BLOG LITTERAIRE

21 mai 2017

L'ESPOIR J'VOUS DIS ÇA VAUT PAS LES CHICONS AU GRATIN

L'ESPOIR J'VOUS DIS ÇA VAUT PAS LES CHICONS AU GRATIN

1.
« D'Espoir, et que vous en dirais ?
C'est un beau bailleur de paroles ;
Il ne parle qu'en paraboles
Dont un grand livre j'écrirais. »
(Charles d'Orléans, « Et que vous en dirais ? »)

Comme Charles, duc d'Orléans, d'Espoir, je préfère n'en rien dire que l'espoir i n'fait souvent qu'à nous machiner des carabistoules.

D'ailleurs Charles i dit que « beau bailleur de paroles » qu'il est, l'Espoir, que je sais pas s'il est beau mais il n'est pas muet, ça c'est sûr.

Remarquez qu'on peut dire qu'il est beau d'espérer, et puis vaut mieux espérer que d'aller faire des promesses (mais moi je préfère manger des frites).

Quand je dis d'aller faire des promesses, je pense aux politiques qu'on vient d'élire ; sont bien contents, vont pouvoir nous jouer du biniou.

C'est pour ça, faut pas trop que j'en mange sinon j'aurai plus le goût d'en manger et que donc j'aurai plus d'espoir d'en manger, des frites.

Vous me direz, les frites, c'est bien loin de Charles d'Orléans, oui mais le lundi c'est jour de marché que je pourrai acater des patatàfrites.

Tiens, j'ai envie de chicons au gratin.

Charles d'Orléans emploie le mot « bailleur » que ça veut dire « donneur » qu'y en a i vous font bâiller à force de vous bailler des sornettes.

2.
Charles dit qu'Espoir ne parle qu'en « paraboles » (comme le Christ) c'est pour ça qu'on comprend pas tout pis qu'on se trompe d'chemin.

Quand on s'a trompé d'chemin faut des fois changer d'espoir, qu'on va pas aller se paumer dans le n'importe où à gros poissons dis.

Le n'importe quoi à gros poissons, c'est çui-là qu'on dit des eaux troubles, ah faut savoir nager ; moi ce que j'aime bien, c'est la sole.

3.
Bon à la radio sur France Culture, i disent que l'Ecole à la France à c't'heure c'est n'importe quoi. Ah tiens, comme je suis étonné !

Avec l'Ecole qu'avant je me faisos traiter d'affreux pas bô de critiquer les jolies réformes, maintenant on n'me dit plus rien.

Mais j'pense qu'il y en a qui m'en veulent sourdement d'avoir pas eu tout à fait tort. Bah, zauront pas d'mes frites, c'est tout.

Pis l'Education Nationale, c'est comme toutes les institutions, c'est rempli de d'autant plus prétentieux qu'ils ont réussi un concours.

Y en a molt des fonctionnaires, sont souvent comme le douanier à Fernand Raynaud : « Je suis douanier. Je suis pas un imbécile.»

Paraît que le nouveau ministre de l'EducNat (Jean-Michel Blanquer) c'est un innovateur pis un évaluateur : un casse-bonbons quoi.

Les mômes zont pas besoin de club théâtre ni d'empathie (beurk) zont besoin d'une vraie formation professionnalisante et d'un vrai diplôme.

4.
Ah j'aimerais être méchant comme Mélenchon et riche comme Mélenchon. Pis moi en Méluche, la gauche, elle marcherait droit et garde à vous.

Avant, zavez remarqué, c'était toujours un Le Pen qui avait le rôle du méchant. Maintenant, c'est Mélenchon. Curieux hein ?

Du coup que j'pense à Méluche le Maudit, j'pense à Orlando De Rudder, un vrai insoumis, lui, pas un coco suiveur, l'est mort eh oui.

« Car c'est vrai, il y en a. De l'amour, mais lequel ? Du pareil qui se démène ; pendant ce temps on vit. »
(Orlando De Rudder, « Car c'est vrai, il y en a »)

5.
Après Charles i dit qu'il pourrait bien écrire un « grand livre » des « paraboles » qu'il nous machine, Espoir. Euh, l'a pas fait, tant mieux.

Je dis tant mieux passque les « grands livres » ça prend de la place sur les étagères qu'après je sais pas où je vas mettre mes reliures Spirou moi.

Bon et puis un grand livre de paraboles, c'est cor un truc à s'casser la nénéte pour en revenir au bout du compte à 2 et 2 font 4, Sganarelle.

6.
« En le lisant je me rirais
Tant aurait de choses frivoles.
D'Espoir, et que vous en dirais ?
C'est un beau bailleur de paroles ! »
(Charles d'Orléans)

Charles, i rirait ih ih en lisant son « grand livre des paraboles d'Espoir », que moi, voyez, lire ça me ferait plutôt dormir.

Des fois, lire, ça me plaît bien, c'est quand j'ai la patate que j'ai bien dormi, alors là oui, ça m'arrive d'en trouver du chef d’œuvre.

Parfois dans les librairies je regarde les rayonnages, pis me dis « Oh tous ces romans qui racontent des choses dont je me fous éperdument ».

Donc, il rirait Charles cause les « choses frivoles » qu'il y aurait dans le grand livre qu'Espoir lui a susurré dans les oreilles de sa tête.

