BLOG LITTERAIRE

23 octobre 2016

J'AVOUE JE ME VOUE A CE VOEU N'EST-CE POINT VEAU

J'AVOUE JE ME VOUE A CE VOEU N'EST-CE POINT VEAU

 

1.

« Si j'étais la feuille que roule

L'aile tournoyante du vent »

(Victor Hugo, « Vœu »)

 

Des fois y en a i disent « si j'étais la feuille que roule » qu'à mon avis i doivent se prendre pour une clope les zigotos

 

Mais pas pour Victor Hugo qui a tant écrit des fois même ça finit par faire rire tout ça qu'il alignait totor qu'il se prenait pour Hugo non.

 

Non pour Hugo c'te feuille c'est la feuille que l'automne décroche de l'arbre qu'c'est ainsi qu'il tourne le calendrier l'aut' frimas là.

 

Hugo évoque « l'aile tournoyante du vent » même que quand il bat son aile le vent ça peut vous faire un d'ces binious à décorner les bœufs.

 

Le vent à décorner les bœufs, c'est vieux comme Hérode ça, qu'avant y a longtemps les mômes à Roland (çui-là de Roncevaux) i ramassot les cornes tombées des bœufs pis i soufflot d'dins comme si c'étot des cors.

 

2.

« Qui flotte sur l'eau qui s'écoule,

Et qu'on suit de l’œil en rêvant »

(Victor Hugo)

 

Et la feuille « flotte sur l'eau qui s'écoule » que ça vous mélancolise le pensator genre ce qui s'écoule là, ô temps, égout fatal !

 

Toujours qu'on passe par l'horloge qu'c'est là la porte invisible qu'on met sa vie à la passer que des fois ça finit par faire longuet.

 

L'eau « qui s'écoule et qu'on suit de l’œil en rêvant » ça peut vous amener loin là qu'elle a passé des ponts dont on sait même pas les noms.

 

3.

« Je me livrerais, fraîche encore,

De la branche me détachant »

(Victor Hugo)

 

C'est joli ce son [ch] qu'ça fait douce « chute » de la feuille dans le vent mais que la feuille elle ne chouine ni chuinte discrète elle la boucle.

 

Mais quand elle fait tapis avec toutes ses copines ça bruisse quand vous passez d'ssus qu'vous vous dites qu'il y a quelqu'un derrière.

 

4.

« Au zéphyr qui souffle à l'aurore,

Au ruisseau qui vient du couchant »

(Victor Hugo)

 

Ah dans la poésie on trouve des mots bien utiles pour le scrabble ! Le « zéphyr » je vous demande un peu qui c'est qui dit ça encore ?

 

Tant qu'à faire, le « ruisseau » n'a qu'à venir du « couchant » qu'on imagine un gros œuf tout rouge qui refroidit lentement dans la mer.

 

5.

« Plus loin que le fleuve qui gronde,

Plus loin que les vastes forêts »

(Victor Hugo)

 

Des fois faut gaffer que le fleuve qui gronde, s'il sort de son lit ah il peut vous attraper les osses et vous bouffer d'sa gueule baveuse.

 

Et alors dans son poème à Hugo, on est « plus loin que les vastes forêts » que faut dire c'qui est, on s'est carrément paumé.

 

6.

« Plus loin que la gorge profonde,

Je fuirais, je courrais, j'irais ! »

(Victor Hugo)

 

On est aussi « plus loin que la gorge profonde » que c'est vrai qu'on finit parfois par en avoir marre de toutes ces cochoncetés.

 

Le narrateur i dit « je fuirais, je courrais, j'irais » qu'il emploie le conditionnel que c'est juste pour la frime alors.

 

Remarquez, s'il est poursuivi par un « fleuve qui gronde », des « vastes forêts » et une « gorge profonde » c'est sûr qu'il a intérêt à filer.

 

7.

« Plus loin que l'antre de la louve,

Plus loin que le bois des ramiers »

(Victor Hugo)

 

D'autant qu'il y a itou « l'antre de la louve » qu'ça peut vous faire glisser c'féroce-là du monde des courants à celui des plus là du tout.

 

Vous en profiterez tout de même pour vous promener dans « le bois des ramiers » qu'c'est joli comme tout qu'on trouve de tout dans Hugo.

 

8.

« Plus loin que la plaine où l'on trouve

Une fontaine et trois palmiers »

(Victor Hugo)

 

Après il y a la plaine mais rassurez-vous ça fait longtemps qu'on n'y a pas vu ces « féroces soldats » là qu'vous aurez bien faim là (mettez vos dents).

 

Là zavez « L'auberge de la Fontaine et des Trois Palmiers » vous verrez ; c'est qu'elle est gouleyante la salade de syllabes à la Totor.

 

9.

« Par delà ces rocs qui répandent

L'orage en torrent dans les blés »

(Victor Hugo)

 

Zavez intérêt à r'prendre des forces car après c'est tout « rocs », « orage » et « torrent » qu'la poème en devient sauvache faut dire.

 

Je dis la poème pour ne pas dire le poème il ne faut rien exagérer.

 

10.

« Par delà ce lac morne, où pendent

Tant de buissons échevelés »

(Victor Hugo)

 

Et quand je dis sauvache qu'après vous avez le « lac morne » qu'on dit qu'il est « morne » passque y en a ça les déprime qui s'y jettent.

 

Ah là y a d'la légende, voyez, qu'les « buissons » tout « échevelés » qui s'y pendent comme ciel dans un canal, on dit que ce s'rait les âmes des morts de là dans l'eau qui y r'gardent pour voir si des fois ils ne s'y voient pas passer ; enfin c'est ce que disent les vieux dentiers...

 

11.

« Plus loin que les terres arides

Du chef maure au large ataghan »

(Victor Hugo)

 

Après c'est un autre monde oh la oui c'est tout aride par là la terre qu'ça appartient à un drôle de gus, « le chef maure » qu'on l'appelle.

 

12.

« chef maure au large ataghan,

Dont le front pâle a plus de rides

Que la mer un jour d'ouragan. »

(Victor Hugo)

 

Le mot « ataghan » au scrabble c'est bon ça non que c'est un poignard ça l'ataghan même qu'on dit aussi yatagan et c'est oriental.

 

Là y a un vieux, vrai il est tout pâle et tout ridé qu'on dirait quand il a bu un coup d'trop « la mer un jour d'ouragan » tellement qu'il est ridé.

 

Pis qu'est-ce qui peut beugler quand il a bu, c't'homme, qu'on l'entend d'l'aut' bout d'son champ qu'personne n'y va jamais.

 

13.

« Je franchirais comme la flèche

L'étang d'Arta, mouvant miroir »

(Victor Hugo)

 

Des fois y en a i disent ah oui que « je franchirais comme la flèche » qu'ils se prennent pour des coureurs cyclistes, pour Eddy Merckx dis.

 

Surtout qu'il faut contourner « L'étang d'Arta » qu'c'est bien tartant c't'étang là tout marécaches pis mouvants miroirs à tomber d'dans.

 

Arta c't'une tante à Totor qu'elle vous fait des tartes à gros bords.

 

14.

« Et le mont dont la cime empêche

Corinthe et Mykos de se voir. »

(Victor Hugo)

 

Après zavez intérêt à êt' fort en côte car y a « le mont » - gong - l'est si haut qu'les gens d'Corinte et d'Micoche i n'se voient ni.

 

C't'un mont – gong - ça il est si haut que ce serait pas étonnant d'y rencontrer des dieux ou des tombés des étoiles voyez.

 

J'entends par gong le truc tout rond qu'on frappe dessus qu'ça vous fait un grondement mystérieux de sphinx au palais.

