BLOG LITTERAIRE

20 juin 2017

OUI MAIS TOUT DE MÊME

OUI MAIS TOUT DE MÊME

 

1.

Défois j'peux pas entendre « The Sound of Silence »(« Hello darkness my old friend ») sans m'avoir comme de la gribouille dedans (c'est bête).

 

2.

Défois de la fatigue dans l'être, couteau qu'a perdu sa lame pis qui s'sent tout manche.

 

3.

Un fantoche agite ses routes en moi, mais il balbutie, confond les noms des patelins, et me fourvoie.

 

4.

Jadis j'ai haï les livres. Menteurs ! Je leur disais tandis que le réel s'enfuyait en se moquant du monde de moi.

 

5.

A force d'autopsier le langage, ça fallait qu'ça arrive, qu'on finisse par les retrouver, tous ces philosophes morts.

 

6.

Et dire qu'un jour, comme souvent, je serai en retard pis qu'ça s'ra aussi définitif qu'un zéro sur une copie blanche.

 

7.

D'ailleurs, à une copie blanche, ça m'arrive d'hésiter pour le zéro. Après tout, le rappel de l'hégémonie du néant est en soi assez méritoire.

 

8.

Pieds : pointe bien sûr, mot d'esprit - la pointe de mon âme est-elle une cocotte en papier, une réplique dans une comédie oubliée ?

 

9.

Politique : pleine de foudres et de dieux maladroits, yeux noirs, « petites phrases » vipérines, assassines, mercenaires.

 

10.

Silhouette. Chez Bernanos (cf « Sous le soleil de Satan ») « M. le curé de Luzarnes » est évoqué sous la forme d'une « haute silhouette noire ». Sentinelle.

 

11.

Amour, toujours, tambour, des fois pourri, des fois pour rire, des fois pour rien ; on y croit quand même : ça doit bien exister, quelque part.

 

12.

Moi, franchement, suffit que j'entende de la poésie bien sérieuse, bien haute et déclamatoire, pour avoir envie d'faire des jeux d'mots, dis.

 

13.

« Il élève le petit garçon comme une hostie. »

(Bernanos, « Sous le soleil de Satan »)

 

Heureusement, depuis, en éducation, on a fait des progrès.

 

14.

J'entends qu'les Who s'fichaient pas mal de l'esprit « Summer of love » et des hippies (pis peau d'âne). M'étonne pas. J'aime bien les Who.

 

En 1977, on disait des Who qu'ils étaient des précurseurs du punk. Du reste, les Who n'étaient-ils pas représentatifs de l'esprit Mods ?

 

Je me dis parfois que bien des Anglais doivent trouver assez curieux ce goût que beaucoup de Français cultivent pour leur musique pop/rock.

C'est sans doute parce que nous ne comprenons pas les paroles, ou que nous n'y prêtons pas attention.

 

Défois y a d'ces chanteurs des seventies, zenvoient avec des mimiques shakespeariennes des textes que c'est rien qu'des histoires d'papillon.

 

Qu'des fois je me dis que le rock, c'est peut-être rien d'autre que beaucoup de bruit pour rien. Oui, mais tout de même il y a les Stones.

 

Oui, mais tout de même il y a « l'album blanc ».

Oui, mais tout de même il y a « The Wall ».

Oui, mais tout de même il y a « The Song Remains The Same ».

Oui, mais tout de même il y a « Who's Next ».

Oui, mais tout de même il y a « Horses ».

