BLOG LITTERAIRE

28 octobre 2014

D'UN PASSAGER DE PAPIER

D'UN PASSAGER DE PAPIER

1.
Un temps viendra de soleil plein la rue et d'ombres affamées dégringolant des arbres, se ruant sur les passants, les chiffonnant, les avalant, les gobant.

2.
Je suis un peu étonné que l'on laisse prendre des photos à l'intérieur du Louvre. On s'étonnera après que les Japonais en pondent un itou, de Louvre, avec une Mona Lisa aux yeux bridés.

3.
Faut-il croire à la démocratisation de la culture ? Bah, la culture des musées et la culture populaire ont chacune leurs qualités que le temps finit toujours pas dissiper.

4.
"Il pleut mon âme il pleut mais il pleut des yeux morts"
(Apollinaire, "Le ciel est étoilé)

5.
Il paraît que ça fait belle lurette que les Anglais ne font plus pleuvoir des chats et des chiens, ça ne m'étonne pas car ça fait longtemps que je n'ai pas assisté à une pluie de grenouilles ou d'escargots.

6.
J'aime bien "Label Pop", sur France Musique, présentée par Vincent Théval le lundi de 22 heures 30 à minuit; on y entend souvent de petits bijoux sonores.

7.
L'herbe tire ses traits; leurs taches passent les vaches qui paissent, peinardes et si familières qu'il ne manque jamais de peintre amateur pour les trahir.

8.
"Moi, je n'en peux plus... je ne pense plus, je ne sens plus, je suis au-dessous du végétal. Je me dégoûte."
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune" [Le carnet de Rouletabille])

Ouh là ! faut vous aérer, vous changer les idées, ne restez pas enfermé dans ce roman qui sent le mystère résolu; sortez d'ces pages et redevenez l'être vivant que vous n'avez jamais été.

9.
"Corto Maltese ne peut pas mourir ainsi... pas lui...
(Hugo Pratt, "Vaudou pour Monsieur le Président" [Steiner])

10.
Corto ! Ainsi appelai-je dans la lande perdue d'une voix qui n'existait pas
Corto ! Ainsi appelai-je et nul ne me répondit

11.
Maltese fis-je perdant patience Maltese où te caches-tu maudit fantôme de papier

12.
Il ne répondit pas le Maltese il resta bouche cousue lui tenant lieu de tout le mystère du monde

13.
Peut pas mourir le Maltese pas mourir sans que nous-mêmes nous passions notre dernière porte

14.
Si je devais écrire un poème sur Corto Maltese, je l'appellerais "Impossible élégie pour Corto Maltese".

15.
Mais il faut bien que jeunesse et Maltese passent avec les singes silencieusement ironiques de leurs trois points de suspension

16.
Maltese arpentant le passé comme si c'était chez lui, arpentant les ombres et les clartés d'un échiquier plus vaste que la somme de tous les échiquiers.

17.
"Qui vous a répondu ? Qui vous comprend ?"
(in Hugo Pratt, "La lagune des beaux songes")

18.
"Qui vous a répondu ? Qui vous comprend ?"
Ni le loup, ni le renard, ni la belette, ni le muet, ça va de soi.

19.
"Qui vous a répondu ? Qui vous comprend ?"
A mon avis, mon ombre; du reste, elle m'est très attachée.

20.
Comme le temps passe... Bientôt, on se souviendra de moi en soupirant que c'est vieux tout ça.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 28 octobre 2014.


SEE-SAW QU'ELLE ME RÉPONDIT

SEE-SAW QU'ELLE ME RÉPONDIT

1.
"Je vis cette faucheuse. Elle était dans son champ."
(Victor Hugo, "Mors")

2.
"Je vis cette faucheuse. Elle était dans son champ."
Je lui dis bonjour; elle me répondit "See-saw".
Du lointain nous vinrent des échos de fanfare.

3.
"Et le char vaporeux de la reine des ombres"
(Lamartine, "L'isolement")

4.
Et la pluie laissa ses miroirs dans la rue vide
"Et le char vaporeux de la reine des ombres"
S'avança tiré par les chevaux de la brume.

