaud, ch'est chaud à prononcher cha.

 

Pierre, après avoir été frappi des euils zélectriques à Marina fulmina, se relevi tout tourni d'la tête et alla s'faire moine.

 

Comme Pierre s'était moiné, Marina fut conséquemment célibatée ; ce qui n'empêcha nullement Napoléon de mourir à Sainte-Hélène.

 

Des fois je narrate, ça dure jamais longtemps, c'est juste des bouts de scènes dont la queue et le leu traînent quelque part dans la langue.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 28 janvier 2017.

CE QUI NOUS TROUBLAIT LE PLUS

CE QUI NOUS TROUBLAIT LE PLUS

 

« C'est quand même le miracle de l'invisible, la littérature. »

(Alain Finkielkraut, émission « Répliques » du samedi 21.01.2017, France Culture)

 

1.

« Ce qui nous troublait le plus, c’était notre ignorance totale de l’aspect sous lequel se manifesterait la chose. »

(H.P. Lovecraft traduit par Yves Rivière, « La maison maudite » in « Je suis d’ailleurs », Denoël, coll. « Présence du futur »)

 

Heureusement que c’est une chose, car... si c’était autre chose… dit-il pendant que ses yeux allaient chercher l'journal.

 

2.

Lovecraft dans « La maison maudite » évoque le « loup moqueur » et « tout en yeux ». Ah le gueux leu de peu, i mate dis et i s’moque le fieffé.

 

En général, les loups moqueurs, si vous ne riez pas aux blagues qui leur sortent du museau, ils vous croquent l’os et osselets.

 

Avec ça qu'il avait la bobine insectoïde et déroulant du brumeux tout pourrite dans la pièce, franchement on n'avait plus faim.

 

Bizarre, cette envie de sortir par la cheminée, - pourquoi pas par la porte ? Ah ces êtres de l’ailleurs - tout pour se faire remarquer !

 

3.

Lorsque dans « La maison maudite » le narrateur lovecraftien demande quel pouvait être le rapport entre la demeure et la langue française, les demeurants demeurent muets tout en mangeant leurs croissants (ça c'est moi qui l'invente).

 

Ceux qui subsistent dans les zones infectées par l'ailleurs lovecraftien ont souvent la jactance sifflée : les demeurants demeurent muets.

 

Les créatures de l'univers de Lovecraft sont à la lisière de l'être ; elles menacent de pouvoir être. C'est des plantes de pas d'ici.

 

Du pouvoir être nous tirons nos songes et nos fantaisies, lesquels parfois finissent par l'emporter ; nous sommes troublés.

 

Les créatures lovecraftiennes intoxiquent le réel de leur pouvoir être. Tout est alors soumis à la désolation de « la couleur tombée du ciel ».

 

En reprenant la distinction faite par Franju, l'art de Lovecraft se situe entre le fantastique que l'on crée et l'insolite « qui se révèle ».

 

Cependant, l'amateur de récits fantastiques sait que cela ne se peut pas. Il devient alors le témoin objectif et le parfait alibi des ténèbres.

 

La science, en niant farouchement le règne secret des créatures, leur permet évidemment d'avancer masquées.

 

Sans doute sommes-nous les sujets fidèles malgré nous d'un royaume masqué.

 

Écrire du fantastique revient à faire ses gammes sur un clavier à fantômes. Faut gaffer d'pas chuter d'dans.

 

4. « Tout ce que je sus, dans mon enfance, de la maison maudite, c’est qu’on y mourait comme des mouches. »

(Lovecraft, « La maison maudite »)

 

A mon avis, ça, c’est peut-être bien à cause de l’insecticide.

 

5.

« et je fus immédiatement la proie de rêves fort troublants. J’éprouvai une solitude cosmique et abyssale »

(Lovecraft, « La maison maudite »)

 

Endormi, le narrateur lovecraftien est troublé de rêves ; « j’éprouvai une solitude cosmique et abyssale » écrit-il sérieusement.

 

Si j’écris : « j’éprouvai une solitude cosmique et abyssale » comme ça tout seul, je fais rire. Dans les textes de Lovecraft, c’est le contexte du rêve inquiétant et de la lente intoxication de l’esprit par l’hostile indicible qui rend possible une telle hyperbole.

 

Mais l'être lovecraftien n’est jamais cosmiquabyssalement seul. Déjà des « forces hostiles » viennent réparer la salle de bains car c’est fou c’que c’est humide chez lui.

 

6.

« Pas une âme dans la rue pluvieuse, personne au monde à qui j’osasse raconter ce qui s’était passé. »

(Lovecraft, « La maison maudite »)

 

Le narrateur lovecraftien, sorti de son trou à crapauds, constate que la rue est « pluvieuse ». A mon avis, stacause des crapauds.

 

Parfois, la rue est tellement « pluvieuse » qu’il y a « personne au monde » ; même les âmes sont parties manger des frites.

 

Parfois, la pluie efface le pouvoir être ; elle chasse le confident et laisse le témoin muet à sa solitude.

 

Le lovecraftien dans la rue qu’i pleut qu’y a personne alors i peut pas oser raconter ses horreurs qu’c’est ça l’indicible en fait.

 

7.

« Mais il n’avait pas tardé à tout oublier, se rappelant seulement que c’était quelque chose d’étrange. »

(Lovecraft, « La maison maudite »)

 

Comme c'est étrange se dit le lecteur.

 

Quand on y pense, le passé, c’est très étrange : le passé, c'est une invention grammaticale qu’c’est la permanence du présent le passé.

 

D'ailleurs, quand on finit par n'être plus présent en ce monde, le passé s'évanouit aussi bien que son futur et nous ne sommes pas.

 

Heureusement qu'on finit par les oublier, les étrangetés du passé dans les romans, ça nous permet de les relire et puis hein bon.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 21 janvier 2017.


