BLOG LITTERAIRE

14 janvier 2017

CORNEILLERIES EN FEUILLETANT MÉDÉE

CORNEILLERIES EN FEUILLETANT MÉDÉE

 

1.

« Et de si longue main je connais ta prudence »

(Corneille, « Médée », v.753 [Jason])

 

En français classique, l'expression « de si longue main » signifie « depuis longtemps » ah tiens il ne neige plus.

 

De si longue main ça veut dire depuis longtemps qu'on a l'impression d'une longue longue main glissant le long du temps.

 

Quand je lis l'expression « de si longue main » je songe une longue main se glissant dans les gants du temps.

 

La longue main de si longue main à un moment on la serrerait cette main du temps et que ce moment s'appelle maintenant.

 

2.

« Mon courroux lui fait grâce, et ma première ardeur

Soutient son intérêt au milieu de mon cœur. »

(Corneille, « Médée », v.359-60 [Médée])

 

J'aime bien l'expression « au milieu de mon cœur » que ça vous fait un cœur gros, ou grand, du spongieux à sentiments.

 

3.

« Il faut donc que je vive, et vous m'êtes ravie !

 Justes dieux ! quel forfait me condamne à la vie ? »

(Corneille, « Médée », v.1481-82 [Jason])

 

L'humain ne peut pas se passer de l'autre ; l'autre non plus ne peut se passer de l'humain.

 

4.

Marrant ça, y en a un qui dit que la catastrophe écologique, on est en train de commencer à la vivre ; y en a un autre qui dit mais heureusement il y a des solutions c'est ce qu'on va voir dans quelques instants l'autre c'est un animateur ah la la on a beau dire c'est quand même bien qu'il y ait France Inter pour nous rassurer.

 

5.

« Ah ! ne me tiens donc plus l'âme en perplexité ! »

(Corneille, « Médée », v.956 [Médée])

 

Quand on tient l'âme de l'autre en perplexité, ça veut dire qu'elle est comme entre nos mains son âme pis qu'on la pique de points d'interrogation.

 

6.

« Oui, tu vois en moi seule et le fer et la flamme,

Et la terre, et la mer, et l'enfer, et les cieux,

et le sceptre des rois, et le foudre des dieux.»

(Corneille, « Médée », v.322-24 [Médée])

 

On se demande bien où elle met tout ça.

 

Genre Médée elle est « fer, flamme, terre, mer, enfer, cieux, sceptre des rois, foudre des dieux » ; Médée, c'est la femme énumérative.

 

Médée elle est pleine de trucs et d'machins, une vraie femme à choses du genre à jaillir en fontaine dans un spectacle de magie.

 

Médée elle est tellement pleine de choses qu'elle a dû jouer la boîte de Pandore dans un spectacle de fin d'année au lycée.

 

Médée elle est polymorphe dedans elle on dirait l'infini qu'on lui aurait fait avaler en chapelets d'alexandrins.

 

7.

« Que je sens à la fois de surprise et de joie !

Se peut-il qu'en ces lieux enfin je vous revoie,

Que Pollux dans Corinthe ait rencontré Jason ? »

(Corneille, « Médée », v. 1-3 [Pollux])

 

Pollux est tout contan il voit Jason qu'il est plein de « surprise et de joie » chouete alor v'là Jason il se dit que j'en sais des choses.

 

Pollux trouve épatan que dans Corinthe (c'est en Grèce) il rencontre come par hasard les dieux (c'est une expression) son vieux pote Jason.

 

8.

« Vous n'y pouviez venir en meilleure saison ;

Et pour vous rendre encor l'âme plus étonnée,

Préparez-vous à voir mon second hyménée. »

(Corneille, « Médée », v. 4-6 [Jason])

 

Pollux fait part de son contentement que Jason il lui répond que c'est la « meilleure saison » pour venir se promener à Corinthe (fait bo).

 

Pollux il est bien contant surtout que Jason il lui annonce que bientôt il va de nouveau s'hyméner (qu'il s'a déjà hyméné jadis).

 

Pollux ça me fait penser à un toutou à l'accent anglais et à tournicoti-tournicota que dans mes enfances je l'ai vu ça à la télé.

 

A l'époque la télé était encore une « étrange lucarne » et souvent en noir et blanc maintenant c'est une terrible boîte à zoziaux polychromes.

 

9.

« POLLUX

Quoi ! Médée est donc morte, ami ?

 

JASON

Non, elle vit ;

Mais un objet plus beau la chasse de mon lit. »

(Corneille, « Médée », v.7-8)

 

Pollux il est quan même surpris que Jason s'armarida vu qu'il étot hyméné à Médée serait-elle morte qu'il lui demande que Jason lui dit non.

 

Sa femme à Jason c'est Médée et elle est pas morte mais Jason il a trouvé un « objet plus beau » pour la chasser de son lit ah le coquin !

 

Si on connaît pas le frança classique on lit ça, on se dit ah oui « un objet plus beau » i préfère les poupées gonflables maintenant Jason.

 

10.

« POLLUX

Dieux ! Et que fera-t-elle ?

 

JASON

Et que fit Hypsipyle,

Que pousser les éclats d'un courroux inutile ? »

(Corneille, « Médée », v.9-10)

 

Pollux i s'exclame de tous ses dieux (c'est une expression) qu'il se demande ce qu'elle fera Médée qu'elle doit pas être contente du tout.

 

Jason alors ossa les épaules et répondit que déjà Hypsipyle sa première épouse l'avait bien insulté pis gueulé pleuré imprécaté.

 

11.

« Elle jeta des cris, elle versa des pleurs,

Elle me souhaita mille et mille malheurs ;

Dit que j'étais sans foi, sans cœur, sans conscience,

Et lasse de le dire, elle prit patience. »

(Corneille, « Médée », v. 11-14 [Jason])

 

Jason avait laissé pisser le mérinos et râler sa first lady; et Médée aura beau gueuler ça n'y fera rien tant il aime Créuse (sa future).

 

12.

« Jason ne fit jamais de communes maîtresses ;

Il est né seulement pour charmer les princesses »

(Corneille, « Médée », v. 21-22 [Pollux])

 

Pollux félicite son ami Jason d'hyméner Créuse car c'est un morceau de choix cause que la belle est la fille de Créon roi de Corinthe.

 

Jason c'est un malin c'est toujours pour arranger ses affaires qu'il choisit ses compagnes ah c'est pas lui qui irait marida une vanupatte.

 

Jason dit qu'il « accommode [sa] flamme au bien de [ses] affaires » qu'on dirait quand il cause sentiments qu'il fait cuire des saucisses.

 

13.

« Nous voulant à Lemnos rafraîchir dans la ville,

Qu'eussions-nous fait, Pollux, sans l'amour d'Hypsipyle ? »

(Corneille, « Médée », v. 33-34 [Jason])

 

Ainsi Hypsipyle Jason l'avait prise pour pouvoir se rafraîchir – car il fait chaud en Grèce - à Lemnos dont elle était reine.

 

14.

« Et depuis à Colchos, que fit votre Jason,

Que cajoler Médée et gagner la toison ?

Alors, sans mon amour, qu'eût fait votre vaillance ?

Eût-elle du dragon trompé la vigilance ?

(Corneille, « Médée », v. 35-38 [Jason])

 

Jason câlina-cajola Médée si bien qu'elle accepta d'aller berluer le dragon et autres expressions qu'c'est commsa qu'il chopa la toison d'or.

 

15.

Quand j'étais môme, j'aimais bien la neige qui voulait dire « pas d'école » que maintenant que je suis prof j'aime toujours bien la neige.

 

16.

« Je devine la fin, mon traître l'a sauvée. »

(Corneille, « Médée », v.1022 [Médée])

 

J'aime bien l'expression « mon traître » qu'on en porte un tous en soi de traître même que des fois on tombe dessus dans sa vie.

 

On ne cesse de se trahir soi-même et il court bien loin notre chevalier blanc qu'on le reverra pas de sitôt qu'on se dit félonie et fatalité.

 

17.

« Pour votre sûreté conservez cet anneau ;

Sa secrète vertu, qui vous fait invisible,

Rendra votre départ de tous côtés paisible. »

(Corneille, « Médée », v.1280-82 [Médée])

 

Des fois nos vertus elles sont si secrètes que c'est comme si elles avaient trouvé un anneau d'invisibilité dans une pochette surprise.

 

18.