 

15.

« Comme par un charme attirée,

Je m'arrêterais au matin »

(Victor Hugo)

 

Ah pour aller par là-bas faut être bien charmé qu'on vous a p't'êt' bin ensorcela, mon bon monsieur ?

 

16.

« Sur Mykos, la ville carrée,

La ville aux coupoles d'étain. »

(Victor Hugo)

 

Moi j'vous dis vous allez y passer la nuit que le mieux c'est d'vous arrêter avant à l'auberge Micoche pour vous y recomposer la pensante.

 

A l'auberge de Micoche ah c'est joli qu'il y a une grande table carrée et d'la vaisselle en étain plein là sur les meubles qu'ça fait comme chez soi qu'c'est tout en syllabes mesurées comme dans sa bibliothèque.

 

17.

« J'irais chez la fille du prêtre,

Chez la blanche fille à l’œil noir »

(Victor Hugo)

 

C'est-y pas chez la « fille du prêtre » qu'vous allez non des fois, hein, « la fille blanche à l'oeil noir » comme i dit mon pote Totor…

 

18.

« Chez la blanche fille à l’œil noir,

Qui le jour chante à sa fenêtre,

Et joue à sa porte le soir. »

(Victor Hugo)

 

Bah c't'une folle (loup blanc) passe ses journées à chanter à sa fenêtre le soir joue à sa porte pis à des jeux à elle, des jeux de folle…

 

Je dis « loup blanc » je pourrais tout aussi bien dire chien noir, chat bleu, haricot vert, tagada tsoin tsoin ou les politiques sont des.

 

19.

« Enfin, pauvre feuille envolée,

Je viendrais, au gré de mes vœux »

(Victor Hugo)

 

Elle a l'âme, c'te fille, comment vous dire, qu'c'est comme une « pauvre feuille envolée » voyez…

 

Enfin j'vous dis ça (grouik grouik) mais vous faites comme vous voulez hein m'sieur qu'c'est au gré d'vos vœux comme on dit hein

 

Oui des fois au détour d'une phrase il se métamorphose en goret plus ou moins volant (ça dépend du vent).

 

20.

« Me poser sur son front, mêlée

Aux boucles de ses blonds cheveux »

(Victor Hugo) 

 

Enfin, vous la verrez peut-être (mettez vos yeux) qu'elle a les cheveux blonds tout bouclés et un albatros à s'maijon.

 

Oui, un albatros ! Trouvez ça hyperbolant ? Et la licence poétique, qu'est-ce que vous en faites, mon petit monsieur (mettez vos yeux)

 

21.

« Comme une perruche au pied leste

Dans le blé jaune, ou bien encor

Comme, dans un jardin céleste »

(Victor Hugo)

 

C'te drôlesse a chante a chante a chante qu'ça cause de blé jaune et de cocasses oiseaux qui s'y baladent jusque dedans vos oreilles.

 

Même qu'ces cocasses à bec y fichent leur pied leste et long en raillant les épouvantails (mettez vos yeux et allez-y voir de par vos pas)

 

22.

« Comme, dans un jardin céleste,

Un fruit vert sur un arbre d'or. »

(Victor Hugo)

 

De drôles de chansons qui sont qu'à elle qu'ça cause de jardin céleste avec du fruit vert d'la prune p't'êt' bin et d'arbre d'or que chaipas.

 

Ça doit cor être traduit de l'anglais à cheveux longs c't'affaire...

 

23.

« Et là, sur sa tête qui penche,

Je serais, fût-ce peu d'instants,

Plus fière que l'aigrette blanche »

(Victor Hugo)

 

Bon là j'ai la tête qui penche faut m'excuser c'est passque comme dit Charles « j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans ».

 

24.

« Plus fière que l'aigrette blanche

Au front étoilé des sultans. »

(Victor Hugo)

 

Mais faut que j'rentre qu'j'ai promis à l'Elise une aigrette blanche du front étoilé d'un sultan cherchez pas vous pouvez pas comprendre.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 23 octobre 2016.


22 octobre 2016

FAITS ROSSES ITEMS

FAITS ROSSES ITEMS

1.
« Souvent, quand mon esprit riche en métamorphoses
Flotte et roule endormi sur l'océan des choses »
(Victor Hugo, « Dicté en présence du glacier du Rhône »)

Y en a i sont plein de métamorphoses dans leur tête qu'ça fait genre que les gens du réel i sont comme tout déformés bizarres étranges.

Après y en a comme Hugo, i disent « l'océan des choses » que dans leurs grandes profondeurs aux choses doit y en avoir de drôles de monstres.

2.
« C'est la panique devant un objet qui n'est plus objet, qu'on ne peut plus manier, car – idéalement – on en a dépassé les bornes. »
(Cioran, « Précis de décomposition »)

Ça quand on dépasse les bornes des objets, on finit par être rattrapé par la force des choses qu'on s'en r'trouve tout farce là dans ses mots.

3.
« C'est un poème, merci d'éteindre la lumière.
Des épaules d'accord, mais sans hache. »
(Etienne Paulin, « Extrême autrui », Editions Henry, 2012)

Oui, mais si on éteint la lumière, on sait même pas si le poème existe encore que pour les épaules d'accord, - sans hache, - les épaules ça finit toujours par se démettre.

4.
Zut, les gens qui la croient sympathique l'amusent, tout autant que la sidèrent les gens qui se croient sympathiques.

5.
Des fois dans des films y a des morts mais i sont pas morts et pas non plus aussi vivants que vous êtes morts maintenant que je vous ai

6.
Des fois dans des films y a des gens i sont pas dans leurs vrais corps i doivent se dire qu'ils sont pas chez eux là dans tous ces cerveaux.

7.
Parfoi y en a doive se dire d'oùquejsuis dans un drôle de monde tombé dans l'parralèle j'ai dû glissa sur la pau d'banane spatio-temporele.

Même que dans leur tête quand i se disent spatio-temporelle ça doit fere spassssssssssssssssssssssio car sont tout étranges dans leur tête.

8.
« C'est toujours rageant de penser que des gens en savent plus long sur vous que vous-même. »
(Agatha Christie traduit par Guasco, « Les Pendules » [Colin])

Que des gens en savent plus long sur vous que vous-même c'est surtout que des fois on veut pas s'avouer.

9.
Parfois il y en a de si vulgaires, que leur conscience doit se boucher les oreilles pour pas les entendre ; on dit ce sont des inconscients.

10.
« Au début, c'est pour nous évader des choses que nous pensons ; puis, lorsque nous sommes allés trop loin, pour nous perdre dans le regret de notre évasion... »
(Cioran, « Précis de décomposition »)

C'est pour ça que pour être bien dans les choses, faut pas trop penser, faut surtout faire attention.

11.
« Fatalistes et déterministes manquent de possible pour adoucir et détendre, pour tempérer la nécessité »
(Kierkegaard traduit par Ferlov et Gateau, « Traité du désespoir »)

Des fois on voit qu'on manque de possible qu'on n'en a pas tant que ça  du possible et juste assez pour continuer à le faire.

12.
Quand un marteau frappe, c'est qu'il y a quelque chose dessous qu'un marteau qui frapperait tout seul dans l'air i planterait quoi ? - les anges des clous ?

13.
« Tout à coup l'orage accourt
avec ses grosses bottes mauves »
(Raymond Queneau, « L'orage »)

Quand l'orage accourt, selon Queneau, il porte de « grosses bottes mauves » et je dis aussi un faisceau d'allitérationassonances.

14.
Les gens avec leur identité, j'te jure… Zut, son identité, c'est sa gueule et à mon avis l'a pas trop envie d'se la faire casser pour les vôtres.

