BLOG LITTERAIRE

29 mai 2016

LES NUAGES SUR L'EAU

LES NUAGES SUR L'EAU

 

1.

Des fois qu'le calme s'étale en toi façon confiture sur la tartine pis qu'ça dégouline par les trous d'ton être.

 

2.

Qu'j'écrirais, dis, le bref imparable façon riffs à « Smoke On The Water », le genre de truc à vous faire dresser des flammes sur la tête.

 

3.

« ou penser qu'on existe sans y croire, se plaçant dans l'éphémère, parce qu'on est là par hasard »

(Paul Dewalhens, « Contribution involontaire » in « Cymbalum Mundi », la Dryade, 1970)

 

La terre, une bataille d'éphémères, avec d'l'infini genre comme si c'était une drogue plein les neurones.

 

4.

J'aime bien Pierre Henry comme compositeur, i vous donne des leçons de sons, des frissons dans la gouvernance à neurones.

 

5.

Des sifflements, ils filent sur le chemin, aucun signe dans le ciel blanc, le long du vent roule un virevoltant.

 

6.

Sur son cataclop cataclop s'pointa Tout de go au saloon il pan pan dézingua son quidam puis très vite très vite s'cataclopa vers l'ailleurs.

 

7.

Des fois j'me dis mes brefs bidules, des essais de voix pour spectres qu'c'est, sketchs pour mélancoliques d'outre-tombe.

 

8.

Parfois, ô romantisme ! j'me dis qu'le piano est plein d'cheveux et qu'des mains frénétiquement y cherchent kekchoz.

 

9.

C'était un homme avec des placards plein les mirettes et des cadavres plein les placards, un enquêteur, un suspicieux, un entiché du flair.

 

10.

Le seul finit par regarder les autres d'une manière bien à lui. Dans le seul se trouvent les grands saints, aussi les grands assassins.

 

11.

Les chansons appellent. J'entends Brel à la radio, c'est comme si la chanson l'appelait, mon vieux maître de latin qui aimait tant Brel.

 

12.

« Tandis que sur les quais flânent les paresseuses,

je regarde les lourds bateaux des blanchisseuses ;

il en sort des chansons, comme d'un nid d'oiseaux.

Les robustes bras blancs, en plongeant dans les eaux

que bleuit l'indigo, tordent le linge pâle,

et le ciel au-dessus prend des lueurs d'opale.

Moi, tout pensif, je rentre en murmurant tout bas :

Ma mère n'est plus là pour repriser mes bas

et mettre un chapelet d'iris dans mon armoire…

Les nuages sur l'eau font des dessins de moire. »

 

(Nina de Villard, in « Dixains réalistes par divers auteurs », pièce I)

 

13.

« Les robustes bras blancs, plongeant dans les eaux

que bleuit l'indigo, tordent le linge pâle »

(Nina de Villard)

 

indigo : bleu puissant Newton en fit la septième couleur de l'arc-en-ciel ça vous a un air supra-réel mais c'est qu'du bleu violet.

 

14.

« et le ciel au-dessus prend des lueurs d'opale »

(Nina de Villard)

 

J'aime bien ce ciel « au-dessus » ; en-dessous, on marcherait dans les dieux.

 

Opale : le ciel précieux comme une pierre, des châteaux y flottent, des îles y planent, des statues merveilleuses nous y épient.

 

15.

« Ma mère n'est plus là pour repriser mes bas

et mettre un chapelet d'iris dans mon armoire... »

(Nina de Villard)

 

chapelet d'iris : jadis, de perles en racine d'iris, on faisait des chapelets ; ils allaient parfumer les doigts des petits dieux de l'armoire.

 

16.

« Les nuages sur l'eau font des dessins de moire. »

(Nina de Villard)

 

Le son moire, je songe les éléphants de moire, les éléphants de fumée, les éléphants de papier froissé glissant sur l'eau.

 

Le son moire : aussi bien des dragons de moire, des donjons de fumée, des amazones fantasques, et les éclairs du cuir.

 

Le son moire : aussi bien le parapluie, la machine à coudre et la table à dissection de nos animaux imaginaires.

 

Le son moire : puisque nous avons hanté l'école, nous avons en mémoire les Moires, destinées grecques « qui donnent d'avoir le bien et le mal ».

(cf « Théogonie », Hésiode traduit par Annie Bonnafé, Payot & Rivages, coll. « La Petite Bibliothèque », 1993, p.75)

 

A-t-on jamais produit d'oracle en contemplant l'évidence mouvante de la moire, de la flache ?

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 29 mai 2016.


28 mai 2016

DES FOIS QU'ON FAIT L'AUTRE

DES FOIS QU'ON FAIT L'AUTRE

 

1.

« Selon le système de l'exaspération, rien n'est meilleur que de se gratter. »

(Alain, « Propos sur le bonheur », XX, « Humeur »)

 

exaspération : on s'aggrave de l'extrême, on s'intense fort le sentiment, s'agace s'horripile s'irrite qu'on trépigne et bisque bisque rage.

 

Dès qu'il se boissonne un peu abondamment, il s'exaspérationne facilement, c'est une malédictionne.

 

« le système de l'exaspération » : certains useraient de l'exaspération comme d'un mode d'être habituel, un vademecum rageur.

 

2.

« C'est choisir son mal ; c'est se venger de soi sur soi. »

(Alain, « Propos sur le bonheur », XX, « Humeur »)

 

« choisir son mal »: choisit-on son mal ? Sans doute quand on tombe amoureux et qu'il nous arrive de le regretter amèrement.

 

Des fois quand on tombe amoureux, on croit qu'on l'a pas fait exprès. On a tort car c'est volontairement que l'on a choisi d'apprécier.