J'aime bien le verbe « susurrer » ; ça fait chuchotis mais en plus sifflant. - Ah Cécilia, que me susurrez-vous ? - Je disos : ch'est bon mais ch'est chaud. »

7.
« Par tout un an ne le lirais.
Ce ne sont que promesses folles
Dont il tient chacun jour écoles. »
(Charles d'Orléans)

Bon, si je pige, il le lirait qu'un peu pas plus passqu'en un an, on peut en faire des frites hein, et des chicons au gratin aussi.

Mais on ne peut pas ressusciter Orlando De Rudder ; par contre on peut voter contre Le Pen, n'est-ce pas, Jean-Luc ?

D'ailleurs, l'Espoir n'est jamais que « promesses folles », qu'il vaut mieux pas les écouter qu'on finirait zozo d'la lune ou du gouvernement.

Maintenant que chu bien content que Macron a été élu, je vais pouvoir me moquer de sa tronche de premier de la classe. (j'vais m'gêner tiens).

L'Espoir, Charles dit qu'il tient « chacun jour écoles de promesses folles » que c'est vrai ça que les pédagogistes sont de grand espérants.

Encore entendu tout à l'heure affirmer que l'Ecole devait citoyenneter et empathiser le pauv' môme que c'est rien qu'un sauvache faut croire. Pouah !

Ceci dit, comment voulez-vous bien apprendre à l'école quand vous n'avez plus d'maison et que vous ne mangez pas tous les jours à votre faim ?

Je dis ça pour Blanquer (Jean-Michel qu'est ministre et tout) que l'innovation/évaluation c'est bien mais s'occuper d'la misère, c'est mieux.

8.
« Telles études n'élirais
D'Espoir, et que vous en dirais ? »
(Charles d'Orléans)

C'est sûr que vaut mieux être bien lucide, les yeux ouverts et l'esprit clair que d'avoir l'oreille chopchipée par l'flûtiau des espérances.

J'aime bien le verbe « chopchiper » ; on ne peut pas l'employer partout, c'est sûr, mais il est bien pratique tout de même.

J'entends la radio jacter de soupçons de pots-de-vin lors d'une vente de sous-marins au Brésil en 2009. Sortant mes chicons du four Ah fis-je.

Qu'à vue de nez, dans les ventes d'armes, c'est quand il n'y a pas de pot-de-vin que c'est un événement.

J'aime bien l'expression « selon des sources proches du dossier » pour désigner soit des balances, soit des barbouzes, soit des étourdis.

Mais parfois ce sont des lanceurs d'alerte, des qui pensent que c'est mieux que les gens l'apprennent qu'on les prend vraiment pour des...

- Houzeau, vous n'en avez pas marre d'écrire n'importe quoi ?
- Et vous, vous n'en avez pas marre d'être n'importe qui ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 mai 2016.


DE QUELQUES BOUTS D'MUSIQUE

DE QUELQUES BOUTS D'MUSIQUE

 

1.

Pour sa lucidité, la chanson « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » de Jean Yanne et Michel Magne. Quelle claque.

 

« Quand ça Gay-Lussac, lorsque partout l'on entend

le bruit des matraques sur les crânes intelligents. »

(Jean Yanne, « Tout Le monde Il Est Beau »)

 

Irrésistible !

« Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » : ah ce film ! Ah la satire du story-telling christique, d'la fadaise à chevelus !

 

2.

De Jean Yanne aussi l'épatant « Dans Les Bras de Jésus » chanté par Ginette Garcin où « desesperados » rime avec « froid dans les os »(-ses).

 

J'aime bien les chansons qui se moquent du monde, qui rigolent doucement, qu'on n'a plus qu'des sérieux qu'on comprend pas c'qui disent.

 

3.

Qu'est-ce qu'elle était mimi, dis, Kiki Dee dans le clip « Don't Go Breaking My Heart » avec Elton John en juillet 1976 qu'il fit si chaud.

 

Je pense à tous les mômes de juillet 1976 qu'il fit si chaud qui ont tanné leur mère pour l'avoir le 45 Tours de Kiki Dee et Elton John.

 

Je n'aime pas que l'on méprise la culture populaire. Après tout, ô beaux esprits, sauriez-vous déchiffrer une partition de Bach ?

 

Moi, franchement, quand Elton dit « Oh honey, when you knock on my door » et que Kiki répond  "Ooh, I gave you my key", je suis ravi.

 

4.

En 76 zaussi qu'il fit si chaud le « Dancing Queen » de Abba dont le vers « Night is young and the music's high » mépatatant.

 

« Dancing Queen » évoque les discothèques du vendredi soir où les garçons allaient draguer des plus ou moins allumeuses « reines de la danse ».

 

Le clip originel de « Dancing Queen » est un peu cheap, non ? Bah, après tout, à l'époque, « Le Nouvel Observateur » était en noir et blanc.

 

5.

Mais ma préférée à Abba, c'est l'ironique « Money, Money, Money » et ses rêves de fortune que l'on se fait quand on n'a pas d'sous.

 

« I work all night I work all day

To pay the bills I have to pay

Ain't it sad »

(Abba, « Money, Money, Money »)

 

Leur « Money, Money, Money » à Abbasonne tout à fait comédie musicale, et annonce le dramatique de chic baroque du groupe Queen.

 

6.

Je me réjouis de voir qu'ici et là, de solides formations jouent le beau et si énigmatique « Atom Heart Mother » de Pink Floyd.

 

Très belle version par les Pink Tonesdu 28 avril 2014 de « Atom Heart Mother » dans l'amphithéâtre de Segobriga (Espagne)

 

Très belle version, oui, avec ses chœurs masqués… l'amphithéâtre... évoquent l'antique, lequel rime ici avec l'électrique.

