BLOG LITTERAIRE

18 mai 2012

AU FOND DU JARDIN MES PENSEES

AU FOND DU JARDIN MES PENSEES

"Les masques sont silencieux
Et la musique est si lointaine"
(Apollinaire, Marie)

Les visages ne sont pas visages mais
Masques et les masques les beaux masques
Sont comme des chats tout
Silencieux un orchestre d'ombres je me dis
Et j'écoute un vieux blues me
La raconter sa route poudreuse dans ma tête la
Musique c'est pas qu'ça me hante tant que ça elle
Est tout de même là parfois dans ma cervelle
Si familière comme une envie de boire
Lointaine dansante silhouette dans le jadis

"Qui donc reconnais-tu sur ces vieilles photographies
Te souviens-tu du jour où une abeille tomba dans le feu"
(Apollinaire, Le Voyageur)

Qui c'est ça qui c'est
Donc ma pomme je les
Reconnais ces personnes de dans le temps
Tu parles d'une surprise
Sur le papier glacé des visages lisses
Ces corps perdus qui furent tes camarades
Vieilles peaux maintenant comme moi froissé
Photographies comme vous mentez bien que tu
Te dis qu'on dirait la vérité tu t'en
Souviens comme elle était jolie celle-là
Du cours d'Histoire-Géo tu t'en souviens aussi chaque
Jour tu n'apprenais pas tes leçons
Où que tu ailles faut toujours qu'tu bricoles
Une collection de sottises mon p'tit père ta vie
Abeille celle-là avec son pull jaune et son pantalon noir
Tomba sûr piqué pincé celui-là qui vraiment la regarda
Dans ses yeux tu ne la vois plus briller l'insolente
Le sourire est là cependant sur ce masque de temps que le
Feu n'a pas encore sillonné grignoté racorni dévoré.

"On voit venir au fond du jardin mes pensées"
(Apollinaire, Palais)

On sait bien déjà on
Voit sur ma tête de revenu trop tard
Venir quelle amertume quelle sottise
Au temps en emporte les filles et le vin le
Fond de ma caboche c'est du quoi à c'heure
Du n'importe quoi qui cherche sa rime le
Jardin je m'en suis pas occupé
Mes mauvaises herbes ont trop poussé comme
Pensées qui vont jaunir au soleil et faire foin.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 mai 2012

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L'OGRE DU RIEN

L'OGRE DU RIEN

1.
"Il m'est arrivé d'avancer que je ne pourrais admirer qu'un homme déshonoré et heureux."
(Cioran, Ecartélement, Gallimard, 1979, p.93)
Du crachat là-dedans. Du vous qui êtes si honorés, je ne vous admire pas. Dépit ? Jalousie ? Lucidité ? Egotisme ? Sans doute tout ça mêlé. Et puis l'affirmation du moi, ce moi en dehors des cercles, des réseaux, ce moi sans autre écho que soi-même.

2.
L'Eternel Retour ? - de la rechute, et même de la rechute en rechute, caillou qui tombe dans un puits sans fond.

3.
"Une patrie, c'est de la glu."
(Cioran, ibid)
A mon avis, il a écrit "glu" pour éviter le trop évident "boue". C'est que sur les grands boulevards, la boue... Il y aussi ce sot attachement aux visages d'ici. Remarquez qu'il n'y a aucune raison pour que les visages d'ailleurs soient mieux.

4.
"A la devanture, au tout premier plan, un squelette. J'ai craché de dégoût."
(Cioran, ibid.)
On ne devrait pas cracher de dégoût à la vue d'un squelette. Après tout, c'est la part la plus objective de ce que nous sommes.

5.
Extermination. Le mot est trop fort pour être totalement sincère. Bête crachat. Odieux même. Il faudrait trouver un autre mot pour désigner le dégoût que peut inspirer la foule. Impôts serait mieux. C'est ainsi que les technocrates manifestent leur mépris des gens qui travaillent et leur peur de ceux qui ne travaillent pas.

6.
"... pour penser à vos pensées"
(Cioran, op. cit. p.94)
Agir de telle sorte que quelqu'un en vienne à penser à vos pensées est une indélicatesse dont on a bien du mal à se passer. Il le faut pourtant, sous peine d'être bientôt indésirable.

7.
"...l'ivresse de blesser"
(Cioran, ibid.)
C'est que trop souvent des sibylles saoules parlent par notre bouche.

8.
"Pour rester en deçà de l'affolement..."
(Cioran, ibid.)
Ce sont les institutions qui ont pour but de sublimer l'affolement individuel en nécessité administrative. Ainsi, la nécessité que chacun ait un diplôme correspond au besoin d'avoir quelque chose à défendre, de pouvoir être éligible à une aide, une prestation, un stage, une offre de formation complémentaire...). Ce n'est donc plus la qualité des promotions qui est l'objectif de l'éducation nationale mais la quantité de diplômes délivrés.