 

« c'est se venger de soi sur soi » : et avec ceux qui se vengent d'eux-mêmes sur les autres, ça nous fait du monde.

 

3.

« L'enfant essaie cette méthode d'abord. Il crie de crier»

(Alain, « Propos sur le bonheur », XX, « Humeur »)

 

« Il crie de crier », le môme, et les adultes hein des fois, ne parlent-ils que pour se faire taire ?

 

Alain dit qu'l'enfant « crie de crier », comme dans une maison tout le monde i crie on sait plus pourquoi au bout qu'ça fait maison de fous.

 

Qu'l'enfant i « crie de crier », genre la maison où tout le monde crie et qu'on a les boules qu'on est à bout qu'on met les bouts.

 

4.

« il [l'enfant] s'irrite d'être en colère et se console en jurant de ne pas se consoler, ce qui est bouder. »

(Alain, « Propos sur le bonheur », XX, « Humeur »)

 

s'irriter : qu'on colère et s'fiche en rogne, qu'la vieille ire nous revient courir sur le haricot, s'agace, s'énerve, pis qu'on zieute noir.

 

« s'irriter d'être en colère » : ah que ne sommes-nous sages comme des images ? dit-il en refermant son trash magazine.

 

5.

« Se frotter les mains est deux fois bon quand le vent souffle du nord-est. Ici, l'instinct vaut sagesse »

(Alain, « Propos sur le bonheur », XX, « Humeur »)

 

l'instinct : c'est l'héréditaire, l'inné et le non réflexif qui nous travaillent. La pulsion relève-t-elle de l'instinct ?

 

Entendu causer d'un film où l'on avait greffé les mains d'un assassin à un pianiste du coup je suppose qu'il avait du meurtre dans l'toucher.

 

Sagesse : bon sens. Quand « l'instinct vaut sagesse » : l'instinct n'est pas la sagesse. Quid de l'insensé qui agit en dépit de son instinct ?

 

6.

« Ce n'est point parce que je me réchauffe que je suis content, mais c'est parce que je suis content que je me réchauffe. »

(Alain, « Propos sur le bonheur », XX, « Humeur )

 

Ce n'est pas parce que je suis A que je suis B, mais c'est parce que je suis B que je suis A : grotesque chiasmerie.

 

Ce n'est pas parce que je suis que je pense, mais c'est parce que je pense que j'ai l'air d'être.

 

Exister, le rêve éveillé d'un spectre.

 

« parce que je suis content je me réchauffe » et pourtant, même s'il fait très chaud, je vous assure que ma poule ne pondra pas d’œufs durs.

 

« Ce n'est point parce que j'ai réussi que je suis content ; mais c'est parce que j'étais content que j'ai réussi. »

(Alain, « Propos sur le bonheur », XX, « Humeur )

 

« Ce n'est point parce que j'ai réussi que je suis content ; mais c'est parce que j'étais content que j'ai réussi. » se dit-il en s'fichant le doigt dans l’œil.

 

La joie présage-t-elle la réussite ? La mauvaise humeur présage-t-elle la déconfiture ? Le parapluie présage-t-il la machine à coudre et la table de dissection ?

 

Là où il y a des marchands d'parapluies, faut s'attendre à être mouillé.

 

7.

« C'est du bonheur, si tu veux, que le corbeau t'annonce », dit Epictète. »

(Alain, « Propos sur le bonheur », XX, « Humeur »)

 

présage : on voit des signes courir dans la rue, du sphinx passer dans les détails ; le monde, un roman policier à rebours.

 

Ça, ça n'présage rien d'bon se dit-il en voyant ses frites disparaître une à une dans un gosier aussi invisible que la main qui les chopait.

 

8.

« Et certes je ne nie point que ce genre de folie tienne à quelque lésion imperceptible de l'appareil nerveux qui commande nos réactions »

(Alain, « Propos sur le bonheur », XX, « Humeur »)

 

« lésion » : blessure, affection, préjudice, tort. Le verbe lésionner ne s'emploie pas sauf à ses risques et périls sémantiques.

 

« imperceptible » : c'qu'on peut à peine observer, qui court dans l'infime et grouille dans l'quasi invisible.

 

Pour les grands yeux de là-bas l'ailleurs, c'qu'on doit être tout imperceptible.

 

Y en a qui promènent tout le long des jours des lésions imperceptibles et des tas d'tracas qu'on voit pas qu'on sait pas alors bouclons-la.

 

« appareil nerveux » : c'est l'oracle à nervures, i nous actionne, pense, émeut, rappelle, puis perd conscience, puis meurt.

 

« et c'est cette redoutable méprise qu'ils nous montrent grossie, et comme sous la loupe. »

(Alain, « Propos sur le bonheur », XX, « Humeur »)

 

méprise : erreur, berlue, gourance. Des fois on s'méprend, on fait l'autre, pis qu'on est soi des fois, c'est tout d'même tant mieux.

 

Sous la loupe, surveillés, fliqués, traqués par les yeux de derrière les machines, et d'aut' yeux encore d'on ne sait quel ailleurs.

 

« Incantation magique, toujours suivie d'effet. Mais comprenez pourquoi. »

(Alain, « Propos sur le bonheur », XX, « Humeur »)

 

« incantation magique » : qu'on jacte drôle pour s'assurer du réel, qu'on en appelle à l'invisible pour maîtriser tout ça qui nous échappe.

 

Ce que nous croyons être, nous le rêvons, le fantasmons, l'incantons avec la sorcellerie de nos mots les plus courants.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 28 mai 2016.

25 mai 2016

VIEILLES CHANSONS MORTES SAISONS

VIEILLES CHANSONS MORTES SAISONS

1.
« au milieu des broussailles de mes souvenirs de l'hiver, avec de solides et souples tenailles de langage »
(Michel Butor, « L'Emploi du temps »)

2.
Des fois on attrape des mots avec la langue, et des fois même des mots tellement étranges qu'on comprend pas, alors on les recrache.

