BLOG LITTERAIRE

19 octobre 2014

MES YEUX JE LES AI REMIS

MES YEUX JE LES AI REMIS

1.
Nous sommes montés sur les épaules des géants et nous leur avons crevé les yeux.

2.
Le miroir ne maîtrise la foudre qu'en rêve; à défaut, il tente d'attraper nos visages.

3.
Nous traversons des architectures écorchées; des chevaux y passent avec des hennissements sanglants.

4.
Ne dites jamais les choses telles qu'elles sont; elles pourraient vous dénoncer.

5.
Entendu cette phrase - est-elle de Patti Smith ? - dans une fiction de Claudine Galéa consacrée à la poétesse : "Le rock est le corps plein d'un rêve."

6.
Les géants mangent, dorment, et comme nous s'émiettent, et comme nous tournent la même girouette.

7.
Déesse que n'escorte pas la musique, tes palais trempent dans une eau plus lourde que chaînes au donjon.

8.
"No wonder, sir, but certainly a maid."
(Shakespeare, "La Tempête", I,2 [Miranda])

9.
L'escargot ne croit pas à la merveille des jours de la jeune fille. Il se contente de baver sur une page de Rimbaud.

10.
A force de miser sur des chevaux assassins, nous finissons par être visités par des jockeys perdus.

11.
Je suis fait de fer de brume; je me dissipe au premier coup et me ranime à la nuit tombée.

12.
A mon avis, leurs tentacules se sont épris du crucifix.

13.
Elles avalent les chemins, hargneuses et mauvaises comme des gnomes de courtoisie, et pleines de crachats, et pleines de vous verrez.

14.
Je m'imagine une sororité de cassandres, leurs cheveux courts et noirs, leurs yeux vifs, brillants de cette fièvre-là qu'on appelle "lucidité", leurs yeux pleins de "vous verrez".

15.
Lorsque dans ma tête je me visionne un bois bordé de brouillard, je m'attends à en voir surgir un fantôme de jockey ou des parties du corps de la cavalière au bois.

16.
Je n'éplucherai pas pour toi la banane de la lune; l'agilité du poil noir m'ignore superbement.

17.
Pourquoi "girouette des sens" ? Comme si on s'tourbillonnait tout l'temps, toupies nous autres, versatiles, dérisoires, passagers.

18.
Au premier coup d'oeil, ou d'épée, pour moi, c'est le même cheval. Je me dissipe pour me rassembler sous vos pas.

19.
Quant à mon esprit, il ne peut se libérer de sa seule liberté, cette chair qui ne restera pas.

20.
Mes yeux, je les ai remis. Ils contemplent les passages.

21.
Mes yeux, je les ai remis. C'est mieux pour voir. Pour aiguiser son couteau aussi.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 octobre 2014

 


EAU TAPIS ET SPHINX

EAU TAPIS ET SPHINX

1.
Eau, femme liquide qui cherche son squelette dans la poche des herbes.

2.
Eau, porte d'eau qui ouvre le passage aux petits princes hippocampes.

3.
Eau, gong muet, dont les ondes se confondent et se closent en cercles et bouches.

4.
Eau, masque bleu de la translucide verte.

5.
Eau, tambour effondré, soleil débattu, déchiqueté par d'invisibles mâchoires.

6.
Eau, draps d'Ophélie, bras coupé, squelette à casque, errance du cheval gonflé.

7.
Eau, qui tente sa peau sous le cornet à dés d'où tombent des dieux.

8.
Eau, qui tombe la rive comme on tombe la chemise.

9.
Sur le tapis, on met ses tigres, on roule ses dés, on remet ça, ça qui biscorne et s'étrangle.

10.
Sur le tapis, les motifs se détachent en vifs traits de couleur, redessinent leur théâtre de guerriers, de fauves, de cavalière au bois.

11.
Sur le tapis, on a remis Dieu... et puis après, pour les ravoir, les taches de sang, c'est toute une histoire !

12.
Sur le tapis, une bête molle et hérissée se fraye un chemin parmi les ronces merveilleuses et d'une cruauté.

13.
Sphinx, os clair et tranchant sur lequel a poussé la bête perspicace à gueule de loup.

14.
Sphinx, vibration sèche à la guitare, ville blanche et lépreuse, gardien du mal du devenir.

15.
Sphinx, masque qui jacte, c'est ça l'énigme : Quelle est la bête qui attend en posant des questions idiotes au passant ?