5.
"L'ascenseur portait un roi
lourd fragile autonome
il coupa son grand bras droit
l'envoya au pape à Rome"
(Tristan Tzara, "Chanson dada")

L'avanceur potait un doigt
gourd vragile au tonneau
il mouva son corps gras - pouah !
l'emboîta au rapàpeau
(Risquant Zara, "Sanchon adad")

6.
"Il arpentait le bureau en s'arrachant les cheveux"
(Patricia Wentworth traduit par Corine Derblum, "Le Marc maudit")

7.
Il arpentait le bureau en s'arrachant les cheveux, puis les oreilles, les yeux, les lèvres, les dents... Il alla jusqu'aux arêtes et s'en alla, ronronnant et repu.

8.
"Je lui ai demandé franchement pourquoi elle s'en allait"
(Patricia Wentworth traduit par Corine Derblum, "Le Marc maudit")

9.
Je lui ai demandé franchement pourquoi elle s'en allait. Mais mon âme, vous la connaissez, elle me répondit par des détours alambiqués, jésuites tout à fait.

10.
Y en a, on a beau leur répéter que c'est terminé, ils ont des mains, et des tables qui tournent, qui tournent, qui tournent pour vous y accrocher.

11.
Y en a, ils restent à vos côtés que n'importe où qu'vous allez, zêtes spectrés, fantômés, empêtrés de hante.

12.
Quand on a un fantôme pour garde du corps, il ne faut pas s'étonner qu'il vous suive comme une ombre.

13.
Elle s'arranchait les cheveux; c'est-à-dire qu'elle essayait de se coiffer cependant qu'ça dégringolait par paquet de mèches.

14.
Il faudra que j'écrive une pièce en vers justifiés que j'intitulerai "Justification du Sphinx". On n'y pigera qu'ombre.

15.
Qu'on le veuille ou non, nous sommes des disparaissants, des apprentis du vide.

16.
Des fois je me dis que si mon miroir pouvait parler, il ne manquerait pas de m'interroger sur le nombre exact de squelettes que j'ai flanqués dans mes placards.

17.
Une civilisation, le cercle d'un serpent se mordant la queue, une sorte de phénix qui se bâtit sur les cendres dans lesquelles il s'effondre.

18.
Une civilisation, l'anneau d'un serpent se mordant la queue au doigt de toutes nos éternités.

19.
L'humain, un produit transformé qui ne cesse de s'inventer des éternités.

20.
Certes, nous ne sommes pas raisonnables par nature, de la même manière que nous ne sommes pas moins fous que nos ancêtres.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 28 octobre 2014.

27 octobre 2014

POUR LES ZOREILLES

POUR LES ZOREILLES

1.
S'il y a quelqu'un qui me cherche, ça ne peut-être que moi.

2.
Ççççççççççççççççççççççççç
Ah tiens un collier d'oreilles !

3.
Çççççççççççççççççççççççççççççççççççççççççççç
Où sont-ce, vus de loin, les gros yeux globuleux des Residents ?

4.
Çççççççççççççççççççççççççççççççççççççç'est pas ça !
Vous êtes bêtes ! C'est un mille-pattes qui danse le cancan !

5.
Ççççççççççççççççççççççççççççççççççççça s'écoute
Ççççççççççççççççççççççççççççççççççççça s'écoute
Autobahahahahahahahahahahahahahahahahnhnhnhn
De Kraftwerk-werk-werk-werk et ççççççççççççççççça
N'a pas appris ssssssssssssssssssssssssssssssses
Leçççççççççççççççççççççççççççççççççççonçonçons

6.
Il n'y a jamais de quoi rire, c'est ça qu'est marrant.

7.
Si jamais givré fondu j'entends des voix, pourvu qu'elles chantent comme Patricia Petibon ou Ella Fitzgerald.

8.
"Ella, Ella es-tu là ?" demandèrent les jazzmen au oui-ja qui leur répondit par un de ces skats qui leur fit un effet boeuf.

9.
Forcément, nous sommes parmi tous ces gens; et tous ces gens sont parmi nous, forcément, fatalement, fichtrement, fichtrement, fichtrement, à l'infini...

10.
Je me mets régulièrement dehors; et je ne reviens dans mon corps que plein d'usage et de raison, jusqu'à la prochaine fois.