« Un fantôme pareil et de taille et de face,

Tandis que vous fuirez, remplira votre place. »

(Corneille, « Médée », v. 1285-86 [Médée])

 

Y en a j'suis sûr j'leur parle qu'en fait c't'un fantôme pareil taheux qui a pris leur place tandis qu'ils sont partis manger des frites.

 

Les fantômes taheux c'est des fantômes que quand tu les vois tu te dis j'ai déjà vu cette tête là quelque part et parfois keskejfélà moi ?

 

19.

« Si Créuse eut jamais sur toi quelque pouvoir,

Ne t'abandonne point aux coups du désespoir.

Vis pour sauver ton nom de cette ignominie

Que Créuse soit morte, et Médée impunie »

(Corneille, « Médée », v. 1491-94 [Créuse])

 

Créuse dit qu'il faut pas s'laisser taper d'ssus commsa par le désespoir qu'il faut lui rendre coup pour coup et le friter lui casser sa gueule.

 

Le désespoir c'est un grand tout noir qui vous tape dessus et vous rentre dedans qu'alors on dit qu'on est tout désespéré.

 

Le désespoir i finit par vous prendre votre nom que votre fiancée elle en meurt et la magiciene jalousse elle rigole bien.

 

20.

« Et je ne suivrai pas son âme qui s'envole ! »

(Corneille, « Médée », v. 1502 [Jason])

 

Parfois dans le ciel y a des envols d'âmes ; on les voit pas mais elles migrent mais faut surtout pas les suivre.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 janvier 2017.


12 janvier 2017

ENTENDU A LA RADIO A PROPOS D'ANIMAUX

ENTENDU A LA RADIO A PROPOS D'ANIMAUX

 

Notes prises à l'écoute d'un entretien radiophonique entre Elisabeth de Fontenay et Frédéric Worms au cours de l'émission « Les discussions du soir », France Culture, le 31 octobre 2016.

Les commentaires, ce qui est en dehors des guillemets, sont de mon fait et ne reflètent pas forcément la pensée ni d'Elisabeth de Fontenay ni de Frédéric Worms.

 

1.

« Mais évidemment, cela n'avait pas de sens, à l'époque» : il n'y a pas de sens de l'Histoire, il y a création continue de sens.

 

Le temps crée du sens ; autrement dit, le sens est essentiellement diachronique et nous permet de nous raccrocher à l'illusion synchronique.

 

Ce qui n'avait pas de sens à l'époque (1981), c'était qu'un gouvernement décide d'un secrétariat d’État aux animaux : d'autres chats à fouetter sans doute.

 

J'appelle illusion synchronique cette naïveté de croire que le présent est soumis à la nécessité de nos raisons.

 

Pensez au « Mars Attacks » de Tim Burton et à ses martiens stupides et méchants pourtant dotés d'une technologie supérieure à la nôtre.

 

L'illusion que la culture permettrait d'éviter les génocides repose sur la méconnaissance de l'Histoire.

 

C'est là une des grandes erreurs de notre système éducatif que de croire que culture et éthique sont indissociablement liées.

 

Bien évidemment, le système éducatif a tout intérêt à faire oublier aux élèves qu'entre le culturel et l'éthique il y a l'économique. C'est que, voyez-vous, il y a bien des bons apôtres de la bienveillance éducative et de l'éducabilité de tous qui font leurs choux gras de la massification de l'enseignement supérieur.

 

Nier que bon nombre de scientifiques, d'ingénieurs, d'universitaires de talent ont hélas contribué à l'essor du nazisme est une sottise.

 

Penser que les dictateurs et leurs états-majors n'étaient et ne sont tous que brutes incultes est une erreur qui pourrait s'avérer tragique.

 

Il m'arrive de penser que la démocratie européenne finira par s'effondrer parce que nous prenons souvent les extrémistes pour des imbéciles.

 

Que des gens commettent des crimes ne prouve pas qu'ils sont incultes mais prouve ce que nous savons tous, que la violence relève de l'humain.

 

2.

« tout à coup la musique se désorganise et devient dissonante, comme souvent chez Mahler »

(Elisabeth de Fontenay, citant Adorno, in entretien avec Frédéric Worms, France Culture)

 

« et voilà la musique qui apparaît dans notre conversation », fantôme rythmique.

 

L'art quand il dissone met à jour ce qui dans l'être relève du malaise : l'être est notre vrai fantôme ; il est plein de nos regrets.

 

L'art quand il dissone, quand il fait son bœuf écorché, nous rappelle à la fascination du sensible.

 

L'être se tient dans le sentiment soudain que nous traversons cet autre fantôme que nous appelons le temps.

 

Le temps, ce mur qui n'existe pas et sur lequel nous finissons par nous écraser.

 

3.

« toute la tristesse qu'a pour moi la condition animale », laquelle n'en déplaise aux doux rêveurs prouve la violence radicale du vif.

 

4.

L'humain n'est pas naturellement méfiant ; il est naturellement ignorant : la société lui ouvre les yeux et le rend férocement lucide.

 

5.

« d'âge en âge, et depuis toujours » : Quoi donc ? Le mort saisissant le vif, de discours en discours, l'héritage humain de l'horreur.

 

6.

« animaux techniques, scientifiques », nos pommes sans doute (avec des vers dedans).

 

Frédéric Worms : « ambivalence de la technique : il y a des médicaments aussi bien que des armes » ; eh, il faut bien soigner les blessés, réparer les corps.

 

7.

J'aime bien l'expression « je ne vois pas comment » qui m'incline à penser que le comment relève souvent du tour de passe-passe.

 

Penser, c'est-à-dire étudier les tours de magie avec lesquels le réel, cet illusionniste prodigieux, occupe nos esprits.

 

8.

On croit parfois savoir le pourquoi et le comment, on croit serrer la main de l'invisible et ce n'est que du vent qui file entre nos doigts.

 

9.

« Je ne vois pas en quoi traire les vaches électriquement améliore notre rapport aux vaches. »

(Elisabeth de Fontenay)

 

Ce qui tend à prouver que les vaches ne sont pas des guitares et qu'on ne peut donc pas jouer du Jimi Hendrix sur une bête à cornes.

 

10.

Je saisis au vol ce bout de phrase : « il y a un humanisme qui a oublié que l'homme est un vivant ». Ce serait une idée de Lévy-Strauss ; elle me semble juste tant j'ai entendu de doctes personnes parler des humains non pas comme des individus libres, contradictoires, complexes et perspicaces mais comme s'ils étaient les citoyens rêvés d'un monde abstrait, conceptuel, et qui n'existe parfois que dans le storytelling, les plans coms et les stratégies marchandes des bons apôtres qui ont quelque chose à nous vendre.

Aussi, Frédéric Worms ajoute que « les plus grands philosophes ne renoncent pas à l'abstraction, mais sont conscients de ses limites. »

 

11.

Elisabeth de Fontenay : « une communauté de destins entre les vivants » : nous ne faisons jamais que longer le gouffre dans lequel nous finissons par plonger.

 

Nous sommes tous mortels. Si tout est économique et si tout est politique, la mort a donc affaire avec l'économie et le politique.

 

12.

Elisabeth de Fontenay : « il y a une violence du concept » : d'une manière générale, il y a une violence de tout, des fois je me brûle en mangeant des frites.

 

La dialectique fait des « distinctions dans le langage » : en vue d'une classification de ses éléments je suppose.

 

13.

Frédéric Worms : « des instruments que l'animal humain que nous sommes » : l'humain serait donc ce roi des animaux doté du pouvoir de conceptualiser.

 

A moins que l'humain ne soit que ce roi des animaux qui tend à réduire toutes les autres espèces en esclavage.

 

14.

Évidemment, il n'y a que le vif pour penser la mort et ça m'étonnerait que les fantômes écrivent des traités sur l'en-deçà.

 

Remarquez, un roman où un revenant serait une sorte de philosophe enquêtant sur cet autre monde (le nôtre) peut s'envisager.

 

15.

Frédéric Worms : « La vie n'est rien d'autre que ce refus de la mort ». Pour moi, je songe souvent à cette masse de ténèbres où ma conscience s'ira dissoudre.

 

« La vie est l'ensemble des forces qui s'opposent à la mort. »

(Bichat)

 

Il y a dans la mort de l'infiniment scandaleux ainsi que de l'infiniment familier. La mort est une banalisation de l’obscénité radicale.

 

Résumons-nous :

Il y a rareté naturelle des choses.

Il y a violence naturelle des choses.

Il y a obscénité radicale des choses.

Conclusion : on n'est pas sorti de l'auberge.

 

16.

La vie, une « continuation fragile » dit Frédéric Worms ; c'est que nous sommes bien peu de choses, allez.