LA CHASSE AU CANARD SUIVI DE TROIS TRUCHELLES

LA CHASSE AU CANARD SUIVI DE TROIS TRUCHELLES

Le mot « truchelles » est un mot fort utile que je viens d'inventer pour l'occasion. Il se met toujours au pluriel, sauf quand il se met au singulier, et c'est alors qu'il change de genre : un trucheau (masc. sing.), des truchelles (fém. pl.).

1.
LA CHASSE AU CANARD

La chasse au canard c'est chouette mais quand la
Nuit est vraiment toute noire on ne peut pas chasser le canard
Et ça m'ennuie vraiment de ne pas pouvoir chasser le canard
Ce qu'il y a alors c'est que ma tête est pleine de canards
Que de coins-coins que de cancans que de couacs !
Je suis plein alors dedans ma tête de canards je n'en
Peux plus de tous ces volatiles qui tournent qui tournent qui tournent
En cercles de plus en plus coulants mais qu'y
Faire qu'y faire qu'y faire - quel enfer !

Notes :
a) Dans « La chasse au canard » l'auteur imagine que sa tête est pleine de canards ça à force de manger du poulet-frites le samedi...

… ça lui pendait au nez (poil aux pieds palmés).

b) Dans « La chasse au canard » en 6 vers l'auteur emploie 5 fois le mot « canard » ce qui renforce l'idée qu'il est obsédé du donald l'auteur.

c) Pour éviter une 6ème répétition du mot « canard » l'auteur met le mot « volatile » au pluriel alors ils se mirent à tourner tourner tourner.

d) On notera l'allitération du vers « Que de coins-coins que de cancans que de couacs » ; hélas, ce n'est pas un alexandrin.

e) Le vers « Faire qu'y faire qu'y faire – quel enfer ! » associe l'impossibilité de « faire » à « l'enfer » ! Quel aveu d'impuissance ! Quelle émouvante lucidité !

Notons que si l'impossibilité de faire, c'est l'enfer, le manque d'avoir produit du désespoir, ce qui finit par jeter l'être par la fenêtre.

f) Il existe une version « chanson » de la pièce « La chasse au canard ». Elle ne vaut pas un appeau (d'lapin), et c'est à titre d'annexe que nous la faisons figurer.

LA CHASSE AU CANARD (chanson couac)

La chasse au canard c'est chouette
Mais voyez voyez comm' c'est bête
Quand la nuit est vraiment tout' noire
On n'peut pas chasser l'canard
Ah c'est ennuyant de n'pas pouvoir
Aller chasser l'canard
Alors ma tête s'remplit d'canards
De canards de canards de canards.

Que de coins-coins que de cancans que de couacs !
Couacs
Couacs
Couacs
Couacs
Ah oui j'en ai vraiment ma claque
De n'êt' qu'une tête, qu'une tête à couacs !

Mais qu'y faire
Mais qu'y faire
Mais qu'y faire
Ah quel enfer...

Quand je n'peux pas chasser l'canard
J'en ai plein ma tête ed' canards
Oh j'en peux plus d'ces volatiles j'en ai la rage
Que moi j'vas finir sauvage
Canard au sang me dis-je alors canard au sang
En contemplant ces becs volants
Qu'ça fait des cercles des nœuds coulants
Là-haut dans mon tourment.

Que de coins-coins que de cancans que de couacs !
Couacs
Couacs
Couacs
Couacs
Ah oui j'en ai vraiment ma claque
De n'êt' qu'une tête, qu'une tête à couacs !

Mais qu'y faire
Mais qu'y faire
Mais qu'y faire
Ah quel enfer...

2.
DES TAMBOURS

Des tambours et tous à la
Fois qu'ils roulent roulent et tourne-roulent
J'écris à mon médecin que j'en deviens maboul
Des tambours en foule qui roulent à ma porte (à tambour) bah
Conneries me crie-t-il derrière son masque et son tambour de ville.

Notes:
a) Dans la pièce « Des tambours », en 5 vers l'auteur fait sonner 12 fois le son « ou » (dont 5 fois le son « our ») ; veut-il nous rendre sourd ?

b) Dans la pièce « Des tambours », au son « ou/our » l'auteur ajoute le son « i » (7 fois) ; ça fait tant de ou/i qu'on se demande où i court comme ça.

c) Dans la pièce « Des tambours », l'auteur dit que d'entendre tous ces tambours, il en devient maboul. Quelle émouvante lucidité !

d) Dans le vers « Des tambours en foule qui roulent à ma porte (à tambour) bah » l'auteur de « La chasse au canard » fait évidemment de l'humour.

Il mériterait qu'on lui claque sa « porte (à tambour) » au nez (poil au tabouret).

e) Dans la pièce « Des tambours », l'auteur évoque un médecin qui porte un masque et joue du tambour. A mon avis, c'est un charlatan.

f) La pièce « Des tambours » est un contrevers basé sur la phrase « Des fois j'écris des conneries ». Là encore, quelle émouvante lucidité !

3.
MESSAGE A CARACTERE INFORMATIF

« La fumée du tabac contient plus de 70 substances cancérigènes »
(lu sur un paquet de tabac)

La fumée ça fait tousser la
Fumée du diable que c'est le tabac
Du diable j'vous dis et qu'on paye qu'en plus ça r'vient cher le
Tabac et ce diable là voyez i
Contient un je suis légion tout à fait affreux que
Plus le temps passe (à tabac) plus je tousse que
De tant tousser je fais fuir tous ceux qui ne supportent pas la fumée
70 au moins i sont les démons de dans le diable fumeux ô
Substances ô Mondes volatils ô âcres
Cancérigènes qui pillez nos poumons et stoppez nos artères !