 

C'est beau ; on trouve le film sur YouTube : l'amphithéâtre romain sur fond d'à n'en plus finir, impeccable pour une musique si ample.

 

« Atom Heart Mother » du Floyd, l'exemple même d'une œuvre pop/rock dont la qualité enterre bien des pensums à prétention savante.

 

Le groupe aurait quasi renié ce qui reste pourtant comme une des meilleures tentatives de rapprochement entre musique savante et pop/rock.

 

La version du théâtre du Châtelet (2012) par le philarmonique de Radio-France, avec la participation de Ron Geesin (çui-là qui composa avec le Floyd) plus complète que celle des Pink Tones, est parfois assez loin du son de l'album à la vache (notamment la batterie).

 

Mais dans les deux cas, ce qui impressionne, c'est la beauté des chœurs. La partie électro-acoustique dans la version du « Châtelet » est remarquable (elle est absente de la version jouée par les Pink Tones).

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 21 mai 2017.

20 mai 2017

QUELQUES MORALES TIENS

QUELQUES MORALES TIENS

 

1.

Il ne faut pas mettre tous ses yeux dans le même panier ; on finit par n'y plus voir que des crabes.

 

2.

Qui met le manteau de l'agneau attire le loup, et qui met le manteau du loup attire le louvetier.

 

3.

Le grand qui traque le petit est souvent bien plus petit que sa proie.

 

4.

Ce n'est pas avec le doigt de Dieu qu'on se cure le nez.

 

5.

On ne vient jamais que de son père.

 

6.

Qui croit atteindre le ciel parfois ne voit pas qu'il lui est tombé dessus.

 

7.

On n'achète pas un château sans son fantôme.

 

8.

Ce n'est pas dans les rizières que poussent les gâteaux de riz.

 

9.

Les mots des politiques sont des renards fort propres à vider vos poulaillers.

 

10.

C'est parfois dans le passé que l'on retrouve ses enfants.

 

11.

Ce n'est pas parce que l'on vous traite de veau marin que vous finirez noyé.

 

12.

La nécessaire liberté des uns n'est souvent que l'injustice des autres.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 20 mai 2017.

GOTHIQUE TOUTIM

GOTHIQUE TOUTIM

 

1.

« Le lendemain, je me levai dès l’aube et me précipitai vers mon microscope. »

(Michael Fitz-James O’Brien, « La Lentille de diamant »)

 

Ah ça sent son scientifique, ou son échevelé savant frappadingue qui se lève comça dès l’aube et s'jette sur son microscope.

 

Qu’espère-t-il trouver sous sa machine à scruter l’minuscule ? Le kama sutra de Liliput ? Le ravageur virus à dépeupler ? Le nom de l’être ?

 

2.

« Ma carrière se décida à ce moment-là : je me destinai à la microscopie. »

(Michael Fitz-James O’Brien, « La Lentille de diamant »)

 

Story-telling scientifique, obsession oculaire, plongée dans le presque rien, dans le toutes ces choses qu’on voit pas et qui pourtant

 

Obsession de qui se planque dans le minuscule, de l’inquiétant riquiqui prêt à jaillir de l’infiniment petit pour vous réduire à néant.

 

3.

« je croyais découvrir des merveilles que le monde ne connaissait pas encore. »

(Michael Fitz-James O’Brien, « La Lentille de diamant »)

 

On s’berlue, s’empoisonne la visée, se mirage le cogitans, s'invente du réel pis qui s’gausse, qu'il rit le réel Ah on sauve !

 

Le monde est plein d’ces merveilles qu’on mirifie devant, qu’on hyperbole, qu’on s’hypertrophie l’admiratif que chien, on pisseroit dessus.

 

Je croyé découvrir merveilles milsodors mirliflores et mirifiques que le monde çui-là qu’est si grande bouche il en savant pas plus que mé.

 

4.

« Un Homme n’ayant plus ni crédit, ni ressource,

Et logeant le Diable en sa bourse,

C’est-à-dire, n’y logeant rien »

(La Fontaine, « Le trésor et les deux hommes »)

 

Un zig n’avot pus d’sous pis nul moyen d’en ravoir, c’étot que La Fontaine dit commça qu’il étot « logeant le Diable en sa bourse ».

 

Quant tu loges le Diable dans ta bourse, tu es très pauvre comme Job, un pauvre diable, qu't'as plus qu'à prier le bon Dieu.

 

5.

« Si seulement elle avait pu me voir au moins une fois ! »

(Michael Fitz-James O’Brien, « La Lentille de diamant »)

 

« Si seulement elle avait pu me voir au moins une fois » elle se serait enfuie en criant des au-secours que nul n’aurait pu entendre.

 

6.

« Cette diablesse de femme me répond à tout de la manière la plus véridique. »

(Michael Fitz-James O’Brien, « La Lentille de diamant »)

 

Cete diablesce de fame là, portant ele porte ni cornes de diap’ ni queue de diap’ même pas eune queue d’keval à sin kief, qué bavette elle a.

 

Qué bavete prédiseuse, qué gamele oraculaire que vous lui sortez des questions des abîmes à vot’ cœur quele vous répond tout vrai garanti.

 

Ah la visionnaire ! Cé bien simp’, lui faut pas longtemps pour vous dire qu’il pleut même que tu en as les cheveux mouillés. A voit tout com si t’étos tout nu dins n’oeil.

 

7.

Des fois je me dis j’ai faim mes ça cé passque j’ai envie de manger quelque chose (un steak-frites) alors j’argarde les veaux passés.