9.
Un milieu est un espace relationnel où, comme le dit Cioran à propos des "civilisations rurales", on peut s'aimer et se détester en paix. Sauf justement dans ce que l'on appelle "le milieu" où l'on n'hésite pas à limiter la population des malfaisants par l'autorégulation criminelle.

10.
"... vous n'êtes que cela, c'est-à-dire rien."
(Cioran, op. cit., p.95)
Contemplons nous dans un miroir : on n'est que cela. Oui, que cela, mais c'est justement ce cela qui importe, cela dont il faut consentir à ce qu'il puisse exister ou pas. Nous ne sommes rien, c'est entendu, mais cela est, et il faut bien en faire quelque chose : nourrir le rien de substance puisqu'en plus, le rien est un ogre existentiel.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 mai 2012

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SIMPLEMENT SOUFFRIR

SIMPLEMENT SOUFFRIR

"Ici pas de conscience infinie du moi, de ce qu'est le désespoir, ni de la nature désespérée de l'état où l'on se trouve ; ici, désespérer, c'est simplement souffrir..." (Kiekegaard, Traité du désespoir, traduit par Knud Ferlov et Jean-Jacques Gateau, folio essais n°94, p.122).

1.
Où l'on voit que désespérer peut être "simplement souffrir", souffrance sans "conscience infinie du moi", souffrance circonstancielle, accidentelle, souffrance brute, quasi animale (si l'on considère que les animaux sont capables d'actes suicidaires). Dès lors, peut-on exister sans souffrir ?Autrement dit, si la souffrance n'est pas nécessaire à l'être, l'est-elle à l'existant ?

2.
C'est là la grande ruse des "bonnes âmes" que de psychologiser l'être, d'affirmer, en dépit de la logique, que "tout est souffrance ici-bas", que "tout est plein d'âme". Sophisme. Confusion entre l'être et l'âme. Tautologie. Aporie. Où vais-je avec tous ces cailloux pleins d'âme, avec ces ongles de pied pleins d'âme, avec ces crottes de bique pleines d'âme ? Nulle part ailleurs que dans le contemplatif, la zen niaiserie, l'idiotie universelle.

3.
Par définition, ce dont je parle est bourré d'être à en faire bégayer plus d'un phénoménologue (c'est ainsi qu'il pourra composer un traité sur l'être bégayant de la perception et qu'il fera à n'en plus finir le virtuose sur son clavier à concepts). Si vous y rajoutez une couche d'âme, que ça en dégouline par les trous de la tartine, vous faites du monde un objet téléologique, vous dotez ce monde d'une intentionalité dont l'être n'a que faire.

4.
A-t-on jamais vu le fantôme d'un caillou ?

5.
L'existence est l'intention de l'être conscient. C'est ainsi qu'il persiste (en assurant les conditions de son existence) et signe (en se reproduisant).

6.
A travers les jours, les échos des drames. Exister, c'est être potentiellement pitoyable. Quelle horreur et à qui le tour ?

7.
C'est ce possible de la circonstance fatale, de l'enchaînement catastrophique qui fonde le désespoir. Comment échapper à la mâchoire qui coupe celui-ci en deux, affole celui-là, jette par la fenêtre ce troisième, paralyse irrémédiablement ce quatrième ? Historiquement, la solution est sonnante et trébuchante. C'est la richesse qui permet de tenir certaines circonstances à distance, mais pas toutes (on n'est jamais assez riche pour).
Cependant, le désespoir persiste à grignoter l'être comme l'insecte la feuille, puisque je peux disparaître à tout moment, et que je ne peux exister sans que l'autre l'approuve, cette existence.

8.
Une société : une sélection de critères qui déterminent la qualité des existences. Par prudence, les existences les mieux considérées sont celles qui tendent à éloigner l'être du besoin. C'est ainsi qu'il faut être fort. Sinon, on n'est jamais qu'une certaine qualité d'être, ce qui peut être très bien vu en société - quel talent ! - (et encore pas toujours : certes, il a du talent, mais quel fichu caractère !) -, mais, franchement, de ce talent, dans la succession des soucis domestiques et des catastrophes toujours possibles, de ce caractère, tout le monde, avec raison, s'en fiche.