3.
Son palpitant palpita passque s'précipitant elle a vu qu'elle palpité parlé plus et plus jamais parlerai apartir du momen quel étai morte.

4.
« Les généralisations cosmologiques, d'une part, la réflexion rationnelle, d'autre part, tendent soit à bagatelliser, soit à conceptualiser la mort »
(Jankélévitch, « La Mort »)

La mort, on la balade dans les étoiles et les dieux, ou alors on la thèse, on la programme de terminale, l'insupportable que pourtant.

5.
Certaines copies, par leur nombre de fautes d'orthographe et de flottements dans la logique, ont, de fait, une grâce toute surréaliste.

En étudiant de telles copies, on acquiert la conviction que notre société est composée de plusieurs mondes étrangers l'un à l'autre.

La politique et l'économie ont pour objet de faire coexister des mondes étrangers l'un à l'autre au sein d'un même Etat.

6.
Je mourrai avec deux « r » : l'air de fin et l'air dégoûté.

7.
Un prof, c'est quelqu'un de plus ou moins bien habillé qui vient en classe avec son cerveau pour agiter sa langue.

8.
Quand je zieute le ciel le soir, je vois jamais d'ovnis, mais je vois des avions, parfois je me dis si ça s'trouve, c'est des faux.

9.
Saturne a des anneaux ; ma sœur aussi, partout que ça tintamarre quand son copain la gigote.

10.
Y a des écrivains, ils écrivent des bouquins pour prouver que c'est normal qu'on les invite à la radio.

11.
Alors Dieu, farceur, créa l’œuf, la poule et le philosophe.

12.
La Nature est une chatte, énigmatique, aux larges yeux, qui fait des chiens des bâtards et des tracas la gueuse !

13.
« Ce mage, qui d'un mot renverse la nature »
(Corneille, « L'illusion comique », v.1 [Dorante])

Ce mage là, i shazame comme Mandrake, i met la Nature tout par-dessus tête, que la Nature, elle gigote des pieds en l'air.

14.
« Il les a sorties tout droit d'un roman d'espionnage allemand. Il ne sait pas lui-même ce qu'il entend par « comportement suspect. »
(Agatha Christie traduit par Sylvie Durastanti, « L'Homme au complet marron » [Sir Eustache Pedler])

Dis qu'on sortirait « tout droit d'un roman d'espionnage allemand », du suspect dans l'comportement et du furtif dans l'déplacement et qu'on l'saurait même pas qu'on est secret à soi-même.

15.
«Pas moyen de faire autrement » disent les gouvernements et dans leur tête ils ajoutent, les ministres intègres, « surtout sans nous ».

16.
La jeunesse, ah féroce, a fiche son camp tout l'temps, vous laisse en rade tout vieux avec vos souvenirs et vos vieilles chansons.

17.
« L'été meurt.
(…)
J'accrocherai les plis neigeux de mes jupons
aux ronces du sentier poudreux, grêles harpons »
(Nina de Villard in « Dizains réalistes », XI)

« L'été meurt »
« les plis neigeux de mes jupons »
j'les ferai tomber partout sur vos becs, dit-elle assez sorcière et très trépignante.

18.
Vieilles chansons, mortes saisons.
Guitares oubliées, copines mariées.
Y a comme un fantôme dans l'accordéon.

19.
Je regarde mes brefs avec toute la condescendance voulue de la part de quelqu'un qui n'a écrit rien dont on cause.

20.
Dans les meilleures chansons de Yves Simon (« Zelda », « Au Pays des Merveilles de Juliet », « Caroline des Yvelines »…), du somptueux et du baroque dans les mélodies et les arrangements, pas si loin alors du pop/rock progressif d'outre moule-frites.

21.
Y aura plus de livres, plus d'yeux, plus de miroir ; y aura plus qu'des têtes de mort et des robots des robots des robots des robots des robots des robots des robots des robots des robots des robots des robots des

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 mai 2016.

DANS SA TÊTE UN FUNAMBULE

DANS SA TÊTE UN FUNAMBULE

1.
    Chacun promène dans
Sa tête un funambule et se demande quand
     C'est-y qu'il va tomber.

2.
Pourquoi La Rochefoucauld ne dit-il pas que « la plupart des gens ne jugent des hommes » que par leur ombre qui court sur le mur là-bas ?

3.
Quand on aime beaucoup des choses, on aime des gens qui les font, mais quand on aime pas les gens, des fois les choses on aime pas non plus.

4.
Le convoi était tout poussiéreux car il secoua la route Ils allaient loin ça changeait d'habitude ils s'arrêtaient au bout de la phrase.

5.
Dans la chanson elle dit qu'elle veut pas se résigner pourtant elle chante faux comme sa casserole c't'une couracheuse !

6.
Il rigola tan il s'efondra sur le sable ses yeu s'gondolère de larme et c'été pas drole car il s'étranglai coincé avec l'arête d'un poisson.

D'ailleurs, il était tellement efondré qu'il lui manquait un « f », alors il pouvait même plus sifler au secours.

Si vous vous demandez pourquoi il mangeait du poisson c'est parce qu'il nyavait plus de saucisses au magasin. Et puis, le poisson, c'est bien ça, pour s'étrangler, à cause des arêtes qu'il n'y a pas dans les bananes.

La forme « nyavait » vient du verbe « nyavoir », c'est quand il nya plus de ceci-cela (au magasin par exemple). Non mais, vous avez été prof dans une série télé, vous ou quoi ?

