BLOG LITTERAIRE

25 octobre 2014

FAITES DONC ATTENTION AVEC VOTRE ÉTRANGETÉ

FAITES DONC ATTENTION AVEC VOTRE ÉTRANGETÉ

1.
Une cloche dans la brume... d'étranges lamentations... d'la timbale tom-tom... C'est l'étonnant "Festival of Death" des Residents.

2.
Q.i s'agite ainsi dans la br.me ? Q.i se s'rem.e so.s la l.ne ? C'est le grand huluberlu qui mange les "u".

3.
Faites donc attention avec votre étrangeté ! Ça se voit, vous savez; ça se sait aussi...

4.
Tous les jours, la peinture lui mangeait quelque chose. Il lui fallait donc finir ce tableau tant qu'il avait encore des mains.

5.
L'Oeil de l'Etat a mille yeux, mille oreilles, mille raisons; et vous, vous n'avez qu'une seule ombre.

6.
Jadis, la lune était chevelue; mais à force de se gratter la tête...

7.
A la foire aux fous, je ne me suis pas acheté ! Je ne suis pas si fou tout de même !

8.
Des fois, la musique, elle a l'air de vouloir imiter le désert, ou les bigoudis de ma tante, ou quand Jules était au violon.

9.
A la sortie de la gare, je me rendis compte que je m'étais trompé de masque. Du reste, j'avais perdu la tête, et mes jambes s'étaient prises à un autre cou que moi-même.

10.
C'est un squelette très désordonné. Un jour, c'est le tibia; un autre, ce sont les clavicules, quand ce ne sont pas les rotules ou les mandibules; non, vraiment, ce squelette est trop dispersé.

11.
Quand il se réveilla, il s'aperçut qu'il avait disparu.

12.
Des fois, elle avait l'impression de vivre avec un désert, et plein d'cactus en plus !

13.
La dernière fois que j'ai entendu hululer un saxophone lunaire, je me souviens, il était perché dans un jazzier, solitaire et me fixant avec ses yeux ronds d'instrument de proie.

14.
Moi aussi j'ai un fauteuil hanté. D'ailleurs, à l'heure où blanchit la machine, il miaule.

15.
Des fois, les lutins s'emparent d'un piano et le rock n' rollent tant et plus, et plus et tant; c'est qu'ils espèrent faire apparaître Jerry Lee Lewis en personne !

16.
J'ai beau la regarder avec intensité, je n'arrive pas à faire jaillir de cette harpe la fée aux doigts de fée qui autrefois me fit tant d'effet.

17.
Quand on me parle des Canaux de Mars, je me demande toujours quel sacré nom de sagouin de géant a pu en engloutir toute la flotte.

18.
Nous sommes relativement au temps que nous passons; et c'est pas facile à expliquer; ça prendrait des plombes, alors zut !

19.
Quand j'ai tué un autre jour, j'ai à peine le temps de le fourrer dans mon sac à jours, que déjà un autre se pointe, affairé et plein de choses...

20.
Djamb-toc !... Djamb-toc !... Djamb-toc !... Qui c'est-y ? - C'est le pirate à patte de jambon !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 octobre 2014


BIZARRE A BIEN DES

BIZARRE A BIEN DES

1.
Ecrire, c'est mettre en musique une tournure d'esprit qui pourrait passer pour bizarre à bien des.

2.
J'écoute Skip Sempé jouer du clavecin; on dirait bien que l'instrument réveille des voix humaines, des choeurs au fond des notes.

3.
"Le poëte impuissant qui maudit son génie"
(Mallarmé, "L'Azur")

4.
Maudire son génie est sans doute le moins que l'on puisse faire, lui qui oblige à l'orgueil de l'extraordinaire.

5.
"Sous couleur d'éduquer les sujets et de faire de chacun un homme d'Etat, on installe dans chaque tête l'oeil de l'Etat."
(André Glucksmann, "Les Maîtres penseurs", "Pourquoi je suis si savant")

6.
L'effort de bien des pédagogistes aura conduit à produire en série de l'apprenti dictateur frustré, du petit Bonaparte sans emploi; je me demande si la République survivra à tant de sottise.

7.
Souvent, une république n'est sûre de son bon droit que parce qu'elle est sûre de ses canons.

8.
Fort heureusement, la plupart des citoyens préfèrent le foot, les congés, l'automobile et la sacro-sainte convivialité aux foudres de la politique.