15.
Plus on est, plus on gaffe; c'est que voyez du coup du plus en plus qu'ils sont les autres là sont de plus en plus proches de c'qu'on a non ?

16.
« il n'en pousse pas moins la brouette rimée »
(Raymond Queneau, « La brouette »)

Des fois qu'on la pousse aussi la « brouette rimée » à Queneau c'est qu'on va au potager çoula oùsque le poète s'a pendu.

17.
Comme je l'ai appris d'un sketch de Noiret et Darras, en toute chose, il y a un bout, il y a un autre bout et, bien sûr, un entrebout.

Note : Étant donné qu'il y a fatalement deux bouts, je me demande s'il ne faudrait pas mettre le mot entrebout au pluriel.

18.
« Mais enfin ! Ma mère est aussi vivante que vous et moi ! Et elle produit encore une excellente liqueur d'albatros. »
(Julien/CDM et Lindingre, « L'humor plus fort que la mort » in « Fluide Glacial spécial Monty Python », 2012 [Madame Python])

A boire glacée je suppose, et en récitant du Baudelaire.

19.
Dieu est un auteur omniscient qui n'est jamais que dans la pluralité de ses points de vue internes.

20.
« Envier l'eau qui fuit, le nuage qui vole »
(Victor Hugo, « Où donc est le bonheur ?... »)

Ça c'est sûr que des fois on l'envie « l'eau qui fuit », qu'on voudrait fuir de même, pour plus les voir, les pas beaux des rives.

Des fois le « nuage qui vole », i rampe plutôt, grosse bête sombre à grondements.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 octobre 2016.

13 octobre 2016

A D'ÉTRANGES VOLONTÉS

A D'ÉTRANGES VOLONTÉS

 

« Les heures et les puissances sont soumises ici à d'étranges volontés qui tour à tour imposent l'oubli et le souvenir. »

(Jean Ray, « Malpertuis » [Lampernisse])

 

1.

Dans le roman à un moment il touche une « pierre glacée » mais elle est « visqueuse » (c'est dégoûtant!) comme s'il y avait du vivant dedans.

 

2.

Il y a aussi celui qui appelle la lumière comme s'il avait peur que les ténèbres le dévorent.

 

D'ailleurs parfois « une ombre véloce » sort des murs et éteint une à une les lampes mimant ainsi l’avènement de la nuit.

 

3.

A un moment y a du « vide-crânes » et des « soucoupes remplies d'yeux de verre » qu'ça fait atelier gothique maléfique cette taxidermie là.

 

4.

Il y a du « fantoche gris » plaintif que les « diables [le] battent toujours », i « veulent [ses] couleurs » pour les endiabler sans doute.

 

5.

Des fois les tableaux les peintures là elles sont si belles que peut-être on pourrait tomber dedans comme on tombe dans une phrase.

 

Ça j'y crois qu'on tombe dans une phrase voire même plusieurs là au cours de sa vie qu'on en est tout verbé, phrasé, romanesqué légendé.

 

Peut-être même les Victor Hugo les Napoléon les Rimbaud ou autres, qu'eux c'est dans toute une bibliothèque qu'ils sont tombés.

 

Et Jeanne d'Arc, toute en vertige de ses voix, en vertige des phrases de ses voix, que ça lui a fait à Jeanne comme on dit un destin.

 

Je me demande s'il y en a eu, des fascinés lecteurs, qui sont tombés dans Malpertuis, dans cette maison de phrases et d'ombres fantastiques.

 

Peut-être depuis ils se promènent dans le réel avec de petits dieux statuettes dans la caboche.

 

6.

A un moment ça s'met à tourner « grosse boule de brouillard noir » bouffe-tout-cru les coqs les vifs peut-être comme un trou noir dans l'réel.

 

7.

Et puis aussi le dard qui frappe la « face de pierre » que ça fait un « sifflement de serpent » puis plus « qu'une peau fripée » là par terre.

 

Qu'avant de vous débarrasser de quelqu'un il faut donc le pétrifier le chosifier qu'il ne soit plus que ce rien dont on fait le vide.

 

Il vous faut aussi du serpent, il faut toujours avoir du serpent quelque part dans sa tête de manière à frapper fatal venimeux.

 

Dans les maisons étranges, comme des sorts sortent des lèvres, des êtres jaillissent des choses et des êtres surgissent d'autres êtres.

 

8.

« L'image recule comme les castels de Morgane »

(Jean Ray, « Malpertuis », [le narrateur])

 

Parfois comme une vague image vous flotte dans la conscience ; vous essayez de la voir avec vos yeux de dans la tête ; elle recule s'embrume.

 

9.

Et aussi des noms que « jamais… ne prononce jamais ce nom » sinon « malheur », malheur et « épouvante » que j'l'écrirai pas du coup ce nom.

 

10.

« Mon grand-père Doucedame en traçait une image sacrilège, même pour des dieux païens, en disant que la charogne divine fondait aux quatre vents de l'espace. »

(Jean Ray, « Malpertuis » [l'abbé Doucedame])

 

Que l'air peut-être est plein de dieux morts et de ceux-là qui s'agitent encore un peu lorsqu'on évoque leurs existences anciennes.

 

Que l'on croit que l'on parle à des esprits et qu'en fait il s'agit des dieux des anciennes croyances qui tentent encore leur chance d'être.

 

11.

J'aime bien les phrases où il y a un gong qui vient de retentir ne serait-ce que pour le dîner que je me demande alors ce qu'on va manger.

 

On mange généralement très bien dans les romans et les contes de Jean Ray (ah cette évocation des gaufres dans le premier chapitre de Malpertuis !) comme si la chaude et bonne cuisine compensait le froid glacial des ténèbres à spectres.

 

12.

Parfois, comme on dit dans « Malpertuis », on est à soi-même cet « incompréhensible fantoche qui hante si étrangement l'ombre de son ombre ».

 

J'écris « comme on dit dans Malpertuis », je devrais écrire comme dit Malpertuis : c'est la maison qui parle, c'est son livre.

 

13.

« Dis-le donc, Lupka, dont les frissons sont le langage. »

(Jean Ray, « Malpertuis » [la mère Groulle])

 

Que des fois qu'on entend causer qu'ça fait des frissons de sons, des balafres de phrases, des mains qui passent dans l'invisible.

 

Là-dessus, Lupka, c'est son chat à la mère Groulle du roman de Jean Ray, que tous deux fréquentent les ténèbres.

 

14.

L'abbé Doucedame sait par cœur les figures des « calmars flèches, des guivres, des herpétons », grouillements de bestiaire fantastique.

 

Le calmar flèche tentacule, la guivre dragonne, et l'herpéton glisse des ténèbres jusqu'en nos songes.

 

Sans doute sommes-nous hantés par quelque lexique du monstrueux et du bizarre où nous-même avons nos entrées secrètes.

 

15.

Et si Malpertuis était une prescience, celle que les anciens dieux perdurant dans l'être de nos phrases agissent encore sur nous.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 13 octobre 2016.

12 octobre 2016

UN SAC DE BILLES NOS POMMES

UN SAC DE BILLES NOS POMMES

1.
« Oh ! que tout m'est accidentel !
Oh ! j'ai-t-y l'âme perpétuelle !… »
(Laforgue, « Complainte des crépuscules célibataires »)

Des fois on s'dit ah bin c'est pas de chance ou bien que tout arrive comme tombé du hasard qui plane là-haut (i nous voit pas).

Qui plane et qui fait comme il veut et quand je dis faire, faut dire que parfois, le hasard est bien emmerdant.