16.
Sphinx, flèche décochée, pierre filant l'air vers le front du voyou qui menaçait Oedipe.

17.
Sphinx, harpe d'os à gueule ouverte.

18.
Sphinx, lynx qui a pris du galon dans la mythologie, du cruel bagout, d'l'énigme.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 octobre 2014

 

18 octobre 2014

EN ECOUTANT AOXOMOXOA

EN ECOUTANT AOXOMOXOA

1.
Dirait-on pas qu'elle pleure de noirs filets, la "Femme nue étude pour les Demoiselles d'Avignon" de Picasso ?

2.
Et dans ses grands yeux de ténèbres tourne l'énigme grise des couronnes.

3.
Masque blanc et rire hautain des esprits qui n'en reviennent pas que pour de rire, c'est Anjenu qui tourne bras et mamelles dans l'oeil des fleuves.

4.
Dans "Les Grandes Baigneuses" de Cézanne, y en a une, elle est déjà cubiste, dites donc, cubistement nue, avec du vert dedans.

5.
Dans "Le Bain de Diane" de François Clouet, y a un bat l'amble, un singe, un turlupin à flûtiau boulu, et de belles dénudées.

6.
Et le vent ouine "loin... loin... loin", c'est un chevalier qui a du chagrin.

7.
"Je n'ai confié aucun secret sinon une chanson énigmatique"
(Apollinaire, "Fagnes de Wallonie")

8.
C'est certainement par abus d'espérance que la mer est verte et que tes yeux sont gris, le dimanche, à Malo, quand il pleut entre la digue et le casino.

9.
"Elle est l'illusion elle est toute lumière"
(Apollinaire, "La Ceinture" [Le Poète])

10.
Si les astres sont des bouches, est-ce qu'elles postillonnent des étoiles ?

11.
Le réel, i trempe, i trempe dans une chanson énigmatique où passent "trois dames les ramassant".

12.
Quand la rose berlue se fait toute lumière, pour sûr qu'on relève de la quarantaine des fascinés.

13.
"La dame du miroir est si miraculeuse !"
(Apollinaire, "La force du miroir")

Surtout quand elle s'en va et qu'elle est toujours là.

14.
"Un marin japonais se gratte l'oeil gauche avec l'orteil droit"
(Apollinaire, "Poèmes à Lou", X)

15.
Dans le train, un homme dort, l'Egypte entre les doigts; un autre se demande qui est l'assassin.

16.
La volonté peut-être farouche, indien des plaines que tente son tomahawk.

17.
Cause que j'cause point l'anglais, du coup les chansons énigmatiques du "Aoxomoxoa" du Grateful Dead m'ont l'air encore plus étranges dans le genre énigmatique.

18.
Les bouches s'ouvrent, et les portes aussi, qui ne disent rien et laissent passer la chanson qui file son p'tit blues dans ma caboche.

19.
Et puis il y a toutes ces blessures délicates qui s'ouvrent et se ferment le long de murs invisibles.

 

20.
Les étoiles, parfois, on dirait qu'elles vont nous envahir.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 octobre 2014

LE DOUBLE DE L'ETRE SE TROUVE DANS LA BOITE A GENS

LE DOUBLE DE L'ETRE SE TROUVE DANS LA BOITE A GENS

1.
Le double de l'être se trouve dans la boîte à gens. Le dialoguiste qui arrivera à placer c'te phrase dans une situation - parole ! je lui vends mon chapeau !

2.
"J'avais dû, sans m'en douter, dire des choses formidables."
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune")

3.
Du reste, je ne doute pas que bien des gens disent des choses formidables, mais comme je ne les vois ni ne les entends, peu m'importe !

4.
"Tout est possible devant un pareil mystère."
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune" [Sainclair])

Et ce "Tout", c'est nous !

