BLOG LITTERAIRE

30 août 2015

GLOSES J'Y SERRE MES ZUT

GLOSES J'Y SERRE MES ZUT

1.
« - Tiens, passant, regarde : tout passe... »
(Tristan Corbière, « La rapsode foraine »)

2.
Tiens : voilà du boudin, ce qui n'est pas gentil
Passant : dans l'tout passe et l'tout venant des mille bras qui s'agitent partout façon pieuvre à fragmentation

3.
Regarde, nous croyons faire un signe à quelqu'un et nous déclenchons l'invisible.

4.
« Et tombé là parmi les antiques hiboux »
(…)
« Pour les gens du pays, il ne les voyait pas »
(Tristan Corbière, « Le poète contumace »)

4.
Attrapé la tête de hibou, tombé vieux fou dans l'antique, comme dans un trou du temps, ignorant les gens qui ne vous parlent pas non plus.

5.
L'humain, cette infinie variation sur le thème de comment accommoder ma petite conscience à ce monde trop grand pour qu'elle le mange.

6.
« les pulsions de toujours et l'élémentarité »
(Lucien Dällenbach, « Claude Simon »)

Quelque chose de sexuel là-d'dans, non ? Ou de cosmique...

7.
Pulsions : coin-coin glouglou canard au sang
toujours : et encore vous n'avez pas tout
et l'élémentarité mon cher Watson qu'en avez-vous fait

8.
« Comme un chien dépendu qui se rue à la messe. »
(Tristan Corbière, « Le bossu Bitor »)

9.
Comme : boîte de Pandore
Chien : ouah ouah toutou Au pied !
Dépendu : ah l'andouille heureusement que
Se rue : rime avec dépendu ouf alors

10.
Des fois, les pianos racontent des histoires qu'on y pige que couic, voire que couac. Des fois, les pianos, ils aiment bien craque-conter.

11.
«retrouver la passivité des plantes, se répandre dans le cosmos »
(Lucien Dällenbach, « Claude Simon »)

12.
Retrouver : ah je vous croyais perdu
Plantes : belles, fatales, passantes immobiles de gares hantées ah tiens j'ai retrouvé mon album Delvaux.

13.
Schéma : passivité du cocotier avant qu'on l'agite, cris des habitants du cocotier, bombardement de noix de coco, crâne fendu.

14.
Se répandre : vous voilà bien liquide, ma chère Zut !
Cosmos : c'est que j'ai des vocations expansives mon cher Scherzo.

15.
Cette nuit, la lune avait l'air d'un ballon flottant sur le fil tendu par un magicien tout en nuances de nuées.

16.
« même dans les phrases fleuves dont la logique accumulative et le mouvement de piston (et… et… et...) »
(Lucien Dällenbach, « Claude Simon »)

17.
Même : tarte à la crème, couverture d'un San-Antonio
Logique : Wittgenstein, d'ailleurs, j'y ai rien compris.

18.
Accumulative : des yeux des yeux des yeux
Mouvement : et ils vous zieutent tous ces yeux tous ces yeux tous ces yeux…

19.
Piston : ça huile ou ça grince ça dépend
et… et… et… : ensemble ouvert de la grande diachronie universelle, ô foudre infinie dans les yeux de Miss Foudre.

20.
Phrases : batailles au bord du fleuve
Fleuves : Cavaliers chu d'dans jusque là j'fus, man, chu d'dans pis bien cor.

22.
Dans la drolatique et narrative chanson de Charlebois, j'avais pas remarqué  le jeu de mots entre « Fu Man Chu » et « Chu d'dans ».

21.
Mon capitaine, les cavaliers sont tombés dans la phrase, sur la route des Flandres, oui, elle était trop longue d'une vingtaine de pages.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 août 2015.


29 août 2015

EH JE VOUS L'AVAIS BIEN DIT QUE JE JOUAIS FAUX !

EH JE VOUS L'AVAIS BIEN DIT QUE JE JOUAIS FAUX !

 

1.

Lune
Plus une thune

Zigouigoui s'avance dans le brouillard

Il se dit qu'il doit se faire tard.

 

2.

Dans le train je contemple la lune qui

Passe j'écris des quatrains j'ai plus une thune Si

Le train était un bateau s'avançant dans le brouillard

Est-ce que j'y peindrai des tableaux non j'ai trop d'cafard.

 

3.

L'anglais bone c'est l'français os

Ça m'rêve une petite bonne toute en os

Et comme pretty veut dire joli(e)

Autant qu'ma p'tite bonne j'me l'imagine jolie

 

4.