11.
J'suis plein d'seul; ça m'occupe, pendant que passent les cadavres.

12.
Si j'arrive à faire rire un croque-mort, pourquoi voulez-vous que je m'embête à faire rire un bon vivant ?

13.
J'écoute "Noise" du groupe Archive qu'on dirait du Lou Reed qu'aurait avalé un synthétiseur maniaco-dépressif.

14.
Je vous ai vue, mais vous ne m'avez pas vu, et j'ai pourtant de bons yeux.

15.
Quand la ville est envahie par la pluie, les parapluies font de la résistance pour préserver les jolies têtes, et les moins jolies aussi.

16.
C'est un monde ça ! Depuis que je suis dictateur, on m'a supprimé tout mon empire !

17.
J'aime tout de même bien les bidouilleries électro-acousmatiques de l'album "Lights" du groupe Archive.

18.
"Je parie que ce télégraphiste cambrioleur savait ça..." (John Dos Passos traduit par Maurice-Edgar Coindreau, "Manhattan-Transfer")

19.
Je me demande si les télégraphistes cambrioleurs de jadis donnaient vraiment du fil à retordre à la police.

20.
ÇçççççççççççççççççççÇççççççççççççççççççç
Oh ! Les zoreilles, j'en vois une qui dépasse là !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 octobre 2014

 

PEUPLÉ D'OMBRES INCOMPRÉHENSIBLES

PEUPLÉ D'OMBRES INCOMPRÉHENSIBLES

1.
La frappe glacée d'une cloche lente... De bizarres lamentations... Timbales tombales, c'est toujours "The Festival of Death" des Residents.

2.
Nous vivons prisonniers dans le ventre d'un chien
Tout le monde le sait mais personne ne dit rien"
(Philippe Katerine, "Les grands restaurants", album "8ème ciel")

3.
Dans une autre dimension, peut-être que Le Chat de Geluck dessine les aventures de L'Humain.

4.
Il y a des gens, on dirait des ombres; elles se glissent partout.

5.
Entendu à la radio, dans une adaptation d'un conte de Lovecraft évoquer des "ruines vertigineuses ouvertes sur la mer".

6.
Des ombres incompréhensibles passant dans des "ruines vertigineuses ouvertes sur la mer"... A mon avis, va y avoir de l'énigme à inquiétudes.

7.
Je ne pense pas que "Laisse-moi, je te prie" soit la prière muette du Christ à l'étant.

8.
Je ne pense pas qu'en nous faisant mortels, Dieu commémorerait un deuil.

9.
Pourrait-on retourner sur ses pas qu'on ne rencontrerait que désert peuplé d'ombres incompréhensibles.

10.
Mes brefs m'amusent, des flèches pour des plaies dans l'invisible.

11.
La dégringolade d'à peu près tout tend à prouver, me semble-t-il, que la démocratie n'aura été qu'une parenthèse enchantée dans l'histoire de ce pauvre monde.

12.
Le capitalisme est une gestion du crétinisme de masse. Le socialisme aussi, mais avec l'alibi de la culture.

13.
Si l'on met des clochettes au verbe dodeliner, des fois, ça vous fait de parfaites têtes de bouffon.

14.
La plupart des politiques courent après l'Histoire, comme le Coyote du dessin animé court après l'zoziau qui fait bip-bip.

15.
L'artisan fait de jolis miroirs que l'artiste brise en une infinité d'éclats coupants.

16.
Il paraît que, ces dernières années, on a beaucoup construit dans des zones qui depuis des lustres étaient considérées comme inondables; et l'on s'étonne après des morts et des disparus.

17.
Je pense que bien des sociologues sont en fait des comptables refoulés.

18.
Lorsque je lis à voix haute, il me semble parfois que j'entends cette voix qui n'est pas mienne, cette voix d'un autre temps, d'un temps essaimé dans tous les temps.

19.
C'est toujours au présent que l'on meurt.

20.
La ville organise la circulation des corps dans une géométrie que les tourments des âmes finissent par contaminer.

21.
Quand on trinque avec un ornithorynque, on ornithotrinque, ce qui peut s'accompagner de jambon.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 octobre 2014.

26 octobre 2014

TROIS MINIATURES IDIOTES

 

 

TROIS MINIATURES IDIOTES

(En dehors des indications qui figurent déjà dans chacune de ces trois pièces, m'est avis que ce serait marrant d'accompagner ces trois fantaisies d'une musique plus ou moins répétitive faite de percussions, de sons saugrenus plus ou moins déformés, de bruits de jungle pour la pièce 1 (façon frémissements et rythmes tropicaux plus ou moins décalés), de murmures et d'ici ou là éclats de voix et de sons de haches coupant pour la pièce 2, et enfin, pour la pièce 3, de gratouillis de guitare électrique et de frottis pianistique.)