 

8.

Des fois je me sens si fatigué que si j’étais un lit je me coucherais dedans, carrément.

 

9.

Des fois, je suis si discret que si j’étais mort, je ne m’en apercevrais même pas. Y a même des fois où les murs me rasent.

 

10.

« Dans ce mouvement, j’aurais dû voir sa figure - et je ne la vis pas. »

(Marcel Schwob, « L’Homme voilé »)

 

Là je vois que cé bien étrange passqu’il y a des italiques pour faire l’étrange que sinon je vais pas la lire l’histoire quand même.

 

11.

J’ai un peu beaucoup lu y a longtemps. Ça m’a pas ouvert l’esprit. Suis toujours aussi con qu’avant que j’sois pas, mais en plus littéraire.

 

Jeune, j’avais beaucoup aimé « Un Taxi mauve » de Michel Déon ça s’passe en Irlande, c’est beau pis mélancochose ; le reste, j’ai oublié.

 

Y avait une jeune fille dedans, muette non, étrange non, pis belle aussi, à cause d’un drame... oh et puis chai pus.

 

Y a des landes aussi, des chiens, des gens bizarres, mes s'il y avait pas de gens bizarres dans les romans, y aurait pas de roman hein.

 

Vous me direz les romans réalistes les gens n'y sont pas bizarres non c'est vrai en général ils sont juste atroces.

 

Les phrases, c’est plein de choses mais on ne peut pas les voir, on les imagine seulement, qu’en fait elles ne sont pas là C’est étrange.

 

12.

Dans « Je suis d’ailleurs » Lovecraft i fa rien qu’à décrire des monstruosités que je dis ça que je sais même pas

 

si c’est vrai chaipas que, le narrateur i dit comça qu’il a pour « compagnons silencieux, les rats, les chauve-souris et les araignées ».

 

il dit qu’ils sont silencieux, ses compagnons, l’est pas dérangé par le bruit pourtanque les rats ça fet du brui qu’ça ronge gratte circule

 

i dit comça que si quelqu’un veilla sur lui, la personne il s’en souvient comme « pourrissante comme le château même » que ça ambiance drôle

 

qu’on se dit Ah Dracula va sortir de l’orgue qu’on peut supposer qu’il y a quelque part au fond d’une phrase ou dans le blanc de l’œil.

 

S’il n’y a pas d'orgue tiens j’en mets un pour l’ambiance, le gothique toutim du roman où les êtres se défont en des châteaux décomposés.

 

Ecrire, c'est tenter de mettre quelque chose d'intéressant dans des phrases qui sinon seraient creuses, des gouffres à rien.

 

Pas que des gouffres à rien, les phrases, aussi des pièges à gens ; de grands trappeurs, les politiques.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 20 mai 2017.

19 mai 2017

SPHINX COSMOS FAITES UN TITRE AVEC ÇA

SPHINX COSMOS FAITES UN TITRE AVEC ÇA

 

1.

« Elle est toute petite ; une duègne la garde.

Elle tient à la main une rose et regarde.

Quoi ? que regarde-t-elle ? Elle ne sait pas. L’eau »

(Victor Hugo, « La rose de l’infante »)

 

On ne sait pas ce qu’on regarde, mais on voit tout de même, on voit ce que l’on n’aperçoit pas, et qui va tisser sa toile dans votre tête.

 

Ça a l’air psychanalytique, qu'en fait moi la psychanalyse, j’y crois qu’à moitié de pas plus d’alien dans le placard (j’mangerais bien du quat’-quart).

 

Quand Hugo écrit qu'elle est « toute petite », il évoque une môme que c'est tout simple et bien vu : i nous tartine pas.

 

2.

Des fois, y a des gens i m’argardent avec un mépris souverain, ça doit être à cause de mes pustules, d’mes dents pourrites et d’mes grelots.

 

3.

« Sa prière faisait le bruit sourd d’une foudre ;

De grands éclairs sortaient de ses songes profonds. »

(Victor Hugo, « La rose de l’infante »)

 

Ouh-ouh Onh-onh Entendez-vous le cri du hibou et comme grondent ces deux vers de Hugo ?

 

Y a des fois dans des films ou quoi y en a des qui déambulent dans des pièces sombres qu'on dirait qu'en eux sourdent des foudres.

 

Y a idem les fenêtres à losanges lumineux façon Aloysius Bertrand et du sombre songeant savant dans ses bouquins et de grands éclairs dedans.

 

4.

« Il ressemblait au sphinx qui digère et se tait »

(Victor Hugo, « La rose de l’infante »)

 

Ah ça, le sphinx, il en croque toujours, faut dire qu’il doit avoir de ces énigmes aussi qu’on connaît pas, et pour cause…

 

« Il ressemblait au sphinx qui digère et se tait » ;

Il ronflait quelquefois, parfois même il rotait.

 

5.

D’où me vient ma bonne humeur ?

« Jésus, fais que ma joie demeure ! »

C’est que j’ai du pain et du beurre

Au lieu de l’oignon frotté du malheur.

 

6.

« Et la reine est muette, et les nuages font

Sur son royal silence un bruit sombre et profond. »

(Victor Hugo, « Zim-Zizimi » [le premier sphinx])

 

Le tableau, dis ! Sur fond de vaste ciel nuageux pis « sombre » et « profond » à y pressentir trombones et tintouin à timbales

 

Une « reine muette » que j’imagine assez droite debout en robe mauve avec de l’or en bijoux partout sur ce fond d'trouble à nuages là.