Oui, mais tout de même il y a « New Boots And Panties !! »

Oui, mais tout de même il y a « L.A. Woman »

Oui, mais tout de même il y a « New Skin For The Old Ceremony »

Oui, mais tout de même il y a « Desire »

Oui, mais tout de même il y a « Harvest »

Oui, mais tout de même il y a « Are You Experienced »

Oui, mais tout de même il y a « Cosmo's Factory »

Oui, mais tout de même il y a « Rumours »

Oui, mais tout de même il y a « Nina Hagen Band »

Oui, mais tout de même il y a « Sheik Yerbouti »

Oui, mais tout de même il y a « A Woofer In Tweeter's Clothing »

Oui, mais tout de même il y a « Hotel California »

Oui, mais tout de même il y a « Hounds Of Love »

Oui, mais tout de même il y a « The Concert »

Oui, mais tout de même il y a « In The Court Of Crimson King »

Oui, mais tout de même il y a « Histoire de Melody Nelson »

Oui, mais tout de même, tout de même, tout de même hein (et là le hein s'envole comme la voix de Robert Charlebois dans « Mr Plum »).

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 20 juin 2017.


19 juin 2017

A DECLAMER AVEC LA VOIX DÉSABUSÉE D'UN COMÉDIEN FORT LUCIDE

A DECLAMER AVEC LA VOIX DÉSABUSÉE D'UN COMÉDIEN FORT LUCIDE

1.
« Je ne me suis pas consolé
Bien que mon cœur s'en soit allé »
(Verlaine)

Des fois on a le cœur « s'en soit allé »
C'est quand on est triste tout seul puis
qu'on n'a plus envie de rien et même pas

d'chicons au gratin On n'a pas envie car
on a l'cœur tout parti ailleurs qu'on ne
fait rien d'autre qu'attendre son retour

2.
« cloche en mer, fausse, assourdie
de neige lente. »
(Verlaine)

Des fois j'entends des musiques étranges
à la radio Des fois ça sonne drôle qu'on
dirait comme qu'on dirait comme oh qu'on

dirait d'la « cloche en mer » qu'ça fait
qu'j'ai répété qu'on dirait comme becoze
j'écoute une basse dans un vieux rock n'

roll que vous savez bien que j'aime bien
ça le rock qu'j'ai pas trop l'goût de la
chanson française qui dit des vérités ah

la chanson française qui dit des vérités
quelle plaie ! Y a que gogos bobos zozos
cocos pour y croire à ces âneries moi je

m'en fous j'm'en fous je vous dis pouvez
allez vous car moi c'que j'aime c'est le
son d'cette « cloche en mer » qu'ça fait

penser à Verlaine c'te cloche au loin et
«fausse» encore au loin & «assourdie» On
dirait qu'il y tombe de la «neige lente»

De la «neige lente» écrit Verlaine comme
si c'était l'entre la vie et la mort qui
se met à sonner là-bas là-bas tout près.

3.
Des fois « n'est-ce pas en dépit des sots
& des méchants » i dit Verlaine & on en a
plein la tête faut les virer d'sa caboche

Faut les virer d'sa caboche à grand coups
d'pied dans l'fondement d'sa raison & pas
qu'ils arviendrent les sots pis méchants.

4.
« Je devine, à travers un murmure,
Le contour subtil des voix anciennes
Et dans les lueurs musiciennes,
Amour pâle, une aurore future ! »
(Verlaine)

Je devine car des fois j'suis devinitateur
« à travers un murmure » Défois ça murmure
qu'j'en ai la tête bruissante & surtout si

le vent souffle que j'suis obligé de faire
gaffe à mes esgourdes pour pas qu'elles se
les jouent ouïes de l'air Pis il y a plein

de voix dedans qui y murmurent même que le
Verlaine dit qu'c'est des «voix anciennes»
des qui en r'viendraient du passé histoire

de nous en raconter d'autres & Verlaine il
leur ajoute du « contour subtil » même que
moi j'me sens de moins en moins subtil que

la subtilité ça fait que nous mener un peu
moins rapidement que prévu à c'te barbarie
là qui nous attend mais bref vous le savez

bien que je vois pas bien comment qu'on va
s'en sortir sans causer malheurs misères &
horreurs Hypocrite qui m'dira l'contraire!