7.
« Quand on aime beaucoup quelqu'un, on ne saurait assez feindre de l'aimer moins. »
(Henri de Régnier)

Quand on aime beaucoup quelqu'un, on peut pas faire assez genre on l'aime moins mais c'est risqué y en a i nont pas le sens de la phrase.

La forme « nont », ça vient du verbe « navoir » (c'est quand on na pas). Non mais, vous avez été prof où vous ?

8.
C'été pas elle qui avait tué c'est passqu'elle voulé sauver de la guilotine l'homme qu'elle aimé la guilotine ça tuait tout la guilotine.

9.
L'antidote de nos poisons, c'est l'autre ; et il est tellement efficace que, parfois, il réussit à nous éliminer.

10.
Il ne faut jamais faire confiance à des inconnus ; c'est pour ça que je n'ai aucune confiance en vous : je vous connais trop bien.

11.
A force d'entendre des choses derrière les choses, il avait fini par entendre hurler le loup dans chaque chanson d'amour.

12.
Brel c'était un chanteur tellement bien qu'on comprenait tout ça qu'il chantait, mais moi je comprends pas bien passqu jl'écoute jamais.

La forme « jl'écoute » ça vient du verbe « jl'écouter », c'est quand on écoute pas pour rien (comme en cours) mais quand on jl'écoute quelqu'un précisément (ma pote par exemple). Non mais franchement, vous avez été prof au marché aux puces, vous ou quoi ?

13.
Dans la société y a des fois des sucidés à bout portant ça veut dire qu'on les a tuer avec une arme secrète qu'on dirait qu'i sont sucidés.

Y a même des fois des accidents d'auto a bout portant, c'est mon parrain qui m'a dit qu'il est mor d'une arête de poisson mal placée.

L'arête de poisson mal placée c'est pas une arme secrète, c'est juste un pas de chance ça s'appelle, une erreur de mangeage.

Faut dire, la mort, à force d'en parler, ça a fini par lui arriver, eh oui.

14.
Mon pote, il est pas toujours bavard, c'est surtout quand il ouvre la bouche, mais des fois c'est juste pour dire qu'il montre les dents.

15.
Je sais pas s'il le pensé vraiment C'est pasqu'il avait l'oeil au burrnoir qui pensait pour lui c'était Kévin qui avé voler le portable.

16.
Si on s'observait soi-même un peu plus attentivement, sans doute qu'on se dirait assez souvent qu'on n'est pas possible.

17.
L'humain, c'est de l'impossible qu'on reconnaît à sa façon d'échouer.

18.
Des fois on dit qu'on se prend à penser, c'est quand on ne veut pas y penser mais quand même on y pense, alors on est pris c'est ça le jeu.

19.
On dit les animaux, mais aussi les êtres humains sont des humains comme les autres.

20.
« Si je n'y voyais rien qui marquât une Divinité, je me déterminerais à la négative ».
(Pascal, « Pensées »)

C'est drôle qu'on puisse marquer une divinité, avec un signe moins dit l'auteur, comme en maths, mais c'est seulement si on ne la voit pas.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 mai 2016.

22 mai 2016

MARCHANT DANS LES PRESAGES

MARCHANT DANS LES PRESAGES

 

1.

Ce jour-là, Monsieur X... tomba sur le sol et dans la tombe, le coup étant mortel.

 

2.

Je me demande si le comportement des particules influe sur le réel parallèle. Intuitivement, je pense que non, mais justement…

 

3.

« Un rêve ou la parole d'un sorcier tuent nos espérances ; le présage est dans toutes les avenues. »

(Alain, « Propos sur le bonheur », « Notre avenir »)

 

Zut, se promenant dans la rue, marche dans un présage ; elle se dit Et alors, on n'a pas nettoyé la rue ce matin qu'ça sent le sphinx ?

 

4.

« Sommes-nous un théâtre de verdure en pierre décorative animée ? »

(Jacques Darras, « Condillac in progress »)

 

Jo se pose des questions sur qu'esseque nous sommes Des marionnettes gigotent dans un théâtre c'est pour ça qu'il y a des fils se dit Jo.

 

5.

« c'est l'Univers comme bégaiement »

(Jacques Darras, « Les Gilles de Binche »)

 

Voilà pourquoi le langage fut accordé aux humains : Dieu est bègue ; nous parlons à sa place et nous nous contredisons divinement.

 

6.

« Je n'oublierai jamais cet oiseau qui n'existe que si l'on y pense. »

(Marcel Havrenne, « Aphorismes »)

 

On se promène dans la rue ; on pense à des choses qui pourraient exister si l'on y pense ; alors tout se met à ne plus jamais exister.

 

7.

Je suppose que ce qui tend vers l'infini finit par trouver sa limite quelque part dans un pli du réel.

 

8.

« L'important n'est pas que les autres sachent et même reconnaissent que je vaux mieux : l'important est que moi je le sache. »

(Jean Giono, « Le Hussard sur le toit » [Angelo])

 

9.

Jo dit : j'ai plein de rien partout suis miné troué par le rien le rien me hante me honte plein d'cadavres partout dans tous mes coins.

 

10.

Je n'aime pas les films à thèse ; on dirait qu'ils veulent contaminer le réel.

 

11.

Jo se dit que s'il était Fantômas qu'esse qu'il rigolerait bien mais aussi comme il n'existerait pas ce serait même pas marrant.

 

12.

Des fois il pleut des têtes coupées alors Jo se réveille et se dit qu'il faut qu'il retourne au boulot.

 

13.

Machin est dans la rue elle est trop étroite mais il faut qu'il va prendre le bus donc il élargit la rue avec sa main large comme le poingt.

 

14.

« Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème

de la Mer, infusé d'astres, et lactescent »

(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

 

« le Poème de la Mer » tu parles y a pas d'poissons on peut pas pêcher dans les poèmes alors on a faim et on manche des kebabs.