Vous y croyez vous qu'y a des « âmes perpétuelles » qui continuent à traîner les rues comme vous fîtes de vot' vivant ?

2.
« Ô lointains balafrés de bleuâtres éclairs »
(Jules Laforgue, « Le Concile féerique »)

Ecoutez voir comme elles vous rythment le ternaire, les séquences [fr] et [tr] ! C'est le ciel aux petits oignons d'orage, un vers du tonnerre !

3.
Parfois, c'est comme si le gars debout dans l'entr'ouvert de la porte et qui vous regarde de ma caboche, l'était juste un peu décalé.

4.
Des fois y a des mômes ils ont du triste plein les yeux comme s'ils portaient déjà des choses mortes dans leur tête.

5.
« L'Archet qui sur nos nerfs pince ses tristes gammes »
(Laforgue, « Sieste éternelle »)

Qu'on dirait du quatuor à cordes dans un lent paysage à feuilles mortes qui se décompose sourdement.

6.
« Aux refrains automnals d'un vieil orgue éreinté »
(Laforgue, « Hue, carcan ! »)

Le genre de vers qui m'évoque l'aigre turlututu turlutiti de quelque limonaire dans un vieux film, du passé en noir et blanc.

7.
Le problème est que le temps passe. Ah si le temps ne passait plus, comme nous pourrions bah nous ne serions que des dieux suspendus.

Et si, suspendus à nos lèvres, les dieux attendaient que nous prononcions leurs noms pour ne pas plus exister que si nous n'avions rien dit.

8.
Jules LAFORGUE :

« A UN CRÂNE QUI N'AVAIT PLUS SA MÂCHOIRE INFERIEURE

"Mon frère ! - où vivais-tu ? dans quel siècle ? Comment ?
Que vécut le cerveau qui fut dans cette boîte ?
L'infini ? la folie ? ou la pensée étroite
Qui fait qu'on passe et meurt sans étonnement ?

Chacun presque, c'est vrai, suit tout fatalement,
Sans rêver au-delà du cercle qu'il exploite.
L'ornière de l'instinct si connue et si droite,
Tu la suivis aussi, - jusqu'au dernier moment.

 Ah ! ce moment est tout ! C'est l'heure solennelle
Où, dans un bond suprême et hagard, tu partis
Les yeux grand éblouis des lointains paradis !

Oh ! ta vie est bien peu, va ! si noire fut-elle !
Frère, tu crus monter dans la Fête éternelle,
Et qui peut réveiller tes atomes trahis ?"

(Jules Laforgue)

9.
« Mon frère ! - où vivais-tu ? dans quel siècle ? Comment ?
Que vécut le cerveau qui fut dans cette boîte ? »
(Jules Laforgue, « A un crâne qui n'avait plus sa mâchoire inférieure »)

Déjà le narrateur s'adresse à un crâne qu'il pourrait trouver mieux car s'il croit qu'c'est l'os qui va lui répondre il peut toujours courir.

Quand on dit qu'on peut toujours courir, c'est pas qu'on peut toujours courir qu'à force on risque d'être fatigué voire même mort cardiaque.

D'ailleurs, où il l'a trouvé, l'aut' à Laforgue, ce crâne hein il doit être dans une faculté de médecine qu'il philosophe au lieu d'étudier.

On voit que le narrateur philosophe qu'il l'appelle son « frère », ce crâne, comme si les morts étaient nos frères faut être fou fieffé philosophe qu'les morts c'est les morts et pis c'est tout.

10.
« L'infini ? la folie ? ou la pensée étroite
Qui fait qu'on passe et meurt sans étonnement ? »
(Laforgue)

Sérieux, je me demande à quoi ça sert d'interroger les crânes comme ça et à quoi ça sert d'écrire qu'on interroge des crânes comme ça et à quoi ça sert d'écrire des trucs sur ceux qui interrogent des crânes comme ça puisque, franchement, le jour où nous-même on sera plus qu'not' crâne, personne ne viendra nous interroger comme ça.

Ou alors le fantôme à Laforgue, mais j'y crois pas.

Si ça se trouve, c'est pas le crâne qu'il questionne mais lui-même qu'à force de penser des trucs comme ça je vais attraper mal à la tête.

Et si c'est lui-même vu qu'il cause (même qu'il écrit avec les mots qu'il cause) c'est le langage qu'il questionne, la langue du crâne non.

Après on a le choix : « l'infini » (c'est long), « la folie » (c'est pas pratique) ou la « pensée étroite » (ça court les rues).

Quand on pense pas trop on s'étonne de pas trop puis qu'on est mort qu'on s'en rend pas trop compte et les autres pas trop.

L'infini ça effare surtout les « œil bleu » comme dans le poème à Rimbaud où il écrit : « Et l'infini terrible effara ton œil bleu ».

Quant à la folie des fois c'est quand on en arrive à parler à des crânes voire à son crâne pis qu'on l'appelle « mon frère », ah l'vieil os.

11.
« Chacun presque, c'est vrai, suit tout fatalement,
Sans rêver au-delà du cercle qu'il exploite. »
(Laforgue)

Qu'on « suit tout fatalement » c'est fatal, que si on suivait pas, on n'y arriverait pas à passer tous ces fatals là qu'on appelle la vie.

« au-delà du cercle qu'il exploite » écrit Laforgue que l'exploitation du cercle, c'est la géométrie que c'est pour ça qu'il y eut un illustre qui a dit « Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre » que sinon on peut pas faire partie du cercle des exploitants du cercle.

12.
« L'ornière de l'instinct si connue et si droite,
Tu la suivis aussi, - jusqu'au dernier moment. »
(Laforgue)

Qu'on est comme de l'animal alors tout instinctif dans le connu et le tout droit sinon on s'paume dans l'humain et le quasimodesque.

Le crâne c'est comme un chien, ça vous suit jusqu'au dernier moment, et comme un chien des fois ça fugue qu'vous en avez des absences.

13.
« Ah ! ce moment est tout ! C'est l'heure solennelle
Où, dans un bond suprême et hagard, tu partis »
(Laforgue)
 
Puis le narrateur dit que « ce moment est tout » il veut parler de l'heure de sa mort à nous tous qu'ça fait beaucoup de ah ce moment est tout !

Bon, on passe son temps à courir après des moments qui seraient tout que le seul qui soit vraiment « tout » c'est quand tout est fatal fini.

Que ce moment soit « tout », c'est genre point ultime, « suprême », « heure solennelle » écrit le narrateur que ça fait un peu curé quand même.

J'avais envie avec la solennelle là d'écrire « le tarte narrateur » mais en fin de compte c'est idiot je trouve.

14.
« Où, dans un bond suprême et hagard, tu partis
Les yeux grand éblouis des lointains paradis ! »
(Laforgue)

Je sais pas si quand on meurt on part « les yeux grand éblouis des lointains paradis » genre qu'on mourrait dans un flash de je-n'sais-quoi.

Qu'à mon avis on doit partir dans un grand renfrognement plus ou moins douloureux de tout son être.

Qu'on doit partir comme si Dieu nous chiffonnait et nous fichait dans la noire poubelle du noir néant.

15.
« Oh ! ta vie est bien peu, va ! si noire fut-elle ! »
(Laforgue)

Avez-vous remarqué que plus on est, moins on compte et que d'plus en plus, notre vie est « bien peu » ?

Je n'aime pas les politiques, ce ne sont guère que les administrateurs du « bien peu », les gérants du surnombre.

Et d'administration débile en gérance douteuse, voilà que nos chers politiques nous ont amené l'extrême-droite aux portes du pouvoir.