Après Verlaine il s'hallucine des «lueurs»
qu'elles lui jouent du pipeau ses «lueurs»
au Popaul que nos gloires nationales chais

bien vous allez m'dire que je les respecte
pas beaucoup c'est qu'j'ai cette franchise
de dire que j'm'en fiche d'à peu près tout

que faut arrêter d'se raconter des salades
sur l'humain la bienveillance l'empathie &
le zen là qu'c'est des farces pour nous en

vendre du vivre ensemble & tous ces livres
écrits par de compatissants philosophes ah
comme j'ai envie de leur secouer les puces

ah comme j'ai envie de les faire chuter de
leur universelle nuée et leur rappeler que
progrès ou pas tout d'même que ça massacre

que ça affame décapite viole pille torture
emprisonne assassine pendant que des zozos
nous disent qu'manger d'la viande pas bien

pas bien c'est Ah qu'ils y aillent léviter
dans leurs ailleurs fraternel à rêver à la
grande fraternité des âmes empathiques Moi

je suis pas empathique et franchement même
pas trop sympathique plutôt désinvolte pis
ingrat et pis de droite encore (ah suis-je

affreux ! Qu'c'est-y pas dieu possib') Bon
revenons à c'pauvre Lélian qui narrait que
« dans les lueurs musiciennes »(c'est tout

d'même triste d'en arriver là)i vit «Amour
pâle» (mange pas assez d'viande sa chérie)
« une aurore future » oui qu'on est dedans

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 juin 2017.   

18 juin 2017

18 JUIN 2017 2ND TOUR DES LEGISLATIVES ET VOTE FN DANS LE BASSIN MINIER

18 JUIN 2017 2ND TOUR DES LEGISLATIVES ET VOTE FN DANS LE BASSIN MINIER

 

Sur France Inter, un "expert" en géographie électorale évoque le vote de la « communauté des mineurs du bassin minier » du Pas-de-Calais : n'importe quoi !

 

Si les gens votent FN, c'est surtout en raison de la désindustrialisation qui frappe très durement le Nord-Pas-de-Calais. Le vote FN n'est en rien caractéristique de ce que pourrait penser je ne sais quelle « communauté » des ex-mineurs (cela fait belle lurette qu'il n'y a plus de mines en activité dans le « bassin minier »).

 

Rien de commun entre les familles issues de l'immigration maghrébine et celles issues des immigrations polonaises par exemple.

 

Les gens du Nord-Pas-de-Calais n'ont plus confiance dans les partis traditionnels, et voilà tout. Dans les Flandres, pas de mineurs et le vote FN y est là aussi élevé.

 

Dans le bassin minier du Pas-de-Calais, il y a une très grande hétérogénéité des origines : il n'y a pas de « communauté des ex-mineurs ». Par contre, le FN, depuis longtemps, a fait de la ville d'Hénin-Beaumont un enjeu symbolique : ancienne municipalité modèle (lors des mandats de Jacques Piette, de 1969 à 1989), lieu d'expérimentation sociale (dans l'éducation notamment), Hénin-Beaumont a très mal vécu la fermeture des mines, la fin des Trente Glorieuses, la désindustrialisation et la montée du chômage.

 

Certains élus socialistes du bassin minier n'ont pas su gérer cette fin des Trente Glorieuses et ont continué à vider les caisses : d'où l'échec du PS, et la désillusion de bien des électeurs.

 

Ce n'est donc pas une « communauté des mineurs » qui donne ses voix au FN mais des dizaines de milliers de gens de toutes les classes sociales.

 

Je ne m'en réjouis pas du tout. Je le constate, c'est tout.

 

La région Nord-Pas-de-Calais, de par le dynamisme de sa population et sa position géographique, devrait être l'un des centres du monde.

Comment expliquer, par exemple, que les Flandres françaises peinent à lutter contre un chômage croissant tandis que les Flandres belges regorgent d'argent ?

 

Cette région Nord-Pas-de-Calais, on la voit souvent comme la cinquième roue du carrosse : ne vous étonnez donc pas que le FN y perçât si fort.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 18 juin 2017.