5.
"Si le cadavre parle, fis-je, cela va devenir intéressant"
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune" [Sainclair])

And now, let the Grateful Dead speak !

6.
Je me demande si les matins qui suivent les nuits énigmatiques portent sur leur visage un air de mystère, ou s'ils préfèrent jouer les clairs indifférents.

7.
"le matin même qui suivit cette nuit énigmatique"
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune")

8.
"Le matin même qui suivit cette nuit énigmatique", elle avait une parfaite tête de Picasso, avec tous ses yeux.

9.
Il faudra que je me procure les Oeuvres Complètes de Gaston Leroux; c'est épatant, le surréalisme de c'te scribure-là !

10.
Il vient un moment où tous les disques qu'on met, ou presque, se révèlent être joués par des fantômes.

11.
Le théâtre révéla le masque, la photographie l'ectoplasme, et le disque prouva l'existence du Grateful Dead.

12.
"Grateful Dead for ever !" lança le squelette au guitariste.

13.
Non, Monsieur Houzeau, Nina Hagen et Frank Zappa n'ont jamais chanté ensemble une version psychédélire de "La Fille du Père Noël", même pas en rêve, et même pas si c'est dommage.

14.
"Elle nous regarde maintenant... mais de loin... comme si nous n'étions pas dans sa chambre... "
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune")

15.
Ainsi les fantômes nous voient-ils, comme si nous n'étions pas chez nous.

16.
"C'est au carrefour de ces deux galeries"
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune")

Voilà un début de phrase qui annonce bien des escaliers.

17.
- "Oui; ce cadavre est tout à fait "croyable", maintenant."
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune" [Rouletabille])

18.
Le cadavre, des fois, on le croit pas, et pis des fois on le croit, surtout quand il donne des précisions, des circonstances...

19.
"et il paraissait fort occupé à compter des minutes"
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune")

20.
"et il paraissait fort occupé à compter des minutes", des fois qu'il en perdrait...

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 octobre 2014.

15 octobre 2014

MACABREMENT BOUH !

 

MACABREMENT BOUH !

1.
"Qu'écrit-il ? A qui écrit-il ?... Descente. L'échelle par"
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune")

2.
L'échelle, ça s'empoigne ; les oreilles aussi, mais l'échelle, elle, ne fait pas ouille; par contre, si vous passez dessous, ça porte malheur, tandis que passer sous ses oreilles, c'est très courant.

3.
Non, Monsieur Houzeau, "She's à l'échelle a lot" ne sont pas les premiers mots du "Finnegan's Wake" de James Joyce.

4.
"Tout semble se tourner contre lui"
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune")

5.
Tout semble se tourner contre lui et lui faire une face macabrement bouh !

6.
Non, Monsieur Houzeau, "Le Mystère de ma tante jeune" n'est pas le titre du premier jet d'un manuscrit de Gaston Leroux.

7.
"car, en admettant même que la lettre ait été écrite par lui"
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune")

8.
"car, en admettant même que la lettre ait été écrite par lui" - ce que nous savons impossible, puisque, précisément, nous savons qu'elle a été écrite à l'encre invisible par l'homme invisible dans une langue dont nous ignorons tout.

9.
"Il ne pouvait plus nous échapper !"
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune")

10.
"Il ne pouvait plus nous échapper", et pourtant, il se faufila entre deux airs et disparut dans l'infini qui guette entre toute chose.

11.
Des fois, je me dis que je passe avec ma tête de pas grand chose au milieu de gens à tête de pas plus que ça.

12.
"Et puis, si le concierge est complice !..."
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune")

13.
"Et puis, si le concierge est complice", alors, pourquoi pas l'escalier ?

14.
- D'avoir commis ce crime effroyable, je soupçonne le jardinier.
- Et pourquoi donc, mon cher Locolomesse ?
- L'avez-vous bien regardé ? Ce jardinier a une parfaite tête de jardinier. L'assassin, c'est lui, j'en suis sûr !"

15.
Comme j'avais perdu ma clef des champs, je ne pouvais plus me faire la belle. Les belettes me tiraient la langue et se moquaient de moi.