Notes :
a) Dans « Message à caractère informatif », l'auteur associe la fumée du tabac à celle du diable ! Seigneur, que va-t-il imaginer là ?

Soyons lucide, il ne s'agit jamais que de démonologie de comptoir de bar-tabac !

b) Dans son poème l'auteur emploie l'expression « je suis légion » déjà qu'il parle du diable ah ça devient affreux affreux affreux.

c) En associant l'expression « je suis légion » à la fumée du tabac, l'auteur nous donne à songer un monde envahi par quelque fumée maléfique.

Ce « je suis légion » fumigène nous semble assez relever d'un univers lovecraftien (poil au batracien).

Pensez-vous que je doive plutôt écrire « lovecraftesque » ? Mais alors ça donnerait « poil au batracienesque » !

d) Dans le vers « Plus le temps passe (à tabac) plus je tousse que », l'auteur fait preuve d'un humour fumeux de coffee and cigarettes.

Nous savons de source sûre que l'auteur est lui-même fumeur. Déjà qu'il se moque du monde avec ses « poèmes » ! Ah tous les vices !

e) Les derniers vers du poème sont marqués par l'emploi du vocatif à majuscules (« ô Substances ô Mondes volatils ô âcres Cancérigènes ») comme quoi à force de fumer, y en a i finissent par hugoler sérieusement.

4.
ZIGOMAR

« Zigomar du ciel, astucieuse duelliste, étoile »
(Robert Desnos, « Siramour »)

Zigomar qui est-ce ? Un rigolo d'l'azur ou quelque chevalier
Du lointain oh je suppose que le pain est frais et le
Ciel tout scintillant d'armure légère... Oui mais c'est vaste l'espace !
Astucieuse poésie à frimousse de beurre frais, de  
Duelliste joyeuse, ô sainte fantaisie,
Étoile, je te vois et me dis ah tiens elle est revenue la réelle.

a) L'auteur se demande qui est Zigomar et fait ainsi l'aveu de son inculture. Moi non plus je sais pas qui c'est mais je mange des frites.

b) Des chevaliers dans le lointain ? On peut toujours le croire. Ici y a qu'mon armure ; elle seule marche-grince dans la nuit du château.

c) La nuit, pour un public de spectres choisis, mon armure joue parfois son légendaire concerto pour grincements et rongeurs couinements.

d) On peut toujours rêver les étoiles en torses et armures légères, l'espace est vaste et glacé comme une pizza dans un congélateur.

e) L'auteur en écrivant « mais c'est vaste l'espace », je suis sûr qu'il a ouvert la bouche et a ahané des â tout à fait cosmiquabyssaux.

f) L'auteur écrit que la poésie est une « astucieuse », mais je sais pas si elle est aussi astucieuse que ma copine Zut qui vous tire la langue.

g) Zut, elle a tellement tiré de langues qu'à l'heure qu'il est, elle doit être polyglotte, au moins.

h) Rien de plus réel que les étoiles. Vous levez la tête, aussitôt vous vous dites ah bien là-haut elles au moins sont au rendez-vous de l’œil.

i) L'auteur confusionne les genres car Zigomar c'est du masculin mais après i cause à l'étoile qu'on croit que c'est Zigomar l'astucieuse.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 janvier 2017.

01 février 2017

J'ECRIS PARCE QUE JE PREFERERAIS NE PAS

J'ECRIS PARCE QUE JE PREFERERAIS NE PAS

 

1.

J'écris parce que je préférerais ne pas.

 

2.

Avec ma parka à capuche et mon chien malade, je me fais l'effet du moine gelé de la vieille légende que je n'ai pas encore écrite.

 

3.

J'écris parce que les mots me manquent.

 

4.

J'écris parce que c'est la seule chose que.

 

5.

J'écris parce que j'aime.

 

6.

Des fois je panique dedans ma tête que le singe de la jungle de ma tête il ne sait plus où est passé l'homme dans toute cette agitation là.

 

7.

J'écris parce que j'ai une main à plume (j'ai toujours été plumé). Somme toute, c'est assez curieux.

 

8.

La « rareté naturelle des choses » me donne à penser que ce monde est trop pauvre pour être honnête (poil à la tête).

 

9.

« Even for a word, we will not waste a vowel »

(proverbe « anglo-indien » cité par Georges Perec in « La Disparition », « Métagraphes »).

 

Dans les Indes à proverbes, on ne gâche pas tout pour un mot, et les veaux se portent bien.

 

10.

« Chaque matin le soleil se lève

L'ombre se dissout dans l'ombre 

L'homme réfléchit l'homme. »

(Robert Desnos, « Bacchus et Apollon »)

 

L'homme se voit dans la glace et

Réfléchit est-ce vraiment lui

L'homme cette figure qui me regarde et que je ne reconnais pas.

 

L'homme se voit dans la glace et

Réfléchit ah oui se dit-il maintenant je le reconnais

L'homme oui c'est celui-là qui veut prendre ma place.

 

L'homme se voit dans la glace et

Réfléchit j'ai déjà vu cette tête-là quelque part ah oui c'est lui

L'homme qui passe sur le boulevard l'été passé.

 

11.

Dans un long bruissement, la forêt chevauche et les chevaliers enracinés baissent la tête au passage de la Reine Verte.

 

12.

Je ne vais jamais nulle part ; j'y suis déjà.

 

13.

Je ne vais jamais nulle part. Pas la peine de m'inviter. Je n'y vais pas. Si je suis là, c'est que j'ai été distrait, excusez-moi.

 

14.

J'écris pour ne pas m'avouer que chais pas quoi faire qu'est-ce que j'peux faire.

 

15.

Je m'a gouré ! Zut alors ! se dit-il ; alors Zut apparut et, bien entendu, lui tira la langue.

16.

Ce que prouve le réel, c'est que nous croyons aux fantômes.