ILS ONT BON DOS LES ESCARGOTS

ILS ONT BON DOS LES ESCARGOTS

 

1.

C'est souvent quand on entend parler les autres qu'on se rend compte à quel point, dès qu'on l'ouvre, on peut être prétentieux casse-bonbons.

 

2.

« Planer avec le condor

se faufiler dans les ruines »

(Michel Butor, « Lectures transatlantiques »)

 

Moi perso « planer avec le condor »

comme il dit Michel Butor ça me dit

pas trop que ça me paraît bien haut

 

que j'ai l'vertige et pis le condor

i s'rait peut-être pas d'accord pis

d'un coup de bec i m'dégringolerait

 

et puis « planer » c'est un truc de

camé ça planer ou d'intellectuel de

gauche y a aussi « se faufiler dans

 

les ruines » c'est tentant mais bon

si c'est pas son métier d'inspecter

les ruines moi je m'y vois pas dans

 

les vieilles pierres & les courants

d'air qu'j'ai pas envie d'y croiser

la Dame Blanche & son cri de fer sa

 

griffe et son bec c'est un oiseau i

paraît un ailé nocturne qui passant

près de vous i vous effraie passant

 

en hurlurant qu'elle fait la Dame &

vous voilà tout berlué & aussi dans

les ruines on risque de croiser son

 

fantôme qu'il devrait pas être là &

kesskifélà d'abord ? Le mieux si on

peut c'est de rester à la maison et

 

de regarder des dévédés de Mystères

& Boules de gomme ou d'préparer des

chicons au gratin avec son fantôme.

 

3.

« L'escargot n'aime que l'aube – ou le soleil qui revient dans la pluie finissante. »

(Pascal Quignard, « Abîmes », chapitre XXX)

 

L'escargot est-elle bête si goûteuse

Ne serait-ce point la sauce qui fait

son goût à l'escargot & on dit aussi

 

que c'est une bête lente lente lente

lente lente lente oh très lente mais

la lenteur de l'escargot n'a de sens

 

que comparée à notre humaine vitesse

car l'humain est véloce féroce aussi

alors qu'l'escargot c'est pas féroce

 

L'escargot est-il plus rapide que la

tortue qu'en fait je sais pas pis je

m'en fiche Quignard il a beaucoup lu

 

& il dit qu'il « n'aime que l'aube »

l'escargot qu'c'est pour pas manquer

son train que donc l'escargot il met

 

son chapeau melon il prend son pépin

et se dirige lentement mais sûrement

car c'est pas pour rien qu'il part à

 

l'aube vers la gare & le train qu'il

prend pour aller au bureau ah ça lui

fait de longues journées mais s'il y

 

a du «soleil» du qui revient dans la

« pluie finissante » alors ça va Bon

en hiver évidemment l'escargot on le

 

remplace par le pingouin appelé pour

cela le « pingouin de bureau » L'est

mis en chômage climatique l'escargot

 

où i fait rien qu'à r'garder la télé

en bavant dessus des fois mais c'est

tout de même bien bon les escargots.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 18 juin 2017

17 juin 2017

PARCE QUILLÉ TOUDIS PARTI

PARCE QUILLÉ TOUDIS PARTI

1.
L'vieux cœur il avot mès come il allot
bien avec sa vieille tête et ses vieux
livres tout son vieil qilla dan l'être

J'aime bien le verbe quiller qu'on dit
ça il n'est pas venu parce quillé allé
à l'pêck et ce soir on mange du pichon

2.
« Pourquoi cette colère ? » se dit-il
peut'êt'i vit pas come i voudrot dans
la vie défois reste que ça la colère.  