 

17.

Selon Worms, que des « vies consentent à la mort » ne détruit pas l'opposition entre la vie et la mort, mais la « loge » au cœur du vivant.

 

18.

Elisabeth de Fontenay : « Il y a un mauvais devenir de la raison » ; autrement dit, les concepts finissent par fourvoyer les raisonnements. 

 

« L'horloge nous dit qu'il ne nous reste que deux minutes » : l'horloge est la bouche du temps. Autrement dit, une bouche sans visage.

 

19.

Frédéric Worms : « Il y a d'autres manières d'utiliser le langage qu'en le figeant dans des concepts destructeurs » : cela s'appelle la poésie.

 

20.

En demandant la création d'un secrétariat d’État aux animaux, Elisabeth de Fontenay veut provoquer le débat, forcer les politiques à réagir.

 

Un secrétariat d’État aux animaux permettrait de coordonner juridiquement tous les règlements liés aux activités en rapport avec l'animal.

 

Un secrétariat d’État aux animaux permettrait sans doute d'améliorer les conditions de travail des employés des abattoirs.

 

Elisabeth de Fontenay dénonce l'antispécisme étroit qui fait de l'humain un animal parmi d'autres, un apprenant des chimpanzés.

 

Frédéric Worms : « Le politique n'a pas fini son œuvre » : certes, mais qu'est-ce que le politique face à l'omnipotence de l'économie ?

 

Ce jeudi 12 janvier 2017, j'apprends par France Info qu'on recense maintenant des cas de lycéens sans domicile fixe. Hollande, vous faites bien de ne pas vous représenter.

 

21.

« désastreuse, mais désastreuse » : ainsi est l'espèce humaine qui oppose le désastre au désastre.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 janvier 2017.

AUTRES BREFS QU'IL FAIT FROID TOUJOURS

AUTRES BREFS QU'IL FAIT FROID TOUJOURS

 

1.

Soudain il se retira entraînant avec lui tout le réel qui se débina dans tous les sens et le monde ne fut plus que chaos.

 

Que des fois on entend « This Town Ai'nt Big Enough For Both Of Us » des Sparks qu'on se sent tout l'réel là nous frissonner dessus la peau.

 

Moi je me dis que l'anglo/américain du rock, ça doit être quelque chose comme la langue des fantômes familiers qui se fichent d'ma pomme.

 

2.

Le train s'arrêta prit une bière et repartit. Les voyageurs protestèrent à cause du retard engendré.

 

Le train sortit ses gants de boxe mais se ravisant il s'en fut dans la campagne là où y a pas encore de ville et tous ces gens là.

 

3.

Ils approchaient si vite du but que celui-ci se déroba et ils tombèrent dans le panneau. Le ravin en rit encore.

 

J'adore entendre le rire des ravins il me rappelle pourquoi je suis si seul (il y a tant de panneaux).

 

Je porte mon arrogance comme on porte une parka elle me protège de cet hiver là les autres.

 

D'ailleurs vaut mieux pas s'approcher trop de moi ; je finis toujours par le regretter.

 

4.

Les politiques moins on les écoute, moins ils existent. Alors ils finissent par devenir des sortes de bruits qui courent.

 

La politique, ce n'est rien d'autre que la gestion de la vitesse du train qui de toute façon n'a pas d'autre destination que le ravin.

 

« Post-vérité » : encore un mot-trombone qu'un âne brait et que tous les autres répètent en chœur !

 

Les pédagogistes qui dénoncent l'entre-soi des établissements privés ne savent pas de quoi ils parlent : ils n'y ont jamais travaillé.

 

Figurez-vous, les pédagos, que quand j'enseignais dans le privé, j'avais des élèves qui mangeaient au secours catholique.

 

Dans ce lycée privé, j'avais même un collègue communiste : tout le monde le savait et ça ne posait pas problème.

 

Dans ce lycée privé, sans même que je le demande, le directeur de l'établissement m'avait proposé une avance sur traitement.

 

Remplaçant, je devais parfois attendre un bout de temps avant d'être payé par le rectorat.

 

Paraît que Philippe Meirieu voudrait une scolarité obligatoire jusqu'à 18 ans. Drôle de monde où l'École finira par penser à la place des gens.

 

5.

Zouvrirent les volets lesquels très contrariants se mirent en grinçant à voler dans tous les sens (c'est pour ça qu'on les appelle volets).

 

Si c'est vrai que le réel n'est qu'une vue de l'esprit j'aimerais assez changer mes pauvres idées en bonne fortune.

 

6.

Comme la journée était fatale Fantômôme opta pour une robe noire ensuite elle sortit dans un jour tellement noir que c'était la nuit.

 

Quand elle vit que c'était la nuit Fantômôme se souvint que c'était là sa fatalité et rendit visite à Belphégor du Louvre (c'est une noble).

 

7.

Elle était si soucieuse que les anges du souci lui striant le front avec leurs râteaux à feuilles mortes eh bin ils soupiraient.

 

8.

Parfois le Hasard nous favorise mais faut faire gaffe car Fatalité la jalouse a plus d'un serpent dans son sac.

 

9.

Elle s'était tellement éloignée qu'il lui fallut prendre un porte-voix pour lui demander le sel s'il te plaît (elle reprit des frites).

 

Le jour où il lui fallut non seulement un porte-voix mais aussi un télescope, il jugea qu'il était temps de divorcer.

 

Et dire que tous les gens que j'ai connus, quand ils seront morts, ne se souviendront plus de moi.

 

C'est le genre de phrase que sûr que quelqu'un l'a déjà faite celle-là oui mais qui ?

 

10.

Comme la scène était jonchée de cadavres le metteur en scène abandonna l'idée de monter « La Belle Hélène » et opta pour Shakespeare.

 

Pour le rôle du crâne du monologue d'Hamlet, il eut bien entendu quelques idées de meurtre (n'était-il pas anglo-saxon ?).

 

11.

Le réel est plein de mystérieuses disparitions c'est qu'il est plein d'plis l'réel avec dedans la bête dans l'humain qui tend ses filets.

 

12.

Enfin j'entends à la radio quelqu'un dire que « les Trente Glorieuses ne sont pas la norme mais l'exception ».

 

13.

Les oiseaux se turent ; les serpents filèrent ; le sol se mit alors à trembler comme si le diable lui-même arrivait.

 

Parfois, on craque des barques qu'on doit avoir des dents longues comme des marécages.

 

Parfois, on contemple la lune qui a l'air d'une grande hostie trempée de sang.

 

14.

L'était en miettes, attrapa le ramasse-miettes, alla se r'faire avant que le vent ne lui dissipe les cendres.

 

15.

Tiens c'est marrant ça comme le début de l'album « The Scream » de Siouxsie and the Banshees fait penser à une mélodie des Doors.

 

Alors les fantômes sortirent du garage et ils formèrent un groupe punk.

 

16.

Quand on produit des armes, elles finissent toujours par servir. Faut bien prouver leur efficacité et, bien sûr, leur utilité.

 

Au rythme où ça va, les générations futures auront plus besoin de bons parabellums que de diplômes.

 

Je sais bien qu'il y a de doux rêveurs qui disent à la radio que le monde est infiniment moins violent qu'autrefois, mais je ne peux m'empêcher de me demander de quel monde ils parlent exactement, ces doctes humanistes. Je ne doute pas qu'en comparaison avec l'Europe napoléonienne, l'Europe actuelle soit un havre de paix, mais pour l'Afrique, pour le Proche-Orient, franchement, je ne sais pas.

 

Des fois à la radio Zut elle trouve qu'il y a un peu trop de bobos pondeurs de livres qu'elle l'éteint pour s'en aller écouter du Zappa.

Ou du Ian Dury.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 11 janvier 2017.

11 janvier 2017

BREFS QU'IL FAIT FROID

BREFS QU'IL FAIT FROID

 

1.

Y en a i sont toqués ça veut dire en français qu'ils ont une araignée qui leur joue du ukulélé au plafond que du coup i sont tout bizarres.

 

L'araignée qui joue du ukulélé dans vo tiête elle est très exotique bien sûr sinon elle jouerait d'l'accordéon en beuglant qu'la mer monte.

 

2.

Parfois on se lance dans de longues explications qu'à force on finit par jacasser pour un parterre de squelettes.

 

3.

Dans les romans on lit « Cinq minutes plus tard » que ça veut dire que pendant ce temps-là les personnages comptent les mouches au plafond.

 

4.