16.
"Et puis, les emportant sans doute avec lui, il s'est relevé avec ses pieds à lui"
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune")

17.
Je me suis fait la belle
Je me suis pris la drache
Je rentrai moins rebelle
Pour relire "L'attrape-
- Coeur".

18.
"Alors elle s'aperçut qu'elle n'avait plus rien à faire, plus jamais rien à faire."
(Maupassant, "Une Vie")

19.
Le néant, une volonté sans objet. Sans le réel, Dieu serait néant. C'est du réel que Dieu tire toute sa substance.

20.
Dieu, cette nécessité du peut-être.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 octobre 2014.

 

 

 



12 octobre 2014

COMME ELLE ETAIT SEULE LA MAISON PRIT FEU

COMME ELLE ETAIT SEULE, LA MAISON PRIT FEU

1.
"Le trottoir où je marche est cendreux."
(Raymond Jean, "La Lectrice")

2.
Trottoir cendreux, fille rousse - allumetteuh ! allumetteuh !

3.
Entendu dire que la langue de Shakespeare sonnait déjà singulière à ses contemporains; tout à fait autre donc le génie, ou alors c'est du storytelling.

4.
Des fois, y en a, i se sentent pas d'être et d'avoir aimé.

5.
Ai fait rire mes élèves en leur contant que, vu qu'elles proutent sans arrêt, les vaches, qu'on dirait, les vaches, de grosses poches de gaz, qu'en vérité, les vaches, ce sont de grosses cochonnes.

6.
"Etre Dieu" ne se conjugue qu'au présent. Impossible d'affirmer qu'on a été ou qu'on sera Dieu.

7.
Le temps, c'est peut-être un dieu mort qui infiniment se décompose.

8.
La synchronie crucifiée du Christ - c'est alors que le temps changea.

9.
Le Diable seul se croit immortel; les dieux, eux, ne cessent de ressusciter.

10.
Seul le Diable est perfectible. C'est qu'il doit toujours faire ses preuves.

11.
L'humain est ce naïf qui croit qu'il peut transformer la matière en transcendance.

12.
"J'ai été Dieu" est une incongruité spatio-temporelle, et un défi pour auteur de science-fiction.

13.
"J'ai dû être Dieu dans une autre vie, mais je ne m'en souviens pas" est une phrase, si on n'en saisit pas l'ironie, fort propre à envoyer son locuteur à l'asile.

14.
Comme je ne connais pas l'anglais, j'aimerais traduire Shakespeare dans une langue inconnue.

15.
Quand on est à moitié pauvre, dès qu'on a des sous, on dépense de trop, cause qu'on se croit à moitié riche.

16.
Lu dans une copie d'élève : "Informer dans la ville accidentelle".

17.
Dans la même copie : "Comme elle était seule, la maison prit feu."

18.
Je devrais rédiger une nouvelle dont le héros s'appellerait Irrémé, cela me permettrait de commencer une phrase par "Irrémé, diablement..."

19.
Je m'en veux beaucoup de n'être pas Cioran, qui devait s'en vouloir de n'être pas La Rochefoucauld.

20.
Je ne me souviens jamais longtemps de ce que j'ai écrit. Ce n'est pas important. C'est écrire qui est vital.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 octobre 2014

CINQ COUPS DE GRIFFE DU 12 OCTOBRE 2014

CINQ COUPS DE GRIFFE DU 12 OCTOBRE 2014

1.
La France va à son rythme qu'ils disent... C'est que, quant à couler, autant y aller doucement...

2.
La France, un paquebot de luxe où le nécessaire commence à manquer.

3.
Quand on proclame que le tourisme est la première ressource de la France, faut-il s'en réjouir, ou en pleurer ?

4.
Cérémonie de remise des diplômes ? Combien de diplômes ? Et combien de débouchés professionnels réels ?

5.
Le temps est comme Dieu, il n'existe pas, mais qu'est-ce qu'il pèse...

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 octobre 2014

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PIPOBECQ EN PASSANT PAR PARADOXE

PIPOBECQ EN PASSANT PAR PARADOXE

1.
Les footballeurs jouent au football. Les autres gens, non. Ils les regardent jouer ou ne les regardent pas. Tous cependant savent qu'ils existent.