3.
Un home bien diféran d'moi
Pourtan cete sotise & cete
maladrece n'seré-ce pas ma
pome j'lui reconos l'pépin

on dirot pas moi mes si cé
ma pome chui sûr que cé ma
pome bin ça alor me fis-je
pourtan q'on dirot pas moi

4.
Tu ne me reveras jamai J'vas prendre tes yeux
& m'en aler fit-ele mes come il avot remi ses
œil din s'poche alor l'sorcière a rin pu fere

5.
Si grotesque que fût on est pourtant que fere
avec i faut avec not'grotesque surtout i faut
le masquer le camoufler lui doner bele allure

ou alors i faut l'hypertrophier not'grotesque
en fere un théâtre sa tête grand guignol fere
caricature qon s'ré jailli d'une peinturlure.

6.
C't'infernale machine come ele remue bras
& jambes come ele cause bien administre &
fé des conneries nous demande d'les payer

pis aussi faut pas oublier d'aller voter
hein faut être bien citoyen & bien voter
pour que ça s'soye plus présentab' hein.

7.
J'entends à la radio parler de l'influence de
la cornemuse bulgare sur le jeu de Zappa à la
guitare la façon dont il frétillait ses notes

Ah tiens je viens seulement de comprendre le jeu de mots du titre de cet album de Frank Zappa « Sheik Yerbouti » (ih ih)

8.
On ne m'ôtera pas de la tête que le temps se venge de nous, et que plus jamais il ne se laissera rattraper, le temps.

9.
« Je t'écris sur le mur
Qui est au fond du noir. »
(Guillevic)

Ah pour ça faut sa lampe de poète
si on n'en n'a pas faut l'inventa
passque sinon on se cogne la tête
sur le mur au fond du noir là-bas

10.
« Il pensait à la fuite circulaire de toute vie humaine »
(Georges Bernanos, « Sous le soleil de Satan »)

Quel cirque enfin que ce cirque de
cercles là quels voltige & trapèze
en fuites circulaires qu'ça galope
& court & saute & hop dans l'trou.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 juin 2017.


16 juin 2017

EN DEPIT DE

EN DEPIT DE

 

« Deviens ce que tu es : mais il n'y a rien qui ait à devenir : Nous ne sommes rien de ce que le langage désigne. »

(Pascal Quignard, « Abîmes »)

 

Je n'ai jamais très bien compris la célèbre

formule « Deviens ce que tu es » et même ai

parfois pensé qu'elle avait un genre slogan

 

un genre m'as-tu-vu comme je sonne bien dis

pour être vraiment sensée même si j'y crois

deviner la fidélité à soi-même ou peut-être

 

la prédestination que du coup tu deviens ce

que tu es forcément puisque tu l'es déjà ou

peut-être aussi cette liberté paradoxale où

 

l'on est toujours libre de choisir qu'après

coup on voit bien que faire autre chose non

on pouvait pas puisqu'on est devenu c'qu'on

 

est que ça ça c'est vraiment toi ça se sent

que c'est toi comme dit la chanson et qu'on

a du projet existentiel plein l'inconscient

 

que c'est pas la peine de nier hein si t'as

le projet de manipuler les autres alors mon

pote t'auras l'air franc tu te verras comme

 

le roi de la franchise et de l'honnêteté et

qu'en fait mon cochon t'auras manipulé avec

les meilleures intentions du monde que t'en

 

auras fait du dégât mon beau salaud superbe

lion généreux magnifique et pourtant chaque

fois que tu vas les persuader de les autres

 

tu t'dis pas un peu que tu leur crées comme

des obligations des redevances mais tu t'en

fous tellement t'es sûr d'être un type bien

 

qu'enfin on n'est pas aut'chose qu'un genre

de type ou de fille une « espèce d'espace »

j'aime bien cette formule de Pérec « espèce

 

d'espace » que même il y en a des pour dire

que la vie vient de l'espace qu'elle serait

tombée avec une météorite la turlututute de

 

nos origines & pis v'là qu'on colonise tout

terres mers airs qu'on mondialise tout puis

universalise tout qu'on s'rait fichu d'leur

 

casser les pieds avec Rousseau et l'Egalité

les p'tits autres de là-bas des confins des

étoiles qui eux si ça se trouve s'en tapent

 