9.
Personnellement, je me sens français par la langue et tant que les autres Français me fichent la paix : que l'on m'impose l'anglais, ou le chinois, et qu'un autre Français veuille, le plus démocratiquement du monde, m'imposer quelque chose qui m'empêcherait de vivre comme je l'entends, et je renvoie la France au théâtre de ses illusions historico-lyriques.

10.
L'égalitarisme déteste la singularité. Il l'asticote, la questionne, la sociologise, la rationalise et prétend la récupérer au titre de ses innovations pédagogiques. Mais surtout l'égalitarisme s'étonne que la singularité - cette rustre - finisse par lui cracher dessus.

11.
"Je suis impossible mais je suis."
(in André Glucksmann, "Les Maîtres penseurs", "L'impossible Monsieur Socrate")

12.
A la fin seulement moi. Ce qui vaut pour nous tous qui feignons de croire qu'après nous, ce monde aura encore du sens.

13.
Entendu dire que nous étions, nous tous du réel, rien d'autre que de l'hologramme. Fichtre ! Et d'où qu'il est donc, le holographiste ?

14.
Le politique moderne a besoin du bouffon, du guignol, de l'imitateur accrédité par l'audio-visuel, afin de se rappeler au bon souvenir de la conscience certes moqueuse, mais électrice. A rebours, il se méfie du non-sens, du comique de l'absurde, du pur jeu d'esprit qui ne fait pas plus de cas de la politique que la foudre du calvaire.

15.
Elle était légère et moqueuse comme la cerise se moque du moka.

16.
La modernité tend à remplacer la maîtrise réelle par la maîtrise administrative: on sait quelque chose puisque le diplôme l'affirme.

17.
Oh un lac ! Allons nous recueillir sur la tombe de Marraine La Lune !

18.
Que faire avec un crime, un rayon d'la mort, un savant fou et une nation d'ombres ? Ah flûte, ce serait trop long à écrire !

19.
La technocratie est d'autant plus pétrie d'esprit de sérieux qu'elle est basée sur une hiérarchie des valeurs dans laquelle l'humour et l'insolence ne sont jamais que des motifs d'exclusion.

20.
Minuit, l'heure du crime ! Mangeons du jambon !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 octobre 2014

INSOLENCES DE BON MATIN

INSOLENCES DE BON MATIN

1.
Dieu, un avoir été qui ne cesse de manifester sa présence.

2.
Il est faux de dire que Dieu est indivisible; il est au contraire divisible en une infinité de petits dieux portatifs et contradictoires.

3.
Je me demande si la mélancolie de Dieu a forme humaine.

4.
L'ironie est antidogmatique par définition; aussi est-elle ce boomerang qui frappe aussi bien l'insolent que sa victime.

5.
Le crucifix est le symbole le plus violent - avec la tête de mort des uniformes prussiens - que l'humain ait rendu universel.

6.
Cher rédacteur du Figaro, dois-je vous rappeler qu'une femme qui a choisi de rester voilée sur une plage ne saurait être comparée à Brigitte Bardot ?

7.
La politique est une discipline militaire: elle a pour but de préparer le terrain, de maîtriser les circonstances, d'affiner la stratégie des batailles à mener.

8.
La liberté est un songe de liberté plus grande encore.

9.
L'Etat, si on le laisse faire, tend à toujours plus de contrôle. Aussi l'exercice de la démocratie exige-t-il qu'on ne le laisse pas toujours faire.

10.
Si les frondeurs de l'actuel Parti Socialiste (appellation désormais provisoire nous fait-on savoir) quittent le PS pour fonder leur propre gauche, keskiva keskiva s'passer ?

11.
Je vois les recueils de Cioran comme des collections de petites flèches enflammées saisies en plein vol.

12.
C'est le manque d'argent qui oblige au travail. Le Prince ne doit surtout pas assurer l'aisance de tous mais aménager les difficultés de manière à assurer son rôle de Protecteur et de garant de la morale publique.

13.
Il est, dit-on, des filles aussi publiques que la morale.

14.
Que les ménages modestes soient exemptés d'impôt relève de l'éthique. Au diable l'égalitarisme qui vise à aller prendre dans les poches de tous ce qui revient toujours aux mêmes.