Je n'aime pas grand monde, et je me rends de plus en plus compte que je me dois surtout à moi-même, - « Solidarité » ? vieil os !

Les vies « noires » que parfois il me semble que le passé n'est jamais qu'un agrégat de vies noires d'où n'émerge que bien peu de lumière.

16.
« Frère, tu crus monter dans la Fête éternelle,
Et qui peut réveiller tes atomes trahis ? »
(Laforgue)

On est souvent franchement que dans le « t'as qu'à croire » qu'en fin de compte, la fête nous passe sous le nez que moi j'en veux pas.

Le poète finit son sonnet par l'expression « atomes trahis » qu'le fatal, c'est la déception qu'on a d'piger que tout est rien, rien du tout.

Qu'l'humain, c'est du trahi par l'infini, c'est pas douteux qu'on en a peut-être des fois je sais pas du malaise non dans la conscience.

Un sac de billes nos pommes que la môme Zut paume dans le néant qu'ça roule et s'perd partout où elle passe là l'air de rien en chantonnant.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 octobre 2016.

07 octobre 2016

COMME SI ET MÊME COMME ÇA

COMME SI ET MÊME COMME ÇA

 

1.

« à la volonté le miroir où elle prend connaissance d'elle-même »

(Schopenhauer traduit par Roos et Burdeau, « Le Monde comme volonté et comme représentation »)

 

« à la volonté le miroir où elle prend connaissance d'elle-même » qu'on s'mire au monde, tragique charlot précipité dans l'événement.

 

2.

« car il lui dérobe son moi »

(Schopenhauer)

 

Qu'on se voit le moi tout dérobé, pris aux autres, que les humains i règlent ça (qu'ils croient) par la domination, la hiérarchie, l'argent.

 

3.

« mais passé ceux-ci, nous n'en avons point d'idée. »

(Hume traduit par Deleule, « Enquête sur l'entendement humain »)

 

Que d'ceux-ci en ceux-ci on s'en retrouve farci farcé enrichi (dit-on) d'une somme d'expériences qu'on n'en a pas plus d'idées.

 

On court d'ceux-ci en ceux-ci, on galope slalome esquive évite feinte et ment pis on croit savoir qu'on sait qu'la fiction qu'on y flanque.

 

4.

« Folie aussi de nier la vie pleine de plaisir esthétique »

(Kierkegaard traduit par Ferlov et Gateau, « Traité du désespoir »)

 

Qu'en manque on trouverait d'la beauté dans un sac d'os c'est pas douteux et jusqu'au morbide peut-être qui sait ?

 

La beauté, cette saisie synchronique de l'indépassable, nous console du reste lequel nous court sur le haricot.

 

Le chien trouve son os où il peut ; nous faisons de même avec ce que nous trouvons beau.

 

Objectivement, le rock n'est pas une belle musique, mais nous préférons souvent son expressivité rythmique et sa baroque inventivité à la perfection des virtuosités.

 

Du reste, comme l'a écrit Victor Hugo, « Le beau n'a qu'un type ; le laid en a mille » ; quel carnaval et what a mess !

 

La mode est ce qui se démode, sinon c'est trop laid.

 

Maintenant, on va me dire qu'il y a le Beau en-soi, certes, mais nous ne vivons pas avec le sourire de la Joconde mais avec son fantôme.

 

Tout de même marrant qu'en français l'objectif en-soi soit l'homophone du très subjectif en soi ça fait écho c'est bizarre quand même hein

 

Ce qui philosophiquement a peu ou prou d'intérêt, en a certainement un d'un point de vue psychanalytico-lacanien-linguistico-machin.

 

Quant à ma vie, elle est loin d'être un chef d’œuvre ; ah ça, on l'exposera pas dans le musée imaginaire d'un philosophant moralisateur.

 

5.

« le devoir déchiré qui a décroché non sans mal un zéro »

(Raymond Queneau, « Les boueux sont en grève »)

 

C'est que des fois ce zéro-là est plein de c'qu'on n'sait pas, d'une tristesse d'enfant, d'une impatience devant c'qui n'en finit plus.

 

6.
« Or les conditions de la vie moderne imposent à la majorité des hommes la même quantité d'expériences et partant la même expérience profonde. »

(Albert Camus, « Le Mythe de Sisyphe »)

 

L'administration tend à gérer toutes les expériences humaines ; virtuellement, son pouvoir est sans limites.

 

L'administration est un dieu. Comme le Dieu du Livre, elle tend à être omnisciente et omnipotente. Son Église est l’État.

 

Il n'y a que les seigneurs qui peuvent se prévaloir du libre-arbitre ; les autres sont réduits à la bonne volonté.

 

Ceci dit, je ne regrette aucunement le temps des chiens noirs, bruns pasteurs (ô Rimbaud) et les curés ontologiques de Bernanos sont merveilleux mais fictionnels.

 

7.

« Rrose Sélavy pense que plutôt que d'attendre la pluie, il vaut mieux pleuvoir soi-même et tout de suite. »

(François Caradec, « Entrez donc, je vous attendais », Editions Mille Et Une Nuits)

 

Les personnages des bouquins pensent ; c'est pas douteux, et c'est marrant, ils ont leur cerveau ailleurs, dans le hors-texte du réel.

 

Les personnages des bouquins pensent par eux-même; après ce sont d'autres fictions qui les examinent, mais celles-ci bien réelles par contre.

 

Les personnages des bouquins ont des privilèges ; rien ne les empêche de pleuvoir tout de suite ou de tout à fait s'éclipser.

 

Nous aussi on peut disparaître tout à fait mais ce n'est pas sans poser quelques problèmes de santé, ou de sociabilité, voire de justice.

 

8.

« Rrose Sélavy aurait bien aimé être Madame Bovary, mais la place est déjà prise. »

(François Caradec, « Entrez donc, je vous attendais »)

 

Ce qui prouve que Rrose Sélavy a de l'instruction et du savoir-vivre de fiction.

 

Après tout, rien n'interdit d'imaginer quelque roman où, après l'avoir fait proprement fait disparaître dans un parapluie, Rrose Sélavy prendrait la place de Madame Bovary. A mon avis, le dénouement de cette désolante affaire d'argent en serait tout différent. Ah tous ces mâles, tous ces jolis messieurs, comme elle les mettrait à ses pieds et dans sa poche avec toute leur fortune bien sûr ! Et comme l'action se passe en Normandie, à mon avis, elle aurait fini, la Rrose, par s'acoquiner franchement avec le dénommé Arsène Lupin.

 

9.

Je suis toujours tellement plus ou moins en retard que parfois je suis bien obligé de m'attendre.

 

10.

« Le plus mignon des mannequins,

Le plus puissant des potentats,

Ils ont huit mètres d'intestins,

Et nous savons ce qu'il y a dedans. »

(Hervé Bazin)

 

11.

« Se pouvait-il, pensais-je, se pouvait-il que je sois seule à savoir ? »

(Lorette Nobécourt, « L'Equarissage »)

 

En fait, nous sommes tous seuls à savoir, mais on fait comme si et même comme ça que nous nous racontons des histoires.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 octobre 2016


ÇA ET AUTRES

ÇA ET AUTRES

 

1.

C'est toujours après coup que nous comprenons ce que nous aurions dû faire. Nous vivons avec le fantôme de notre liberté.

 

2.

Avec le temps que plus ça passe, les personnages historiques finissent tous par prendre une gueule de légende.

 

Une gueule de légende à figurer dans quelque bariolade, à finir fellinisé grotesque, cauchemardé du chef d’œuvre, rêvé filmique.

 

3.

La nuit arrive – ouf ! que les autres croient que vous dormez et vous vous dormez, en attendant le lendemain que les autres

 

4.