leurs trois yeux de la philosophie que pour

eux le fin du fin d'l'intellect c'est faire

des jeux de mots vaseux qu'on pourra jamais

 

les traduire tellement que (je vous dis pas

comme je suis de mauvaise foi encore)Pascal

Quignard dit aussi que « mais il n'y a rien

 

qui ait à devenir » que je pense idem qu'il

n'y a jamais rien qui ait à & nulle volonté

consciente dans l'infinie tribulation de la

 

matière & qu'il n'y a que la conscience qui

se donne des airs d'avoir à (sinon a s'vide

de sens comme l'évier d'son eau d'vaisselle

 

)- bin faut bien que j'ferme la parenthèse-

ce qui me fait penser à aile de vaisseau et

aux goûts extra-terrestres pour les jeux de

 

mots sidérants Il dit aussi Pascal Quignard

:«(le :« on dirait 2 petits yeux surmontant

une moue moustachue)euh non Pascal Quignard

 

ne dit pas ça i dit:«Nous ne sommes rien de

ce que le langage désigne» que pas la peine

de nous appeler corbeau bureau chameau peau

 

que tout ça ce sont des mots qu'on colle au

grand indicible qu'on est & même qu'on sera

ce qu'on est irréductiblement autre absurde

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 16 juin 2017.

MAIS LE PASSÉ DIS LE PASSÉ HEIN LE PASSÉ

MAIS LE PASSÉ DIS LE PASSÉ HEIN LE PASSÉ

 

« Le temps n'existe pas mais le passé existe : il vient de la reproduction. »

(Pascal Quignard, « Abîmes », chapitre LIII)

 

Que le temps n'existe pas je l'ai appris

en classe de terminale c'était un samedi

matin entre 10 heures & midi il pleuvait

 

il pleuvait celle pour qui que quoi dont

où est-elle passée maintenant elle était

bien jolie que le temps a passé avec ses

 

heures des leurres les heures où ma sœur

tant y battit le beurre et tant y battit

mon cœur puis qu'après tout ça ne compte

 

jamais que pour du beurre et qu'on finit

qu'on meurt & pis qu'on n'est plus qu'os

sous les fleurs et là c'est sûr le temps

 

n'existe pas & même plus le passé mais i

dit Quignard « mais le passé existe » de

tout son poids de passé & tout son poids

 

de regrets de si j'avais su j'aurais pas

venu de j'aurais pas dû et de oùsque chu

rendu & même que du passé Quignard écrit

 

qu'il « vient de la reproduction » alors

le passé existe existe existe existe oui

existe parce qu'il se reproduit c'est un

 

lapin l'passé un hop-hop filant lièvre à

travers les champs du temps plus il file

plus d'autres véloces à longues oreilles

 

surgissent hop jaillissent hop bondissent

& hop donc que le temps fontaine à lapins

il est le temps Alors l'humain inventa la

 

chasse pour chasser le passé pis l'humain

inventa les chiens les chevaux les lances

les arcs les flèches les fusils de chasse

 

les chasses gardées pour chasser le passé

& tous ses lapins dans tous les champs de

tous les matins du monde ou peu s'en faut

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 16 juin 2017

15 juin 2017

LE MATIN EN DORMANT

LE MATIN EN DORMANT

 

« Le matin – En dormant

J'entends des voix. Lueurs à travers ma paupière. »

(Victor Hugo, « Fenêtres ouvertes »)

 