1.
« Il est devant lui un tigre immobile. »
(Henri Michaux, « La nuit remue »)

« Il est devant lui un tigre immobile »
Moi je m'en vais dans une automobile
(Bruit de moteur et de tigre dans le moteur)
Il est devant lui un tigre immobile
J'ai envie de sardines à l'huile
(
Sonorité de guitare hawaïenne, voix au loin criant « Et ta soeur », ou « Thank you, Sir »
Comme on voudra
Et même peut-être
on entendra miauler un chat)
Mais pas de tigre, non
(Choeurs féminins qui font « Non non non / Non non non)
Pas de tigre, non
Car les moustaches, ça pique,
Pique pique pique pique pique
(Bande magnétique qui accélère accélère la répétition du mot « pique »).

2.
« Autrefois, j'avais trop le respect de la nature »
(Henri Michaux, « Intervention »)

« Autrefois, j'avais trop le respect de la nature. »
Quand j'allais y manger de la confiture
(En fond sonore un « Slurp miam »)
De mains
coupées
(Ronde enfantine chantant « coupe coupe et colle les drames)
Le pot je le donnais
Au Grand Compotier
(Choeur murmurant avec respect « Oh le Grand Compotier ! »)
Mais le Grand Compotier
(Choeur murmurant avec respect « Oh le Grand Compotier ! »)
Il a voulu me les couper
Alors depuis je mange ma confiture chez moi
Et personne dans ma famille n'a plus de doigts
Ni d'ailleurs de mains
Promis j'irai en ville leur en chercher demain.

3.
« Mais ce n'est pas nous qui entrerons. »
(Henri Michaux, « Nous autres »)

« Mais ce n'est pas nous qui entrerons»
Dans le potiron
(Son de tuba faisant « On-on »)
Non pas nous pas nous pas nous nous
Nous entrerons dans le hibou
(Sur fond de vent une voix pousse des Ou-ou)
Où nous irons
Voler toutes les haches de la nuit
Puis nous nous envolerons
Avec nos haches dans la nuit
Qui brilleront
Sous la lune
(Les choeurs doucement : « Ouh ! Ouh ! »)
Sous la lune
(Les choeurs plus doucement : « Ouh… Ouh...)
Sous la lune
(Silence)

Verte.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 octobre 2014.



LE LONG D'ARBRES DE PLUS EN PLUS LOINTAINS

LE LONG D'ARBRES DE PLUS EN PLUS LOINTAINS

1.
Dans "Ma vie", de Henri Michaux, y en a un, i s'artrouve comme qui dirait sans lui sa vie... C'est qu'ça file... C'est qu'ça file...

2.
En trois secondes... Nous voilà trait de plume... Clic de souris... Deleted.

3.
Quand on a ses forces, faut s'efforcer de les garder; ne les jeter toutes dans la bataille qu'en cas de fuite de son ombre.

4.
Chaque seconde, cette étincelle de passé qui file dans la nuit, le long d'arbres de plus en plus lointains.

5.
Quand le miroir se met à grouiller, y a pas - y a trop de spectres ici - faut sortir.

6.
J'ai la tête de cheval aux yeux révulsés qui me dure; faudrait que je me réveille, que je retrouve le jockey perdu.

7.
Elle s'a puzzlée dans la mirance et les fils des marionnettes qui s'cassent l'un après l'autre; elle a perdu son rôle dans la grande illusion.

8.
Quand le miroir se met à grouiller, y a pas - y a trop de vivants ici - faut sortir.

9.
Quand vous sortez, n'oubliez pas de ramener votre âme.

10.
J'ai mis mon bureau à bouillir; des corbeaux en ont jailli, le bec plein de paroles; on aurait dit que mon ombre s'était mise à causer.

11.
La solitude distrait des autres, et puis c'est mieux pour s'engueuler et se tenir tête.

12.
De loin très loin, l'espèce humaine, une colonie de bouches tellement voraces qu'ayant tout goulaffé, elle finira par disparaître.

13.
Vous avouerez quand même, seigneur, que c'est drôle d'avoir pensé à ces bipèdes pour y ranger votre collection d'âmes...