« Il y avait longtemps que je n'avais pas mis les pieds »

 

Il y avait longtemps que je n'avais pas mis les pieds, alors je les ai mis ; c'est plus commode pour marcher ; d'ailleurs j'avais à sortir.

 

5.

« Ça ouvre des horizons... »

 

C'est bien pratique ça d'avoir un « ça » pour ouvrir des horizons, c'est comme une clé quoi, un truc que sans « ça » on se heurte.

 

6.

« Hardcastle me fixait d'un œil à la fois critique et spéculatif des plus déplaisants. »

(Agatha Christie traduit par Th. Guasco, « Les Pendules » [Colin])

 

Qu'le réel est plein d'yeux à la fois critiques et spéculatifs qu'on fait des plans sur vot' pomme comme sur un cheval de course.

 

7.

« incapable de tenir sa langue plus longtemps »

 

Incapable de tenir sa langue plus longtemps, elle jaillit de sa bouche et se précipita dans le réel comme si elle voulait l'avaler.

 

8.

« A l'intérieur, c'était évident : ils étaient les seuls maîtres. »

(Agatha Christie traduit pas Th. Guasco, « Les Pendules »)

 

« A l'intérieur, c'était évident : ils étaient les seuls maîtres. » A l'extérieur aussi, mais on les voyait pas.

 

Dans « Les Pendules » d'Agatha Christie, il s'agit des livres que moi j'y ajoute les invisibles qui sont aussi partout que vous et moi.

 

Qu'il y a des fantômes nomades comme il y a des spectres sédentaires, des dames blanches sur les routes et des sans-tête dans les couloirs.

 

Des fois, je me dis c'est des qui ont trop lu de Cioran qu'ils sont passés de l'autre côté qu'ils sont plus qu'aphorismes et apparitions.

 

9.

Pour les esprits curieux, dans ce roman, « Les Pendules », chapitre XIV, Hercule Poirot dit le plus grand bien du « Mystère de la Chambre Jaune », aussi de Conan Doyle et cite quelques vers de Lewis Caroll.

 

« Tenez, quand les trois hommes se rencontrent à la jonction des trois couloirs, on devrait avoir tout compris. »

(Agatha Christie traduit par Th. Guasco, « Les Pendules » [Hercule Poirot])

 

10.

« Mais le temps depuis a marché. »

(Albert Camus, « Le Mythe de Sisyphe »)

 

C'est que de depuis en depuis, le temps marche dans les combines des humains ; c'est pas qu'il est complice, c'est qu'il s'en moque.

 

11.

« Combien de fois je me suis lassé dans mes recherches de la froideur que je sentais en moi ! »

(Rousseau, « Emile ou De l'éducation »)

 

Genre qu'on trimbale en haut d'soi (là où ça cogite) un sphinx des glaces qui vous empêche d'entrer dans la vérité.

 

Je dis « entrer dans la vérité » que c'est comme si c'était la maison de la logique qu'on dit qu'la logique c'est une architecture.

 

Ceci dit, je sais pas si la logique conduit à la vérité qu'elle est aussi un phénomène de ce qui est en soi et qui nous reste énigmatique.

 

Énigmatique pour ce qui concerne la vérité en soi ça signifie absurde qu'en fin de compte la vérité pour nous n'est jamais qu'humaine.

 

12.

« nous reconnaissons cependant aussi par là qu'ils [les phénomènes] ont comme fondement une chose en soi, bien que nous ignorions comment elle est constituée en elle-même »

(Kant, « Prolégomènes à toute métaphysique future », traduction de Gibelin, Vrin)

 

Le paradoxe est que cherchant dans le cosmos et les calculs une vérité en soi qui nous est radicalement inaccessible nous trouvons en l'humanité une toute autre vérité qui nous permet de rêver un monde meilleur.

 

Quand je dis « monde meilleur » c'est bien entendu le monde qui se relève entre deux crises qu'il faut être bien naïf pour croire qu'ça arrivera plus.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 octobre 2016.

06 octobre 2016

AMUSETTES CHANTONNÉES

AMUSETTES CHANTONNÉES

 

1.

« I was her love she was my queen

And now a thousand years between »

(Led Zeppelin, « Tangerine »)

 

Qu'dans la vie qu'on en a qu'une des fois qu'ça colle roule entre nous pis + tard c'est genre qu'il y a la la des siècles entre nos pommes.

 

2.

« The dark Lord rides in force tonight

And time will tell us all. »

(Led Zeppelin, « The Battle Of Evermore »)

 

J'crois pas qu'c'est le Seigneur des Ténèbres ou koikesse cornu qui fait que le temps nous dit bien des choses qu'c'est dans la citrouille.

 

3.

« I open once and you call me Devil's gateway »

(P.J. Harvey, « Easy »)

 

Parfois plutôt que d'l'ouvrir et d'se faire appeler porte à diable on ferait mieux de la fermer et de garder son bon dieu de sous la langue.

 

4.

« Here I go and I don't know why

I spin so ceaselessly »

(Patti Smith, « Dancing Barefoot »)

 

A tourner sans cesse comme ça faut gaffer à pas s'dervicher l'tourneur ou finir étoile qui s'décolle dans un décor de théâtre vide.

 

5.

« You hear the thunder of stampeding rhinos

Elephants and tacky tigers »

(Sparks, « This Town Ain't Big Enough For Both Of Us »)

 

Des fois qu'on s'balade qu'on entend au loin tonner l'rhinocéros et qu'il y a comme des tigres collants dans l'air.

 

6.

« I don't even know what I don't even know »

(Sparks, "Those Mysteries")

 

Ah ça quand on n'sait même pas ce qu'on n'sait même pas on n'est pas sorti d'l'auberge où on n'en sait pas plus.

 

7.

« Answer so no one knows

What you just said

But when you're all alone

You and your head »

(Sparks, « Angst In My Pants »)

 

Des fois on doit s'répondre qu'on s'est pas compris soi et sa tête que tous deux on est tout seul.

 

8.

« Now the fifth daughter on the twelfth night

Told the first father that things weren't right »

(Bob Dylan, « Highway 61 Revisited »)

 

Sûr qu'il vaut mieux numéroter tout ça qu'on raconte qu'on finirait par s'paumer les personnages dans les nœuds d'l'intrigue.

 

9.

« I'm never where I want to be

And liberty she pirouette »

(Peter Gabriel, « Solsburry Hill »)

 

N'est que c'qu'on est et on a du mal des fois à vivre avec qu'ça pirouette que le réel fait ce qu'il veut ousqu'on sait plus où s'mettre.

10.

« jiving with that cosmik debris? »

(Frank Zappa, « Cosmik Debris »)

 

Pourquoi pas que j'swinguerais avec les « Cosmic Debris » et leur blues psychédélique ou les « Striders Etranges » c't'un groupe rimbaldien.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 octobre 2016.

QU'ON S'PROMENE PARTOUT AVEC SON REEL A SOI

QU'ON S'PROMENE PARTOUT AVEC SON REEL A SOI

Notes isolationnistes sur le poème « Le jardin mouillé » de Henri de Régnier.

 

HENRI DE REGNIER : LE JARDIN MOUILLÉ

 

« La croisée est ouverte ; il pleut

Comme minutieusement,

A petit bruit et peu à peu,

Sur le jardin frais et dormant.

 

Feuille à feuille, la pluie éveille

L'arbre poudreux qu'elle verdit ;

Au mur, on dirait que la treille

S'étire d'un geste engourdi.

 

L'herbe frémit, le gravier tiède

Crépite et l'on croirait là-bas

Entendre sur le sable et l'herbe

Comme d'imperceptibles pas.