Lune

Plus une thune

Pis qu'est-ce que je fais dans cette gare ?

Tous mes trains sont partis de nouveau j'suis en r'tard.

 

5.

Matin

Pain beurre

Eun' goutte éd'jus et d'la confiture

Avant d'aller au réel et son tout allure.

 

6.

Avec les mots on peut n'en faire !

On peut jouer d'l'hipopotam-tam

Ou d'la flûte de paon qui miaule Léon Léon Léon…

 

7.

Certes Bach est mort mais pas le blues

Et on l'écoute encore moi j'ai pas d'flouze

Certes je suis vivant et debout sous la lune

Mais qui m'écoute ? - L'néant ! Et puis plus une thune.

 

8.

Si je suis ici c'est que je n'y suis plus

Où ? Eh bien dans l'été... ô Cafard

Et en toute saison, sans un liard…

 

9.

J'écoute Radio-Fantôme Bouh !

Et les voix des morts… quand même, j'ai plus un sou.

 

10.

Dans les églises y a des pauvres

Dans les églises y a des riches

Et Dieu qui n'existe pas les regarde tous

De son œil continu et invisible.

 

11.

Dans les églises y a des gens

Et pas tant qu'ça et il y a Zut

Elle se dit L’œil de Dieu L’œil de Dieu

Nom d'un œil ! C'est-y pas qu'il serait borgne !

 

12.

« Le temps était si beau, la mer était si belle…

Qu'on dirait qu'y en avait pas. »

(Tristan Corbière, « Le novice en partance et sentimental »)

 

13.

J'aime le gringuedling d'la mandoline j'aime le café

Et ses reflets dorés dans la tasse

J'aime la palpitation des narines et le pain grillé

Mais faut que j'coupe la radio et que j'me casse.

 

14.

Ah je la sentais me venir la casse, la pourquoi donc, la je me demande si tu ferais pas mieux de me répondre avant que j'te tourne dans la tête, que j'te tourne dans la tête, que j'te tourne dans la tête.

 

15.

Si ça se trouve, on vit des milliers de fois le même jour, mais sous un angle différent, avec des êtres différents, et des langues inconnues.

 

16.

Et à la tête de mes alphabets, j'irai sur mon cheval invisible conquérir des contrées qui n'existent jamais.

 

17.

Si ça se trouve, nous sommes des poules et des coqs hypnotisés par un magicien qui depuis belle lurette a filé avec la trapéziste.

 

18.

La preuve que j'ai un château en Espagne, c'est qu'il y a un fantôme dedans, si, même qu'il parle espagnol, alors hein, vous n'allez tout de même pas me dire que vous êtes de ces rationalistes qui ne croient pas aux fantômes ?

 

19.

J'ai beau les appeler « petites petites petites », les idées ne viennent pas... Zut alors, elles doivent couver ailleurs.

 

20.

Nocturne... oh ! des étoiles !

- Un piano - bien sûr, puisqu'il fait noir

Taciturne et puis Zut qui ratatame sur sa poêle !

Eh ! je vous l'avais bien dit que je jouais faux.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 29 août 2015.

MA CONVICTION EST FAITE ET MA PATE A CRÊPES AUSSI

MA CONVICTION EST FAITE ET MA PATE A CRÊPES AUSSI

 

1.

Ma conviction est faite : Iggy Pop est un complot d'Iggy Pop. Complot, je vous dis, complot et rock n' roll, c'est ça la vie moderne.

 

2.

Ma conviction est faite : si mon oncle en avait, on ne l'appellerait pas ma tante.

 

3.

Je me sens plein de férocités, c'est-y pas qu'le spectre à Diogène me visiterait l'atelier à morsures ?

 

4.

Ma conviction est faite : big bang, big stretch, big crunch, physique quantique et c'toucitouça cosmique, c't'un complot des étoiles.

 

5.

Jimi Hendrix, quand il chatouillait sa guitare, elle hennissait, si si j'suis sûr.

 

6.

Les politiques, des nains qui jouent aux billes, mais qui n'oublient pas de s'en mettre un max de côté, les malins clowns.

 

7.

Qu'on vieillit qu'on prend l'habitude de naviguer à vue entre « ce qui vit encore et ce qui ne vit presque plus » commidit Nietzsche.

 

8.

L'ego s'aventure, Ulysse qui tente de nous survivre et qui jamais ne rejoint Ithaque.

 

9.