 

17.

« à la splendeur magique des girandoles de cette nuit rieuse comme le jour »

(Aloysius Bertrand, « La Chanson du masque »)

 

Quand la « nuit est rieuse comme le jour » c'est des fois qu'on rêve de comédie ; on comprend pas ce qui s'dit mais on rit quand même.

 

18.

J'entends parler (c'est la radio) de « l'enfant intérieur »… Ah les sales mômes ! Toujours à s'faufiler partout et surtout où i faut pas !

 

19.

« La petite lumière se hâtait d'approcher, et ne se hâtait pas de répondre. »

(Aloysius Bertrand, « La Poterne du Louvre »)

 

Parfois les approchantes gardent le mystère que des fois on les voit même pas et restent muettes quand on leur demande.

 

Parfois une petite lumière dans la brume s'approche mais fantôme comme si elle n'avait pas de lèvres elle ne dit rien.

 

20.

J'écris pour garder un mystère dont on ne m'a pourtant rien dit.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 22 janvier 2017.

18 janvier 2017

NOTES A PROPOS DE FRANJU ET DE FANTÔMAS AUSSI

NOTES A PROPOS DE FRANJU ET DE FANTÔMAS AUSSI

En écoutant un atelier de création radiophonique intitulé « Vol AF 033 Paris-Montréal via Fantômas, ou Georges Franju, le rêveur immobile (1/2) » (réalisation de Jean-Daniel Lafond, diffusé sur France Culture le 10/11/1985).

 

«- Fantômas !

- Vous dites ?

- Je dis...Fantômas !

- Ça signifie quoi ?

- Rien... et tout !

- Pourtant, qu'est ce que c'est ?

- Personne, et cependant quelqu'un !

- Enfin, que fait-il ce quelqu'un ?

- Il fait peur !!! »

(Souvestre et Allain, « Fantômas »)

 

Comme quoi stilal qui est « tout » et « rien » « personne » et « quelqu'un » et qui parfois « fait peur » n'est pas si loin d'nous autres.

 

1.

Franju Feuillade Fantômas conspiration des f qui sifflent et soufflent dans la nuit aux arbres agités. On est prié après ça d'faire tonner.

 

2.

Fantômas est radicalement inquiétant Il n'existe pas qu'on en parle encore !

 

3.

France Culture diffusa en 1985 une création radiophonique sur Franju mais c'est bien sûr Fantômas qui lui vole (c'est un voleur) sa vedette.

 

4.

Franju dit de « Judex » qu'on a dit que c'était une « féerie mélodramatique » qu'il y a dedans un drôle de mystérieux avec sa tête d'oiseau.

 

5.

Je me demande qui a réalisé « Pleins Feux sur l'Assassin » (je mets des majuscules partout pour faire plus assassin).

 

6.

Pour Franju, c'est « comme si le réel était dans l'image » c'est quelqu'un dans la radio qui dit ça comme c'est curieux.

 

7.

Où j'apprends que « Mirabel, c'est l'aéroport de Montréal » ; il y a aussi Dorval n'est-ce pas (entendu ça dans une chanson de Charlebois).

 

8.

Georges Franju évoquant sa dépression dit « j'avais l'impression de ne jamais être au temps présent » l'humain est un être i s'conjugue dis.

 

L'humain est un être de conjugaison, mais il fait des fautes de temps, et de mode ; il se croit impératif et n'est que conditionnel.

 

9.

Michel Lonsdale lisant le nom Fantômas allonge le « s » pour faire siffler son nom à celui-là qui est « nulle part et partout ».

 

Nous entrons dans l'ère des nulle part et partout des yeux invisibles qui nous voient et des ombres qui nous manipulent.

 

10.

Franju dit : « Je dirais une sainte horreur ».

 

Franju dit « je n'aime pas la nouveauté ; je ne parle pas de langue étrangère ; je n'ai pas le sens de l'orientation ». Le contraire d'un aventurier.

 

Franju dit : « Si, j'aime bien le chemin de fer » Moi aussi. Pourquoi ? Parce qu'on peut y lire les aventures de Fantômas.

 

Le chemin de fer nous relie au passé : ce que nous traversons, ce sont toutes les villes, toutes les gares étranges et autrefois rêvées.

 

11.

Franju dit : « [le monde] i m'apparaît mal… [le monde] i m'apparaît pas souvent. » Du rare et du maléfique quoi, du fantômas.

 

« [le monde] i m'apparaît quand je dois le réaliser. »

(George Franju, qui fut un fameux cinéaste)

 

Franju dit : « et je ne vois les choses qu'à partir du moment où je dois les réaliser ».

 

Franju faisait des films pour « faire apparaître le monde » belle expression qui fait du réalisateur un magnifique Mandrake le Magicien.

 

Le cinéma, un art de faire apparaître les fantômes, de les faire passer de la synchronie des acteurs à la durée de l’œil.

 

A mon avis, Dieu il a voulu faire trop d'films que du coup il a fait plein d'erreurs de montage.

 

12.

Le documentaire « Le Sang des bêtes » de Georges Franju n'a pas obéi à une commande ; ce film fut revendiqué, et de combat.

 

Franju dit : « Si j'ai réalisé « Le Sang des bêtes », c'est parce que j'aime les animaux. »

 

13.

Ah c'est qu'il avait l'insolite sanglant le cinéaste qu'la poésie en traînait des cercueils.

 

Et de ces musiques alors, qu'on dirait qu'en habits d'cocasse qui grince, des spectres y jouent la rythmique comédie.

 

14.

« - C'est là d'sous qu'Napoléon est enterré ?

- T'occupe pas d'Napoléon.»

Ainsi parlaient les êtres suburbains du dialogue d'un « Fantômas ».

 

15.