14.
J'aime bien ce "Je suis impossible mais je suis" que j'ai trouvé dans un livre d'André Glucksmann.

15.
"Je suis impossible mais je suis" dit dans le rêve son résident.

16.
Nous chérissons le possible et regrettons le réel. Aussi la modernité nous accorde des compensations qui ne font qu'aiguiser nos appétits.

17.
L'autre, temps passé, contretemps, bon temps, temps perdu, ou gagné; l'autre, temps filant son espace, tigre dans un tapis.

18.
Quand on laisse vagabonder sa fantaisie, il ne faut pas s'étonner qu'elle finisse par se promener toute nue.

19.
"Le siècle suivant [le nôtre donc] sera celui des pédagogues; Staline les nomme "ingénieurs de l'âme"; il est mort, eux non."
(André Glucksmann, "Les Maîtres penseurs", "Pourquoi je suis si savant")

20.
Avez-vous déjà trinqué avec un ornithorynque autour d'un buffet jambon, salade de pommes de terre ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 octobre 2014.

25 octobre 2014

FAITES DONC ATTENTION AVEC VOTRE ÉTRANGETÉ

FAITES DONC ATTENTION AVEC VOTRE ÉTRANGETÉ

1.
Une cloche dans la brume... d'étranges lamentations... d'la timbale tom-tom... C'est l'étonnant "Festival of Death" des Residents.

2.
Q.i s'agite ainsi dans la br.me ? Q.i se s'rem.e so.s la l.ne ? C'est le grand huluberlu qui mange les "u".

3.
Faites donc attention avec votre étrangeté ! Ça se voit, vous savez; ça se sait aussi...

4.
Tous les jours, la peinture lui mangeait quelque chose. Il lui fallait donc finir ce tableau tant qu'il avait encore des mains.

5.
L'Oeil de l'Etat a mille yeux, mille oreilles, mille raisons; et vous, vous n'avez qu'une seule ombre.

6.
Jadis, la lune était chevelue; mais à force de se gratter la tête...

7.
A la foire aux fous, je ne me suis pas acheté ! Je ne suis pas si fou tout de même !

8.
Des fois, la musique, elle a l'air de vouloir imiter le désert, ou les bigoudis de ma tante, ou quand Jules était au violon.

9.
A la sortie de la gare, je me rendis compte que je m'étais trompé de masque. Du reste, j'avais perdu la tête, et mes jambes s'étaient prises à un autre cou que moi-même.

10.
C'est un squelette très désordonné. Un jour, c'est le tibia; un autre, ce sont les clavicules, quand ce ne sont pas les rotules ou les mandibules; non, vraiment, ce squelette est trop dispersé.

11.
Quand il se réveilla, il s'aperçut qu'il avait disparu.

12.
Des fois, elle avait l'impression de vivre avec un désert, et plein d'cactus en plus !

13.
La dernière fois que j'ai entendu hululer un saxophone lunaire, je me souviens, il était perché dans un jazzier, solitaire et me fixant avec ses yeux ronds d'instrument de proie.

14.
Moi aussi j'ai un fauteuil hanté. D'ailleurs, à l'heure où blanchit la machine, il miaule.

15.
Des fois, les lutins s'emparent d'un piano et le rock n' rollent tant et plus, et plus et tant; c'est qu'ils espèrent faire apparaître Jerry Lee Lewis en personne !

16.
J'ai beau la regarder avec intensité, je n'arrive pas à faire jaillir de cette harpe la fée aux doigts de fée qui autrefois me fit tant d'effet.

17.
Quand on me parle des Canaux de Mars, je me demande toujours quel sacré nom de sagouin de géant a pu en engloutir toute la flotte.

18.
Nous sommes relativement au temps que nous passons; et c'est pas facile à expliquer; ça prendrait des plombes, alors zut !

19.
Quand j'ai tué un autre jour, j'ai à peine le temps de le fourrer dans mon sac à jours, que déjà un autre se pointe, affairé et plein de choses...

20.
Djamb-toc !... Djamb-toc !... Djamb-toc !... Qui c'est-y ? - C'est le pirate à patte de jambon !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 octobre 2014

BIZARRE A BIEN DES

BIZARRE A BIEN DES

1.
Ecrire, c'est mettre en musique une tournure d'esprit qui pourrait passer pour bizarre à bien des.

2.
J'écoute Skip Sempé jouer du clavecin; on dirait bien que l'instrument réveille des voix humaines, des choeurs au fond des notes.