15.
Le marché mondial domine tout, soutenu qu'il est par la mondialisation des trafics.

16.
Bien voter, c'est voter pour celui que l'on peut tromper plus facilement qu'il peut nous tromper.

17.
Le chemin répondit : "Jésus, c'est moi".

18.
Dieu échappe à son prédicat. Sinon, à quoi bon être ?

19.
Dieu est tout entier dans le mot Dieu. C'est ainsi que le Verbe est tout puissant et ma cousine rousse.

20.
Sur twitter, en ce moment, ça twitte comme des fous autour du mot "jambon": ça doit être du lobbying.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 octobre

 

24 octobre 2014

JE SUIS LEGION QU'ELLE ME DIT

JE SUIS LEGION QU'ELLE ME DIT

1.
Les lumières brillent; pas toujours nos pommes, même allumées, mêmes rendues citrouilles aux yeux pleins d'flamme à Halloween.

2.
Des fois y en a i poétisent à s'en enflammer l'nombril.

3.
L'amour n'est pas un poulet qui court, et donc pas un coq au vin.

4.
Dans Apollinaire, y a quelqu'un qui parle à un "portrait qui pâlit", lequel ne lui répond pas, car les portraits ne répondent que s'ils sont vivants, et encore, pas toujours.

5.
J'écoute "The Festival of Death" du groupe The Residents, l'absence d'emphase de cette musique, le grotesque macabre de ce carnaval, la façon funèbre farce, je la préfère aux emphases tonitruantes de bien des groupes de rock progressif bien plus connus.

6.
Dans le genre farce funèbre, il y eut "Suspiria", de Dario Argento - ô soupirs glacés du sang !

7.
"Or nous savons qu'en nous beaucoup d'hommes respirent"
(Apollinaire, "Sanglots")

8.
Celui qui pense qu'en lui "beaucoup d'hommes respirent" devrait consulter soit un pneumologue, soit un exorciste.

9.
"Je suis légion", me dit-elle; j'en conclus qu'elle devait être étrangère.

10.
Les oiseaux chantent; seuls les humains se mettent à table.

11.
"Et toi mon adorée mon unique adorée"
(Apollinaire, "Mon Lou ma chérie")

12.
Les gens des fois i te disent "mon unique adorée", en plus des autres, de toutes et infiniment autres, qu'ils ne connaissent pas, ou si peu.

13.
Aux Enfers, le combustible, au départ, c'est quoi ? Le magma des entrailles ou l'âme des pauvres humains ?

14.
L'humain n'est pas plus une allumette que le Diable n'est un briquet.

15.
Le singe mange des bananes; l'humain aussi, même que, des fois, il en profite pour saloper une préface.

16.
Les arbres ne s'étonnent de rien. Et ce n'est qu'en saison que les feuilles leur en tombent. Contrairement aux humains qui sont pleins de bras perdus.

17.
On ne rachète son passé qu'en payant de sa personne.

18.
Tes lettres, je ne les ai pas lues. D'ailleurs, je ne les ai pas reçues. Et puis, tu ne les as pas envoyées car tu ne les as pas écrites. Du reste, on s'en fiche, parce que je ne t'ai pas répondu.

19.
Joyeux, on a d'l'artifice plein la théière à féeries, et l'palpitant si léger qu'on dirait qu'il nous fait flotter, nous aéroplane.

20.
Ne tournez pas le dos à la Mère Nature, si vous ne voulez pas vous retrouver avec un éclair planté dans l'dos.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 octobre 2014.

FOURNIR MAINTE

FOURNIR MAINTE

1.
"Tu marches saluant les croix"
(Apollinaire, "Elegie du voyageur aux pieds blessés")

2.
Tu arpentes le monde en faisant des signes de croix cause que partout des morts attendent.

3.
Des fois, pas d'autre route que la route à regrets; c'est que le coche, le louper une fois suffit pour y penser toujours.

4.
Dans le poème "Un chiffon", de Henri Michaux, de qui parle le narrateur ? De lui-même ? De son chef de service ? De son bauf' ou de son boeuf ?

5.
A force de s'effondrer dans nos tréfonds, qu'il y a plus qu'nos vêtements pour nous attester, c'est forcé qu'on oublie not' présence.

6.
Henri Michaux est le créateur des verbes à préfixe séparable toquagripper et toquaragripper qu'il conjugue ainsi : "Je te l'agrippe, toc."; "Je te le ragrippe, toc." (Henri Michaux, "Mes occupations")

7.
Contrairement, à la scribure ordinairement admise, il aspire à ne pas rendre compte; il songe même que c'est le réel qui a des comptes à lui rendre.