Fantômas se sert du réel pour dissimuler ses féroces féeries et son fiacre dans Paris la nuit à tombeau ouvert « qu'un mort conduisait ».

 

Chantée par Léo Ferré, la « Complainte de Fantômas », texte de Robert Desnos, musique de Kurt Weill et orgue de barbarie, féerie tout ça féroce féerie.

 

Léo Ferré chantant la « Complainte de Fantômas » il a un ton à faire faire ses devoirs à Toto Chenapan !

 

« Il tua un cocher de fiacre.

Au siège il le ficela

Et roulant cahin-caha,

Malgré les clients qui sacrent,

Il ne s’arrêtait jamais

L’fiacre qu’un mort conduisait. »

(Robert Desnos, « Complainte de Fantômas »)

 

Dans « Fantômas », Marcel Allain fait arpenter le fond de la Seine par le scaphandre d'un pourvoyeur de noyés, ça fait d'étranges lueurs.

 

Fantômas est un nom qui apparaît peu à peu sur un bristol « jusque là d'une blancheur immaculée » i disent Souvestre et Allain.

 

16.

« Il y a la réalité au sol, et puis il y a l'autre » dit-elle dans la radiophonique intitulée « Georges Franju le rêveur immobile ».

 

L'art est une plongée qu'on reste dans le réel pourtant.

 

On plonge dans l'art qu'on est loin, loin de la surface des choses qu'le réel i brille là-bas où ? là-haut vaguement lumineux grisé flouté.

 

Peut-on plonger dans un chiasme genre dans un étang qu'on serait tout diffracté puzzlé multiplié d'l'image comme dans « La Dame de Shangaï ».

 

« La dame de Shangaï » (Orson Welles, 1947) est un film que j'ai vu il y a longtemps je devrais le revoir tiens.

 

Plonge-t-on dans l'art ? et plonge-t-on dans l'étant ? dans l'être ? en soi-même non ça c'est n'importe quoi.

 

Des fois Zut elle est féroce comme une féerie qu'on songe quand on songe à Fantômas.

 

17.

Franju dit que Fantômas « sort une longue aiguille, cherche scientifiquement la place du cœur ».

 

18.

« On teintait en bleu les films pour montrer que c'était la nuit »

(in « Vol AF 033 Paris-Montréal via Fantômas, ou Georges Franju, le rêveur immobile », féerie radiophonique de Jean-Daniel Lafond, 1985).

 

19.

« Mais un acteur, très bien grimé,

A sa place est exécuté. »

(Robert Desnos, « Complainte de Fantômas »)

 

Dis des fois qu'on serait d'l'acteur « très bien grimé » comme dit Desnos pis qu'la guillotine a fait rien qu'à nous courir après.

 

20.

Fantômas est d'autant plus fascinant qu'il est insaisissable, aussi insaisissable que le sens exact de nos actes.

 

21.

« Sur les paupières mi-closes du voyageur, un autre film prend forme. »

(in « Georges Franju, le rêveur immobile » [le narrateur])

 

Des fois qu'un « autre film prend forme » avec une musique ironique et savante qui revient du temps pour nous dire J'existe.

 

Il est de ces musiques anciennes qui semblent détenir les clés de fêtes à vertiges aux apparitions rythmiques.

 

22.

« La différence qu'il y a entre le fantastique et l'insolite, c'est que le fantastique est dans la forme et qu'il se crée, alors que l'insolite est dans les situations, et il ne se crée pas, il se révèle. »

(Georges Franju)

 

Le réel est plein de légers troubles, d'inattendus tragiques, d'invraisemblables situations, le reste n'est que fantastique.

 

Lorsqu'on s'aperçoit qu'un réel au-dessus de tout soupçon se met à dérailler dans l'anormal et le caché, alors il apparaît, l'insolite.

 

23.

« Christiane... ton masque... prends une fois pour toutes l'habitude de porter ce masque... où l'as-tu caché ? »

(Georges Franju, « Les Yeux sans visage » [le professeur Génessier])

 

Si ça se trouve on porte un masque qu'on dit (on fait l'finaud, l'philosophe) qu'en fait c'est pas l'bon que not' vrai masque, il est caché.

 

Tu n'as aucune raison de douter de moi qu'il a l'air de nous dire le réel et pourtant… et justement…

 

24.

« Quand je suis devant la glace, j'ai l'impression d'être devant quelqu'un qui me ressemble, et qui revient de très loin.»

(Georges Franju, « Les Yeux sans visage » [Christiane])

 

C'est alors qu'il apparut.

 

25.

J'aime les voix… j'aime entendre jouer les voix… ce sont autant de sphinges et de sphinx révélés par leurs rôles. J'ai envie d'un croissant.

 

26.

A la fin de cette première partie, on entend l'étonnante musique de marche de diable boiteux dans un monde si familièrement mélancolique.

 

27.

Où l'on apprend que pour Franju, la comédienne Edith Scob était toujours à la fois « une personne et un personnage ».

 

«...j'avais l'impression très fortement aussi que son regard me créait. »

(Edith Scob parlant de Georges Franju)

 

« Franju dit : « Edith, c'est moi, c'est le personnage du mystère ; elle ne m'inspire pas, elle m'habite. »

(in « Georges Franju, le rêveur immobile » [le narrateur])

 

Ce n'est pas l'autre que nous désirons, c'est le mystère de l'autre ; ce que nous voulons, c'est vivre dans le climat du mystère de l'autre.

 

« Qu'il est grand le mystère de la foi » dit la messe… oui, une religion sans contes ni légendes ne nous tenterait guère sans doute.

 

28.

« qui entrelace la chimère et le réel » ça je le pique au narrateur d'la radio ; ah c'est que nous en tressons des drôles de filets à songes.

 

29.

Fin et générique de l'ACR (1) avec ses drôles d'oiseaux d'orgue répétitifs cocasses qui me rappellent un morceau de Pink Floyd.