« à présent, je me demande s'il ne vous suspectait pas d'avoir simulé cet accident. »

(Agatha Christie adapté par Louis Postif, « Pourquoi pas Evans ? » [chapaki])

 

C'est vrai quoi faussement tomber d'un faux cheval et se promener avec une fausse jambe en faux bois ça fait pas sérieux.

 

5.

Parfois on dit des choses que c'est juste pour dire que ce qu'on dit c'est juste pour dire qu'on l'avait déjà dit (on se comprend).

 

6.

« Votre présence me divertit » dit un jour une marionnette au marionnettiste. Les événements qui suivirent furent alors des plus étranges.

 

Depuis que les politiques participent aux émissions de divertissement y a pas on les prend plus trop au sérieux.

 

7.

Parfois j'ai l'impression qu'il passe là, sur ma gauche, dans le spectre de mon jardin, le fantôme de l'inconnue qui passe.

 

8.

« Mais pourquoi, interrogeait une autre voix intérieure, pourquoi ne lui avait-il pas écrit un mot pour la rassurer ? »

(Agatha Christie adapté par Louis Postif, « Pourquoi pas Evans ? »)

 

Les voix intérieures qu'on aurait, à mon avis, à force de leur prêter notre oreille interne, elles finissent par nous raconter des craques.

 

9.

Il était inquiet. Qui donc avait pris le revolver dans le tiroir de son chapeau et pourquoi avoir utilisé une hache pour pendre la victime ?

 

Les tiroirs de chapeau, c'est très pratique pour y ranger des idées et des lapins aussi.

 

Ah tiens j'entends « Heroes » de David Bowie à la radio que je vais me voir des défilés à Berlin dans ma tête.

 

10.

Quand on garde le silence, parfois ça ne dure qu'un instant ; il finit toujours par vous échapper; c'est alors que vous le rompez.

 

11.

Des fois on se dit « à moi d'ouvrir l’œil » que si on compte sur les autres on finit par se cogner.

 

Plus un Etat est puissant plus il a d'yeux et d'oreilles qu'on dirait bien qu'il mute extra-terrestre, et du genre envahisseur.

 

12.

« Il m'a dit qu'il était étranger dans ce pays et qu'il cherchait une maison à louer. »

(Agatha Christie adapté par Louis Postif, « Pourquoi pas Evans ? » [Bobby])

 

Ça me rappelle Dracula ç't'affaire de maison à louer en Angleterre que c'est bien bizarre ça d'aller louer une maison en Angleterre.

 

Ça me rappelle ce Nosferatu tout bizarre avec Adjani et Kinski ça fait longtemps que je l'ai pas vu dans quelle crypte se cache-t-il ?

 

13.

Y en a i gardent des secrets en eux qui finissent par croître croître croître et devenues plantes carnivores les dévorent tout entier.

 

Au fond qu'on soye aliénés c'est pas étonnant avec tous ces trucs venus d'ailleurs qu'on mange des yeux des oreilles j'vous dis moi.

 

14.

Un jour vous verrez, il reviendra, il reviendra d'entre les morts ; faut dire qu'il est tellement casse-pieds qu'ils finiront par le chasser.

 

J'espère que quand il reviendra il la refermera bien la porte à ténèbres, des fois qu'il y en aurait un qui en profiterait pour se glisser.

 

15.

L'avantage quand on est l'homme invisible c'est qu'on n'a pas besoin de porter une fausse barbe une fausse moustache ou même un faux col.

 

16.

Hocher la tête au bout d'la ligne du corps la tête et la couronne invisible de not' sottise ça fait un drôle de bouffon d'ombre sur le mur.

 

17.

On peut hanter un château mais pas un gâteau ou un rôti de veau, à moins d'être tombé comme un dentier.

 

18.

Hélas il est tombé dans l'escalier dérobé et comme il n'avait pas mis son Victor Hugo il chuta dans la bouche d'ombre ah ah.

 

19.

Des fois quand je me regarde dans la glace je crains qu'elle se mette à rire à rire à rire aux éclats.

 

Des fois un vieux tube à la radio et il vous réchauffe pas vous l'aimiez bien pourtant ça fait soleil froid odeur de teen spirit.

 

20.

Bon alors le bic se mit à baver comme un crapaud que j'ai dû le remettre dans son étang.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 11 janvier 2017.

08 janvier 2017

BREF BILLET D'HUMEUR MELANCOLIQUE

BREF BILLET D'HUMEUR MELANCOLIQUE

 

Je n'étais pas fan de George Michael mais je me souviens de « Cowboys and angels », cette balade tendue illustra ma déprime de s't'été là.

 

C'est la noblesse des pop songs : elles accompagnent nos heures, appellent et rappellent, signes à nous adressés par de parfaits inconnus.

 

David Bowie, Prince, George Michael, morts la même année et dans mon esprit assez cousins : stars de la variété et pourtant si innovants.

 

Savez, dans le froid et la nuit, la politique, primaires de droite, primaires de gauche, les gens i s'en foutent.

 

A force de se gourer, les instituts de sondage semblent la mettre en veilleuse, pourvu que ça dure…

 

Rigolez pas, c'est qu'ils se font payer un max pour leurs expertises à la noix, les bons apôtres...

 

Je ne sais pas comment ils font les Stones pour toujours coller à nos humeurs… Ça doit être pour ça qu'ils sont les meilleurs.

 

CHANSON DU MIROIR

 

Je suis plein d'yeux

dans la salle de bain

jamais je ne me plains

 

Quand tu mets tes bas

tu te vois

en moi

mais moi

tu ne me vois pas

 

Je suis plein d'yeux

je mire toute la journée

des beaux et des laids

des choses et des objets

 

Je mire toute la journée

tout ce que vous ne voyez pas

car voyez-vous

moi j'vois tout

je n'dis rien

 

Je suis plein d'yeux

avec ça le cœur

invisible et révélateur

 

Quand tu ôtes tes hauts

tu te vois

en moi

mais moi

tu ne me vois pas

 

Accroché au mur

jamais un murmure

ne sort de mes lèvres

de glace et de verre

 

Au-delà de moi-même

je me récite du Jabberwocky

je discute avec miss

Alice

je suis plein d'yeux et aussi

plein de poèmes

 

Je suis l'alibi de la Reine

je suis le témoin muet des peines

et des adolescences

je suis la patience

de l'acteur

 

Parfois je brise les cœurs

alors on me casse le coup

d’œil

et c'est assez bête

car moi j'vois tout

je n'dis rien

 

HIER DANS UNE RUE DE CALAIS

 

Hier dans une rue de Calais

la jeune fille sourit au bras de sa mamie

 

elle ressemblait à mon amour

d'il y a cent ans

d'il y a mille ans

 

Hier dans une rue de Calais

Il y a toujours tant de vent à Calais

la jeune fille sourit au bras de sa mamie

 

la maligne au visage rond au clair sourire

se promenait-elle gentiment

ou l'entraînait-elle à je ne sais quel achat

 

a-t-elle un chien a-t-elle un chat

a-t-elle un ami lit-elle des romans

la jeune fille au visage rond au clair sourire 

 

il y a toujours tant de vent à Calais

elle ressemblait à mon amour

d'il y a cent ans

d'il y a mille ans

 

la jeune fille au bras de sa mamie

hier dans une rue de Calais.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 7 janvier 2017.


07 janvier 2017

ALBATROSSERIES

ALBATROSSERIES
(Rosses sur un poème de Baudelaire)

L'ALBATROS

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

(Charles Baudelaire, « L'albatros » in « Les Fleurs du mal »)

1.
« Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers »
(Baudelaire, « L'albatros »)

« Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage » dit Baudelaire et chaipas si sur leurs bateaux ces gens s'amusaient si souvent que ça.

Les « albatros » , Baudelaire les dit « vastes » qu'on pense à de grandes machines à ailes blanches là-haut qui planent.

2.
« des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage »
(Baudelaire)

« Indolents » sont aussi les oiseaux blancs dit Baudelaire ; « indolents », c'est bien un mot de prof de français ça !

« indolents » qu'ça signifie qu'les albatros à Baudelaire i s'en fichent de nos pommes d'en bas mais on sait pas.

3.
« Le navire glissant sur les gouffres amers »
(Baudelaire)

Là c'est du sérieux ternaire et allitérant, qu'on dirait que le vers fait des vagues.

4.
« A peine les ont-ils déposés sur les planches »
(Baudelaire)

Encore ça allitère, tape du [p] sur le pont oùsqu'ils chutent les raptés oiseaux.