8.
Souvent que j'm'embrouille dans tous mes souffles, le court, le long, le coupé et le haletant; du coup, je ne cours plus guère les couloirs et ne hante plus que ma chambre.

9.
Dans le poème "Le livre des réclamations", de Henri Michaux, le narrateur réclame-t-il du cor et du cri, du porc et du riz, du fort et du frit ? Ou bien un disque d'Elvis ?

10.
Ne croyez pas qu'ils ne soient plus. Il sont. Et hargneux. Et tenaces. Et compatissants. C'est bien simple, on dirait des gens.

11.
Des fois qu'on pendouille des guiboles, le quai sous l'cul, on peut voir ahaner la glauque aux yeux de mer et pis tous ses ch'veux en bateau.

12.
C'est pas la peine de m'emporter dans un boudin flottant; j'aime autant rester avec ma pomme, à me rider doucement au pâle alcool du soleil d'ici.

13.
M'étonnerait qu'un poème dont le titre est "Icebergs" soit tout agité de froufrous et de frénésie façon Samba et carnaval de Rio.

14.
Celui qui dit, à l'instar du narrateur du poème "Contre !", de Henri Michaux :"Dans le noir nous verrons clair, mes frères", celui-là se met le doigt dans l'oeil !

15.
Y en a ça fait longtemps qu'ils ont perdu toutes leurs dents contre quiconque; ils les ont échangées contre traits, flèches, vifs et couteaux.

16.
Je connais gens de toute sorte. Je les oublie vite. Leur variété m'enchante toujours, bien qu'ils fassent leur nez.

17.
"faire son nez", je dis ça pour les étudiants étrangers, est une expression qui signifie: bouder, montrer un mécontentement silencieux. On dit aussi, surtout en parlant des bouderies enfantines : "faire du boudin". Synonyme vulgaire,  "faire la gueule".

18.
L'éléphant n'est pas un animal qui court les rues; ça se saurait: les gens ne sont pas si plats.

19.
Le piano est un animal à percussion; du reste, il peut vite vous taper sur les nerfs. Mais généralement, quand il est bien joué, on oublie vite sa nature féroce.

20.
Je suppose que la traduction de mes brefs pourrait, pour un traducteur habile, fournir mainte occasion de jeux de mots pour moi insoupçonnables.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 octobre 2014.

 



23 octobre 2014

QUEL EST CET ETRANGE QUE JE N'Y ERRE QU'EN SONGE ?

1.
Quel est cet étrange que je n'y erre qu'en songe ?

2.
Des fois dans l'étrange de nos songes, les contes i sont tout troués, et les légendes perforées.

3.
Eh bien quoi, j'attendais que tu retrouves toute ma mémoire...

4.
Expressions baudelairiennes: "adorer quelqu'un à l'égal de la voûte nocturne";  "un vase de tristesse"; "une grande taciturne".

5.
Je suppose que lorsque l'on "adore quelqu'un à l'égal de la voûte nocturne", on est tout prêt à lui voir des étoiles.

6.
Je suppose que lorsque l'on "adore quelqu'un à l'égal de la voûte nocturne", on est tout prêt à lui contempler la lune.

7.
Elle l'adore, son "vase de tristesse", lequel adore les fleurs du mal.

8.
Quant à moi, en tout cas sur le papier, aux mouettes rieuses je préfère les calmes et longues taciturnes.

9.
Expressions baudelairiennes: "avoir la joue et l'oeil en feu"; "jouer son personnage"; "avoir l'âme charitable autant que meurtrière".

10.
Je me l'imagine, son joli visage, joue et oeil en feu, un alcool peut-être, ou du plaisir, la colère ou la honte. Cela n'est rien; si elle le savait, elle me tirerait la langue.

11.
A force de si bien jouer nos personnages, on finit par nous prendre pour eux.

12.
Ecouter une voix soul, une voix funk, écouter une "âme charitable autant que meurtrière".

13.
Expressions baudelairiennes: "l'image vague et lointaine", "un sommeil plein de miracles"; "être fier de son génie".

14.
Une image lointaine, ses yeux vifs, la tresse brune le long de la nuque, le col de la chemise, le beau pull, lointaine, oui, si lointaine.

15.
Certes, nous avons des "sommeils pleins de miracles", et, chaque jour, le miracle d'une poignée de chansons, de voix, d'images; cependant, l'enchanteur reste "pourrissant".