Le cancre, en niant son existence, l'école se prive de son bouffon, de cette voix d'allègre et lucide fausset qui la rappelle à l'humilité de sa raison.

 

10.

La politique part d'un œil lucide (et encore, pas toujours) pour arriver à commidit Nietzsche « un œil qui grossit et arrondit ».

 

11.

Qu'on sphère, nous, pommes, qu'on opinionne et tendance, qu'on kante, qu'on marxe, qu'on religieuse, qu'importe pourvu qu'ça roule.

 

12.

Zut a fait rien qu'à férocer, c'est une féroceuse et pis c'est tout.

 

13.

C'est un jeu : les gens fabulent des tas d'mythes dans tous les coins que des experts en tout genre décryptent. Nous habitons une sphingerie.

 

14.

Dieu est mort, et l'humain le suit.

 

15.

L'humain, il est quand même assez fidèle au bestial, et il trouve d'ailleurs des tas de raisons tout ce qu'il y a d'humaines pour.

 

16.

On n'invite pas le Diable pour lui demander s'il lit des contes de fée. C'est vexant, et dangereux.

 

17.

Commerce mondial, marchands pirates requins, d'où jambes et langues de bois ; d'en bas, savez, on n'y croit guère à vot' moralité, ô élites.

 

18.

L'humain c't'en proie à l'impatience folle de galoper à la réalisation hennissante de ses désirs et d'ses patatras.

 

19.

Le doigt de l'électeur est dans l’œil du politique Je répète Le doigt de l'électeur est dans l’œil du politique.

 

20.

Politiques, nous faisons semblant de croire en votre sincérité ; vous faites semblant de croire en notre bonne volonté : quel monde parfait !

 

21.

C'est avec conviction, Monsieur, que je vous prends pour un con, et je vous demande de respecter mes convictions.

 

22.

« La vérité était là, quelque part. »

(Simenon, « Le Fou de Bergerac »)

 

La vérité est toujours là, quelque part, et souvent, elle y reste.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 29 août 2015.

PROUT FIT LA CREMIERE

PROUT FIT LA CREMIERE

 

1.

Economie qu'on s'machine, dans l'intérêt de - y a toujours marrons tirés du feu, même si on mouise galère.

 

2.

Nourricière, la louve, y lippent les politiques et toutes ces sortes de choses, c'est l'intérêt général ; ça s'cause.

 

3.

Une louve prise pour vache, voire truie, miam ! C'est l'intérêt général je vous dis, qu'on en cause partout, pour animer le mariole.

 

4.

Ça fugitive ça fictionne des p'tits bouts de temps qu'on passe; ressasser dit le flux.

 

5.

Une collection de rêves, le temps ? des grimaces autour de la table, oui, des déjections partout bouh la basse-cour poules coqs couics.

 

6.

La perle a l'est trop profonde, nous, poumons tricards chez l'extraordinaire, et foin du rare à risques et périls.

 

7.

Qu'on remercie toujours courbettes et politesses bien éduqués nos groins trop heureux d'la grâce que vous nous faites.

 

8.

Faut-i lui demander l'impossible à ce prétentieux des écoles qui prétend savoir mieux que nous quoi qu'on veut ?

 

9.

Faut l'avouer franchement, m'en fiche royalement, dit Scherzo à ses sujets, lesquels ne lui obéissaient absolument pas.

 

10.

Tête-à-tête quoi ma gueule ? Miroir menteur l'autre.

 

11.

Zut sûr l'a pas chu dans l'trap, a bien vu qu'c'était toile à venin, velues huit pattes, morsures, et point du tout un palais à merveilles.

 

12.

Qu'on cherche à l'impressionner le réel, zieute voir si j'suis juste dur pur sec droit à moustaches et prunelle à vos rangs fixe.

 

13.

Qu'on aurait les yeux géants qu'on sauterait les pages fantastiquement qu'on zapperait fantasque idem toutes vos faces.

 

14.

Qu'on s'prolongerait l'été ad libitum qu'on s'soleillerait des lunes et des lunes bah et la fine pluie alors j'en veux moi puis du vent grinçant.

 

15.

Ecoutez la chanson bien douce qu'elle aigre Zut des tartines partout pouvez vous en faire des bocaux j'vous les laisse ô mielleux !

 

16.

Je me demande si le pianiste si inspiré à son Chopin roudoudou, des fois, il a pas envie de lâcher une caisse.

 

17.

J'aime pas le classique, mais ça, j'aime pas.

 

18.

Ah ouiche, cet impénétrable de l'autre, ce mystère, qui ne nous intéresse que parce qu'on nous le dit.