 

Le mot « reine » me fait penser à la « Reine verte » que j'entends dans ma tête chanter bizarre et électro-acoustiquer des scènes au loin.

 

Défois y en a zont l’air « sombre » et « profond » genre les ciels hugoliens qu’on dirait qu’ils vont s’mettre à cracher clairons et timbales.

 

7.

« Le preux ouvre son casque, et hors de la visière

Sa longue barbe blanche et tranquille apparaît. »

(Victor Hugo, « La Massue » in « Eviradnus »)

 

Y en a des preux zont la barbe blanche et tranquille, mais y en a d’aut’s, à c’qu’on raconte, zont le crin roux et furieux hérisson.

 

Ça me fait penser à Don Quichotte, ce preux-là à « longue barbe blanche » sauf qu'il était plutôt agité l'aut' barbichu au moulin là.

 

8.

« On l’entendra courir dans l’ombre avec le bruit

De l’aurore enfonçant les portes de la nuit ! »

(Victor Hugo, « Le Satyre »)

 

Défois qon entan « courir dans l’ombre » Bah quelque rongeuse de nuit, rendormons-nous… l’aurore est encor en chemin avec ses blancs moutons.

 

L’aurore, j’la vois bien bergère à blancs bêlants se pointer chaque matin avec son troupeau pis costaude enfoncer les « portes de la nuit ».

 

Quan on enfonce « les portes de la nuit » à mon avis ça doit pas fere baucoup de brui sauf si la nui est la métonymie donçékoi d'darkesque.

 

9.

« Alors les sphinx, avec la voix qui sort des choses,

Parlèrent : tels ces bruits qu’on entend en dormant. »

(Victor Hugo, « Zim-Zizimi »)

 

J'aime bien ce titre : « Zim-Zizimi » qu'ça sonne cymbales. Après y a des sphinx et des songes et touci-touça qui cause étrange.

 

Défois moi aussi si j’ai mangé trop d’cassoulet, j’ai comme des voix de sphinx qui sortent des choses, même que j’pige nib, sont énigmatiques.

 

Zavez remarqué que lorsqu’on semi-dort, les sons sont comme amplifiés qu’un zigue cogne à la porte d’une pièce radiophonique, qu'ça vous sonne dans les esgourdes genre quelque géant vient vous chercher dans vot’ canapé pour vous traîner devant le juge des enfers en personne.

 

Quand on a des sphinx, c’est bien embêtant : vous voilà tout énigmatique, le syndrome Holmes vous guette ; déjà, vous déduisez.

 

10.

« La vague sonne ainsi qu’une cloche d’alarme.

La morte écoute l’ombre avec stupidité. »

(Victor Hugo, « Les pauvres gens »)

 

« La morte écoute l’ombre avec stupidité » : franchement, il n’y a guère que dans Victor Hugo qu’on trouve des vers aussi épatants.

 

Défois les vagues s’mettent à soner, céksé l’heure du repas des Sirènes ! Ah fau les voir avec leurs yeux doux & leurs grandes dents !

 

11.

« Et l’on croit voir, parmi le chaos plein d’éclairs,

De détonations, d’ombre et de jets de soufre,

Le sombre emportement d’un monde dans un gouffre. »

(Victor Hugo, « Plein ciel »)

 

Hugo avait d’autres yeux. N’avait pas les yeux de nous aut’s citrouilles et dans la nuit qu’on dort il devinait le fourmillement des mondes.

 

Qu’on est tout visionnaire gonflé d' « l’on croit voir » la chamboule à éclairs, le chaos filant dans l’tout détonnant d’ombres

 

Qu’on argarde métaphychose, le noir tout déjeté de soufre, pis des mondes aspirés par les gouffres (qu'ça fait des grands wlouifs lointains)

 

Que les gouffres là dans le tout noir plein d’trous, aspirent tout d’leurs grosses lippes de gouffres pis après si ça s’trouve ils rotent

 

Genre marins d’une chanson de Brel qui se goulent de frites de bière de moules pis qui rotent passque Brel le dit qu’ça doit être et que si c’est pas sûr c’est quand même peut-être.

 

Là-bas tout au fond de l’univers que ça vous fait des épanchements gazeux, des nappes qui se baladent entre les infinis

 

Moi je me suis souvent dit c’est pas possip il doit y avoir plus d’un infini là-dedans que c’est d’l’infini infinissant d’tous les côtés

 

Qu’un infini c’est une tension vers l’infini et que donc forcé il doit y avoir des multitudes d’infinis dans toutes ces cosmiqueries là

 

Qui se parallèlisent et se parapètent et pipèdent dans tous les sens que l’infini il n’est pas plus linéaire que chaipas

 

Après dans « la légende des siècles », Hugo écrit que « La tête de Ratbert sur le pavé roula », qu’on voit bien qu’il rigole pas avec le tranchant de l’épée, Victor, que ça saigne dans ses poèmes que si j’avais pas ouvert « La Légende », j’l’aurions point su.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 19 mai 2017.


LA DANSE DU SPHINX

LA DANSE DU SPHINX

(Si Si, je sais faire des chansons idiotes)

 

Sphinx sphinx sphinx

Quand tout est sphinx et zarbi

Sphinx sphinx sphinx

Les gens sont étranges aussi

Quand vous dansez la danse du spheu,

La danse du sphein ? la danse du sphinx

Et l’on suit la cadinxe !

 

Sphinx sphinx sphinx

Les rues sont pleines d’yeux crevis

Sphinx sphinx sphinx

Et d’oracles étranges aussi

Quand vous dansez la danse du spheu,

La danse du sphein ? la danse du sphinx

Attention aux crocodinxes !