16.
Sans doute, beaucoup de scribes obscurs, beaucoup de ma pomme cézigues, n'en sont pas moins fiers de leur génie, des bonapartes dans leurs têtes.

17.
Expressions baudelairiennes: "faire rêver un soir les cervelles humaines"; "être favorisé par un grand aquilon"; "être pareil à une fable incertaine".

18.
Peut-on faire rêver à la fois les cervelles humaines et celles des lapins crétins, je me le demande.

19.
Oh être cet aigle des continents qui, "favorisé par un grand aquilon", commande à une Grande Armée sur fond de paysage romantique peint à l'huile.

20.
Nos pommes ? Des "fables incertaines" dont nul ne connaît exactement ni la rime, ni la raison, ni la morale du machin.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 octobre 2014.

22 octobre 2014

ABÔME ! ABÔME !

ABÔME ! ABÔME !

1.
Expressions d'Antonin Artaud: "l'horlogerie de l'âme"; "Je suis un abîme complet"; "un bruit torturé".

2.
Des "horlogeries de l'âme" qu'on est tout tic-tac tic-tac pas synchrones du tout du tout entre nous oh non.

3.
Des "horlogeries de l'âme", nos pommes, à en pleurer des grains de sable.

4.
Des fois qu'on s'apitoie, qu'on s'complaisance, qu'on se dit qu'on est si précis, si précisément précieux, qu'not' "horlogerie de l'âme", le grain de sable d'un regard suffit à la perturber, bourrins qu'nous sommes.

5.
Faut quand même être plein de trous pour écrire qu'on est un "abîme complet".

6.
"Je suis un abîme complet" qu'il écrit Artaud, et des fois qu'il serait incomplet, c'est qu'il serait encombré de bidules trucs fatras en vrac ou bien ?

7.
Laissez-moi dire que je m'abôme, que mon coeur fait bôm bôm bôm, quand la nuit a bouffé la cime et que de l'abîme monte des hennissements.

8.
L'abîme réussira-t-il à échapper à l'être qui lui court après comme un humain après lui-même ? Mystère et tarte à la rhubarbe...

9.
Le Verbe est-il ce géant qui bouffe tous les gouffres, qui annihile tous les abîmes, afin de faire place nette aux grosses lèvres de la grande bouche de Dieu ?

10.
Si vous avez l'occasion d'écouter le morceau "Roger" des Sparks - un bidule du début des seventies - oyez le truc ! c'est psychérigolant !

11.
Je me sens un "bruit torturé" au pied; j'ai dû marcher sur mes oreilles.

12.
Entendu à la radio: "Et Roosevelt lui-même insiste pour qu'elles ne soient pas censurées." Elles, ce sont les images des cadavres des Marines tombés à "Tarawa-la-Sanglante". Bien plus grand, Roosevelt, radicalement plus grand que nos VRP présidentiels à la botte des marchands de canons.

13.
"Il s'agit d'un problème qui s'est posé à l'esprit d'Antonin Artaud, mais Antonin Artaud n'a pas besoin de problèmes, il est déjà assez emmerdé par sa propre pensée"
(Antonin Artaud, "Paul les Oiseaux ou la Place de l'Amour")

Ma pomme pense idem.

14.
Expressions d'Antonin Artaud: "être uniquement dans l'Esprit"; "les zigzags de leurs langues"; "lacérer l'atmosphère".

15.
Si nous sommes "uniquement dans l'Esprit", le reste, c'est quoi ? d'la chair qui marche, qui fait des claquettes, ou d'la pâte à crêpes ?

16.
Impossible d'être "uniquement dans l'Esprit", sinon, le corps i fiche son camp, histoire d'aller voir ailleurs.

17.
Quand on ne mangera plus de viande, que l'on ne boira plus ni alcool ni café, qu'on ne fumera plus du tout, quand on nous aura confisqué tous nos grands chevaux, quand on sera bien zenifié, clarifié, et bien moins loup, alors on pourra le plus pacifiquement du monde nous asservir.

18.
Chansons électriques, "zigzags de leurs langues", c'est la pluie qui remue ses rideaux le long de la route d'une chanson des Doors.

19.
Il y a les zigzags des langues de la pluie et puis celles qui percent le ciel, lacèrent l'atmosphère façon foudre, façon guitare à Hendrix.

20.
Des fois, on a l'impression qu'on a un point à la place du coeur, un point vif rouge, de l'incandescent à froid.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 octobre 2014.