5.
« A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux »
(Baudelaire)

Attrapés, les albatros sont plus les « rois de l'azur », sont tout « maladroits et honteux »  dit Baudelaire, sont déchus, tombés de haut.

Quand il décrit la chute des « rois de l'azur », Baudelaire, i s'moque, j'vous dis, i s'moque, l'ironique (même qu'il avait les cheveux verts).

Baudelaire eut les cheveux verts pour rimer avec son nom non mais point corbeau Rimbaud ses tifs et Verlaine à la fin tout crin vilaine laine.

Rimbaud n'avait pas les cheveux noirs mais, je cite Verlaine, « châtain clair mal en ordre avec des yeux d'un bleu pâle inquiétant ».

6.
« Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches »
(Baudelaire)

On dirait « leurs grandes ailes blanches » un paquet de draps à laver pis qui remue qu'y a quelque chose dessous.

7.
« Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux »
(Baudelaire)

Zavez déjà essayé de faire de l'aviron sur le pont d'un bateau ? St'un truc à la Monty Python qu'l'albatros i devient chèvre.

8.
« Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid ! »
(Baudelaire)

« comique ailé » ! wouaf ! Impayable ce Baudelaire !

9.
« Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid ! »
(Baudelaire)

La voilà toute bousillée dégringolée la beauté dans l'azur là ah gauchie aveulie comiquée qu'elle est exclamée enlaidie.

10.
« L'un agace son bec avec un brûle-gueule »
(Baudelaire)

On ne dira jamais assez le mal que le tabac peut faire !
D'ailleurs le tabac ça rend infirme comme le montre Baudelaire qu'à cause de la pipe brûle-gueule l'albatros i fait plus rien qu'à boiter.

11.
« L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait »
(Baudelaire)

C'est là sans doute l'origine du théâtre, du mal qu'on fait et pis qu'on farce.

12.
« Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer »
(Baudelaire)

Ah la comparaison qu'il se prend pour plus haut qu'il est que Baudelaire, faut dire, l'était perché non ?

L'albatros baudelairien i « hante la tempête » i chatouille l'aut' géant qui fait d'la foudre en frottant des éclairs entre ses poings noirs.

L'albatros baudelairien « se rit de l'archer » qu'il est si haut qu'il s'en fiche du tiot nain avec son arc en bas tout pitit pitit.

13.
« Exilé sur le sol au milieu des huées »
(Baudelaire)

Des fois on r'sent ça qu'on est très loin d'un royaume qu'on n'a d'ailleurs pas.

14.
« Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher »
(Baudelaire)

Là on voit bien que l'albatros est victime d'une anacoluthe que du coup il dégringole genre ange déchu dans un tableau dis.

L'anacoluthe c'est comme un p'tit éclair dans la phrase ; parfois on la voit même pas qu'elle est là quand même la fêlure.

Et fatalement l'ange déchu tombe dans le gouffre qu'il appelle ça les enfers et puis après il se révolte contre les hommes et leurs dieux.

Et puis allez-y flanquez un peu des « ailes de géant » à n'importe qui et vous verrez comment qu'il va marcher ah la la.

« l'empêchent de marcher » qu'à la fin le poète tout chagrin charrié charivarié chute dans le [ch] qu'il se sent comme cheveu dans la choupe.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 janvier 2017.

03 janvier 2017

QUESTIONNAIRE SUR UN PASSAGE DE « THROUGH THE LOOKING GLASS » DE LEWIS CARROLL

QUESTIONNAIRE SUR UN PASSAGE DE « THROUGH THE LOOKING GLASS » DE LEWIS CARROLL

 

Problématique : En quoi les mots participent-ils à la structure de notre imaginaire ?

 

Sources :

Lewis Carroll : extrait du chapitre VI de « Through the Looking Glass ».

Lewis Carroll traduit par Jacques Papy : Extrait de « De l’autre côté du miroir » (Folio classique n°2657, pp 274-278)

 

Texte

When I use a word,’ Humpty Dumpty said in rather a scornful tone, ‘it means just what I choose it to mean— neither more nor less.’

The question is,’ said Alice, ‘whether you can make words mean so many different things.’

The question is,’ said Humpty Dumpty, ‘which is to be master - - that’s all.’

 

scornful : méprisant, dédaigneux

 

 

Questions (répondez sous forme de phrase complète)

 

1)« - La question est de savoir si vous pouvez obliger les mots à vouloir dire des choses différentes. » (traduction de Jacques Papy) En quoi cette remarque d’Alice peut sembler étrange ?

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2) Selon Alice, « la question est de savoir si » :

- un mot peut avoir plusieurs sens.

- on peut obliger les mots à vouloir dire autre chose que ce qu’ils veulent habituellement dire.

- on peut obliger les mots à ne rien vouloir dire.

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Texte

Alice was too much puzzled to say anything, so after a minute Humpty Dumpty began again. ‘They’ve a temper, some of them— particularly verbs, they’re the proudest— adjectives you can do anything with, but not verbs— however, I can manage the whole of them! Impenetrability! That’s what I say!’

 

puzzled : perplexe, étonnée, déconcerté ; « They’ve a temper » : Ils ont du caractère.

 

Questions (répondez sous forme de phrases complètes)

 

3) L’adjectif « orgueilleux » signifie :

- opinion exagérée qu’on a de sa valeur personnelle.

- que l’on aime l’or par-dessus tout.

- que l’on se moque de tout.

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4) Pourquoi, à votre avis, Humpty Dumpty affirme-t-il que les verbes sont les « plus orgueilleux » ; n’hésitez pas à proposer une réponse originale, le texte ne répondant pas lui-même à la question.

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5) Que pensez-vous de l’affirmation « however, I can manage the whole of them ! »  ? Que révèle-t-elle du caractère de Humpty Dumpty ?

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Texte

Would you tell me, please,’ said Alice ‘what that means?‘

Now you talk like a reasonable child,’ said Humpty Dumpty, looking very much pleased. ‘I meant by “impenetrability” that we’ve had enough of that subject, and it would be just as well if you’d mention what you mean to do next, as I suppose you don’t mean to stop here all the rest of your life.’

That’s a great deal to make one word mean,’ Alice said in a thoughtful tone.

When I make a word do a lot of work like that,’ said Humpty Dumpty, ‘I always pay it extra.’

Oh!’ said Alice. She was too much puzzled to make any other remark.

Ah, you should see ‘em come round me of a Saturday night,’ Humpty Dumpty went on, wagging his head gravely from side to side: ‘for to get their wages, you know.’

(Alice didn’t venture to ask what he paid them with; and so you see I can’t tell you.)

 

wagging his head : balançant sa tête ; for to get their wages : pour toucher leur salaire ; to venture : risquer, s’aventurer, oser.

 

Questions (répondez sous forme de phrases complètes)

 

6) Comment Humpty-Dumpty se sert-il du mot « impenetrability » ? Pourquoi à votre avis ?

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7) La remarque « and so you see I can’t tell you » est :

- un proverbe.

- une note en bas de page.

- une intervention de l’auteur.

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Texte :

You seem very clever at explaining words, Sir,’ said Alice. ‘Would you kindly tell me the meaning of the poem called “Jabberwocky”?’

Let’s hear it,’ said Humpty Dumpty. ‘I can explain all the poems that were ever invented— and a good many that haven’t been invented just yet.’

This sounded very hopeful, so Alice repeated the first verse

 

Twas brillig, and the slithy toves

Did gyre and gimble in the wabe;

All mimsy were the borogoves,

And the mome raths outgrabe.

 

That’s enough to begin with,’ Humpty Dumpty interrupted: ‘there are plenty of hard words there. “brillig” means four o’clock in the afternoon— the time when you begin “broiling” things for dinner.’

That’ll do very well,’ said Alice: and “slithy”?’

Well, “slithy” means “lithe and slimy.” “Lithe” is the same as “active.” You see it’s like a portmanteau— there are two meanings packed up into one word.’

I see it now,’ Alice remarked thoughtfully: ‘and what are “toves”?’

Well, “toves’ are something like badgers— they’re something like lizards— and they’re something like corkscrews.’

They must be very curious looking creatures.’

They are that,’ said Humpty Dumpty: ‘also they make their nests under sun-dials— also they live on cheese.’

And what’s the “gyre” and to “gimble”?’

To “gyre” is to go round and round like a gyroscope. To “gimble” is to make holes like a gimblet.’

And “the wabe” is the grass-plot round a sun-dial, I suppose?’ said Alice, surprised at her own ingenuity.

Of course it is. It’s called “wabe,” you know, because it goes a long way before it, and a long way behind it— ’

And a long way beyond it on each side,’ Alice added.