 

« infusé d'astres » ça doit être des méduses, zinzin qui s'y baigne puis « lactescent », c'est trop bizarre comme mot, moi j'y vais pas.

 

15.

« J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies »

(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

 

Jo dit si la nuit est verte c'est qu'on en est ville c'est vert à cause des néons ça éblouit la neige et les copines ont mal aux yeux.

 

Jo dit qu'il a mis « copines » au pluriel passque « éblouies » c'est au féminin pluriel dans le poème alors copines.

 

16.

« Ô pâle Ophélia ! belle comme la neige ! »

(Rimbaud, « Ophélie »)

 

Jo dit qu'il a jamais vu de fille « belle comme la neige », ou alors comme un camion sous la neige mais Ophélia c'est joli comme prénom.

 

17.

« Que ton cœur écoutait le chant de la Nature

Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits »

(Rimbaud, « Ophélie »)

 

Jamais vu d'arbre se plaindre même quand on en fait du pécul ou du papier tue-mouches. Parfois, quand même, ils grincent.

 

Quant aux « soupirs des nuits », c'est que les murs sont trop minces et que la voisine a de la visite.

 

Le « chant de la Nature » ça rappelle les vaches, mais des vaches dans les arbres, késameuh ? Comme quoi, Rimbaud, c'est n'importe nawak.

 

18.

« C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,

A ton esprit rêveur portait d'étranges bruits »

(Rimbaud, « Ophélie »)

 

C'est vraiment un souffle fort pour en tordre comme ça des grandes chevelures que si ça se trouve, aux filles là, ça leur fait des tresses.

 

Le vent dans le poème il est plein « d'étranges bruits » comme si on entendait la télé mais au loin la télé genre télé d'univers parallèle.

 

19.

« The spectator is a dying animal. »

(Jim Morrison, « Seigneurs et nouvelles créatures »)

 

« Le spectateur est un animal mourant » écrit Jim Morrison, surtout dans les polars où l'on plante des zigs dans le noir des cinémas.

 

20.

« C'est que la voix des mers folles, immense râle,

Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux »

(Rimbaud, « Ophélie »)

 

Des fois, les mers elles sont folles et dans leurs filets, les marins pêcheurs ramènent des entonnoirs.

 

« la voix des mers folles » : ça doit être kekchoz comme opéra ! Fifres ultra-marins, voix d'hululantes sirènes, octopodes polyphoniques.

 

Y a pas qu'les entonnoirs des océans loufdingues qu'ils ramènent, les filets, y a aussi des brisures de seins, des éclats d'poitrines. A mon avis, c'est des sirènes qui se sont fait viander par des hélices.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 22 mai 2016.


DELIRER DANS LE SCRIBE

DELIRER DANS LE SCRIBE

 

1.

Le monde change ; nous aussi, mais ça fait des froissements. Pour tout dire, ça grince même drôlement.

 

2.

Cézigue méchant il dit bin j'espère bien bordel de quand il entend une mauvaise nouvelle à la radio Ah quel poète alors !

 

3.

Je me retourne :

- Y a quelqu'un ?

- Non, y a personne, mais faites comme si j'étais là.

Alors, rassuré, je peux continuer à délirer dans le scribe.

 

4.

« Est-ce que le but de la vie est de vivre ? »

(Paul Claudel, « L'Annonce faite à Marie », IV, 5 [Anne Vercors »]

 

« Est-ce que le but de la vie est de vivre ? » demande un personnage de Claudel. Non, le but de la vie est d'aider les autres à vivre, et c'est bien tannant.

 

5.

Quand le vent se lève, je me couche, enfin, si je peux parce que, n'est-ce pas, les autres hein les autres hein les autres hein hein ?

 

6.

Ah le cinoche et ses critiques qui louangent des daubes en couleurs comme si c'étaient des merveilles, j'm'en fous, j'préfère Tintin.

 

7.

Hélas l'hélice lasse lâche

Et dans la mer l'coucou se crashe.

 

8.

Alors il recula si illico presto tout de go vite et fort qu'il traversa le mur, ce qui l'épata grandement.

 

9.

La mort... le réel nettoie ses costumes.

 

10.

« Puis j'expliquai mes sophismes magiques avec l'hallucination des mots ! »

(Rimbaud, « Une saison en enfer » [Le Je-est-un-autre])

 

Rimbaud, dit Jo, c'est un gus, il a dû fumer le dictionnaire, pour délirer dans le scribe comme ça.

 

11.

« - Mon bon ami, répondit-il, vous passez à côté de la question. Je cherche quelque chose que je ne vois pas. »

(Agatha Christie traduit par Laure Terilli, « Un dîner peu ordinaire » [Poirot])

 

Parfois, on cherche des choses qu'on ne voit pas avec des yeux qu'on n'a pas.

 

12.

« En moi l'hiver s'est lové

comme un animal familier »

(Jean-Michel Delambre, « Il gèle à cœur fendre »)

 

« En moi l'hiver s'est lové / comme un animal familier » du coup j'nourris la bête j'bouffe j'grossis j'm'ourse j'm'ourdis contre le froid.

 

13.

Des fois, j'me sens comme un cheveu dans ma soupe.

 

14.

« Ainsi sous le nom de style, se forme un langage autarcique qui ne plonge que dans la mythologie personnelle et secrète de l'auteur »

(Roland Barthes, « Le Degré zéro de l'écriture »)

 

Nous nourrissons des dieux secrets, dont nous parlons la langue, sans jamais la maîtriser.

 

15.

Nous portons des chimères, que, fatigués, nous finissons par déposer, alors nous tombons, écrasés par le vide.

 

16.