9.
On a d'ailleurs raison de préférer un fonctionnaire médiocre à un être de talent désargenté. Le fonctionnaire, tout médiocre qu'il est, assurera toujours le quotidien. L'être de talent désargenté (encore que certains vous diront que s'il a réellement du talent, il ne peut être désargenté), n'est qu'une porte ouverte aux possibles, aux ennuis, aux huissiers, aux maladies. Evitons - évitez ! - cet imbécile qui se mêle d'avoir du talent sans en avoir les moyens. Et je dis cela sans ironie ; je déteste les saltimbanques et méprise les marginaux. L'ai-je assez dit que j'étais de droite ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 mai 2012

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17 mai 2012

EN CHEVAUCHANT LA COQUECIGRUE

EN CHEVAUCHANT LA COQUECIGRUE

1.
"Fagoté plaisamment comme un vrai Simonnet,
Pied chaussé, l'autre nu, main au nez, l'autre en poche,
J'arpente un vieux grenier, portant sur ma caboche
Un coffin de Hollande en guise de bonnet."
(Saint-Amant, Raillerie à part)

2.
Voilà l'homme... bien plaisant... c'est qu'il est plaisamment... fagoté façon singe... fichu comme l'as de pique qu'on dit aussi pour dire n'importe comment... c'est curieux d'ailleurs on s'attendrait plutôt à sombrement vêtu que ça voudrait dire mais moi j'ai toujours entendu ah la la ! Patrice, te voilà encore fichu comme l'as de pique genre chemise pas dans le pantalon, la moitié du col dessus et l'autre dedans, la veste virant à gauche (ou à droite selon le sens de la pluie), enfin voilà...

3.
Distrait à n'avoir qu'un chausson au pied, se mouchant sans cesse, prenant des poses pour lui-même, arpentant le grenier de sa mémoire, et n'importe quoi sur et dans la caboche (cheveux en bataille et aperçus vertigineux).

4.
J'aime bien le rythme ternaire : ça vous sonne plus ample que l'étriqué binaire ; ça me fait toujours penser à Led Zeppelin dans une verson live de No Quarter (sur l'album The Song Remains The Same) : "Fagoté / plaisamment / comme un vrai / Simonnet, Pied chaussé / l'autre nu / main au nez / l'autre en poche". Et puis les échos à l'intérieur - taquins lutins qui se répondent (en tout cas, ici, ailleurs, ça peut être plus mystérieux, voire inquiétant) : "Fagoté / pied chaussé / Simonnet / main au nez" ; le "o" de fagoté-Simonnet-chaussé-poche puis de portant-caboche-coffin-Hollande-bonnet ; le "ch" chaussé-poche-caboche. En v'là du musiquant, de la petite musique pour la chambre à cheveux...

5.
"Là, faisant quelquefois le saut du sansonnet,
Et dandinant du cul comme un sonneur de cloche,
Je m'égueule de rire, écrivant d'une broche,
En mots de patelin, ce grotesque sonnet."
(Saint-Amant, Raillerie à part)

6.
Il y a du seul je songe dans ce sonnet de Saint-Amant, du qu'on pourrait prendre pour du je m'amuse bien tout seul à m'égueuler de rire de ce que j'écris. Du ah bin tiens, me v'là qu'je sens comme une vague tristesse monter. C'est casse-pieds. Pourquoi qu'j'suis pas joyeux ? C'est que ça m'ennuie de faire ce que je devrais faire pendant ce temps-là qu'les autres font ce qu'il faut faire puis se retrouvent entre eux et s'amusent pour se distraire d'en avoir tant si bien fait. Na, v'là du bon tabac, mais ce n'est pas pour mon vilain nez. Du coup, je danse tout seul, je me dandine tout seul comme un sonneur de cloche, j'écris comme je le sens, et tant pis si ça vire grotesque, au moins personne ne me voit.

7.
Je me demande si à force de se dandiner comme un sonneur de cloche on finit par se les faire sonner les cloches par celui-là là-haut pour qui on les sonne, les cloches et qui, sans doute, a dans l'idée qu'il y a mieux à faire, quand on a l'heur d'être l'une de ses créatures que de dandiner du cul comme un sonneur de cloche en scribouillant de grotesques sonnets.

8.
"Mes esprits à cheval sur des coquecigrues,
Ainsi que papillons s'envolent dans les nues,
Y cherchant quelque fin qu'on ne puisse trouver." (Saint-Amant, Raillerie à part)

9. Le premier tercet évoque les "esprits à cheval" du narrateur. J'imagine assez des cavaliers de fumée aux visages changeants se ruant hors de la boîte cranienne du narrateur.

10.
Question :
Pourquoi le narrateur emploie-t-il l'expression "mes esprits" et non pas "mon esprit" qui serait plus attendu ?
Réponse :
Le narrateur blablabla parce qu'il a plus d'une idée en tête, et qu'elles sont très variées, ses idées, et donc autant de points de vue différents comme s'ils étaient le fait d'esprits différents (cf l'expression "retrouver ses esprits", cependant que l'on peut "perdre l'esprit").