2.
L'araignée a huit pattes. Ce qui la classe dans les bipèdes à pattes supplémentaires. Elle ne joue pourtant pas de violon, fût-elle violoniste.

3.
L'humain ne s'embête guère, il trouve toujours un moyen de se nuire. C'est ainsi qu'il tue le temps.

4.
Les gens pressés, en fait, c'est le temps qu'ils pressent, compressent, dispersent et ils s'étonnent un jour de n'avoir plus de cheveux.

5.
Le train roule sur les rails. Pas les vaches qui n'en profitent tout de même pas pour se rouler des sticks d'herbe dans des prairies de plus en plus fréquentées par des choses avec des gens dedans.

6.
Les jihadistes perdent la tête et décapitent des gens.

7.
Tout étant est méditable, ce qui n'est pas joli à dire, me dit-il, méditatif et la pipe au bec.

8.
Non, Monsieur Houzeau, le village de Pipobecq n'existe pas, ni dans les Flandres intérieures, ni dans les aventures de Spirou.

9.
Les champs ne portent pas de chapeau cependant qu'on y voit surgir des lapins, des lapins, des lapins.

10.
Le journaliste qui a demandé à Alexandre Astier s'il comptait maintenant publier de la littérature est ignorant du sens du verbe "publier" ainsi que de l'excellence du travail de l'auteur de "Que Ma Joie Demeure !".

11.
Un écrivain est quelqu'un qui manie les mots. C'est plus salissant qu'on pourrait croire, surtout si l'on mange des frites pendant qu'on compose odes, élégies et martinets.

12.
Non, Monsieur Houzeau, le martinet n'est pas une forme poétique où les mots "fouet" et "ouille" reviennent tous les quatre vers.

13.
Tout compte fait, je préfère avoir perdu mon manuscrit sur Baudelaire que d'avoir attrapé la scarlatine, la mortora ou le turlupin gangréneux.

14.
Dieu sans doute n'est guère inquiet; les humains le sont pour lui.

15.
Voyez-vous, x change sans cesse de valeur; quant à y, il fait ce qu'il veut. Notons qu'on peut maîtriser tout cela, à nos dépens.

16.
Ce qu'on croit maîtriser, parfois, on ne le comprend même pas.

17.
L'humain vit à ses dépens; il ne cesse de s'endetter auprès de l'humanité.

18.
La pièce que Dom Juan jette au Pauvre suffit-elle à payer la dette de l'humain envers l'humain.

19.
La pièce que Dom Juan jette au Pauvre ne suffit pas à racheter sa conduite; elle lui permet seulement d'être averti; sinon, il eût été foudroyé sur place, sans autre forme de procès.

20.
La nuit n'est pas sotte. Mais ne parle pas notre langue, qu'elle a d'ailleurs toute bleue.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 octobre 2014.

11 octobre 2014

QUAND BIEN MÊME JE NE POUVAIS ET COMME SI JE DEVAIS

QUAND BIEN MÊME JE NE POUVAIS ET COMME SI JE DEVAIS

1.
Depuis tout ce temps, ça n'a pas de sens; regarde-moi, j'agite ma cendre entre mes os.

2.
Je t'aimerai toujours bien que je ne sois jamais et qu'entre mes côtes ne bat plus qu'une très lointaine flamme.

3.
En vérité, je vous le dis, la flamme des enfers, c'est celle-là qui nous consume jour après jour, nous ride, nous dessèche, nous fume.

4.
Je passe dans le mélancolique qui bruisse, feuilles d'où chutent des lutins qui volent nos âmes pour s'en faire des frondes.

5.
Au vent le naguère plouffe ses pierres dans l'eau vide d'un fleuve immobile.

6.
Des fois qu'on serait genre dieu d'un monde mort, plein d'échos de nulle part.

7.
Encore du brouillard... d'la nappe de brume en robe de satin moisi de femelles d'outre-flamme.

8.
J'écoute "The Concert", l'album de Gary Benson, qui est un truc pop/rock que j'aime beaucoup; y a même d'la scie musicale dedans dites donc.