 

19.

Le care, le care ! zallez voir comment j'vais m'occuper d'vous, qu'elle fit Zut, une drôle de lueur en forme de bombe à mèche dans les yeux.

 

20.

Je t'en ficherai moi « des actions de sensibilisation » qu'elle fit Zut en préparant ses gants de boxe.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 29 août 2015.

28 août 2015

PLAYLIST DU 28 AOÛT 2015 AVEC OU SANS ACCENT LE TELEPHONE ?

PLAYLIST DU 28 AOÛT 2015 AVEC OU SANS ACCENT LE TELEPHONE ?

 

1.

« Planet Claire » des B52's, en voilà une à m'faire rappeler les Comics bariolés d'nos enfances, ô Titans, ô choc des mondes, ô Diane cosmique.

 

2.

P.I.L, « This Is Not A Love Song » ou comment la musique de danse joua les agressives, les j'le répète puisque je l'ose This Is Not A love Song

 

3.

The Residents, « Constantinople » ô la ville hantée de gros yeux en smoking.

 

4.

J'aime bien The Residents, ils ont l'air de jouer sur des jouets féroces, avec des voix d'outre-aigre.

 

5.

Maxime Le Forestier, « Grand Match de Blues à Minneville », tellement fort punchie qu'j'ai longtemps cru qu'c'était une chanson sur la boxe.

 

6.

Les Blaireaux, « Lena la Berlinoise », dirait qu'ça va s'décomposer, s'déchanter dans l'oreille, filer d'la clé, puis elle retombe sur ses longues jambes de grande Marlene, de longue Léna, la belle chanson d'amour obsédant.

 

7.

Les Blaireaux, « Lena la Berlinoise », chanson onirico-réaliste, avec sax, froufrous, p'tits rires fantômes, et fignolée d'la dissonance.

 

8.

Charlebois, « Wasichu », une des plus impressionnantes chansons du grand Québécois, un coup au cœur.

 

9.

Charlebois, « Wasichu », dont je ne me lasse pas pour la beauté de l'orchestration et son beau solo électrique épique.

 

10.

Téléphone, « Le Chat », pour la souplesse d'la basse, et la voix d'la chanteuse qui attend son chat pis bien ! i repart, le matou...

 

11.

Téléphone, « Le Chat », j'aime bien « pas de petit passage / pour cet enfant passage » et ce qui miaule voire gronde, c'est-y un trombone ?

 

12.

Celentano, « Svalutation », chanson pas contente, mais oh combien entraînante, wap-do-wap, et toujours ces filles des chœurs, les craquantes.

 

13.

« quando pensi a te

pensa... anche un pò per me. »
(Celentano, « Svalutation »)

« quand tu penses à toi
pense aussi… un peu pour moi. »

14.
Brel, « La Ville S'endormait » l'orchestre s'avance, magistral, majestueux, ponctué de percussions à mystères et sur ce mystère, le poète enchante drôlement.

15.
Brel, « La Ville S'endormait », tissu, l'orchestre, d'autres temps, et le détachement des syllabes claires et graves, souples et fortes.

16.
« Et je fais celui-là qui est son souverain »
(Brel, « La Ville S'endormait »)

C'est là l'ordinaire comédie des humains.

17.
Mystérieuse rythmique dans l'lancinant « Dazed And Confused » de Led Zeppelin, comme traversant la brume jacte la guitare et frappe la foudre.

18.
« Lots of people talk and few of them know » entend-on dans "Dazed And Confused", du Led Zep, après bah c'est juste une histoire de sentiments.

19.
Assez curieux, la virtuosité déployée dans ce morceau légendaire qu'est « Dazed And Confused » et la trivialité du texte. Troublant.

20.
Peut-être que le texte n'est-il parfois là que pour mettre en valeur le chant et la virtuosité des musiciens  So What  It's only rock n'roll

21.
Puis y a la voix d'la fille au long
aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah
du « Planet Claire » des B52's
même que :
« 
She drove a Plymouth Satellite
Faster than the speed of light »
ce qui est rigolant.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 28 août 2015.



25 août 2015

DIEU NE CONNAÎT PAS SON SEMBLABLE

DIEU NE CONNAÎT PAS SON SEMBLABLE

 

1.

« Trois mille six cent fois par heure, la Seconde

Chuchote : Souviens-toi ! - Rapide, avec sa voix

D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,

Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde ! »

(Baudelaire, « L'Horloge »)

 

2.