11.
Les coquecigrues sont d'imaginaires zoziaux (bricolés peut-être du coq, de la cigogne, et de la grue et qui seraient friands de cigüe), des zoziaux fantasques qui deviennent vite invisibles vu qu'ils n'existent pas, ces trucmuches carambolés, qu'on les compare à des "papillons", voilà qui leur confère une élégante et joyeuse légéreté, en même temps qu'c'est bien éphémère, un papillon.

12.
"Y cherchant quelque fin qu'on ne puisse trouver", à condition de laisser ses esprits chevaucher des coquecigrues et s'envoler dans les nues où d'ailleurs on les perd de vue.

13.
Le serpent de fumée bouffe le serpent de fumée aussi bien que le temps mange le temps.

14. "Nargue : c'est trop rêver, c'est trop ronger ses ongles ;
Si quelqu'un sait la rime,il peut bien l'achever.
......................................................................................................."
(Saint-Amant, Raillerie à part)

15.
Chasser la rime n'est pas si aisé, et puis le seul finit par se ronger les ongles, les sangs, et ses rêves, il finit par ne plus les voir en peinture. Je l'ai déjà dit qu'un livre n'est pas un corps. Il y a de quoi narguer : on s'amuse de ce que l'on écrit, oui, mais on est seul à s'amuser. On n'a pas ce plaisir de voir l'autre s'amuser avec soi. Ceci dit, pour cela, il faut aimer, et aimer n'est-ce pas finit souvent en serpent de fumée.

16.
Que le second vers du second tercet finisse par l'infinitif "achever" suivi d'une ligne de points est assez amusant et nous incite à songer un dernier vers. J'ai l'esprit assez lourd aujourd'hui ; je n'en trouve point qui rimât avec le mot ongles. Surtout qu'il est au pluriel. Il y a bien le présent 2 du verbe jongler (jongles). Zavez qu'à essayer, vous autres, si vous voulez.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 mai 2012

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D'UN AUTRE MONDE II

D'UN AUTRE MONDE II

1.
"Mais leur visage et leurs attitudes
Devinrent bientôt moins funèbres
Le ciel et la terre perdirent
Leur aspect fantasmagorique"
(Apollinaire, Alcools, La maison des morts)

2.
Un ange en diamant a libéré les mannequins grimaçants de leur prison de verre. C'est que le réel, c'est de la transformation. Et puis, on s'habitue à tout. Aussi, au bout d'un moment, bientôt, la fantasmagorie se fait plus familière, moins funèbre.

3.
Que le réel soit essentiellement composé de transformations, et que notre esprit soit sans cesse mouvant, sphère qui s'allonge, pour s'arrondir soudain puis de nouveau s'aplatir, - ô caoutchouc de la conscience ! - est à l'origine des perturbations que l'on appelle "troubles". La conscience et le monde sont deux géométries qui s'affrontent.

4.
"Les morts se réjouissaient
De voir leurs corps trépassés entre eux et la lumière
Ils riaient de leur ombre et l'observaient
Comme si véritablement
C'eût été leur vie passée"
(Apollinaire, La maison des morts)

5.
Belle définition de l'ombre : un corps trépassé entre soi et la lumière. Nous passons notre existence en compagnie de l'apparence que nous aurons une fois que la viande nous aura lâché.

6.
Les ressuscités passent la promesse des ombres. De quoi provoquer de l'euphorie. Et si l'infinie combinaison de tout nous amenait nous aussi à revenir ? Conception naïve de l'éternel retour. "On ne meurt qu'une fois."

7.
Avoir un passé tissé d'ombres et s'en sortir enfin, quel soulagement. Les revenants d'Apollinaire n'ont pas l'air d'en revenir, du miracle, ils riaient de leur ombre et l'observaient comme si pour eux, l'autre vie, c'était celle de chair et de sang.

8.
Deux manières d'être au monde : une de chair et de sang puis une d'os.

9.
On finit toujours par condescendre, c'est-à-dire par descendre avec.

10.
"Alors je les dénombrai
Ils étaient quarante-neuf hommes
Femmes et enfants
Qui embellissaient à vue d'oeil
Et me regardaient maintenant
Avec tant de cordialité
Tant de tendresse même
Que les prenant en amitié
Tout à coup je les invitai à une promenade
Loin des arcades de leur maison"
(Apollinaire, La maison des morts)

11.
Exister, c'est faire des erreurs que l'on ne pourra jamais effacer. Entretenir des relations avec les gens, c'est fatalement commettre des erreurs. Exister, c'est bricoler dans le relationnel.