AVEC MES QUATRE YEUX ETONNES

AVEC MES QUATRE YEUX ETONNES

1.
Expressions rimbaldiennes : "avoir quatre yeux étonnés"; "envoyer l'Amour par la fenêtre"; "la bruine des canaux par les champs".

2.
Lorsque l'on a "quatre yeux étonnés", c'est qu'on voit double, non ?

3.
Il est inutile "d'envoyer l'Amour par la fenêtre". L'expérience a déjà été tentée cent fois. Il ne s'envole pas, il se scrashe, réduit en bouillie, kaputt qu'il est, l'Amour.

4.
Y a aussi dans Rimbaud le "gentilhomme d'une campagne aigre", qu'alors je courrai "la bruine des canaux par les champs". J'aurai un habit noir. On me prendra pour le fantôme d'un assassin.

5.
Un éléphant fantôme dans un magasin de porcelaine spectrale, la casse qu'ça doit faire, bris, bris, brisures, que les anges passants y laissent des plumes.

6.
Minuit ! L'heure de l'assassinat du réel par le songe au couteau de soie et de foudre au loin.

7.
La nuit dernière, j'ai rêvé d'un certain Mrol, que je ne connais ni d'eau ni des dents, mais avec lequel j'ai eu fort à faire. Je me demande psychanalytiquement de bazar, si je l'ai bien joué, Mrol, par ailleurs plutôt grondant comme bonhomme.

8.
Relevé chez Rimbaud cette susurration qui scie :"scepticisme atroce". De quoi faire grincer plus d'une porte d'église.

9.
Je vous en prie, hommes de foi, veuillez à ne plus laisser grincer les portes de vos églises; ça rappelle tant, tous ces grincements, l'ironie satanique.

10.
Expressions rimbaldiennes: "se dévouer à un trouble nouveau"; "être gentilhomme d'une campagne aigre"; "avoir le scepticisme atroce".

11.
Notre vie durant, nous ne cessons de nous "dévouer à des troubles nouveaux"; c'est le trouble, et non la paix, qui nous met en oeuvre.

12.
"Gentilhomme d'une campagne aigre", j'arpenterai mes sombres terres sous une pâleur de ciel. J'aurai un habit sombre. On me prendra pour le diable à la rencontre de l'abbé en chemin.

13.
Expressions rimbaldiennes : "avoir raison dans tous ses dédains"; "avoir tant de temps déjà"; "se retrouver deux sous de raison".

14.
L'essentiel, c'est de se débrouiller pour toujours "avoir raison dans tous ses dédains", avoir la mauvaise foi pour demeure et vademecum.

15.
Il est plaisant de se dire qu'on a "tant de temps déjà" parce que, justement, ça ne dure pas.

16.
Je me demande d'ailleurs si le temps est fait pour durer...

17.
Des fois, j'me gratte les fonds d'la caboche, en me disant qu'y a pas d'raison pour que je ne finisse pas par me "retrouver deux sous de raison", non ?

18.
J'aime bien l'expression "s'ennuyer à cent sous l'heure", ce qui nous fait tout de même, voyons, la minute d'ennui à 1 sou 66, non ?

19.
En écrivant cette suite de brefs, j'écoute le "Lil' Beethoven" des Sparks, épatant album avec des choeurs partout, de la vraie bonne musique contemporaine.

20.
"Avoir tant de temps" pour que "déjà" tout soit fini, rideau, dodo éternel, adieu, musique, adieu machin, machine et tout l'toutim.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 octobre 2014.

NOTES SUR LES DICTS D'AMOUR A LINDA

NOTES SUR LES DICTS D'AMOUR A LINDA

1.
Aussi bien que le jadis, vous voilà, Linda, en jolie laterna magica.

2.
"Votre nom très païen, un peu prétentieux,
Parce que c'est le vôtre en est délicieux;"
(Apollinaire, "Les dicts d'amour à Linda")

3.
On pardonne leur prétention à ceux qui nous fascinent, et on ne voit plus l'humilité de ceux qui nous aiment.

4.
"Il veut dire "jolie" en espagnol, et comme
Vous l'êtes, on dit vrai chaque fois qu'on vous nomme."
(Apollinaire, "Les dicts d'amour à Linda")

5.
Habileté du mot-outil utilisé à la rime ("comme"/"nomme"); adéquation du nom avec son référent: Linda "veut dire jolie", et ça tombe bien, puisque Linda est jolie.