 

(là faudrait un intermède dansé genre Bangles girls mimant leur fameuse « Egyptian Walk »)

 

Sphinx sphinx sphinx

Je suis Marc-Antoine et toi Cléopâtre - Si !

Sphinx sphinx sphinx

Moi j’y vais Viens toi aussi

On va danser la danse du spheu,

La danse du sphein ? la danse du sphinx

 

Jusqu’au petit matinx.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 19 mai 2017.

16 mai 2017

LEBLANC AVEC DES BOUTS D'FATRASIES

LEBLANC AVEC DES BOUTS D'FATRASIES

 

1.

« Des objets s'en vont, d'autres arrivent. »

(Maurice Leblanc, « L'Aiguille creuse »)

 

Incessant va-et-vient, le réel. Tout troué d'autoroutes à objets, de routes où les choses vont avec leurs gens.

 

Je me souviens qu'au milieu d'un article de philosophie du genre écriture grise soudainement l'expression « trouer le temps » me sauta à la.

 

2.

Le krautrock à longues séquences bidulées en boucle m'est souvent tombé des oreilles. Mais « Cyclone » de Tangerine Dream me semble sous-estimé.

 

A y songer, « Cyclone », c'est un bon titre pour de la musique à cycles et vibrements.

 

J'aime bien le terme « krautrock » pour qualifier les boursouflures électronico-séquentielles de certains complaisants du clavier.

 

Krautrock : rock choucroute ; il serait cependant malveillant de dire qu'il fût joué par des saucisses.

 

3.

Mai, voilà la saison du retour des mouches et de leur Seigneur, invisible et omniprésent.

 

C'est le retour des mouches !

Faut qu'je me mouche 

Allons dans l'été

Voir si nous avons encore des pieds

Oh yé !

 

4.

« Il l'attendait à ce détour de route, à la lisière de ce bois, au sortir de ce village. »

(Maurice Leblanc, « L'Aiguille creuse »)

 

Le Diable s'en vient qui est déjà là. Il prend son temps, puisqu'il l'a gagné.

 

5.

« Il est si rare que les faits ne portent pas en eux-mêmes leur explication. »

(Maurice Leblanc, « L'Aiguille creuse » [Beautrelet])

 

M'étonnerait pas que le réel, c't'ogre, i s'nourrisse des explications qu'on pense y trouver.

 

Curieux nom que celui de « Beautrelet » : dichotomique le patronyme, non ?

 

J'aimerais me faire plus rare. Parfois, je suis un peu fatigué de me voir.

 

6.

« Et ses yeux ne quittent pas ses yeux dans le miroir »

(Maurice Leblanc, « L'Aiguille creuse »)

 

Le réel ne se quitte pas des yeux sous peine d'effondrement ontologique : il faut savoir rester à hauteur de masque.

 

Un moment d'inattention pour ne pas dire d'inconscience, et vous voilà disparu du miroir.

 

Et ses yeux on dirait des œufs

Euh euh

Cuits sur le plat de son visage

A ma voiture il manque un pneu

Eu euh

J'vas pas pouvoir sortir du village.

 

7.

Méfiez-vous des autres ; vous n'êtes pas plus pour eux qu'ils sont pour vous.

 

8.

« la question s'offre à son esprit toute sèche, toute nue, avec la rigueur d'une équation. »

(Maurice Leblanc, « L'Aiguille creuse »)

 

Ah ! Avoir le cerveau capable de produire à partir du chaos oùsqu'on patauge de telles puretés !

 

Des fois j'ai des questions si sèches

Qu'elle me raclent la cervelle

alors je mange une pêche

avec du thon pis j'sors la poubelle.

 

9.

L'album « Cyclone » de Tangerine Dream se conclut par un hommage à la musique baroque, jusqu'au dépouillement de quelques notes violonnées.

 

Ç'aurait été rigolant si Tangerine Dream avait enregistré un album intitulé Red Nightmare, mais j'l'aurais pas acaté non plus.

 

10.

« les précautions que moi, Valméras, j'eus à prendre contre moi, Lupin »

(Maurice Leblanc, « L'Aiguille creuse »)

 

L'humain est ce qui jette de la confusion dans l'humain, et, pour plus de clarté, on appelle cela le Diable.

 

Des fois, je sors un diable de ma boîte, pis je le regarde se contorsionner dans le réel : on dirait moi en pire.

 

11.

Mon dieu, tous ces gens qui croient que c'est à la lueur d'une allumette qu'on met à jour ces complots dont leur ennui ou leur impuissance se nourrissent.

 

Les gens aiment songer qu'il y a des complots ; ça les console vaguement de leur impuissance à changer leur destin.

 

12.

« J'ai relevé cette bizarrerie, fit le juge. »

(Maurice Leblanc, « L'Aiguille creuse »)

 

Des fois on relève des bizarreries… et puis qui répond ?… des voix dans le couloir, une musique lointaine, des échos dins s'tête.

 

J'ai relevé cette bizarrerie

Que fait cette oreille dans mon riz

Elle risque de réveiller le tigre du tapis.

 

Vous me diriez que c'est pas une façon

De terminer

Que je vous répondrais poil au nez

Chu fatigué.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 16 mai 2017.

COMPTINE DES TROIS POISSONS

COMPTINE DES TROIS POISSONS

 

Une morue à chapeau pointu

chantait turlututu

j'ai manju mes accents aigus

une morue à chapeau pointu

- comme elle a l'air grave.