Y a pas, faut écrire en aiguisant ses couteaux dans l'autrefois et ça pendant qu'les artilleurs de maintenant ont la tête ailleurs.

 

3.

« Je dis : Que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ? »

(Baudelaire, « Les aveugles »)

 

Peut-être qu'il va finir par leur neiger des yeux, peut-être… et comme ça, au moins, ils verront la tempête qui va les emporter.

 

4.

« Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins »

(Baudelaire, « Les bijoux »)

 

En v'là d'la boucherie fine, d'l'alexandrin découpé ternaire, du monosyllabe de choix.

 

5.

Zut en matière de poésie, elle n'aime que la boucherie fine, le filet vif, le consistant à os, pas végétarienne, pas fleur bleue, la Zut, féroce.

 

6.

« L'arbre qui pense

les pieds dans sa grille

à quoi pense-t-il

oh ça oh mais ça oh mais ça à quoi pense-t-il »

(Raymond Queneau, « L'arbre qui pense »)

 

Au chien qui va venir, répondit Zut avec l'à-propos et l’œil brillant qui la caractérisent.

Du reste, devinez à quelle bestiole est consacrée la deuxième strophe de ce poème de Queneau, hein, devinez ?

 

7.

« Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux »

(Baudelaire, « Spleen »)

 

Ah ça quand vous avez pris votre retraite et que vous n'pouvez plus dévorer personne, on s'en fiche bien d'vos énigmes, allez…

 

8.

Zut, elle a pas le temps d'interroger son âme, saute de bref en bref, piaf de branche en court les phrases ; elle décrit pas, elle fonce, ma fiction.

 

9.

« Bien des nuits, à minuit juste, pendant que le monde entier dormait, il avait jailli de mon propre sein, creusant avec son terrible écho les terreurs qui me travaillaient. »

(Edgar Poe traduit par Baudelaire, « Le cœur révélateur »)

 

10.

Scherzo, avec les échos de son rire, il creuse, il creuse, il creuse des galeries sous le palais, comme s'il voulait que peu à peu s'enfonce.

 

11.

Miss Foudre, elle jette des sorts, à nous revenir, nous mijoter aux petits spectres, à petit feu d'ombres, frite galette pour la dent du fantôme.

 

12.

Zazie ou comment parler comme une insolente quand on est un grognon mâle.

 

13.

« Il lui semblait qu'une petite bête avide et apeurée, tapie en elle, l'observait sournoisement. »

(Nathalie Sarraute, « Portrait d'un inconnu »)

 

14.

Scherzo considérait aisément que chaque humain abritait en lui quelque avide bête, plus ou moins rusée, et tout de même assez dangereuse.

 

15.

J'aime bien la rentrée littéraire : tant de livres que je ne lirai pas ; tant d'avis que je ne suivrai pas ; mais ça anime, ça rassure même.

 

16.

Sur la toile, je ne dialogue pas souvent avec mes lecteurs, des fois que derrière tel ou tel ordinateur, y aurait des griffes, des cornes, des écailles, des yeux rouges, un groumpf continu et ténèbreux.

 

17.

Le réel est une fiction ; le vrai y a besoin du mensonge pour continuer à nous raconter son histoire.

 

18.

Zut a un bon coup de fourchette, voyez comme elle dissout les viandes ! Vous connaissez sa collection d'yeux crevés ?

 

19.

« Je ne connais pas mon semblable »

(Tristan Corbière, « Paria »)

 

Dieu non plus ne connaît pas son semblable.

 

20.

« Je ne connais pas mon semblable ;

Moi, je suis ce que je me fais. »

(Tristan Corbière, « Paria »)

 

Le pronom sujet s'attribue ici bien du malheur. Il n'agit pas sur le monde ; il n'est pas dans le faire, mais dans la soumission à lui-même.

 

21.

« et ça prend de la vitesse, et elle ne l'aura jamais sa rose »

(Patrick Cauvin, « E=mc2 mon amour »)

 

Tout est dans le « ça », le monde qui court le réel qui file le temps qui nous paume de plus en plus loin dans le futur.

 

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 26 août 2015.

FIFRELINS PEUT-ÊTRE MAIS TENACES

FIFRELINS PEUT-ÊTRE MAIS TENACES

1.
« Je t'en ficherai moi du “d'autant plus glaçant qu'il était parfait“ » qu'elle râlait Zut en préparant sa tarte à la crème pour écrivain d'la rentrée littéraire.

2.
Non, Monsieur Houzeau, Lady Gaga n'est pas une académicienne française célèbre pour, je vous cite, « Schmol ou les Chaussettes sauvages, Histoire du rock français ».