Exactly so. Well, then, “mimsy” is “flimsy and miserable” (there’s another portmanteau for you). And a “borogove” is a thing shabby-looking bird with its feathers sticking out all round something like a live mop.’

And then “mome raths”?’ said Alice. ‘I’m afraid I’m giving you a great deal of trouble.’

Well, a “rath” is a sort of green pig: but “mome” I’m not certain about. I think it’s short for “from home”— meaning that they’d lost their way, you know.’

And what does “outgrabe” mean?’

Well, “outgribing” is something between bellowing and whistling, with a kind of sneeze in the middle: however, you’ll hear it done, maybe— down in the wood yonder— and when you’ve once heard it you’ll be quite content.

 

To broil : faire griller, mettre au four ; lithe : souple ; slimy : visqueux ; portmanteau : mot-valise ; badger : blaireau ; corkscrew : tire-bouchon ; sun-dial : cadran solaire ; gimblet : vrille ; grass-plot : Jacques Papy traduit par « allée » ; flimsy: fragile ; shabby : minable ; feathers : plumes ; mop : balai ; to bellow : beugler ; to whistle : siffler ; sneeze : éternuement ; to be quite content : être bien content, être très satisfait.

 

Questions (répondez sous forme de phrases complètes)

 

8) « Il était grilheure ; les slictueux toves

Gyraient sur l’alloinde et vriblaient ;

Tout flivoreux allaient les borogoves ;

Les verchons fourgus bourniflaient. »

(Traduction par Jacques Papy des vers récités par Alice)

 

En vous aidant du texte de Lewis Carroll et de la traduction ci-dessus de Jacques Papy, proposez en prose ou en vers une traduction en français courant de l’extrait du poème « Jabberwocky » cité par Alice.

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9) Le commentaire du poème que Gros Coco fait à la demande d’Alice nous apprend :

- que jamais aucun mot n’a de sens.

- que l’on peut jouer avec les mots.

- que le langage permet de décrire le monde réel et d’inventer des mondes imaginaires.

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10) Quand on dit : « j’ai quelque chose en tête » cela veut dire :

- que l’on pense à quelque chose.

- que l’on a quelque chose qui nous est entré dans la tête (par les oreilles par exemple).

- qu’on ne sait pas ce qu’on dit.

…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

 

11) Selon vous, le mot « arbre » est un signe unifiant :

- une forme sonore (le signifiant « arbre ») et l’idée (le signifié) d’ « arbre ».

- un nom (le nom « arbre ») et une chose qui est un « arbre ».

- une forme sonore et une idée qui n’a pas de sens.

………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

 

12) Selon vous, le mot « borogove » est un signe unifiant :

- une forme sonore (le son « borogove ») et l’idée (le concept) de « borogove».

- un nom (le nom « borogove ») et une chose qui est un « borogove».

- une forme sonore et une idée qui n’a pas de sens.

 

…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

 

13) Selon vous, le mot « chwallaboucte » est un signe unifiant :

- une forme sonore (le son « chwallaboucte ») et l’idée (le concept) de « chwallaboucte ».

- un nom (le nom « chwallaboucte ») et une chose qui est un « chwallaboucte ».

- une forme sonore et une idée qui n’a pas de sens.

…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

14) En conclusion, nous pouvons dire :

- que les humains décident du sens de formes sonores que l’on appelle « mots ».

- que, grâce au langage, les humains peuvent structurer aussi bien la réalité que leur imaginaire.

- que les mots font ce qu’ils veulent et nous font dire n’importe quoi.

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Patrice Houzeau

Hondeghem, le 3 janvier 2017.

QUESTIONNAIRE SUR UN PASSAGE DE « DE L'AUTRE CÔTÉ DU MIROIR» DE LEWIS CARROLL

Note préalable : Par respect pour le droit d'auteur et à l'exception de quelques citations, le questionnaire ci-dessous ne reprend pas le texte de la traduction de Jacques Papy. Cependant, avant chaque série de questions, le lecteur trouvera les premiers et les derniers mots du passage étudié (cf aussi l'indication de la « Source » ci-dessous).

 

1ère BAC PRO : Du côté de l’imaginaire

 

QUESTIONNAIRE SUR UN PASSAGE DE « DE L'AUTRE CÔTÉ DU MIROIR» DE LEWIS CARROLL

 

Problématique : En quoi les mots participent-ils à la structure de notre imaginaire ?

 

Source :

Lewis Carroll traduit par Jacques Papy : Extrait de « De l’autre côté du miroir » (Folio classique n°2657, pp 274-278)

 

Texte : de « - Quand moi, j'emploie un mot » à « un point c'est tout. »

 

Questions (répondez sous forme de phrase complète)

 

1) « - La question est de savoir si vous pouvez obliger les mots à vouloir dire des choses différentes. » (traduction de Jacques Papy)

En quoi cette remarque d’Alice peut-elle sembler étrange ?

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

 

2) Selon Alice, « la question est de savoir si » :

- un mot peut avoir plusieurs sens.

- on peut obliger les mots à vouloir dire autre chose que ce qu’ils veulent habituellement dire.

- on peut obliger les mots à ne rien vouloir dire.

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

 

Texte : de « Alice fut beaucoup trop déconcertée » à « Impénétrabilité ! Voilà ce que je dis moi ! »

 

Questions (répondez sous forme de phrases complètes)

 

3) L’adjectif « orgueilleux » signifie :

- opinion exagérée qu’on a de sa valeur personnelle.

- que l’on aime l’or par-dessus tout.

- que l’on se moque de tout.

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

 

4) Pourquoi, à votre avis, le Gros Coco affirme-t-il que les verbes sont les « plus orgueilleux » ; n’hésitez pas à proposer une réponse originale, le texte ne répondant pas lui-même à la question.

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

 

5) Que pensez-vous de l’affirmation « je m’arrange pour les dresser tous tant qu’ils sont, moi ! » ? Que révèle-t-elle du caractère du Gros Coco ?

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Texte : de « - Voudriez-vous m'apprendre » à « c'est pourquoi je suis incapable de vous l'apprendre . »

 

Questions (répondez sous forme de phrases complètes)

 

6) Comment le Gros Coco se sert-il du mot « impénétrabilité » ? Pourquoi à votre avis ?

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7) En français, l’expression « se payer de mots » signifie :

- interrompre quelqu’un, couper la parole à quelqu’un.

- être naïf et croire aux beaux discours que l’on nous fait ; tenir soi-même de beaux discours qui n’engagent à rien.

- acheter un livre.

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8) « - C’est vraiment beaucoup de choses que vous faites dire à un seul mot », fit observer Alice d’un ton pensif.

«  Quand je fais beaucoup travailler un mot, comme cette fois-ci, déclara le Gros Coco, je le paie toujours beaucoup plus. »

(traduction de Jacques Papy)

 

A votre avis, en quoi la réponse du Gros Coco à l’observation d’Alice est-elle un détournement de l’expression « se payer de mots » ?

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9) A quoi le Gros Coco compare-t-il les mots :

- à de petits êtres qui se nourrissent de fromage ?

- à des ouvriers touchant une paye hebdomadaire ?

- à de petits animaux bruyants ?

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10) La remarque « c’est pourquoi je suis incapable de vous l’apprendre » est :

- un proverbe.

- une note en bas de page.

- une intervention de l’auteur.

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Texte : de « Vous avez l'air d'être très habile » à « je crois que tu seras très satisfaite. »

 

Questions (répondez sous forme de phrases complètes)

 

11) « Il était grilheure ; les slictueux toves

Gyraient sur l’alloinde et vriblaient ;

Tout flivoreux allaient les borogoves ;

Les verchons fourgus bourniflaient. »

(Adaptation par Jacques Papy des vers du poème « Jabberwocky » cités par Alice)

 

En vous aidant des explications du Gros Coco, proposez en prose ou en vers une traduction en français courant de l’extrait du poème cité par Alice.

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12) Le commentaire du poème que le Gros Coco fait à la demande d’Alice nous apprend :

- que jamais aucun mot n’a de sens.

- que l’on peut jouer avec les mots.

- que le langage permet de décrire le monde réel et d’inventer des mondes imaginaires.

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

 

 

13) Quand on dit : « j’ai quelque chose en tête » cela veut dire :

- que l’on pense à quelque chose.

- que l’on a quelque chose qui nous est entré dans la tête (par les oreilles par exemple).

- qu’on ne sait pas ce qu’on dit.