 

Une lamproie à chapeau chinois

chantait mékitétoi

je mangeois lard et petits pois

une lamproie à chapeau chinois

- et comme elle boit !

 

Un thon à chapeau rond

chantait ptipatapon

je mangions une soupe à l'oignon

un thon à chapeau rond

trois poissons s'en viennent et puis s'en vont.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 16 mai 2017.

15 mai 2017

DES FOIS EN LISANT DE LA POESIE JE MUGIS

DES FOIS EN LISANT DE LA POESIE JE MUGIS

J'aurais bien intitulé ces quelques brefs « guillevicuicuis » mais j'ose pas qu'on va encore dire que je respecte rien.

1.

« Ce soir non plus

Pas de prière à faire

A la figure sans visage. »

(Guillevic, « Soir »)

 

Y a des soirs on fait plus la prière depuis longtemps. Les jours ont usé les prières. Ce sont avec d'autres seigneurs qu'il faut compter.

 

« figures sans visage » : des masques, dessous qu'il y a t-il ? Le néant ou les fantômes d'une fin des temps pour roman de science-fiction ?

 

En général, les romans de science-fiction je ne les lis pas (1), mais j'aime bien leurs couvertures – elles font rêver…

 

(1) Du reste, en général, je ne lis pas, sauf pour m'endormir des fois, ou dans le train (ça passe le temps).

 

2.

« Du temps pourra venir (1)

pour occuper la sphère (2) »

(Gullevic, « En cause »)

 

(1) Ah ça, il a pas intérêt à être en retard ! I va pas nous bousiller nos synchronicités, l'aut' pendulaire là !

 

(2) J'espère que c'est bien étanche, la sphère là, sinon le temps, i va fuir par les interstices pour nous transformer en os debout.

 

Des fois on croit que le temps qu'on veut « pourra venir » qu'on sera comme dans une « sphère » bien à nous mais c'est jamais le bon temps.

 

Le mot « sphère » : des transparences circulaires dans des enfers peints, et celles-là qui sifflent en poursuivant le prisonnier.

 

3.

« Pour former comme un lieu (1)

Plutôt lointain de tout (2)

Qui s'avance au-dessous du temps. »

(Guillevic, « Carnac »)

 

(1) « former un lieu » : c'est vachement dur, à mon avis faut être géographe et prétentieux pour y arriver, ou à y faire croire.

 

(2) Le plutôt est-il plus lointain de tout que le déjà ? Et du reste, tout n'est-il pas toujours plus lointain ? (3)

 

(3) Du coup, je pense à un puzzle, mais je sais pas pourquoi.

 

Les lieux parfois s'avancent, ils passent « au-dessous du temps » - ça veut dire qu'on les voit pas passer – ils viennent de loin.

 

Une lettre glissée sous une porte, et voilà notre héros obligé de changer de. Il prend un taxi mais déjà d'autres yeux veillent.

 

4.

« La mer comme un néant (1)

Qui se voudrait la mer (2) »

(Guillevic, « Carnac »)

 

(1) La comparaison qui tue vu que tout peut être « comme un néant » à commencer par ce néant qu'ils sont les agités d'l'efficacité là.

 

(2) « qui se voudrait la mer » : ah ça faut avoir les épaules un peu plus larges que l'est un bol de bouillon. Ça y est, je vais mugir.

 

Genre les choses, elles donneraient leur assentiment à être nommées, qu'ça vous r'file l'illusion du sens qu'vous voilà tout phénoménologue.

 

C'est impressionnant ce que la mer aura inspiré de vers chez des gens qui, si ça se trouve, n'avaient pas le pied marin.

 

5.

« Aujourd'hui c'est l'été. (1)

Plus rien n'est divisible. » (2)

(Guillevic, « Variations sur un jour d'été »)

 

(1) Des fois, je suis tellement pas tout à fait là que des fois, il neige pis qu'on chante Jingle Bells que j'me dis aujourd'hui c'est l'été.

 

(2) Si « plus rien n'est divisible », on va avoir des problèmes pour faire les courses et se tailler des bavettes.

 

Genre l'été, c'te grand étale, c't'échalas à lilas là, l'aurier mangé nos emplois du temps. Bah, faut être en vacances pour ça.

 

Le temps est fait pour être divisé, sinon on ne peut pas le supporter, il fait bloc et nous écrase de tout son potentiel d'infini.

 

6.

« Contre un néant diffus (1)

Tapi dans l'océan (2)

Qui demande à venir. (3) »

(Guillevic, « Carnac »)

 

(1) J'aime bien « néant diffus » genre ah tiens, aujourd'hui, il y a une ambiance de « néant diffus », vous ne trouvez pas, mon cher chose ?

 

(2) J'aime bien « tapi dans l'océan » : voilà qui nous promet du Poséïdon, du trident, d'la bouche écumante, du jaillissant du fond des eaux.

 

« tapi dans l'océan » ça m'rappelle les sphères de la série Le Prisonnier qui longent la mer pis qui sifflent en s'gondolant pis l'rattrapent.

 

Puis un beau matin, ce qu'il y a qu'est « tapi dans l'océan » i jaillit, pis i vient vous déferler dans la tête pis vous voilà cinglé.

 

Ça me rappelle un roman populaire où à l'aube des on-ne-sait-d'où très barbares massacrèrent tout un village perdu là-haut là-bas le froid.

 

(3) – Toc toc

- Qui c'est ?

- C'est l'néant diffus.

- Qu'esse vous voulez ?

- Euh… eh bien rien, c'te question !