3.
"Le poëte impuissant qui maudit son génie"
(Mallarmé, "L'Azur")

4.
Maudire son génie est sans doute le moins que l'on puisse faire, lui qui oblige à l'orgueil de l'extraordinaire.

5.
"Sous couleur d'éduquer les sujets et de faire de chacun un homme d'Etat, on installe dans chaque tête l'oeil de l'Etat."
(André Glucksmann, "Les Maîtres penseurs", "Pourquoi je suis si savant")

6.
L'effort de bien des pédagogistes aura conduit à produire en série de l'apprenti dictateur frustré, du petit Bonaparte sans emploi; je me demande si la République survivra à tant de sottise.

7.
Souvent, une république n'est sûre de son bon droit que parce qu'elle est sûre de ses canons.

8.
Fort heureusement, la plupart des citoyens préfèrent le foot, les congés, l'automobile et la sacro-sainte convivialité aux foudres de la politique.

9.
Personnellement, je me sens français par la langue et tant que les autres Français me fichent la paix : que l'on m'impose l'anglais, ou le chinois, et qu'un autre Français veuille, le plus démocratiquement du monde, m'imposer quelque chose qui m'empêcherait de vivre comme je l'entends, et je renvoie la France au théâtre de ses illusions historico-lyriques.

10.
L'égalitarisme déteste la singularité. Il l'asticote, la questionne, la sociologise, la rationalise et prétend la récupérer au titre de ses innovations pédagogiques. Mais surtout l'égalitarisme s'étonne que la singularité - cette rustre - finisse par lui cracher dessus.

11.
"Je suis impossible mais je suis."
(in André Glucksmann, "Les Maîtres penseurs", "L'impossible Monsieur Socrate")

12.
A la fin seulement moi. Ce qui vaut pour nous tous qui feignons de croire qu'après nous, ce monde aura encore du sens.

13.
Entendu dire que nous étions, nous tous du réel, rien d'autre que de l'hologramme. Fichtre ! Et d'où qu'il est donc, le holographiste ?

14.
Le politique moderne a besoin du bouffon, du guignol, de l'imitateur accrédité par l'audio-visuel, afin de se rappeler au bon souvenir de la conscience certes moqueuse, mais électrice. A rebours, il se méfie du non-sens, du comique de l'absurde, du pur jeu d'esprit qui ne fait pas plus de cas de la politique que la foudre du calvaire.

15.
Elle était légère et moqueuse comme la cerise se moque du moka.

16.
La modernité tend à remplacer la maîtrise réelle par la maîtrise administrative: on sait quelque chose puisque le diplôme l'affirme.

17.
Oh un lac ! Allons nous recueillir sur la tombe de Marraine La Lune !

18.
Que faire avec un crime, un rayon d'la mort, un savant fou et une nation d'ombres ? Ah flûte, ce serait trop long à écrire !

19.
La technocratie est d'autant plus pétrie d'esprit de sérieux qu'elle est basée sur une hiérarchie des valeurs dans laquelle l'humour et l'insolence ne sont jamais que des motifs d'exclusion.

20.
Minuit, l'heure du crime ! Mangeons du jambon !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 octobre 2014

INSOLENCES DE BON MATIN

INSOLENCES DE BON MATIN

1.
Dieu, un avoir été qui ne cesse de manifester sa présence.

2.
Il est faux de dire que Dieu est indivisible; il est au contraire divisible en une infinité de petits dieux portatifs et contradictoires.

3.
Je me demande si la mélancolie de Dieu a forme humaine.

4.
L'ironie est antidogmatique par définition; aussi est-elle ce boomerang qui frappe aussi bien l'insolent que sa victime.

5.
Le crucifix est le symbole le plus violent - avec la tête de mort des uniformes prussiens - que l'humain ait rendu universel.

6.
Cher rédacteur du Figaro, dois-je vous rappeler qu'une femme qui a choisi de rester voilée sur une plage ne saurait être comparée à Brigitte Bardot ?

7.
La politique est une discipline militaire: elle a pour but de préparer le terrain, de maîtriser les circonstances, d'affiner la stratégie des batailles à mener.

8.
La liberté est un songe de liberté plus grande encore.

9.
L'Etat, si on le laisse faire, tend à toujours plus de contrôle. Aussi l'exercice de la démocratie exige-t-il qu'on ne le laisse pas toujours faire.