…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

 

 

14) Selon vous, le mot « arbre » est un signe unifiant :

- une forme sonore (le signifiant « arbre ») et l’idée (le signifié) d’ « arbre ».

- un nom (le nom « arbre ») et une chose qui est un « arbre ».

- une forme sonore et une idée qui n’a pas de sens.

………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

 

 

15) Selon vous, le mot « borogove » est un signe unifiant :

- une forme sonore (le son « borogove ») et l’idée (le concept) de « borogove».

- un nom (le nom « borogove ») et une chose qui est un « borogove».

- une forme sonore et une idée qui n’a pas de sens.

 

…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

 

16) Selon vous, le mot « chwallaboucte » est un signe unifiant :

- une forme sonore (le son « chwallaboucte ») et l’idée (le concept) de « chwallaboucte ».

- un nom (le nom « chwallaboucte ») et une chose qui est un « chwallaboucte ».

- une forme sonore et une idée qui n’a pas de sens.

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17) En conclusion, nous pouvons dire :

- que les humains décident du sens de formes sonores que l’on appelle « mots ».

- que, grâce au langage, les humains peuvent structurer aussi bien la réalité que leur imaginaire.

- que les mots font ce qu’ils veulent et nous font dire n’importe quoi.

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Patrice Houzeau

Hondeghem, le 3 janvier 2017.

02 janvier 2017

DES FOIS QU'ON ENTEND BOURNIFLER

DES FOIS QU'ON ENTEND BOURNIFLER
cf (Lewis Carroll traduit par Jacques Papy, « De l’autre côté du miroir » Folio classique n°2657, pp 274-278)

1.
‘The question is,’ said Alice, ‘whether you can make words mean so many different things.’
(Lewis Carroll, « Through the Looking Glass »)

« - La question est de savoir si vous pouvez obliger les mots à vouloir dire des choses différentes. »
(Lewis Carroll traduit par Jacques Papy, « De l’autre côté du miroir » [Alice])

Les remarques d'Alice peuvent sembler étranges mais c'est la logique quand on y pense qui est étrange car n'est-ce-pas on ne vit pas dedans.

Des fois qu'les mots ont plusieurs bouches d'où sortent plusieurs voix qu'le dictionnaire il est tout comme possédé par l'démon bavard.

Obliger les mots à vouloir dire autre chose que ce qu’ils veulent habituellement dire, c'est ce que font les politiques non.

On ne peut pas obliger les mots à ne rien vouloir dire ; finissent toujours par vous signifier kekchoz qui vous chamboule tout dedans défois.

Des fois y en a i commentent les textes que les mots on dirait qu’il disent des choses si différentes que c’est comme s’ils ne voulaient plus rien dire du tout.

Les mots ça veut dire, sont pleins d'petits êtres qui veulent dire et s'accrochent à la langue avant d'tomber dans l'oubli des étymologies.

Qu’on finirait par se demander dis s’il y a quelque dieu tapi sous les syllabes genre bête au bois qu’il y a jamais que bavard bipède.

Que si on pouvait obliger les mots à dire des choses différentes z'en profiteraient sans doute pour dire des âneries nous faire des craques.

2.
‘They’ve a temper, some of them— particularly verbs, they’re the proudest—'
(Lewis Carroll, « Through the Looking Glass » [Humpty Dumpty])

«  Il y en a certains qui ont un caractère impossible… surtout les verbes, ce sont les plus orgueilleux… »
(Lewis Carroll traduit par Jacques Papy, « De l’autre côté du miroir » [Gros Coco])

« Orgueilleux » cétypa qu'on s'aime beaucoup le soi-même et l'or par-dessus tout et aussi qu'on s'moque du monde qui tourne autour.

Gros Coco i dit que les verbes « sont les plus orgueilleux » sans doute car ils prétendent au faire, les verbes, à l'agir sur le réel.

3.
'however, I can manage the whole of them! Impenetrability! That’s what I say!’
(Lewis Carroll, « Through the Looking Glass » [Humpty Dumpty])

Humpty Dumpty dit qu'il sait comment les manadjer les mots, et c'est vrai qu'en balançant une vacherie, les mots sont tout dressés contre.

Humpty Dumpty i s'sent tout dresseur de mots, que même les plus fiers, les plus bouffis d'orgueil sémantique, il les soumet.

Les mots parfois on les dresse contre, en escouades de phrases, en attaques piques raids, tout hérissés tranchants, guerriers, tempestaires.

Mais parfois les mots sont tout impénétrables. Ils s'avancent, seigneurs et savants d'un royaume dont on n'a pas la clé.

4.
'That’s a great deal to make one word mean,’ Alice said in a thoughtful tone.
‘When I make a word do a lot of work like that,’ said Humpty Dumpty, ‘I always pay it extra.’
(Lewis Carroll, « Through the Looking Glass »)

«  Quand je fais beaucoup travailler un mot, comme cette fois-ci, déclara le Gros Coco, je le paie toujours beaucoup plus. »
(Lewis Carroll traduit par Jacques Papy, « De l’autre côté du miroir »)

Gros Coco paie ses mots avec de l'or sans doute (il est orgueilleux) pis avec des promesses d'emploi.

Gros Coco i paie ses mots avec du sens j'suis sûr car un mot ça veut toujours dire.

Un mot ça s'rumine c'est pour ça qu'on rumine nous des tas d'idées, et des vaches parfois là dans nos têtes de veau.

Quand on les rumine nos idées, on se paie de mots, aussi quand on écoute un politique ou qu'on achète un livre ou qu'on rêve debout.

5.
'(Alice didn’t venture to ask what he paid them with; and so you see I can’t tell you.)'
(Lewis Carroll, « Through the Looking Glass »)

Alice ne tenta pas l'aventure de demander avec quoi Humpty Dumpty les payait, ses mots ; du coup, voyez, l'auteur ne peut pas nous l'dire.

Parfois l'auteur intervient dans son récit mais c'est pour dire qu'il ne sait pas comme quoi il est pas toujours omniscient.

6.
‘I can explain all the poems that were ever invented— and a good many that haven’t been invented just yet.’
(Lewis Carroll, « Through the Looking Glass » [Humpty Dumpty])

Humpty Dumpty dit comme ça qu'il peut expliquer tous les poèmes même ceux qui ont pas été encore inventés et qui sont encore dans les muses.

Expliquer des poèmes « qui n'ont pas encore été inventés », j'aime l'idée : faisons rimer « pommes de terre » et « tempestaires » :

De colère gonflées lors les pommes de terre
Clamèrent leurs pamphlets tout à fait tempestaires.

7.
'Twas brillig, and the slithy toves
Did gyre and gimble in the wabe;
All mimsy were the borogoves,
And the mome raths outgrabe.'
(Lewis Carroll, « Through the Looking Glass » [Alice récitant la première strophe du poème « Jabberwocky »])

J'aime beaucoup ce passage qui nous rappelle que les humains font les mots qui les forgent et les mènent.

8.
“brillig” means four o’clock in the afternoon— the time when you begin “broiling” things for dinner.’
(Lewis Carroll, « Through the Looking Glass » [Humpty Dumpty])

Bon alors quand sonne l'heure « brillig » (on dirait du saxon) c'est qu'on commence à les griller (« to broil ») les choses qu'on va manger au soir.

9.
‘Well, “slithy” means “lithe and slimy.” “Lithe” is the same as “active.” You see it’s like a portmanteau— there are two meanings packed up into one word.’
(Lewis Carroll, « Through the Looking Glass » [Humpty Dumpty])

Le « slithy », c'est du souple (« lithe ») et visqueux (« slimy »), que ça me semble bien limace, c'te malice là dans l'mot-valise.

10.
‘Well, “toves” are something like badgers— they’re something like lizards— and they’re something like corkscrews.’
(Lewis Carroll, « Through the Looking Glass » [Humpty Dumpty])

Les « toves » tiennent du blaireau (« badger »), du lézard et du tire-bouchon (« corkscrew ») ; y a qu'les mots pour vous en créer des comssa.

Les « toves » sont trois fois pleins de « something » comme quoi y a toujours dans quelque chose plusieurs quelque chose.

11.
‘To “gyre” is to go round and round like a gyroscope. To “gimble” is to make holes like a gimblet.'
(Lewis Carroll, « Through the Looking Glass » [Humpty Dumpty])

Les toves donc gyraient tournant en rond comme un gyroscope et puis guimblaient comme à guimblette cause que « gimlet » signifie « vrille ».