 

7.

« Il n'y avait

presque pas de mystère »

(Guillevic, « En cause »)

 

Évidemment, tout est dans le presque pas. C'est pour ça qu'on ne comprend jamais tout à fait.

 

Un bon auteur de roman policier a l'art de nous intéresser à des mystères dont nous savons bien qu'ils ne sont que fariboles.

 

Un bon poète a l'art de nous intéresser à des impressions dont nous savons qu'elles ne sont qu'effets de sens et habiletés rhétoriques.

 

Un bon politique a l'art de nous intéresser à des questions qui, à bien y songer, ne nous concernent parfois que de très loin.

 

Quant au bon professeur de philosophie, lui a l'art de nous intéresser à des problèmes que lui-même résout en général assez sottement.

 

8.

« Et de ce temps tenu

Au moment que tu parles. »

(Guillevic, « En cause »)

 

Ce n'est pas parce qu'on cause qu'on tient le temps, on fait juste qu'en gagner un peu sur le silence qui de toute façon le rattrape toujours.

 

Genre le temps on pourrait le tenir comme un chien qu'à mon avis faudrait une infiniment laisse tomber c'est mort.

 

L'humain passe son temps à essayer de définir ce qui lui échappe infiniment. Remarquez, ça lui donne un sens, et même une contenance.

 

9.

« Quelquefois tu mugis

Comme aucune d'entre elles. »

(Guillevic, « Carnac »)

 

En effet, il m'arrive de mugir, tout seul, dans ma cuisine. Puis après je me fais cuire une bavette.

 

J'aurais aimé citer du Guillevic avec le mot « air » au pluriel dedans : j'aurais écrit que la poésie a des fois un air entre deux airs.

 

Tant pis. J'ai faim. Je vais donc mugir un peu, puis me faire cuire une bavette.

 

10.

J'écris en vertu du droit imprescriptible de dire des sottises. C'est ma manière à moi de résister à l'esprit de sérieux du monde efficace.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 15 mai 2017.

14 mai 2017

COMME DE LA NOSTALGIE DE C'QU'ON N'A PAS VÉCU

COMME DE LA NOSTALGIE DE C'QU'ON N'A PAS VÉCU

 

1.

J'aimais bien les souples livres de Simenon des kiosques des gares qu'on voyait dessus des voies ferrées des ports des rues d'on ne sait.

 

Quan je prenais le train, j'aimai bien me plonger dans l'atmosphère des livres à Simenon; y avait come du clair dans les pages à grisaille.

 

Cé bizarre cette impression de poésie qu'elle fait la prose à Simenon que ça vous fait come de la nostalgie de vies qu'on n'a pas vécues.

 

Cé bizarre cete impression de clarté qu'elle fait la prose à Simenon, que pourtant y a come de l'étouffant mes cé come on dit il pleut.

 

Come on dit il pleut cé clair il pleut que silonveut on peut le répéter silonveut il pleut il pleut il pleut il pleut mes ça sert qu'à l'agace.

 

Il pleut. Mets ta capucheuh ! il pleut. Je vais chercher des œufs ! il pleut. Où est passé mon neveu ? Il pleut, il pleut toudis dans c'pays.

 

2.

« Je ne puis quitter ce ton : que d'échos !... »

(Jules Laforgue, « L'hiver qui vient »)

 

Sais pas pourquoi i ne puit « quitter ce ton » come si ce ton l'étot acroché genre thon à sa boîte lui dit que c'est à cause des « échos ».

 

Cé vrai qu'ça grouille d'échos partout toujours enfin je sais pas cé come on était traversé des échos d'autres mondes qon connaît pas.

 

Peutêt' pour la légende y a des invisibles qui se promènent dans le là-bas pis qu'i sèment des échos, jettent des échos à-tout-vent.

 

3.

« Salut, bois couronnés d'un reste de verdure ! »

(Lamartine, « L'automne »)

 

Le poète i comance par saluer les bois vous croyez pas il fau vraiman être poète pour fere ça mes il l'faisot pas en vrai l'étot pas fou.

 

On voit qu'il métaphore le poète que les bois cé des rois pasqu'ils sont « couronnés » puis imparfaits passque c'est juste d'un « reste ».

 

La métaphore chaipas d'où ça vient que peut-être leur fée marraine leur disoit « poète, mets ta phore » que la phore c'étot un abit spécial.

 

P'ttêt' la phore c'étot un abit spécial, dayeur yavot itou l'en-phore ça voulot dire qu'on avot mis sa phore & kiyavot quéque chose dedans.

 

Après faut s'imaginé les « bois couronnés d'un reste de verdure » que ça faisot genre bonshomes à vert tignasse pis qu'i perdoient leurs tifs.

 

Quan je dis faut s'imaginé ça fa drôle que je voi dans ma tête des arbres qui pardent leurs cheveux pis s'désolent d'l'autone qu'il vient.

 

Quand les arbres i s'désolent, ça en fa plein du plaintif souffle qu'on dirot qu'ils jouent d'l'orgue menu, mes on dit que cé le vent.

 

Des fois aux arbres qui s'désolent on artrouve un pendu que moi je dis encore un qui a pas supporté la vie d'son chien qu'il avot.

 

Après on sait pas quan j'étos petiot me disot qu'cétaient p'ttêt' les échos qui grouyent partout toujours qui les faisoient pindre les gins.

 

Après c'est le vent ça, on n'y peut rien, i passe & souffle le vent, qu'vous en avez de drôles dans la tête, pis des disparus.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 14 mai 2017.