3.
« Blancheur au couchant, lueur au levant ;
Ici crépuscule, et là clair de lune. »
(Victor Hugo, « Choses du soir »)

Echo, le u d'la lune illunant lueur et couchant.

4.
Zut des fois elle jacte et agace comme d'une flûte qui n'en finirait plus de fifreler sa même série de notes tenaces.

5.
« Ah ! qu'il s'en aille, lui, la gorge cravatée
De honte, ruminant toujours mon ennui, doux »
(Rimbaud, « L'homme juste »)

6.
Zut des fois a rumine des ennuis, pis qu'elle les crache en longues salives et chiens noirs, et yeux de foudre, et mains dans les poches.

7.
« Tu fermeras l’œil, pour ne point voir, par la glace,
            Grimacer les ombres des soirs »
(Rimbaud, « Rêvé pour l'hiver »)

8.
Pis, rimbaldienne en diable, Zut « par la glace » fait « grimacer les ombres des soirs » qui sont plusieurs depuis qu'elle polychronique, la Zut.

9.
« Âme sentinelle,
Murmurons l'aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu. »
(Rimbaud, « L'Eternité »)

10.
Scherzo a « l'âme sentinelle » et s'attend toujours à voir sortir d'une « nuit si nulle » quelque « jour en feu ».

11.
En sa capitale de flammes, Satan; du spéculatif, du prince tranché, du massacre des innocents, voilà comme il déjeune et lit son journal.

12.
Le monde est-il la proie des chiffres ? Notre avenir se joue-t-il dans les poches des spéculateurs et le secret des banques ?

13.
De cette forêt de chiffres, quel genre de secte va-t-il finir par en sortir ? Quelle religion d'assassins ?

14.
Scherzo, de ce rire noir dont on fait les bandeaux sur l’œil, les regards et les blasphèmes. Il n'est pourtant qu'un bouffon, un peu d'ombre sur vos pas.

15.
Scherzo parfois bouffonne le Dictateur Ach ! Fantaisie, quand tu nous tiens fait-il, la main sur son flanc droit et contemplant le monde.

16.
« Le doux regard de ma Dame
Me fait espérer sa pitié »
(Adam de la Halle, « Le doux regard de ma Dame... »)

17.
Je t'en ficherai moi du « doux regard de ma Dame » fait Zut en se collant des mirettes du tonnerre à stopper net les pacemakers.

18.
Si ça se trouve la nature est un long processus d'autodestruction, un poison dont l'humain serait l'antidote… Euh, j'suis pas sûr.

19.
« Matin moqueur,
Au-dehors tout est rose.
Mais dans mon cœur
Règne l'ennui morose. »
(Charles Cros, « Romance »)

20.
En bon bouffon, on a beau avoir le « matin moqueur », avec tout c'tout-ci tout-ça du réel, on n'est quand même que l'sujet du morose et du pas drôle.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 août 2015.

24 août 2015

Ô TROMPETTES WAH WAH

Ô TROMPETTES WAH WAH

1.
Le rire est-il l'amusement de la mélancolie, sa plaisanterie, sa bonne blague, sa fine ruse ?

2.
Ce n'est pas l'humanité qui est attachante, c'est juste quelques personnes, et encore, pas longtemps…

3.
«  Je trouve toujours le temps très long entre le thé et le dîner... »
(Agatha Christie traduit par Louis Postif, « Un Cadavre dans la bibliothèque », [Pierre], Club des masques 38, p.109)

« Je trouve toujours le temps très long entre le thé et le dîner » soupira le spectre de la soupière.

4.
« Je ne suis que servante : et qu'est-il que valet ?
Si son visage est beau, le mien n'est pas trop laid :
Il se dit riche et noble, et cela me fait rire ;
Si loin de son pays, qui n'en peut autant dire ?
Qu'il le soit : nous verrons ce soir, si je le tiens,
Danser sous le cotret sa noblesse et ses biens. »
(Corneille, « L'illusion comique » II, 9 [Lyse])

Et viva la revolucion

5.
En français classique, « danser sous le cotret » signifie recevoir des coups de bâton. Aujourd'hui, un politique, par exemple, peut recevoir « une volée de bois vert », c'est-à-dire subir un assaut de critiques, ça ne lui fera pas mal au dos, bien que cela puisse lui compliquer l'existence, voire lui pourrir la vie.