12.
'And “the wabe” is the grass-plot round a sun-dial, I suppose?’ said Alice, surprised at her own ingenuity.'
(Lewis Carroll, « Through the Looking Glass »)

La (ou le) « wabe », y a du gazon là-dedans, et du cadran solaire (« sun-dial ») que, selon Humpty Dumpty, les toves nichent dessous et se nourrissent de fromage.

Alice a deviné le sens du mot « wabe », comme quoi les mots induisent, et qu'une enquête relève aussi de l'observation de la langue.

13.
'Well, then, “mimsy” is “flimsy and miserable” (there’s another portmanteau for you).'
(Lewis Carroll, « Through the Looking Glass » [Humpty Dumpty])

Dans le « mimsy » y a du fragile et du piètre (« flimsy ») et du plein d'misère qu'ainsi sont les « borogoves ».

14.
'And a “borogove” is a thing shabby looking bird with its feathers sticking out all round—something like a live mop.’
(Lewis Carroll, « Through the Looking Glass » [Humpty Dumpty])

Le « borogove » c'est du zoziau d'aspect minable (« shabby ») à plumes hérissées d'partout (« feathers sticking out all round ») qu'on dirait du balai.

15.
‘Well, a “rath” is a sort of green pig: but “mome” I’m not certain about. I think it’s short for “from home”— meaning that they’d lost their way, you know.’
(Lewis Carroll, « Through the Looking Glass » [Humpty Dumpty])

Mais on n'sait pas tout de s'qu'on dit et entend que si « rath » c'est du vert cochon pour ce qui est de « mome » c'est du tout fourvoyé paumé loin d'chez lui même que Humpty Dumpty n'en est pas sûr.

16.
‘Well, “outgribing” is something between bellowing and whistling, with a kind of sneeze in the middle'
(Lewis Carroll, « Through the Looking Glass » [Humpty Dumpty])

Donc les cochons verts font rien qu'à beuglesiffler (« bellowing and whistling ») tout en éternuant vu qu'ils ont pleins de sneeze dans le middle.

'however, you’ll hear it done, maybe— down in the wood yonder— and when you’ve once heard it you’ll be quite content.'
(Lewis Carroll, « Through the Looking Glass » [Humpty Dumpty])

« Mais tu entendras peut-être bournifler, là-bas, dans le bois ; et quand tu auras entendu un seul bourniflement, je crois que tu seras très satisfaite. »
(Lewis Carroll traduit par Jacques Papy, « De l’autre côté du miroir » [Humpty Dumpty])

Et d'ailleurs la preuve qu'il y a des cochons verts beuglesifflants, c'est que parfois « là-bas dans le bois » on les entend « bournifler ».

17.
« La Grande-Bretagne, c'est un pays bizarre, mais c'est un pays qui a une langue. »
(Eugène Green sur France Culture, « La grande table », le 2 janvier 2017)

Bah tous les pays sont bizarres mais il est vrai que la Grande-Bretagne a une langue : les livres de Lewis Carroll en sont une preuve.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 janvier 2017.

OUI MAIS J'AI BEAU ME RAISONNER

OUI MAIS J'AI BEAU ME RAISONNER

On suit l'enfant fantôme
dans le tunnel
le gnome lève sa hache.

1.
J'dis ça j'dis rien mais à force d'aller chatouiller l'cosmos ça va finir qu'l'infini va finir par nous flanquer son néant là où j'pense.

2.
« Je rencontrai le bois du siège ! Il n'y avait plus personne. Le fauteuil était vide ! »
(Maupassant, « Lui ? »)

Quand on rencontre le bois du siège et qu'il n'y a plus personne, forcément la conversation tourne court.

Parfois les choses ont l'air comme vides ; et s'ils avaient migré, les petits dieux des objets et des meubles ?

3.
« Oui, mais j'ai beau me raisonner, me roidir, je ne peux plus rester seul chez moi, parce qu'il y est. »
(Maupassant, « Lui ? »)

Lisant cette seule phrase, on comprend que le narrateur, y a d'la hantise chez lui que même seul, il est pas seul.

La politique est une administration des conséquences ; l'a trop d'boulot, l'hercule de foire, s'en sort pas.

4.
Lieu commun entendu sur France Inter : « Nous vivons une période tragique et moi je pense que c'est dans les périodes tragiques que naît le sublime. »

Le sublime au prix du tragique : quelle blague ! quelle funeste blague ! Ah vite, un album de Gotlib !

Il y a toujours beaucoup moins de héros que de gens pour les applaudir, plus tard, bien plus tard, quand le danger est écarté.

5.
Défois y a la question qon nous demande qui est le « On » du texte que chaipas mais comondit « on est un ... », alors c'en est un je pense.

Défois même on demande qui est le « vrai »  narrateur du récit qu'il n'est pas plus vrai que le reste qui est que fiction et carabistoules.

On nous demande même son « sexe » au narrateur qu'il doit être masculin (j'ai une chance sur deux de toute façon).

Mais il peut être féminin, ça dépend du livre qu'on lit que je me demande si le narrateur vient d'une autre planète là on peut pas savoir.

Son identité on demande aussi ! Bah ! elle est normale ; il se ressemble, le narrateur, même quand i s'a mis la tête à l'envers.

Même si vous lisez le livre à l'envers le narrateur se ressemble, simplement vous comprenez pas ce qu'il dit.

En général, le narrateur obéit à son principe qu'il est squilé ; il en a qu'une d'identité, à moins qu'il soit malade à identités multiples.

Pour son caractère, au narrateur, il l'a suffisant pour être imprimé lisiblement.

Le questionère i demande ossi son statut narratif à çui-là dans l'texte qu'il narrate non puisque c'est le narrateur ?

Et puis on nous demande aussi à quelle ligne elle commence « précisément » son histoire au narrateur pis quand elle se déroule ?

Ça commence, l'histoire, à la première ligne « précisément » parce qu'avant y a que du blanc (et le titre).

Son histoire se déroule dans les lignes qu'y en a tant qu'ça me fait bayer du coup j'ai dormi et i m'reste 10 mns pour finir s'questionère.

6.
« Pourquoi le souvenir de ce meuble me poursuivit-il avec tant de force que je revins sur mes pas ? »
(Maupassant, « La Chevelure »)

Parfois ça nous poursuit, ça nous travaille le conscient qu'on finit par revenir sur ses pas pour voir s'il y a là réellement quelque chose.

Le réel est plein de ce quelque chose que not' drolatique poursuit assidûment qu'on fait des fois bien des tours et des détours pour.

La chasse au quelque chose est le sujet réel de la littérature et le motif absurde de nos actes ; l'humain poursuit son ombre.

Parfois le quelque chose, c'est un petit être qui court dans un tunnel, vous le rattrapez, il se retourne, le gnome vous frappe de sa hache.

C'est dans le film « Don't Look Now » (Nicolas Roeg, 1973) que j'ai vu cette scène.

7.
« Quelle singulière chose que la tentation ! On regarde un objet et, peu à peu, il vous séduit, vous trouble, vous envahit comme ferait un visage de femme. »
(Maupassant, « La Chevelure »)

La tentation c'est de l'être en attente ; dans un objet, un meuble, un regard, dans une phrase ou une image, elle attend que vous veniez.

La tentation est très patiente, elle attend à la surface des choses que vous passiez et puis hop elle vous chope l'âme.

La tentation c'est une sorte d'impératif qui s'adresse au drôle d'être là dans vot' caboche, çui-là qui décide des choses pour vous.

Dans la tentation deux êtres sont soudain face à face : le drolatique dans vot' tête  et son reflet là dans l'objet du réel.

La tentation c'est un masque qui vous démasque le drolatique que quand vous y pensez parfois vous avez honte.

Ah tiens j'ai acheté le numéro 203 de « Lanfeust Mag » à cause de la jolie fille du Père Noël qui est dessinée sur la couverture.

8.
En écrivant, j'écoute cette petite boîte étrange d'où sortent des voix qui vous décrivent le réel comme si vous y étiez.

9.
« Je ne veux plus être seul, la nuit. Je veux sentir un être près de moi, contre moi, un être qui peut parler, dire quelque chose, n'importe quoi. »
(Maupassant, « Lui ? »)

« un être qui peut parler, dire quelque chose, n'importe quoi », on appelle ça le réel, et il ne se contente pas de dire n'importe quoi, il le fait aussi.

10.
« Dès que je rentrais, il fallait que je la visse et que je la maniasse. »
(Maupassant, « La Chevelure »)

Rien qu'à leurs grincements qui sifflent, aux imparfaits du subjonctif, on comprend qu'il a quelque chose qui tourne pas rond le narrateur.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 janvier 2017.