 

Le jardin chuchote et tressaille,

Furtif et confidentiel ;

L'averse semble maille à maille

Tisser la terre avec le ciel.

 

Il pleut, et les yeux clos, j'écoute,

De toute sa pluie à la fois, 

Le jardin mouillé qui s'égoutte

Dans l'ombre que j'ai faite en moi. »

(Henri de Régnier, « Les Médailles d'argile »)

 

1.

« La croisée est ouverte ; il pleut

Comme minutieusement,

A petit bruit et peu à peu,

Sur le jardin frais et dormant. »

(Henri de Régnier)

 

« La croisée » c'est pas une fille qui part avec une croix pour chaipaoù, c'est la fenêtre qu'on peut voir dedans ce qu'il y a dehors.

 

Quand la croisée est ouverte il peut faire froid et le vent peut venir tout bousculer avec ses mains de vent qui paume et brise.

 

Quand « il pleut comme minutieusement » ça veut dire qu'il y a une petite pluie qui tombe aussi minutieuse qu'une aiguille de couturière.

 

La pluie quand elle tombe « comme minutieusement », elle fait pas beaucoup de bruit qu'elle est à pas de loup pis « peu à peu ».

 

D'ailleurs elle fait tellement pas de bruit qu'elle réveille même pas le « jardin frais » comme une rose « et dormant ».

 

Si la pluie le réveillait en chutant d'eau bruyante le jardin s'réveillerait et râlerait bien la traiterait de catin au moins la pluie.

 

Non la pluie elle est délicate et Régnier écrit qu'elle « éveille » l'arbre « feuille à feuille » lui susurre doucement qu'il est l'heure.

 

2.

« Feuille à feuille, la pluie éveille

L'arbre poudreux qu'elle verdit »

(Henri de Régnier)

 

Ecoutez moi cette musique du yod d'la feuille éveillée qui pleut et va frapper le tronc de « l'arbre poudreux ».

 

Quand je dis qu'il est l'heure évidemment c'est pas le même temps que pour nous c'est le temps des arbres qu'on dirait d'la durée.

 

L'arbre il est poudreux ça veut pas dire qu'il porte la perruque à nos aïeux ou qu'il sniffe de la coke non ça veut dire aut'chose.

 

L'arbre il est poudreux comme si ses branches avaient moulu chaipas et qu'il s'rait plein de la farine de l'air.

 

Tout cas la minutieuse le « verdit » l'arbre que si ça se trouve il va courir la gueuse à feuilles dans la campagne à clé des champs.

 

3.

« Au mur, on dirait que la treille

S'étire d'un geste engourdi. »

(Henri de Régnier)

 

Après y a des treilles qu'on dirait de belles endormies qui s'étirent car elles sont plus endormies qu'elles se réveillent à la prélasse.

 

4.

« L'herbe frémit, le gravier tiède

Crépite et l'on croirait là-bas

Entendre sur le sable et l'herbe

Comme d'imperceptibles pas. »

(H. de Régnier)

 

Des fois on dit que « l'herbe frémit » que pourtant elle regarde pas des films d'épouvante quoique d'l'épouvante y en a plein l'herbe qu'c'est plein d'cadavres d'animaux mais je crois pas que c'est ça qui la fasse frémir.

 

Y a même du « gravier tiède » qui « crépite » que la pluie elle imite le bruit de l'être sur le gravier qui vient hanter les alentours.

 

L'être c'est essentiellement de la hantise on fait comme si mais on le sait bien qu'nos caboches sont de vraies fabriques de spectres.

 

Du reste, n'est-il pas que rien ne sert jamais vraiment et que tout est nécessairement vain et plus ou moins réel ? dit-il en mangeant du camembert.

 

L'être hante les alentours com s'il est ché lui mes il l'est pas (il exagere) nous on finit tout hanté filosofe énerfé qon boit trop d'café.

 

Nos caboches elles machinent du spectre d'la musique d'os du clavier à cadavres et derrière la rose l'inquiétude d'un sourire.

 

Des fois dans sa caboche on s'fait d'la cocasse polyphonie où s'glissent les fragments de fanfares lointaines qu'on dirait du passé.

 

5.

« Le jardin chuchote et tressaille,

Furtif et confidentiel »

(Henri de Régnier)

 

Des fois comme dit le poète « le jardin chuchote » comme s'il y avait quelqu'un et pourtant il y a que moi même qu'ça « tressaille ».

 

Le jardin le poète i dit qu'il est « furtif et confidentiel » comme un espion, l'espion des roses et des ronces.

 

6.

« L'averse semble maille à maille

Tisser la terre avec le ciel. »

(Henri de Régnier)

 

L'averse c't'une tisseuse elle vous coud si bien la terre et le ciel qu'vous y voyez goutte.

 

L'image de la tisseuse elle a été préparée par l'adverbe « minutieusement » que ce qu'il écoute Régnier c'est la métaphore qu'il file.

 

Que ce que Régnier écoute qu'il en a « les yeux clos », genre son réel à lui, c'est la métaphore qui file comme la pluie.

 

Qu'on s'promène partout avec son réel à soi pour voir s'il correspond au réel qu'ils font les autres.

 

Des fois qu'on reste tout seul qu'on s'écoute les yeux clos se mouiller le jardin genre qu'on s'bricole quelque isolationnisme ontologique.

 

7.

« Il pleut, et les yeux clos, j'écoute,

De toute sa pluie à la fois »

(Henri de Régnier)

 

Des fois quand on écoute les yeux clos on s'endort que vaut mieux avoir les yeux ouverts des fois qu'il y en aurait un qui profiterait pour.

 

J'aime bien l'expression « de toute sa pluie à la fois » que parfois je me souviens qu'elle pleurait bouh ouh ouh de toute elle à la fois.

 

Parfois quand on est méchant c'est comme si un voleur s'était introduit et avait allumé la lumière dans not' citrouille.

 

8.

« Le jardin mouillé qui s'égoutte

Dans l'ombre que j'ai faite en moi. »

(Henri de Régnier)

 

Des fois il y a l'ombre qu'on se fait en soi elle nous fait des ombres chinoises là, dedans, qu'on comprend pas parce que c'est du chinois.

 

Que son réel à soi, ça peut finir par nous faire une ombre là, dedans, façon tache d'on n'sait quoi qui s'allonge s'allonge et nous envahit.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 octobre 2016.

05 octobre 2016

DONC JO I S'PROMENE

DONC JO I S'PROMENE

1.
« Il fera longtemps clair ce soir, les jours allongent,
La rumeur du jour vif se disperse et s'enfuit »
(Anna de Noailles)

Il fera longtemps que des fois on fait longtemps qu'on est très occupé à machiner le réel lequel nous use comme d'un outil.

« Il fera longtemps clair » ça veut dire que la nuit prend son temps pour tomber que l'été la nuit elle a des horaires de travail décalés.

« les jours allongent » ça veut dire qu'on a plus de temps encore pour faire ce qu'on a à mais que des fois on s'ennuie ah la la quand même.

Et puis la nuit au moins on peut dormir que le jour y a plein d'autres qui vous en empêchent ah les énervés !

« La rumeur du jour » c'est tout ce que le jour raconte dans toutes les langues des choses et des êtres qui y passent plus ou moins mobiles.

D'ailleurs l'auteur précise que le jour est « vif » même quand on a d'la mort dans l'âme on sent qu'le jour est vif genre tranchant sec.

Mais quand même que le jour s'allonge avec le soir qui vient la rumeur du jour elle finit par se calmer qu'elle murmure et cause toute seule.