12.
Vu récemment un documentaire, de ton assez hagiographique, sur une héroïne de la Seconde Guerre Mondiale, l'espionne Christine (Krystyna Skarbek / "Christine Granville"). Sans peur et sans reproche, cette personne. D'après le documentaire, sans jamais faillir, sans jamais se faire prendre, celle qui était, toujours d'après le documentaire, l'espionne préférée de Churchill, a sauvé la vie à des milliers de personnes avec un sang-froid, un courage et une audace hors du commun. Une vie qui ressemble à une oeuvre d'art. Bien loin du bricolage affectif dans lequel beaucoup d'entre nous n'est-ce-pas. Et puis, on se dit, doit y avoir du story-telling là-dedans, de la légende dorée, du un peu trop beau pour être vrai. Ceci dit, des héros ordinaires, cela existe, oui, comme il y a des salauds ordinaires, et des idiots ordinaires, et des maladroits ordinaires (je me range dans cette dernière catégorie ; en matière de relations humaines, je suis un éléphant qui danse sur une poutre au-dessus d'un cirque d'écuyères en cristal ; d'ailleurs, quand je suis de mauvaise trompe, je dis facilement, ça ne me fait barrir).

12.
Le récit de l'existence héroïque de Christine Granville m'a fait penser au destin de Lawrence d'Arabie. Des exploits extraordinaires, puis un retour manqué à la vie civile : une certaine solitude, une certaine instabilité même, jusqu'à ce qu'elle soit assassinée, à l'âge de 37 ans (37 ou 44 ?), par, d'après le documentaire, un amoureux jaloux.

13.
On aime jamais que ce qui est aimable. Aussi, puisque les revenants "embellissaient à vue d'oeil" et le "regardaient", le narrateur, "Avec tant de cordialité / Tant de tendresse même", les voilà invités, les morts reconnaissants, "à une promenade / Loin des arcades de leur maison". C'est le contraire des zombies et de La nuit des morts-vivants (très mauvais film de Romero que les snobs et quelques professeurs de philosophie plus ignorants qu'ils se l'avoueront jamais ont érigé en film culte). On dirait bien que les mannequins sont sortis des inquiétudes des toiles de Georgio de Chirico pour aller prendre du bon temps ailleurs (c'est le mot "arcades" qui m'a déclenché cette pensée).

13.
"Et tous bras dessus bras dessous
Fredonnant des airs militaires
Oui tous vos péchés sont absous
Nous quittâmes le cimetière"
(Apollinaire, La maison des morts)

14.
Il y a du bout-rimé dans ce quatrain, du quatrain de quadrille de vaudeville, une manière de se moquer gentiment des traditions (les airs militaires que l'on fredonne parce qu'ils sont entraînants ; l'absolution des péchés qui fait songer aux derniers sacrements / extrême onction), une façon de blaguer la mort qui fait plaisir, nous qui nous contemplons encore vivants.

15.
Il m'arrive de regarder mes collègues et de me dire qu'ils vont finir allongés et froids, pourrissants déjà en secret, pleurés, regrettés, enterrés. La vie n'est pas un miracle, c'est une fatalité. Autant que cette fatalité soit la plus heureuse possible ; ce n'est pas évident : nous sommes si exigeants, si impardonnables.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 mai 2012

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15 mai 2012

D'UN AUTRE MONDE

D'UN AUTRE MONDE

1.
"S'étendant sur les côtés du cimetière
La maison des morts l'encadrait comme un cloître
A l'intérieur de ses vitrines
Pareilles à celles des boutiques de modes
Au lieu de sourire debout
Les mannequins grimaçaient pour l'éternité"
(Apollinaire, Alcools, La maison des morts)

2.
La première strophe de La maison des morts fait, dans la petite énigme de l'étrangeté d'un lieu - un lieu comparable à une boutique de mode - grimacer des mannequins pour l'éternité : l'effet visuel est assez fort pour que la pensée s'attarde à cette évocation quasi surréaliste de ces mannequins grimaçants.

3.
La mode - la seule qui importe, celle des grands stylistes - est une forme de dédain de la mort. Elle ne fait que passer, mais revient sans cesse. Elle ne cède pas.

4.
L'imparfait "grimaçaient" est actualisé par l'absolu de l'éternité. Où que vous alliez, les mannequins grimacent, et les gens dont vous vous souvenez restent présents - même s'ils ont, eux aussi, rejoint la compagnie des grimaçants - et passent dans votre mémoire comme ils passaient dans la rue du temps où vous les hantiez.

5.
"Arrivé à Munich depuis quinze ou vingt jours
J'étais entré pour la première fois et par hasard
Dans ce cimetière presque désert
Et je claquais des dents
Devant toute cette bourgeoisie
Exposée et vêtue le mieux possible
En attendant la sépulture"
(Apollinaire, La maison des morts)

6.
La deuxième strophe met en scène un narrateur claquant des dents. Une spécificité du vivant de claquer des dents, alors que les têtes de mort, des dents, n'en claquent plus, sauf dans l'imaginaire.