Un texte de Victor Hugo que j'aime bien

c'est « Fenêtres ouvertes » de 1877 les

vers qu'ils sont datés l'est composé de

 

courtes notations de pris sur le vif il

commence par « Le matin » que moi ça me

rappelle le nom d'un journal mais aussi

 

les rues claires (sauf en hiver) oùsque

vivant je fus allant venant passant pis

traversant dans le temps les rues comme

 

si déjà j'étais hantant dans le temps &

dans les longues disparues au vent rues

claires de mon pas-de-calais je dis mon

 

parce que les lieux on croit qu'on sait

pis on sait pas tant que ça alors j'dis

mon pas-de-calais car très subjectif il

 

est mon pas-de-calais pas géographe pas

exact me souviens de rues claires c'est

surtout que j'ai envie de m'en souvenir

 

de ces rues claires que parfois i pleut

& dans le ciel ronchonnent les nuages i

sont tout noirs comme de gros béliers i

 

sont tout noirs comme de gros mérinos i

sont tout noirs qu'on dirait qu'éclater

ils vont pour la rime en i allez samedi

 

le samedi dans mon pas-de-calais en ces

temps-là je buvais de la bière au lycée

Condorcet j'allais & j'étais déjà aussi

 

maladroit avec moi-même pis pis (ah oui

la bière hein ça fait faire pipi) aussi

maladroit avec les autres Donc le poème

 

de Hugo commence par « Le matin » & les

mots suivants sont « En dormant » c'est

comme on voit pas un poème d'action mès

 

(j'écris mès comme ça ça m'arrange sais

bien que j'exagère avec mon orthographe

lunatique mès ma pomme savez s'amuse de

 

rien) Donc « En dormant » Victor entend

« des voix » come Jeanne d'Arc mès avec

de la barbe j'dis ça c'est idiot car le

 

Victor Hugo n'a rien à voir avec Jeanne

d'Arc qu'i se connaissaient même pas si

ça se trouve même que Jeanne elle était

 

beaucoup plus jeune que lui Donc Hugo i

dormait qu'il entend des voix moi aussi

j'ouïs des voix quand je dors c'est des

 

voix des fois elles jactent dans de ces

langues qu'elles me sont très inconnues

(du coup je pige pas ce qu'elles disent

 

mais je m'en fiche parce que c'est come

pour mon pas-de-calais ce sont mes voix

à moi qu'il y a qu'moi qui les entend &

 

vous direz ça y est fallait bien que ça

arrive le houzeau i dévisse i ploufe en

la sombre forêt de mélancolie – et pour

 

faire plouf dans une forêt faut déjà le

vouloir hein – mais non je précise bien

que j'entends des voix quand je dors et

 

aussi quand j'écoute la radio sinon non

j'entends pas spécialement des voix non

même quand je me parle à moi-même voyez

 

je ne m'écoute même pas Ce que je pense

sort en courant de mon oreille des fois

qu'il préfère être loin que d'm'écouter

 

continuer à défaire le monde avec stila

de p'tit bonaparte dans ma caboche puis

jamais trop content colère rentrée puis

 

sabre au clair que ça me fait penser au

Hugo faisant tourner les tables que pas

seulement qu'en dormant qu'il hallucina

 

Totor qui ne dort plus tout à fait même

que des « lueurs » lui font joujou dans

sa paupière au Totor j'aime bien écrire

 

Totor quand je parle de Hugo même si je

n'oserai jamais aller me pencher sur sa

tombe & lui demander « Alors Totor t'es

 

mort ? » des fois qu'du tombeau la voix

du grand mort sortirait pour me prendre

à la gorge en m'traitant d'affreux jojo

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 15 juin 2017.

14 juin 2017

TIENS JE SUIS PAS CONTENT

TIENS JE SUIS PAS CONTENT

1.

Législatives 2017. Entendu le clip radio de campagne du PS qui, après avoir tant nui à l'Ecole, tente de récupérer les voix perdues des enseignants : obscène.

2.

Je suis contre la reconnaissance du vote blanc qui ne semble pouvoir se concevoir sans rendre le vote obligatoire.

Et le vote obligatoire, c'est le risque, à plus ou moins long terme, d'être obligé de participer au plébiscite de quelque fantoche à venir.

3.

Quand j'entends le mot « empathie », je pense à ces millions de gens détournant les yeux tandis que l'on en assassinait des millions d'autres.

Généralement, les gens ne sont empathiques qu'en fonction de leurs intérêts. Empathie ? Bienveillance ? Tartufferie !