Y a des gens i sont pas gentils mais ce sont des gens alors on n'a pas le droit de mais quand même i sont pas gentils.

 

17.

La somme de tout ce qu'on a dit, dit, dira, tout de même, quel absurde monologue.

 

18.

Le meilleur moyen de supprimer un établissement, c'est de le fusionner avec un autre ; avec le temps, il s'y dissoudra.

 

19.

On a beau couronner de laurier la tête d'un âne, ce n'est jamais qu'un âne que l'on couronne.

 

20.

Ayant lu son nom dans le journal, il se reconnut, et, pris de remords, se livra à la police.

 

21.

« Le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas » aurait dit Malraux, il aurait dit « religieux et médiéval » qu'il aurait encore eu raison.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 22 mai 2016.

21 mai 2016

CHATELAINE EN CABOCHE SUIVI DE UNE HISTOIRE DE JO

CHATELAINE EN CABOCHE SUIVI DE UNE HISTOIRE DE JO

1.
Toujours amusant de constater que quelques notes d'une ritournelle naguère à la mode ont un réel pouvoir de réminiscence.

2.
« Elle s'arrange ensuite pour que ces objets soient découverts. »
(Agatha Christie traduit par Thierry Arson, « La Mystérieuse Affaire de Styles »)

« Elle s'arrange ensuite pour que ces objets soient découverts. »
- Qui, mais qui donc ?
- La Dame en noir, la châtelaine en caboche.

3.
Des fois, pour le simple plaisir de la réminiscence, j'écoute des compilations de ritournelles plus ou moins sottes.

4.
Quand nous mourons, sans doute, nos fantômes partent en fumée et en Espagne, nos châteaux tombent en poussière.

5.
J'aime bien le syntagme « dissipant les fantômes de la nuit ». J'imagine assez quelque fée de l'aube balayant le seuil du jour et houspillant les esprits traînards.

6.
Je mourrai dans un souffle. Je m'dirai (je m'dis souvent, c't'une manie), je m'dirai « Vivre... » et puis hop j'vivrai plus.

7.
Il n'y a plus de petits maîtres ; par contre, qu'est-ce qu'il y a comme Grands Cons !

8.
Ah tiens, ça zeugme : « Or, surveillant ainsi le hasard et le ras du sol, et pensant au moine Orthopompe et au changement, il aperçut un fragment de pierre à moitié recouvert de sable »
(Boris Vian, « L'Automne à Pékin », 10/18 n°208, p.119)

9.
Alors tous les dieux ne firent qu'un, et devenus l'infini, ils quittèrent images et maisons pour nous soumettre.

10.
Et si certains livres (oserai-je prononcer le nom de Borges ?) étaient les exégèses d’œuvres qui n'existent que dans quelque réel parallèle.

11.
« C'est à la femme à barbe, hélas ! qu'il est allé,
le cœur de ce garçon, coiffeur inconsolé. »
(Germain Nouveau in « Dizains réalistes », XLI)

12.
Lui dans la rue étroite
Il se sent tout grognon
Il fait chaud il est moite
Et se sent très bouffon
D'avoir laissé des sous
Et puis d'être un peu saoul.

13.
Jo l'indien va a la chasse. Un faux lapin imense très poilu intervenit et l'assomit, Jo jémit (Ah) et alor il tombit sur le sol tout gris.

14.
Jo assomi a pas eu le tans de dire ouf Vade retro Satanas pourtan il auré pu il a fai du latin y a lontans avec Madame Fatalitas du colège.

15.
Mes c'était un faux lapin (imense) Quen il se réveillit Jo le vit et dit Qui es-tu L'autre réponda Je suis le fantôme de l'orthographe.

16.
On l'apele Jo l'Indien on a l'apelé come ça depuis lontans parsque on disait Jo il a une plume il est plumé Jo c'est pour ça on disait.

17.
Jo était assomi pandant ce tans dans ce trou de verdure où causent les oiseaux Madame Lapin rapait des carottes.

18.
Jo disa :
- Qui es-tu toi tout poilu tout imense ?
Le lapin réponda :
- Je suis le fantôme de l'orthographe ; sur ce, il le corrigea.

19.
Après Jo l'indien était tout rousté corrigi il parti voir un gramérien (c'était un renar avec des lunettes) qui lui dit que tout était OK.

20.
Alors quen mème Jo fut bien contan il a eu son diplome (c'était un bac) et il put aller vandre des cravates en ville car y a plus de monde.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 mai 2016.

18 mai 2016

CHAQUE ÂNE A SON PANIER

CHAQUE ÂNE A SON PANIER

 

1.

Dans « L'Autre » (conte de Borges) le narrateur face à l'eau grise d'un fleuve pense au temps ; d'l'Héraclite lui coule dans la tête.

 

2.

J'ouvre « Le Livre de sable », de Borges, je lis cette phrase : « L'autre se mit à rire. » Les fictions se fichent de nous.

 

3.

Parfois, j'ai un peu d'mal avec ma solitude et mon chien malade, mais j'me console, ça pourrait être pire, j'pourrais vivre avec quelqu'un.

 

4.

Un jour (lointain j'espère) on me r'trouvera mort (le cœur sans doute) et puis j'irai vous casser les pieds.

 

5.

Dans « Le Hussard sur le toit », Angelo en embuscade - « heureux comme un roi » note Giono - plongeant dans ses pensées, ne frappe donc pas.

 

cf Jean Giono, « Le Hussard sur le toit », folio plus n°1, p.129.

 

6.

On ne peut pas être et ne pas avoir été, sinon euh…

 

7.

Zut, des fois, elle se dit qu'elle en a marre de nourrir son député, qu'la prochaine fois, elle votera pas.

 

8.