7.
Est-ce par hasard que l'on se retrouve dans le presque désert?

8.
Pourquoi le narrateur claquait-il des dents ? Après tout, un cimetière est un lieu plutôt reposant, un lieu où l'atrabilaire genre ma pomme peut fuir les vivants si exigeants, un lieu de recueillement et de paix. Mais autre chose est le spectacle de "toute cette bourgeoisie / Exposée et vêtue le mieux possible / En attendant la sépulture". Cette mise en scène peut rappeler la vanité des vivants qui ne s'agitent, ne commercent, ne s'enrichissent que pour retourner à la terre et pour que ceux qui en hériteront, à leur tour, rentrent dans la généalogie.

9.
Qu'ils soient vêtus le mieux possible ajoute à l'étrangeté de cette maison des morts. C'est pourtant un rituel habituel : on habille les défunts le plus correctement possible, puisqu'ils vont être une dernière fois salués par les vivants, et c'est justement ce rituel de la toilette des morts qui rappelle combien la mort est présente.

10.
Que les êtres que je croise soient constitués d'organes appelés à pourrir, et qui sécrètent, et qui suintent, et qui sentent, voilà qui est, quand on y pense, assez dégoûtant. Que je puisse éprouver du désir pour l'un ou l'autre de ces corps est certes naturel, mais profondément stupide. Qu'en plus s'y mêle l'affectif, et franchement, cela devient ridicule, mais si humain, si nécessairement humain.

11.
"Soudain
Rapide comme ma mémoire
Les yeux se rallumèrent
De cellule vitrée en cellule vitrée
Le ciel se peupla d'une apocalypse
Vivace
Et la terre plate à l'infini
Comme avant Galilée
Se couvrit de mille mythologies immobiles
Un ange en diamant brisa toutes les vitrines
Et les morts m'accostèrent
Avec des mines de l'autre monde"
(Apollinaire, La maison des morts)

12.
La troisième strophe commence par l'évocation d'un événement fantastique. C'est que leurs yeux, aux mannequins grimaçants, se rallumèrent. Cette animation étonnante, à de l'impulsion qu'elle semble due, genre allumage électrique, énergie étrangement vitale, yeux dans la fenêtre de Suspiria. Drôles de moines morts dans leur comme un cloître aux cellules vitrées. Les voilà dans le soudain, dans l'irruption du fait brut, et cela aussi rapidement que la mémoire ranime un visage.

13.
Le soudain et le vivace animent cette strophe, en font une fantasmagorie où la terre, soudain, est plate à l'infini, comme elle est plate dans les peintures où prennent position figures énigmatiques, jockeys perdus, arcades vides, vifs palais, lointains horizons. Cette "plate à l'infini", la voici qui se couvrit de mille mythologies immobiles, c'est-à-dire droites comme des i, ou courbes peut-être, ou polygones, cri avant le cri, celui des vitrines brisées par un ange en diamant.

14.
Ma pomme aussi, les autres, parfois, l'accostent avec des mines d'un autre monde.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 mai 2012

 

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14 mai 2012

DU GASPARD HAUSER CHANTE

DU GASPARD HAUSER CHANTE

1.
Dans la première strophe de Gaspard Hauser chante (pièce IV du Livre III du recueil Sagesse de Verlaine), le narrateur tombe de nulle part, c'est-à-dire de la campagne peut-être, ou de quelque bourg obscur, puisqu'il est "venu" dit-il "vers les hommes des grandes villes". Il n'a d'ailleurs pas de généalogie, puisqu'il est "orphelin".

2.
Gaspard Hauser est "riche" de ses "seuls yeux tranquilles". Autant dire qu'il est pauvre, quoique doté d'un regard que l'on peut supposer franc, sans arrière-pensées, puisqu'elles sont "tranquilles" justement, ses mirettes, pas inquiètes, pas fuyantes, pas étrangement fixes, non, juste "tranquilles".

3.
Dans la deuxième strophe, Gaspard Hauser se remémore ses vingt ans. Pour lui, l'âge de la découverte de la beauté des femmes. Les "hommes des grandes villes ne l'ont pas trouvé malin" ; les femmes ne le trouvèrent "pas beau". C'est donc une plainte que ce poème, une complainte de la désillusion.