6.
Pourquoi le fait que Dieu ait créé la nature impliquerait qu'il puisse la détruire ? Il se peut aussi que la nature soit un long phénomène d'autodestruction. La nature serait-elle la dépression de Dieu ?


7.
« Job répondit à l'Eternel :
Je reconnais que tu peux tout,
Et qu'aucune réflexion n'est inaccessible pour toi. »
(Job 42, 1-2, La Sainte Bible, Société Biblique Française, 1978)

8.
Si ça se trouve, ce qu'il y a entre Dieu et le diable, c'est une interminable querelle de linguistes.

9.
Au début de la Genèse, la Terre est « informe et vide » : Qu'est-ce donc que cet étant qui n'a ni forme, ni contenu ?

10.
Trous noirs : ô trompettes wah-wah d'un New Orleans cosmique !

11.
« Son œil désormais ne me tourmenterait plus. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire, « Le coeur révélateur »)

« Son œil désormais ne me tourmenterait plus » dit l'aveugle venant d'assassiner le borgne.

12.
« Et tes yeux attirants comme ceux d'un portrait »
(Baudelaire, « L'amour du mensonge »)

13.
L'art est dangereux, il est plein d'yeux attirants qui font écho à l’œil de celui qui les zieute, qui s'en fascine, qui s'en tourmente.

14.
« Nous jurons fidélité éternelle à nos horloges et à nos choux. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire, « Le diable dans le beffroi », décision du conseil de Vondervotteimittiss)

15.
Alors, Scherzo leva le point d'exclamation de son sceptre, et proclama, citant Edgar Poe et donc Baudelaire :
- « Nous jurons fidélité éternelle à nos horloges et à nos choux. »

16.
Il était tellement ébouriffé qu'on aurait dit qu'il s'était coiffé avec la guitare à Jimi Hendrix.

17.
L'humain, ce joueur dangereux d'une partie dont il ne connaît pas les règles.

18.
Quant au ver Zaza, il fréquente l'univers, en attendant peut-être qu'on le traverse.

19.
Parfois, j'ai envie de vieilles chansons de France, comme on boirait à une fontaine oubliée.

20.
Ecoutant du Offenbach, je m'interroge : Le baron de Calembour mange-t-il des carambars en écoutant des barcarolles ? La marquise du Contrepet suce-t-elle des allitérations en sorbet ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 août 2015.

23 août 2015

SANS BORGNE

SANS BORGNE

 

1.

Je me souviens d'avoir écrit qu'il n'y avait pas de « dieu caché ». Bien sûr que si, il y a un dieu caché, un dieu que le verbe manifeste.

 

2.

Par-delà l'arbitraire du signe, il y a un irréductible de la nomination, qui n'a d'existence qu'en se manifestant : Dieu par son nom.

 

3.

Dans mes archives, au lieu de « Si les oreilles... », j'ai écrit « Sir les oreilles avaient des dents »; ça doit être une réminiscence.

 

4.

Zut a sans doute reçu des instructions précises à mon sujet : me persuader coûte que coûte que j'existe, et tout, probablement, est dans ce coûte que coûte.

 

5.

« Les uns auront la tête du loup, les autres d'une poule ou d'un cador, mais tous auront les griffes et la queue du goupil ! »

(Cabanes – Forest, « Le Roman de Renart »)

 

6.

Le goupil, quelle contamination ! Il est que sous le noble habit de la culture remue la fine ruse.

 

7.

Serions-nous animés par chacune des phrases que nous prononçons, lesquelles agitent tant de peut-être et d'autres dieux ignorés.

 

8.

Contrairement aux systèmes de communication animale, les langues humaines sont des ensembles ouverts sur l'infini des possibles linguistiques.

 

9.

Peut-on complexifier indéfiniment les règles d'un code ? Autrement dit : Le langage est-il un code dont nous ne pouvons connaître la clé ?

 

10.

Je crois au paradis et à l'enfer : l'intelligence humaine finira bien par y arriver, à moins qu'elle se fasse sauter la boule avant.

 

11.

La culture ne supprime aucunement la violence : elle l'adapte.

 

12.

Que l'humanité puisse inventer tout et son contraire prouve sa puissance poétique, ce qui ne la rend pas plus sympathique pour autant.

 

13.

« L'avidité reste égale, elle est sans bornes. La bouche est entrouverte sur l'avidité sans bornes de la connaissance. »

(Marguerite Duras, « L'Amour »)

 

14.

Ayant opté pour la République, les aveugles, animés par l'avidité sans borgne de la connaissance, se mirent à tâtonner dans tous les sens.

 

15.