Je me demande si, parfois, à Sainte-Hélène, Napoléon pensait que « l'on n'est jamais si bien servi que par soi-même ».

 

9.

Les politiques aiment leurs électeurs sans doute autant qu'un marionnettiste aime son guignol.

 

10.

Méfiez-vous des mots, ils finissent toujours par vous faire dire ce que vous n'auriez même pas murmuré.

 

11.

« Non que l'âge soit un avantage, mais il rejoue toujours à la fin la même scène encore et encore, comme dans une histoire de fous. »

(Charles Bukowski traduit par Léon Mercadet, « Un homme très populaire » in « Contes de la folie ordinaire »)

 

12.

« Elle disait de son stupide mari en montrant ses deux enfants : « Voilà tout ce que j'ai pu en tirer. »

(Henri de Régnier)

 

13.

« On sent que cet infini cache sous ses fards une indifférence quasi spirituelle, de poudre d'escampette »

(Paul Dewalhens, « En scène pour suivre » in « Cymbalum Mundi », La Dryade, 1970)

 

14.

Bien sûr, très âgé, il était plein de répétitif, de théâtre rayé, Hamlet bègue, logicien bloqué des rouages.

 

15.

J'espère que près de ma mort, je ne me mettrai pas à croasser.

 

16.

« Chaque âme a son secret... » ; moi aussi j'ai un âne.

 

17.

« Les secrets de mon âme », un paquet de bonbons arlequins.

 

18.

Existe-t-il un morceau de musique intitulé « Sentimentale guimauve » ? J'y mettrai sons froissés, kling et klang et tuyau de poêle.

 

19.

Je me demande de quelle couleur est l'âme des tourmentés, et si elle finit par prendre la forme d'un couteau de boucher.

 

20.

Non, monsieur Houzeau, Yaudepoëlle n'est pas le nom d'un idiot de village que, moqueur, l'on tutoie.

 

21.

Zut des fois pense à la nuit de son âme, qu'il y a une banane dedans et qu'elle la mange. Du coup, nuit noire, dodo.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 18 mai 2016.

16 mai 2016

PUISQU'IL EST MAINTENANT

PUISQU'IL EST MAINTENANT

 

1.

Les gens, faut qu'ils se fascinent, qu'ils se hantent, se légendent, qu'ils aient le sentiment de frôler l'impossible.

 

2.

« Il n'y avait ni portes ni fenêtres, mais une rangée de fentes verticales et étroites. A l'aide d'une loupe, je cherchais à voir le minotaure. »

(Borges traduit par Françoise Rosset, « There are more things » in « Le Livre de sable »)

 

« ni portes ni fenêtres, mais une rangée de fentes verticales et étroites »... C'est peut-être la pluie. Vérifions si ça mouille.

 

3.

« Sa grande plainte vague / Il l'a prise au malheur »

(André Gill, « (Oh n'avoir pas trouvé même... ) » in « Album zutique »)

 

Venant du vent, une grande plainte vague. J'en connais qui se bouchent les oreilles, pour pas qu'ça les entête, le loup de l'air.

 

4.

« Arrêtez de gaspiller des millions dans des guerres stupides. Investissez dans l'éducation. »

(Jeffrey Sachs, propos entendu sur France Culture, « Rue des Ecoles » du dimanche 15 mai 2016)

 

C'est vrai ça. Investissez dans l'éducation. Qu'on se massacre entre gens cultivés. Je dis ça, je provoque, mais franchement, vous y croyez, vous, à la paix du monde ?

 

5.

Sont marrants avec leur éducation. C'est pas d'l'éducation qu'i nous faut, c'est du boulot, du sonnant, du trébuchant.

 

6.

« Angelo décoiffa une autre bouteille de vin. »

(Jean Giono, « Le Hussard sur le toit »)

 

Une bouteille de vin, si ça se décoiffe, c'est que le pinard, c'est du chevelu. Qu'on en décoiffe une autre, et on aura mal aux cheveux.

 

7.

Quand on se rend compte qu'on a oublié quelque chose, on se dit Où ai-je donc la tête ? En général, on la r'trouve sur ses épaules.

 

8.

« La fortune aux larges ailes, la fortune par erreur m'ayant emporté avec les autres vers son pays joyeux »

(Henri Michaux, « Chant de mort »)

 

Si la fortune a de larges ailes, c'est pour s'envoler loin, loin, loin. Et nous, nous restons là, là, là.

 

9.

S'il y a des chants de mort, il y a aussi des chants de vie ; c't'un medley qu'on vit.

 

10.

S'il y a un Dieu caché, il doit l'être dans l'évidence.

 

11.

« J'ai aimé, un temps, des êtres flexibles et frais, aux cheveux étincelants, aux belles boucles. »

(Henry Fagne, « Madame Plaisir », in « De plante et de fantôme », Espaces, 1967)

 

On aime, « un temps, des êtres flexibles et frais » pour finir – alors il n'est plus temps - parmi des êtres raides et pourrissants.

 

12.

« La mer aujourd'hui,

est pareille à une cour de caserne vide. »

(Ernst Moerman, « Océan »)

 

Si la mer, des fois, a l'air d'une « cour de caserne vide », on y voit quand même des panaches sans ralliez-vous, des naseaux sans cheval.

 

13.

Le réel est plein de choses dont il faut sans cesse s'occuper. Des fois qu'on s'ennuierait, qu'on tomberait dans l'ontologie.

 

14.

« Dans les larmes nous voyions l'immense escalier des siècles »

(Henri Michaux, « Avenir »)

 

Si dans les larmes on voit des escaliers, c'est qu'il y a des maisons autour et des yeux qui pleurent dedans.

 

15.