10.
Si les frondeurs de l'actuel Parti Socialiste (appellation désormais provisoire nous fait-on savoir) quittent le PS pour fonder leur propre gauche, keskiva keskiva s'passer ?

11.
Je vois les recueils de Cioran comme des collections de petites flèches enflammées saisies en plein vol.

12.
C'est le manque d'argent qui oblige au travail. Le Prince ne doit surtout pas assurer l'aisance de tous mais aménager les difficultés de manière à assurer son rôle de Protecteur et de garant de la morale publique.

13.
Il est, dit-on, des filles aussi publiques que la morale.

14.
Que les ménages modestes soient exemptés d'impôt relève de l'éthique. Au diable l'égalitarisme qui vise à aller prendre dans les poches de tous ce qui revient toujours aux mêmes.

15.
Le marché mondial domine tout, soutenu qu'il est par la mondialisation des trafics.

16.
Bien voter, c'est voter pour celui que l'on peut tromper plus facilement qu'il peut nous tromper.

17.
Le chemin répondit : "Jésus, c'est moi".

18.
Dieu échappe à son prédicat. Sinon, à quoi bon être ?

19.
Dieu est tout entier dans le mot Dieu. C'est ainsi que le Verbe est tout puissant et ma cousine rousse.

20.
Sur twitter, en ce moment, ça twitte comme des fous autour du mot "jambon": ça doit être du lobbying.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 octobre

 

24 octobre 2014

JE SUIS LEGION QU'ELLE ME DIT

JE SUIS LEGION QU'ELLE ME DIT

1.
Les lumières brillent; pas toujours nos pommes, même allumées, mêmes rendues citrouilles aux yeux pleins d'flamme à Halloween.

2.
Des fois y en a i poétisent à s'en enflammer l'nombril.

3.
L'amour n'est pas un poulet qui court, et donc pas un coq au vin.

4.
Dans Apollinaire, y a quelqu'un qui parle à un "portrait qui pâlit", lequel ne lui répond pas, car les portraits ne répondent que s'ils sont vivants, et encore, pas toujours.

5.
J'écoute "The Festival of Death" du groupe The Residents, l'absence d'emphase de cette musique, le grotesque macabre de ce carnaval, la façon funèbre farce, je la préfère aux emphases tonitruantes de bien des groupes de rock progressif bien plus connus.

6.
Dans le genre farce funèbre, il y eut "Suspiria", de Dario Argento - ô soupirs glacés du sang !

7.
"Or nous savons qu'en nous beaucoup d'hommes respirent"
(Apollinaire, "Sanglots")

8.
Celui qui pense qu'en lui "beaucoup d'hommes respirent" devrait consulter soit un pneumologue, soit un exorciste.

9.
"Je suis légion", me dit-elle; j'en conclus qu'elle devait être étrangère.

10.
Les oiseaux chantent; seuls les humains se mettent à table.

11.
"Et toi mon adorée mon unique adorée"
(Apollinaire, "Mon Lou ma chérie")

12.
Les gens des fois i te disent "mon unique adorée", en plus des autres, de toutes et infiniment autres, qu'ils ne connaissent pas, ou si peu.

13.
Aux Enfers, le combustible, au départ, c'est quoi ? Le magma des entrailles ou l'âme des pauvres humains ?

14.
L'humain n'est pas plus une allumette que le Diable n'est un briquet.

15.
Le singe mange des bananes; l'humain aussi, même que, des fois, il en profite pour saloper une préface.

16.
Les arbres ne s'étonnent de rien. Et ce n'est qu'en saison que les feuilles leur en tombent. Contrairement aux humains qui sont pleins de bras perdus.

17.
On ne rachète son passé qu'en payant de sa personne.

18.
Tes lettres, je ne les ai pas lues. D'ailleurs, je ne les ai pas reçues. Et puis, tu ne les as pas envoyées car tu ne les as pas écrites. Du reste, on s'en fiche, parce que je ne t'ai pas répondu.

19.
Joyeux, on a d'l'artifice plein la théière à féeries, et l'palpitant si léger qu'on dirait qu'il nous fait flotter, nous aéroplane.

20.
Ne tournez pas le dos à la Mère Nature, si vous ne voulez pas vous retrouver avec un éclair planté dans l'dos.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 octobre 2014.



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