2.
« La poussière, qu'un peu de brise soulevait,
Quittant l'arbre mouvant et las qu'elle revêt »
(Anna de Noailles)

Les arbres sont mouvants doucement le soir comme s'ils berçaient les fantômes qui logent dans leurs branches.

3.
Le mot songe rime bien avec la forme plonge qu'on en vient vite à songer qu'c'est en plongeant dans l'océan des songes que nous allons rêver.

4.
Parfois qu'au même instant, saisi d'un doute, on se met à penser que c'est jamais comme ça que se passe qu'on est voué au pas tout à fait.

5.
« Si j'ai parlé
De mon amour, c'est à l'eau lente »
(Henri de Régnier)

Y en a i racontent leurs amours à « l'eau lente » qu'elle doit se dire ah si j'avais des jambes comme un fleuve que je fuirais ce fâcheux.

6.
« La pensée d'un homme est avant tout sa nostalgie. »
(Albert Camus, « Le Mythe de Sisyphe »)

Qu'on croit qu'on pense le futur mais qu'il est déjà tout contaminé d'not' passé le futur qu'on l'voit s'gondoler mirage dans la tête.

7.
« Personne ne nous regarde. C'est le moment de nous retirer discrètement. »
(Agatha Christie traduit par Françoise Bouillot, « Le Crime du Golf » [Poirot])

Parfois ils croient qu'on voit pas qu'ils se retirent discrètement dans les choses les fantômes là dans notre dos.

8.
Camus dit que l'idée que tout finira en poussière « réduit nos agitations à la noblesse profonde qu'on trouve dans l'indifférence. »

J'aime bien l'expression « noblesse profonde qu'on trouve dans l'indifférence » que des fois on s'engage camarade qu'on fait pire que mieux.

Qu'le temps, c'est un moulin qui moud tout et vous fait farine à néant, poussière dans le vent.

9.
Des fois y en a i méritent ce qui ne leur arrive pas.

10.
Donc Jo i s'promène, soudain il a l'impression d'être suivi par un arbre il se retourne brusquement pis i dit et en plus ils sont plusieurs.

Des fois Jo il a plus sa tête a lui qu'il court partou après pour pas qu'elle se perde mes ele se perd qanmem qu'il revient avec ses jambes.

Quand on sort dehors vaut mieux avoir sa tete a lui (ou a ele si on est une fille) sinon les autres têtes peuvent pas nous reconnaître.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 octobre 2016.

04 octobre 2016

CEPENDANT QUE LE HOMARD RUMINE

CEPENDANT QUE LE HOMARD RUMINE

 

« FABLE

 

Une boîte de corned-beef, enchaînée comme une lorgnette,

Vit passer un homard qui lui ressemblait fraternellement.

Il se cuirassait d'une carapace dure

Sur laquelle était écrit à l'intérieur, comme elle, il était sans arêtes,

(Boneless and economical) ;

Et sous sa queue repliée

Il cachait vraisemblablement une clé destinée à l'ouvrir.

Frappé d'amour, le corned-beef sédentaire

Déclara à la petite boîte automobile de conserves vivante

Que si elle consentait à s'acclimater,

Près de lui, aux devantures terrestres,

Elle serait décorée de plusieurs médailles d'or. »

 

(Alfred Jarry)

 

1.

« Une boîte de corned-beef, enchaînée comme une lorgnette,

Vit passer un homard qui lui ressemblait fraternellement. »

(Alfred Jarry)

 

Alfred Jarry imagine dans un poème qu'une boîte de corned-beef c'est bon ça, avec des frites un peu sec, vaut mieux des patates sautées

 

Qu'une boîte de « corned-beef » tombe amoureux d'un homard parce qu'évidemment tous deux sont carapacés et donc de même nature.

 

Dans la vie vaut mieux être carapacé que ça peut vous aider à vivre parmi les autres là et leurs grandes pinces à disséquer d'la conscience.

 

Donc la boîte de corned-beef Jarry nous dit qu'elle « est enchaînée comme une lorgnette » genre qu'elle peut pas s'échapper.

 

La « lorgnette » ça doit avoir rapport avec l’œil que donc la boîte de corned-beef elle est peut-être très surveillée.

 

En tout cas de là où elle est la boîte de viande voit passer des choses là dans le réel qu'il s'en passe des choses dans le réel qu'on sait.

 

Donc la boîte « vit passer un homard » que c'est bizarre qu'un homard se promène comme ça on mais dans un poème c'est pas impossible.

 

C'était peut-être le fantôme de Nerval promenant le spectre de son homard au bout d'une laisse qu'il finit par se pendre Nerval.

 

2.

« carapace dure

Sur laquelle était écrit à l'intérieur, comme elle, il était sans arêtes,

(Boneless and economical) »

(Alfred Jarry)

 

Jarry y précise que le homard est « sans arêtes » comme la boîte de corned-beef qu'on a jamais vu un ban de bœufs dans un filet de pêche.

 

Contrairement aux boîtes de corned-beef qui furent « boneless and economical » les âmes elles sont pleines d'os et n'ont pas de prix.

 

Quoi qu'on est ? Bah, des empilements d'os sur lesquels fatal que des fois dégringolent des tuiles.

 

3.

« Et sous sa queue repliée

Il cachait vraisemblablement une clé destinée à l'ouvrir. »

(Alfred Jarry)

 

Le réel est ce qui s'ouvre on a pour ça la chirurgie et les clés des boîtes de corned-beef mais qu'la mort c'est du fermé du définitif clos.

 

Des fois on cache sa clé qu'il doit y avoir une expression pour ça genre ah celui-là il cache bien sa clé qu'on sait pas ce qu'il pense.

 

Des fois les portes aussi cachent leur clé qu'on sait pas où elles nous les ont mises on est obligé d'appeler un serrurier qu'c'est coûteux.

 

4.

« Frappé d'amour, le corned-beef sédentaire

Déclara à la petite boîte automobile de conserves vivante »

(Alfred Jary)

 

Comme quoi la boîte de corned-beef à Jarry c'est une esthète une amoureuse du baroque à carapace et d'la périphrase épatante.

 

Les voitures et les trains que les vaches voient passer qu'est-ce sinon des « petites boîtes automobiles de conserves vivantes » ?

 

Le corned-beef évidemment qu'il est « sédentaire » d'ailleurs où voulez-vous qu'il aille avec sa tête de ministre ?

 

5.

« Que si elle consentait à s'acclimater

Près de lui, aux devantures terrestres »

(Alfred Jarry)

 

Le pronom « elle » c'est pour le crustacé décapode que le corned-beef verrait bien à son côté dans la vitrine du magasin.

 

Qu'on consent à s'acclimater c'est normal que vous allez pas poser dans une devanture si vous avez pas votre carapace de corned-beef.

 

Bon après je vois pas bien ce qu'il ferait dans la devanture le homard qu'il lui faut de l'eau non qu'c'est pas bien liquide ça une devanture.

 

C'est dans les devantures terrestres qu'on trouve les nourritures terrestres que dans l'extra-terrestre chaipas faut demander à la zone 51.

 

6.

« Près de lui, aux devantures terrestres

Elle serait décorée de plusieurs médailles d'or. »

(Alfred Jarry)

 

Vous voyez l'genre qu'le homard i deviendrait bête à concours de corned-beef qu'il aurait le grand homard d'argent d'la marmite du pêcheur.

 

Qu'à mon avis le homard i s'ennuierait vite dans la devanture terrestre qu'il ruminerait vache dedans sa carapace bisque bisque rage.

 

Ceci dit la bisque de homard c'est pas d'la colère c'est d'la soupe que c'est bon avec des croûtons.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 2 octobre 2016.