« Dans ma petite tête, j'ai mort plusieurs fois déjà dans ma vie ! Mort ? La mort ? »

(Jean-Pierre Verheggen, « Ça n'langage que moi », Gallimard, 2015)

 

Avoir la mort plus qu'être mort, qu'avant d'être définitivement titulaire de son poste au cimetière, on l'a déjà la mort, auxiliaire, intérimaire, intermittente du funèbre.

 

16.

« A l'heure où les souris d'hôtel

ajustent leur cagoule

- au cœur scintillant de la ville mythique - »

(Marcel Havrenne, « La vieille blessure »)

 

Quand « les souris d'hôtel ajustent leur cagoule », le cœur de la ville scintille noir dans un passage, roman noir pour une nuit blanche.

 

La souris d'hôtel a enfilé son ombre « au cœur scintillant de la ville ». A mon avis, le diamant a croqué la souris.

 

17.

« jamais il n'était ni ne sera, puisqu'il est maintenant »

(Parménide traduit par Riniéri, « Le Poème »)

 

Dans l'genre éternel présent de la conscience, le temps, bouffeur de passé, tutoyeur de futur, bref, bricoleur d'abstractions.

 

18.

Il n'est que par ses indices. Insaisissable, incessant, ainsi nous saisit-il. L'être, le passage de Fantômas que nul n'a vu pourtant.

 

19.

Le réel est plein de choses dont il faut sans cesse s'occuper. I sait pas se débrouiller seul, le réel. C'est un enfant très très très âgé.

 

20.

Ah j'en aurai écrit des tas de petites choses ! Si petites que les éléphants de la critique passeront dessus sans même les voir.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 15 mai 2016.

15 mai 2016

C'EST CALCULER QUI COMPTE

C'EST CALCULER QUI COMPTE

1.
Parfois on s'dit : Mais pourquoi donc les autorités ont-elles pris cette décision ? Des fois, c'est la corruption, ma chère, la corruption.

2.
#Centenaire de la bataille de Verdun : Qu'ont donc à y voir l'industrie du disque et le Top 50 ?

3.
Et si dans la préhistoire, certains, en peignant sur les parois, n'avaient pas eu d'autre but que de faire rire leurs contemporains ?

4.
« L'homme oublie qu'il est un mort qui converse avec des morts. »
(Borges traduit par Françoise Rosset, « There are more things » in « Le Livre de sable »)

« L'homme oublie qu'il est un mort », ce qui ne l'empêche pas de s'enterrer dans un trou ou de jouer les bons vivants hein comme si.

5.
« Impuissance, puissance des autres. »
(Henri Michaux, « Animaux fantastiques »)

6.
« Or, le matin entrant comme un casseur de vitres »
(Charles Frémine in « Dizains réalistes », XLIX)

7.
Et d'où c't'idée d'serpent ondulant dans l'saxo ?

8.
« puis, sifflant doucement mes chiens imaginaires,
je suis reparti seul, un caillou dans les doigts. »
(Arthur Haulot, in « Espaces », De Rache, 1967)

Quand on en est à siffler ses « chiens imaginaires », faut pas s'étonner d'être attaqué par un loup invisible.

9.
Reparti seul la nuit lui trouant les orbites
Sous ses pieds le chemin se perdit et bouffa
L'bouffon on en r'trouva quelques épars dans l'herbe.

10.
Giclé en morceaux viandé brisé frité trempé
Tout épars de l'os puis se rassemble et s'en va
Avec tout son squelette et son nom oublié.

11.
A force de bouffer du bouffon, on finit par vomir du calembour. Mais ce n'est pas parce qu'on bouffe du curé qu'on vomit Dieu.

12.
« Si sa trigonométrie est fausse, un jour, il gicle en morceaux sous la roue d'une auto ou la paisible roue d'un moulin oublié. »
(Henry Fagne, « Une vie de rat » in « De plante et de fantôme », Espaces, 1967)

13.
« L'oreille tendue, Fanny et Jean recueillirent le petit rire étranglé et malheureux de Jane. »
(Colette, « La Seconde »)

Quelle bonne action que de recueillir « un petit rire étranglé et malheureux » ! Il y en a tant de par le monde de petits rires étranglés !

14.
« L’œil sur la fenêtre ouverte, elle guettait l'approche du soir et ne voulait pas que l'ombre la surprît. »
(Colette, « Le Toutounier »)

Quand on a « l’œil sur la fenêtre ouverte », faut gaffer, des fois qu'il s'envolerait, et tout le reste du corps avec.

15.
« Il me faut trouver une maison où les gens sont encore vivants »
(Jean Giono, « Le Hussard sur le toit » [Angelo])

« Il me faut trouver une maison où les gens sont encore vivants » se dit le fantôme affamé d'exotisme.

16.
« Comment s'appelle cet endroit ? demanda Angelo.
- Ça ne s'appelle pas, dit l'homme, du moins j'en sais rien. C'est chez nous. »
(Jean Giono, « Le Hussard sur le toit »)

Il y a des lieux qui ne s'appellent pas. Jamais ils ne vous répondent et n'ont pas d'autre nom que votre ombre. Ce sont des lieux non-dits.

17.
Ecrire, ce n'est rien. C'est calculer qui compte.

18.
« Vous pigez, ou bien s'il faut vous graisser la pensarde ? »
(San-Antonio, « Passez-moi la Joconde »)

L'expression « graisser la pensarde » suppose qu'des fois ça grince, la pensarde, a s'ouvre mal, a fermente dans sa nuit, a s'rouille.

19.
Nous vivons avec nos fantômes comme s'ils n'étaient pas là. Du coup, quand ils se manifestent, forcément, on s'épouvante.

20.
L'inconscient s'agite-t-il comme une araignée dans sa toile ? Comme un fantôme dans la plante ? Une voix dans la Sibylle ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 mai 2016.