 

ACR : Atelier de Création Radiophonique.

 

A suivre…

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 janvier 2017.

16 janvier 2017

JE LES VOIS MOI ET JE ME DEMANDE

JE LES VOIS MOI ET JE ME DEMANDE

1.
Au hasard des pages, je tombe sur cette définitive : « Il est dangereux de jouer avec l'acide cyanhydrique… et tout le monde le sait ! ».

cf « Meurtre au champagne » d'Agatha Christie, adapté par Michel Le Houbie, p.109, Club des Masques n°20.

2.
Il est assez tentant de faire suivre l'adjectif « mystérieux » par cet autre adjectif : « sacré ». Surtout au féminin. Strange n'est-ce ?

3.
« Suspendue au-dessus de toi
Dans un hélicoptère
Un hélicoptère
Immobile »
(Serge Gainsbourg, « Hélicoptère »)

« Suspendue » youhou c'est moi la fille de l'air qu'elle doit se dire la fille là dans son hélicoptère (qu'ça fait du vent)

« Suspendue au-dessus de toi » qu'elle doit lui faire coucou avec sa main la fille là dans son hélicoptère (qu'ça fait du vent)

Même que l'hélicoptère est « immobile » qu'ça fait du vent quand même comme dans les films américains avec les soldats au Vietnam.

Dans la chanson « Hélicoptère », de Serge Gainsbourg, y a une fille dans un hélicoptère qui mate son mec (elle voit que lui) qui sait pas kéléla qu'à force de voir que lui elle en voit une autre.
Bien entendu, le fait qu'elle soit en hélicoptère lui permettra de s'envoler loin bien loin de l'aut' goujat là.

Petit je ne disais pas « hélicoptère » mais « ptit coptère » par opposition sans doute aux grands coptères mystérieux des conversations.

4.
« Que tu meures absous ou damné, - marmottait Scarbo cette nuit à mon oreille, - tu auras pour linceul une toile d'araignée, et j'ensevelirai l'araignée avec toi ! »
(Aloysius Bertrand, « Gaspard de la Nuit », « Scarbo »)

Une toile d'araignée pour le linceul, c'est pas très solide ; c'est pour ça qu'on ensevelit l'araignée avec, pour le service après-mort.

5.
Romans à écrire : « Meurtre au Scoubidou » (roman mystérieux avec chien) ; « Meurtre au Pom-pom-pi-dou » (roman avec Marilyn ou son sosie).

6.
« Marilou se fait des aéroplanes »
(Serge Gainsbourg, « Aéroplanes »)

Marilou se fait des mille-pattes puisqu'elle replie ses jambes longues et fines et  soudain sa langue jaillit et attrape des mille-pattes.

7.
Soudain le cœur de machin ne bat qu'un coup voyez-vous il n'a pas vécu longtemps  après cette unicité.

8.
Qui sait maintenant où elle est celle dont je regrette qu'elle soit là juste en face de moi avec une hache à la main et ses yeux fous.

9.
Le long des quais je me promène y a pas d'grands bateaux y a que le désert qui avance en agitant ses manches de sable.

10.
J'aime jouer du saxo quand j'écoute des disques de jazz où bien sûr quelque saxophoniste virtuose mais à quoi bon on s'est compris.

Je suppose que les gens s'agitent ainsi pour qu'on les imite, pour qu'on les mime, qu'on les pantomime, qu'on les fantômime.

11.
Pâle et rousse qu'on dirait la lune qui trottine ainsi dans la rue qu'Ernest le lunaire en est dit-on férocement illuné là dans l'coeur.  

12.
« Miss Ellen, versez-moi le Thé
Dans la belle tasse chinoise,
Où des poissons d'or cherchent noise
Au monstre rose épouvanté. »
(Théodore de Banville, « Le Thé »)

« Miss Ellen, versez-moi le Thé » dans ma tête de brute j'y ai des songes de sang qui s'y noisent s'y broissent bruissent froissent.

Que de belles tasses chinoises ! On ne sait laquelle casser ! Il faut casser n'est-ce pas ? Oui, ça arrivera de toute façon...

13.
« J'aime la folle cruauté
Des chimères qu'on apprivoise :
Miss Ellen, versez-moi le Thé
Dans la belle tasse chinoise. »
(Théodore de Banville, « Le Thé »)

« J'aime la folle cruauté des chimères » qu'on rassemble et qu'on se lance de caboche à château l'autre en citant du Baudelaire.

J'aime beaucoup ces sons : « Miss Ellen » cela vous donne immédiatement envie de composer une chanson des Beatles.

« Miss Ellen, versez-moi le Thé » dans mon théâtre bouillant ; les comédiens en auront l'accent anglais et de quoi monter une énigme policière.

Que de belles tasses chinoises ! On ne sait laquelle voler ! Il faut voler n'est-ce pas ? Oui, ça arrivera de toute façon…

14.
« Là, sous un ciel rouge irrité,
Une dame fière et sournoise
Montre en ses longs yeux de turquoise
L'extase et la naïveté :
Miss Ellen, versez-moi le Thé. »
(Théodore de Banville, « Le Thé »)

Le ciel est « rouge irrité » Ça ça veut dire qu'il se gratte (c'est-y qu'il aurait des puces?) Oh ça pourrait lui infecter tout l'crépuscule ça.

« Une dame fière et sournoise montre en ses longs yeux » toute la série des « Chapeau melon et bottes de cuir » elle n'est pas à ça près.

Vous qui avez de « longs yeux de turquoise », belle dame, je suis sûr que parfois vous cauchemardez qu'on cherche à vous les voler.

« L'extase et la naïveté » : encore des mots de religieuse affolée ça !