6.
L'exercice de la vérité consiste à expliciter les liens entre le nom et son référent; l'exercice du mensonge consiste à charger le nom de liens qui n'existent pas.

7.
Le vrai démonte; le faux monte de toute pièce. Ainsi le vrai est-il critique et le faux convention.

8.
Monter de toute pièce est une pratique commune au politique et à l'artiste. Ainsi l'humain crée-t-il avec le réel des liens qui n'existent que dans l'art de représenter.

9.
Le verbe "représenter" est mensonger: on ne rend pas au présent ce qui déjà passe; on s'imagine un nouveau masque pour un réel farouche.

10.
Naissance de la beauté des plantes carnivores, des fauves, des autres que l'on pare de qualités qui servent essentiellement à nous dévorer.

11.
On ne tombe jamais amoureux que d'une mâchoire.

12.
Le politique m'amuse qui court après le réel, lequel finit toujours par se retourner et lui flanquer un coup de hache.

13.
L'écriture comme piège à loup qui risque bien de la bouffer toute crue, vot' main à plume.

14.
"Ce nom devient mélancolique en allemand,
Aux brises de l'Avril, il bruisse doucement,"
(Apollinaire, "Les dicts d'amour à Linda")

15.
Apollinaire voit en l'allemand une langue mélancolique; de la même manière, nous entendons l'italien comme une langue chantante et séductrice, et l'anglais soit comme une langue rythmique, soit comme une langue purement fonctionnelle; l'élégance monotone du français, son refus de l'ostentation de l'accent, nous font entendre chez les autres des mélancolies et des joies qui ne sont sans doute que pour nous.

16.
"Aux brises de l'Avril, il bruisse doucement"
(Apollinaire, "Les dicts d'amour à Linda")

J'aime bien cet écho entre "brises" et "bruisse", cette assonance du "i" soutenue par la liquide "r", et qui fait entendre autre chose que le prénom Linda, comme s'il y avait une musique derrière la musique, comme s'il y avait, comme dit la chanson de Catherine Lara, "un peu de craie dans l'encrier".

17.
"C'est le tilleul lyrique, un arbre de légende,
D'où, chaque nuit, des lutins fous sortent en bande."
(Apollinaire, "Les dicts d'amour à Linda")

18.
La mélancolie du nom appelle "l'arbre de légende" et puis l'assonance ("allemand";"doucement";"légende";"en bande"); autrement dit, la mélancolie ranime le passé et en fait féerie, afin qu'il puisse produire de l'être, fût-il aussi fantasmatique qu'une "bande de lutins fous".

19.
Je constate que chez Apollinaire les tilleuls donnent des "lutins fous"; c'est pas courant.

20.
Le tilleul chez Apollinaire est "lyrique"; c'est qu'il a jailli de la mélancolie d'un prénom.

21.
"Enfin, ce rare nom qui dit votre beauté,
Ce fut aussi le nom d'une antique cité"
(Apollinaire, "Les dicts d'amour à Linda")

Voilà deux vers qui sonnent si classiques que l'on dirait qu'ils ont été composés par le spectre de Pierre Corneille.

22.
"Qui florissait jadis parmi les roses belles
Dans Rhodes, l'île où roucoulent les colombelles."
(Apollinaire, "Les dicts d'amour à Linda")

23.
C'est dans le "jadis" qu'on s'en projette, de "l'antique cité", à "roses belles", "île" et roucoulades de "colombelles"; ici, y a pas la place, ou alors faut des sous, pour partir en croisière.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 octobre 2014

STRATEGIE DU PS 2012-2014


Stratégie du Parti Socialiste français 2012-2014 :
1) Pour se faire élire, on minimise la crise dont on impute les effets à la malignité des banques et de la haute finance (bouh ! les vilains !)
2) Une fois élu, on déclare que la crise est plus grave que prévue, et que chacun - c'est-à-dire nos pommes - doit faire un effort; bref, on nous pique nos sous.
3) Comme tout le monde paye, personne n'est content, et vu que tout le monde se plaint (sauf les muets, ça va de soi), on aborde un virage socio-démocrate / recentrage à droite cause que, faut pas déconner, si on continue comme ça, les gens vont finit par voter extrême-droite.
4) On se prépare doucement à perdre les prochaines présidentielles en assurant ses arrières.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 octobre 2014

Posté par patricehouzeau à 04:29 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,



Fin »