9.
Rien de tel que le "Toda Menina Balana" de Gilberto Gil pour vous donner l'envie d'être jeune à nouveau, d'être jeune à jamais, d'être jeune enfin.

10.
Nous sommes à peu près tous des chiens d'assez bonne volonté et nous aboyons dans des langues étrangères.

11.
Il s'appelle Martin Pilon et sa copine porte des faux-cils.

12.
Rêve de la jeune fille toute de noir vêtue qui s'adresse en moi en hébreu. Est-ce du yiddish ? lui ai-je demandé, je ne vous comprends pas. Elle sourit et continue de parler quand bien même je ne pouvais, et comme si je devais, la comprendre.

13.
Ce qui se cachait au fond, c'était des masques, des masques qui nous tirèrent la langue.

14.
Faire et défaire, mon cher Lucifer, voilà toute notre lumière.

15.
"Je baise tes cheveux mon unique trésor"
(Apollinaire, "De toi depuis longtemps")

16.
Je baisouille ton capillaire, ma seule monnaie qui vaille.

17.
"On est contents au bord de la rivière"
(Apollinaire, "Mon coeur j'ai regardé")

18.
Tout joice qu'on s'pâme, sur la rive, tandis que zinzinulle quelque glouglou tranquille.

19.
"Quelle triste chanson font dans les nuits profondes
Les obus qui tournoient comme de petits mondes"
(Apollinaire, "Mon Lou ma chérie")

20.
Swing triste dans le ciel, swing triste dans l'deep black, les déchire-les-corps, les escamoteurs d'âmes torpillent leurs absurdes spirales.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 octobre 2014

 

JE ME SUIS FAIT LA BELLE TOUTOU TCHOUTCHOU

JE ME SUIS FAIT LA BELLE TOUTOU TCHOUTCHOU

1.
La grande victoire du libéralisme, c'est d'avoir su faire du crétinisme une valeur marchande.

2.
Quotidien des faits divers, inconséquences, sang versé... Le journal du matin est la bible du Diable.

3.
"Ma vie est démodée ainsi que les journaux
D'hier"
(Apollinaire, "Train militaire")

4.
Façons d'être, vertiges plus ou moins contrôlés, des vies enfin cette mortelle impatience.

5.
Serions-nous voués à l'absurde poisson des profondeurs ? Au monstre de tous les possibles ?

6.
"Nous marchons nous marchons d'un pas immobile"
(Apollinaire, "Train militaire")

7.
Nous marchons dans la lente chute de tous les empires, à commencer par celui de l'humain sur lui-même.

8.
Je vois ce que le monde voit Je vois l'aveugle Je vois le vide passer en longs invisibles entre les êtres.

9.
Herbe lancée. Après la course, la petite fille haletante dans la merveille des choses qui volettent.

10.
A la table de travail se mettent les signes obscurs, à l'assaut d'un empire de feuilles blanches et du réel grouillant obtus résistant.

11.
Entre le mot "longs" et le mot "invisibles", il y avait le mot "fils", que les invisibles eurent tôt fait de couper.

12.
Un baiser sur des cheveux. Deux têtes. Le ciel immense, où, invisible encore, passe la faux.

13.
Nous laissons les dieux courir, et après, nous nous étonnons qu'ils se croisent et se démultiplient.

14.
"Croissez et multipliez-vous" dit l'humain aux petits dieux qui nous écoutent dans les êtres.

15.
Hiver cassant. Le bel été est mort. Dans le chemin des écoliers, son corps est encore chaud.

16.
J'apprécie que Hubert-Félix Thiefaine ait placé sa nostalgie dans "La Ruelle des Morts".

17.
J'aime bien que Louis Chedid se soit "fait la belle" en mettant des pièces dans des juke-box, pour "écouter du rock n' roll plutôt que d'aller à l'école".

18.
Ses yeux, jamais plus je ne les verrai, ne serait-ce que sur son visage.

19.
Et je regarde aussi - Quoi donc ? Le long divertissement avec lesquels d'autres dieux nous fascinent.

20.
Le Diable est libéral; Dieu est conservateur; et les humains complotent des syndicats du crime.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 octobre 2014.

 



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