« Miss Ellen, versez-moi le Thé » dans mon attitude déconcertante ; je n'ai pas été sage ; j'ai mangé tous les cuivres, et quelques bois aussi.

15.
Je les vois moi là dans ma boîte à voir je les vois moi qui s'avancent en grandes masses statistiques et sociétales.

Je les vois moi là dans ma boîte à voir je les vois moi qui s'avancent en cohortes diplômées concurrentielles citoyennes enfarinées.

Je les vois moi là dans ma boîte à voir je les vois moi qui s'avancent en grands flux électeurs sondés dragués participatifs et contribuables.

Je les vois moi là dans ma boîte à voir je les vois moi qui s'avancent les humains frères reproductifs perspicaces automatisés dangereux.

16.
Je me demande si je me pardonne de quoi ça n'en vaut pas la peine d'en faire tout un plat que tout de même c'est révélateur comme tout.

Je me demande si je me pardonne le fait que tu aies décidé de me quitter.

17.
Je me méfie des odeurs et des parfums ils ont vite fait de vous renvoyer dans un autre monde.

A mon avis écrire une phrase comme « Smells Like Teen Spirit » ça pourrait dénoter du malaise dans l'vif conscient Ceci dit hein.

18.
On commence à entendre à la radio des gens évoquer que oui c'est vrai des machines font maintenant le travail à leur place.

Remarquez, les politiques, ça fait longtemps que ce ne sont plus leurs cerveaux qui pensent, mais le cerveau des grands financiers.

19.
Cette histoire de revenu minimum universel ne me dit rien qui vaille ; m'est avis que ça nous mettrait tous à la grand merci de l’État.

Patrice Houzeau
Hondeghem,  le 16 janvier 2017

14 janvier 2017

CORNEILLERIES EN FEUILLETANT MÉDÉE

CORNEILLERIES EN FEUILLETANT MÉDÉE

 

1.

« Et de si longue main je connais ta prudence »

(Corneille, « Médée », v.753 [Jason])

 

En français classique, l'expression « de si longue main » signifie « depuis longtemps » ah tiens il ne neige plus.

 

De si longue main ça veut dire depuis longtemps qu'on a l'impression d'une longue longue main glissant le long du temps.

 

Quand je lis l'expression « de si longue main » je songe une longue main se glissant dans les gants du temps.

 

La longue main de si longue main à un moment on la serrerait cette main du temps et que ce moment s'appelle maintenant.

 

2.

« Mon courroux lui fait grâce, et ma première ardeur

Soutient son intérêt au milieu de mon cœur. »

(Corneille, « Médée », v.359-60 [Médée])

 

J'aime bien l'expression « au milieu de mon cœur » que ça vous fait un cœur gros, ou grand, du spongieux à sentiments.

 

3.

« Il faut donc que je vive, et vous m'êtes ravie !

 Justes dieux ! quel forfait me condamne à la vie ? »

(Corneille, « Médée », v.1481-82 [Jason])

 

L'humain ne peut pas se passer de l'autre ; l'autre non plus ne peut se passer de l'humain.

 

4.

Marrant ça, y en a un qui dit que la catastrophe écologique, on est en train de commencer à la vivre ; y en a un autre qui dit mais heureusement il y a des solutions c'est ce qu'on va voir dans quelques instants l'autre c'est un animateur ah la la on a beau dire c'est quand même bien qu'il y ait France Inter pour nous rassurer.

 

5.

« Ah ! ne me tiens donc plus l'âme en perplexité ! »

(Corneille, « Médée », v.956 [Médée])

 

Quand on tient l'âme de l'autre en perplexité, ça veut dire qu'elle est comme entre nos mains son âme pis qu'on la pique de points d'interrogation.

 

6.

« Oui, tu vois en moi seule et le fer et la flamme,

Et la terre, et la mer, et l'enfer, et les cieux,

et le sceptre des rois, et le foudre des dieux.»

(Corneille, « Médée », v.322-24 [Médée])

 

On se demande bien où elle met tout ça.

 

Genre Médée elle est « fer, flamme, terre, mer, enfer, cieux, sceptre des rois, foudre des dieux » ; Médée, c'est la femme énumérative.

 

Médée elle est pleine de trucs et d'machins, une vraie femme à choses du genre à jaillir en fontaine dans un spectacle de magie.

 

Médée elle est tellement pleine de choses qu'elle a dû jouer la boîte de Pandore dans un spectacle de fin d'année au lycée.

 

Médée elle est polymorphe dedans elle on dirait l'infini qu'on lui aurait fait avaler en chapelets d'alexandrins.

 

7.

« Que je sens à la fois de surprise et de joie !

Se peut-il qu'en ces lieux enfin je vous revoie,

Que Pollux dans Corinthe ait rencontré Jason ? »

(Corneille, « Médée », v. 1-3 [Pollux])

 

Pollux est tout contan il voit Jason qu'il est plein de « surprise et de joie » chouete alor v'là Jason il se dit que j'en sais des choses.

 

Pollux trouve épatan que dans Corinthe (c'est en Grèce) il rencontre come par hasard les dieux (c'est une expression) son vieux pote Jason.

 

8.

« Vous n'y pouviez venir en meilleure saison ;

Et pour vous rendre encor l'âme plus étonnée,

Préparez-vous à voir mon second hyménée. »

(Corneille, « Médée », v. 4-6 [Jason])

 

Pollux fait part de son contentement que Jason il lui répond que c'est la « meilleure saison » pour venir se promener à Corinthe (fait bo).

 

Pollux il est bien contant surtout que Jason il lui annonce que bientôt il va de nouveau s'hyméner (qu'il s'a déjà hyméné jadis).

 

Pollux ça me fait penser à un toutou à l'accent anglais et à tournicoti-tournicota que dans mes enfances je l'ai vu ça à la télé.