Qu'il y ait tant de choses à regarder prouve que nous avons des yeux.

 

16.

« Le mari de La Jalousie tourne en rond dans sa demeure, toujours revenant au même poste, comme il tourne en rond dans le temps de ses obsessions... »

(Annie Arnaudiès, « Le Nouveau Roman 2. Les Formes », Hatier, 1974, p.13)

 

17.

Sans doute tournons-nous en rond « dans le temps de » nos obsessions, et quand ça finit par finir, un autre prend le relais.

 

18.

Et peut-être, de la même manière qu'un tourmenté produit de l'obsession, que c'est en se complexifiant qu'une civilisation produit les barbares qui la menacent.

 

19.

« mière fois dans le livre, ensuite Miquette s'est relevée dans

l'espace qui restait et c'est alors qu'Irénée est entré, perso- »

(Robert Pinget, « Le Libera »)

 

20.

ensuite Zut « s'est relevée dans l'espace qui restait et c'est alors » qu'elle s'est exclamée Ah mais moi j'en ai marre de toutes ces phrases et qu'elle s'est barrée, tout simplement barrée, c'est comme je vous dis, du livre, oui.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 23 août 2015.

SI LES OREILLES AVAIENT DES DENTS

SI LES OREILLES AVAIENT DES DENTS

 

1.

L'autrefois maint'nant tout courbé et boiteux s'traîne dans la mémoire a d'plus en plus de mal à nous rejoindre dans l'présent l'autrefois.

 

2.

Je ne lirai probablement jamais « La Paille et le Grain » de François Mitterrand. Je resterai donc dans l'interrogation : s'agit-il d'un livre politique ou d'un traité de basse-cour ?

 

3.

«toutes les craintes sont permises »: en français, on se permet des craintes, et on ne se permet pas la peur à laquelle on cède si on ne la surmonte.

 

4.

« Cadeau. Comme ça, tu pourras me contempler jour et nuit. »

Elle la regarde et me sourit.

« C'est tout à fait toi », dit-elle. »

(Patrick Cauvin, « E=mc2mon amour »)

 

5.

« C'est tout à fait toi », dit-elle.

Depuis, je sais à quoi je ressemble. C'est assez curieux.

 

6.

Il haussa les épaules qu'il n'avait pas.

Il fit son nez qui lui manquait.

Il fronça l'absence de ses sourcils.

En fin de compte, la gestuelle de l'homme invisible est très pauvre.

 

7.

« Sans vous chercher si loin un si grand cimetière,

Je vous vais, de ce pas, vous jeter dans la rivière. »

(Corneille, « L'illusion comique », III,9, v.937-38 [Clindor])

 

8.

Miss Foudre, ayant besoin de matière morte pour ses expérimentations, demanda à Scherzo de lui ramener quelque cimetière.

 

9.

Zut adore les chansons; elle en mangerait, si les oreilles avaient des dents.

 

10.

Si le jour de la Résurrection, on entend : c'est bien beau tout ça, mais quand est-ce qu'on mange, à mon avis, va y avoir un blème.

 

11.

« Alors plus pur plus libre il s'en va vers l'aval

Retrouver loin des ports le trésor des possibles »

(Raymond Queneau, « Où s'en vont les ruisseaux »)

 

12.

Un trésor, c'est la promesse d'une infinité de possibles; sinon, ce n'est qu'une trouvaille, un coup de chance, le bénéfice d'une aubaine.

 

13.

En français, on est « devant Dieu ». C'est tout de même curieux qu'il soit obligé de nous courir après.

 

14.

« mais ils n'ont pas la moindre idée des pièges de la vie mondaine. »

(relevé dans une traduction française d'un texte d'Agatha Christie)

 

15.

« les pièges de la vie mondaine » : c'est vrai qu'on pourrait tomber dans un smoking, ou ne pas se relever d'une robe du soir.

 

16.

L'humain aurait pu se contenter de contempler les arbres, mais non, il a fallu qu'il invente la peinture et les tableaux avec des vaches dessus.

 

17.

Tiens, celle-là, à force de peindre des vaches, elle va finir par faire son autoportrait.

 

18.

En fin de compte, Dieu, on le connaît surtout de réputation.

 

19.

Ça ressemblait tellement à de l'inconnu, que si on lui avait demandé son nom, certainement il aurait pas pu répondre.

 

20.

Puis nous finirons au cabaret d'la camarde, avec l'orchestre des ombres et sa tête de mort qui nous chantera « Willkommen, bienvenue, étranger ».

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 23 août 2015.