4.
Voué à la solitude, que reste-t-il à ce malheureux ? S'ivrogner ? Non, il décide de mourir à la guerre (ce qui nous renvoie d'ailleurs à une histoire légendaire où la guerre était un état de fait, une disponibilité, une facilité faite à la narration). Comme il n'est pas sans esprit, puisqu'il jacte en vers, il en profite pour faire preuve d'auto-ironie dans son affirmation d'une bravoure inhabituelle pour lui (cf "Et très brave ne l'étant guère"). Mais la chanson le veut ainsi : ni les hommes, ni les femmes, ni la mort ne veulent de lui. En tout cas, pour la camarde, pas maintenant, comme disent les femmes qui remettent toujours à plus tard un rendez-vous que vous leur quémandez parce que vous êtes sot.

5.
Le voilà tout métaphysique, alors, Gaspard Hauser, tout plein de doute qu'il se demande s'il est né trop tôt ou trop tard. Il trouve pas sa place dans la diachronie ; il fait pas son trou dans le temps. Donc du coup, il cogite sur le thème pourquoi moi plutôt que pas moi ? Qu'est-ce que j'fous là ? Et il s'approfondit la peine parce que, sans potes, sans femmes, si vous êtes pas mort, c'est que vous êtes mélancolique.

6.
La chanson est pieuse : aussi finit-elle sur la requête que l'on priât "pour le pauvre Gaspard". Ce que nous ne ferons point puisque nous n'allons tout de même pas prier pour un personnage de chanson.

7.
Gaspard Hauser, c'est l'homme de nulle part, c'est celui qui ne va pas. C'est l'inconsolable, non pas de ce qu'il a perdu, puisqu'il n'a rien, mais de ce qu'il est, puisqu'il n'est rien, ou qu'il en a le sentiment.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 mai 2012

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GROGNES

GROGNES

1.
Que la société soit brutale est un fait. Qu'il y a eu, qu'il y a, qu'il y aura des sociétés plus brutales que la nôtre incite à penser que l'humain n'est guère perfectible que dans l'horreur économique.

2.
L'éducation nationale est une sorte de réserve de doux rêveurs plus ou moins prétentieux, plus ou moins ambitieux, plus ou moins malheureux, que leur statut privilégié persuade souvent de la perfectibilité du sort du plus grand nombre.

3.
Entendu cette réflexion, que je cite de mémoire, dans un reportage sur le Danemark : "Oh vous savez ! On nous interdit tout ! C'est tout juste si on ne nous empêche pas de penser par nous-même !". Le Danemark, et plus généralement la sphère scandinave, passe pour un modèle démocratique. Se pourrait-il que certains préfèrent une liberté plus grande, et donc moins d'Etat, fût-ce à leurs dépens ?

4.
Les expériences américaines sur la soumission à l'autorité nous apprennent que, dans certaines situations, on peut transformer n'importe quel bon gars, n'importe quelle brave fille en tortionnaire zélé. C'est épatant. Et pas étonnant. Tous les professeurs savent bien avec quel raffinement et quelle intelligence soudaine une classe peut basculer dans la méchanceté, la vulgarité, la bêtise la plus épaisse.

5.
Je ne doute pas que la bêtise contemporaine soit le résultat d'un travail acharné et d'une stratégie mise au point par des cerveaux supérieurs.

6.
L'une des leçons que je retire de ces fameuses et assez déprimantes expériences sur la soumission à l'autorité est que, comme le dit l'autre, on a raison de se révolter.

7.
J'apprécie de plus en plus le fait d'être méprisé par des médiocres, eussent-ils un rang supérieur au mien, surtout s'ils ont un rang supérieur au mien.

8.
Les médiocres bien gentils sont ennuyeux. Comment leur en vouloir ? Ah si ! en plus de leur médiocrité, a voient rien, a pigent rien.

9.
Mon goût du paradoxe me perdra ; je sens bien qu'un jour ou l'autre, ça va me revenir en pleine poire façon boomerang que je vais avoir du mal à m'en relever.

10.
Ecrire, c'est laisser l'autre s'exprimer. Et il est pas forcément sympathique.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 mai 2012

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13 mai 2012

IL Y A DES GENS BIEN PARTOUT

IL Y A DES GENS BIEN PARTOUT

1.
Il y a des jours où il ne parle qu'à son chien ; ça doit être ça, son fameux cynisme.

2.
Je pense qu'il y a des gens assez malheureux pour craindre non seulement la mort mais aussi la vie. Cette double crainte définit le désespoir.

3.
Que certains puissent sans raison apparente craindre de vivre peut sembler inexplicable. Il suffit, comme on dit très ordinairement, de trouver son bonheur où il est. Ainsi, les formules toutes faites du type :"Les gens sont les mêmes partout" et sa variante plus précise "Il y a des gens bien partout" ou "Quand on n'a pas ce qu'on aime, il faut aimer ce que l'on a" sont des consolations qui ont pour but l'acceptation de la médiocrité des circonstances.