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 14 juin 2017

13 juin 2017

SOUVENT POUR M'AMUSER

SOUVENT POUR M'AMUSER

 

1.

Trop bien mangé… écris moins bien… j’digère ça fatigue… et comme je ne suis en forme qu’à de rares moments de lucidité…

 

2.

Nombre de nos amis ne sont pas vraiment nos amis de même que nombre de nos ennemis ne sont pas vraiment nos ennemis. Sacs d’osses touceusses.

 

3.

Il rit à gorge déployée, à pipe fendue, à côtes éclatées : le plus dur, c’est de ramasser les morceaux.

 

4.

Le réel se déplie : c’est comme ça qu’on trouve les trucs qui en tombent.

 

5.

Je n’écrirai jamais « 20 000 lieues sous les mers »… déjà, rien que le lire, c’est trop trop long… ça fatigue.

 

6.

Je ne suis pas vraiment méchant : je n’écris pas tout ce que je pense. En fait, je suis surtout prudent (un peu lâche aussi hein)

 

Ceci dit, moi au moins, je n’utilise pas un pseudo à faire rire une écurie.

 

7.

Par principe, je ne m’occupe pas des affaires de mes voisins. Bon, bien sûr, si je trouve une oreille tranchée dans ma pelouse, là, bien sûr hein…

 

8.

Appris dans le train que selon d’aucunes le sandwich américain (pain + frites + viande + cholestérol) était un « truc(muche) » du Nord. Je vais prendre une bière avec ça tiens.

 

9.

Souvent le Destin s’exprime par des bouches moins indifférentes qu’on le croyait. Hier sur mes humeurs politiques. En pleine rue, dis.

 

Voté Lutte Ouvrière aux Législatives 2017 (1er tour). Suis pas du tout de gauche mais le candidat est quelqu'un de bien alors que celui d'En Marche euh…

 

Je précise que je ne vote pas dans les Flandres : pas de déduction hâtive donc.

 

10.

La nuit, les forêts ne se déplacent pas. Pourtant, elle bougent. Elle remuent des paupières.

 

11.

Mon amie Fatigue est trop exigeante. Mais comment trouver le courage de le lui dire ?

 

12.

Les gares vides sont pleines de pas perdus. Quand elles sont pleines, elles le sont aussi. Certains s’y retrouvent.

 

13.

J’aime bien le « Monsieur Monsieur » de Jean Tardieu. Déambulants fils de fer bipèdes en forme de fantasques moustaches à chapeau melon.

 

14.

Quand je lâcherai, que mes forces se videront façon évier d’un coup, alors je le verrai s’enfuir, mon cheval, gondolé comme une baleine.

 

15.

La plupart du temps je ne suis pas là. Je n’y suis que quelques instants dans cette immobilité du temps où d’ailleurs je ne reste pas.

 

16.

A force de se répéter, les gens finissent par ressembler à ce qu’ils disent. Les gens sont fatigants.

 

17.

Parfois, devant moi, je vois s’ouvrir des gouffres. Des gens y disparaissent bien qu’ils croient être toujours là.

 

18.

L’Occident sait bien que ni dieu, ni diable, ni fantômes n’existent. Pourtant, il y croit, de tout leur être.

 

19.

Le réel suppose que nous existions. Sinon, il se dissiperait, et nous avec.

 

Le réel est plein de déjà-vu. C’est même à ça qu’on le reconnaît.

 

20.

« Souvent, pour s’amuser » - moi, pour m’amuser, je fais un petit tour dans ma petite tête. A vrai dire, ce n’est drôle que pour moi.

 

« … les hommes d’équipage » - moi, je ne prends jamais le bateau, ni la mer. Parfois, il est vrai, je prends l’air, surtout s’il est dégagé.

 

21.

Le mieux est de dire des choses sans importance, sinon on dit des énormités. Ce qui n’est pas poli.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 13 juin 2017.