 

A l'époque la télé était encore une « étrange lucarne » et souvent en noir et blanc maintenant c'est une terrible boîte à zoziaux polychromes.

 

9.

« POLLUX

Quoi ! Médée est donc morte, ami ?

 

JASON

Non, elle vit ;

Mais un objet plus beau la chasse de mon lit. »

(Corneille, « Médée », v.7-8)

 

Pollux il est quan même surpris que Jason s'armarida vu qu'il étot hyméné à Médée serait-elle morte qu'il lui demande que Jason lui dit non.

 

Sa femme à Jason c'est Médée et elle est pas morte mais Jason il a trouvé un « objet plus beau » pour la chasser de son lit ah le coquin !

 

Si on connaît pas le frança classique on lit ça, on se dit ah oui « un objet plus beau » i préfère les poupées gonflables maintenant Jason.

 

10.

« POLLUX

Dieux ! Et que fera-t-elle ?

 

JASON

Et que fit Hypsipyle,

Que pousser les éclats d'un courroux inutile ? »

(Corneille, « Médée », v.9-10)

 

Pollux i s'exclame de tous ses dieux (c'est une expression) qu'il se demande ce qu'elle fera Médée qu'elle doit pas être contente du tout.

 

Jason alors ossa les épaules et répondit que déjà Hypsipyle sa première épouse l'avait bien insulté pis gueulé pleuré imprécaté.

 

11.

« Elle jeta des cris, elle versa des pleurs,

Elle me souhaita mille et mille malheurs ;

Dit que j'étais sans foi, sans cœur, sans conscience,

Et lasse de le dire, elle prit patience. »

(Corneille, « Médée », v. 11-14 [Jason])

 

Jason avait laissé pisser le mérinos et râler sa first lady; et Médée aura beau gueuler ça n'y fera rien tant il aime Créuse (sa future).

 

12.

« Jason ne fit jamais de communes maîtresses ;

Il est né seulement pour charmer les princesses »

(Corneille, « Médée », v. 21-22 [Pollux])

 

Pollux félicite son ami Jason d'hyméner Créuse car c'est un morceau de choix cause que la belle est la fille de Créon roi de Corinthe.

 

Jason c'est un malin c'est toujours pour arranger ses affaires qu'il choisit ses compagnes ah c'est pas lui qui irait marida une vanupatte.

 

Jason dit qu'il « accommode [sa] flamme au bien de [ses] affaires » qu'on dirait quand il cause sentiments qu'il fait cuire des saucisses.

 

13.

« Nous voulant à Lemnos rafraîchir dans la ville,

Qu'eussions-nous fait, Pollux, sans l'amour d'Hypsipyle ? »

(Corneille, « Médée », v. 33-34 [Jason])

 

Ainsi Hypsipyle Jason l'avait prise pour pouvoir se rafraîchir – car il fait chaud en Grèce - à Lemnos dont elle était reine.

 

14.

« Et depuis à Colchos, que fit votre Jason,

Que cajoler Médée et gagner la toison ?

Alors, sans mon amour, qu'eût fait votre vaillance ?

Eût-elle du dragon trompé la vigilance ?

(Corneille, « Médée », v. 35-38 [Jason])

 

Jason câlina-cajola Médée si bien qu'elle accepta d'aller berluer le dragon et autres expressions qu'c'est commsa qu'il chopa la toison d'or.

 

15.

Quand j'étais môme, j'aimais bien la neige qui voulait dire « pas d'école » que maintenant que je suis prof j'aime toujours bien la neige.

 

16.

« Je devine la fin, mon traître l'a sauvée. »

(Corneille, « Médée », v.1022 [Médée])

 

J'aime bien l'expression « mon traître » qu'on en porte un tous en soi de traître même que des fois on tombe dessus dans sa vie.

 

On ne cesse de se trahir soi-même et il court bien loin notre chevalier blanc qu'on le reverra pas de sitôt qu'on se dit félonie et fatalité.

 

17.

« Pour votre sûreté conservez cet anneau ;

Sa secrète vertu, qui vous fait invisible,

Rendra votre départ de tous côtés paisible. »

(Corneille, « Médée », v.1280-82 [Médée])

 

Des fois nos vertus elles sont si secrètes que c'est comme si elles avaient trouvé un anneau d'invisibilité dans une pochette surprise.

 

18.

« Un fantôme pareil et de taille et de face,

Tandis que vous fuirez, remplira votre place. »

(Corneille, « Médée », v. 1285-86 [Médée])

 

Y en a j'suis sûr j'leur parle qu'en fait c't'un fantôme pareil taheux qui a pris leur place tandis qu'ils sont partis manger des frites.

 

Les fantômes taheux c'est des fantômes que quand tu les vois tu te dis j'ai déjà vu cette tête là quelque part et parfois keskejfélà moi ?

 

19.

« Si Créuse eut jamais sur toi quelque pouvoir,

Ne t'abandonne point aux coups du désespoir.

Vis pour sauver ton nom de cette ignominie

Que Créuse soit morte, et Médée impunie »

(Corneille, « Médée », v. 1491-94 [Créuse])

 

Créuse dit qu'il faut pas s'laisser taper d'ssus commsa par le désespoir qu'il faut lui rendre coup pour coup et le friter lui casser sa gueule.

 

Le désespoir c'est un grand tout noir qui vous tape dessus et vous rentre dedans qu'alors on dit qu'on est tout désespéré.

 

Le désespoir i finit par vous prendre votre nom que votre fiancée elle en meurt et la magiciene jalousse elle rigole bien.

 

20.

« Et je ne suivrai pas son âme qui s'envole ! »

(Corneille, « Médée », v. 1502 [Jason])

 

Parfois dans le ciel y a des envols d'âmes ; on les voit pas mais elles migrent mais faut surtout pas les suivre.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 janvier 2017.