4.
La formule "Il y a des gens bien partout" est d'une flagrante sottise. Qui sont ces gens qui, prononçant ces mots, se comptent donc implicitement au nombre des personnes fréquentables ?

5.
Ceci dit, si les circonstances faisaient qu'une banquière suisse en voie d'extinction soit assez inconséquente pour s'enticher de moi et me léguer une partie de sa fortune, je dirais moi aussi qu'il y a des gens bien partout.

6.
L'un de mes professeurs, tenant le discours officiel des humanistes titulaires, nous rappelait parfois que l'écrivain, même condamné à une certaine solitude, était plus vivant dans son écriture que n'importe quel vivant ordinaire vaquant ordinairement à ses affaires. Bien sûr, à ma connaissance, ce bon apôtre s'est bien gardé de rien publier, et je doute fort qu'en dehors de quelques cartes postales, de quelques lettres amicales et de son courrier nécessaire à la bonne marche de ses affaires, il eût écrit quoi que ce soit. Du reste, lui en aurait-on fait la remarque, qu'il aurait certainement répondu, avec son sourire de laïc jésuite que, c'était bien dommage, mais qu'il n'avait pas ce talent-là...

8.
J'ai appris récemment qu'un de mes collègues, un chic type - vraiment - (ils ne sont pas si nombreux) était mort brutalement dans sa quarantième-huit année. Cela m'a troublé. Et puis marié, des enfants. Du malheur tout ça. J'ai eu du mal à dormir. Il ne me jugeait pas, et je pouvais lui parler sans arrière-pensée, (et donc si je, d'autres certainement), et voilà que cet exact contemporain a quitté ce monde pour n'être plus qu'une ombre dans le mien.

9.
Moi qui tant m'indiffère aux malheurs des personnes, pourquoi ne me suis-je pas plus indifférent ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 mai 2012

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S'ENSONGER

S'ENSONGER

"Les sapins en bonnets pointus
De longues robes revêtus
         Comme des astrologues
Saluent leurs frères abattus
Les bateaux qui sur le Rhin voguent

Dans les sept arts endoctrinés
Par les vieux sapins leurs aînés
         Qui sont de grands poètes
Ils se savent prédestinés
A briller plus que des planètes

A briller doucement changés
En étoiles et enneigés
         Aux Noëls bienheureuses
Fêtes des sapins ensongés
Aux longues branches langoureuses"

(Apollinaire, Alcools, Les Sapins, v.1-15)

1.
Poétiquement, les sapins peuvent bien porter des bonnets pointus. Et donc, puisque nous poétisons, on peut bien prendre ces bonnets pointus et en faire des cornets à frites. Vous me direz que c'est une drôle d'idée d'aller manger des frites parmi les sapins. C'est d'autant plus juste comme remarque qu'il est rare d'y trouver une friterie, parmi les sapins. Et même si on remplace les frites par des marrons chauds chauds ils sont chauds mes marrons, eh bien, c'est pareil.

2.
On peut aussi comparer les sapins à des astrologues (bonnets pointus, longues robes), mais regardent-ils seulement les astres, les sapins, avec leurs yeux que masquent les épines ? Franchement, je ne crois pas. A mon avis, à l'abri de leurs aiguilles, les sapins lisent Sapin-Magazine.

3.
Humour noir de Guillaume Apollinaire : les frères abattus que saluent les sapins astrologues, ce sont les bateaux qui sur le Rhin voguent.

4.
On peut certes endoctriner dans les sept arts, par contre on ne peut pas endoctriner dans la farine. Bien que beaucoup d'endoctrineurs y en ont roulé pas mal de consciences, et des aigues pourtant, aussi aigues que des aiguilles de sapin, dans la farine qu'elle a viré rouge sang des massacres, la farine.

5.
Les sapins se savent-ils prédestinés ? Y a-t-il une prédestination des sapins ? Ecrite sur quel parchemin, cette prédestination ? Sur le papier des catalogues peut-être ? C'est alors que l'humain est la prédestination de la nature, sauf quand la vague engloutit les habitants ou que la terre se fend et engloutit les pâtés de maisons, ou que le feu engloutit vergers et jardins.

6.
Que signifie s'ensonger ? Prendre songe, comme on prend feu ? Être la proie d'un songe, comme on est la proie d'une obsession ? Revêtir les vêtements du songe ? Ce qui n'est possible que si on peut recourir aux services d'un magique couturier ? Que l'on paie avec quoi ? De la monnaie de songe? Evidemment, ça fait penser à la monnaie de singe...

7.
Il m'arrive parfois de m'ensonger sévère, comme si je prenais la clé des songes pour la clé des champs ; bientôt, l'épouvantail réel me rattrape et me ramène à la maison, à la raison aussi, il faut bien dire.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 mai 2012

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