BLOG LITTERAIRE

15 mars 2014

VU DANS SIMPLES MORTELS

VU DANS SIMPLES MORTELS

1.
A mon avis, la bande dessinée "Beauté" de Hubert et Keraskoët (éditions Dupuis), ferait un épatant film d'animation.

2.
Vu dans Hubert et Keraskoët: des troncs tachés de noir; le bleu brumeux de la forêt; un vol d'oiseaux découpés. (cf "Beauté - Simples mortels").

3.
La reine du Sud d'abord ne paraît pas si belle. C'est à la planche 4 de "Simples mortels", alors qu'elle est enfermée dans la malle, que sa beauté éclate soudain.

4.
La beauté d'un visage est une grenade dégoupillée.

5.
Lucidité... c'est salutaire... je la loue qui ramène vite la beauté d'un visage au grouillement organique qui s'agite en-dessous.

6.
Sans doute dira-t-on de moi que j'ai préféré les signes aux corps.

7.
Que l'on ne s'y trompe pas: les signes ne sont pas ambigus. J'apprécie une écriture joyeusement hétérosexuelle et me méfie des circonvolutions qui mènent à la savonnette.

8.
Ce qui fait la position des gens, c'est souvent moins leur talent que leur persistance, leur endurance.

9.
Vu dans Hubert et Keraskoët: Les trois O de la bouche et des yeux; le pok! du coup d'gourdin assené par la grosse méchante à la naïve Beauté.

10.
Vu dans Hubert et Keraskoët: Le gant bleu soudain multiple qui tente d'en tâter, de la Beauté rétive.

11.
Vu dans Hubert et Keraskoët: La colère du roi et le triangle aigu de sa lame; le massacre implicite des voyeurs troufions.

12.
Vu dans Hubert et Keraskoët: Sur le gris de la mer, les voiles blanches sans contour; le "secret bien gardé" du conseiller.

13.
"Le conseiller avait un secret bien gardé".
(Hubert et Keraskoët, "Beauté - Simples Mortels", pl.5)

Des tubes à secrets, ça, les conseillers. Marrant, j'ai écrit ce bref bien avant que le Buisson se fasse chourave une clé USB ou jensaisquoid'enregistrant dans laquelle on l'entend dire des conneries. Combien qu'il était payé, l'ex-dismoidonc à Sarkozy, pour balancer des conneries tout au long de la sainte journée ?

14.
L'autre, cet outil qui s'imagine qu'on l'aime.

15.
Sans blague, des fois, j'fais quand même dans le bref badaboum, le style crachat.

16.
Aller à l'opéra ? - Pouah ! être mal assis durant deux ou trois heures à écouter des gens à qui je n'ai rien fait virtuoser des sottises sentimentales, je préférerais ne pas.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 mars 2014

 


L'INVENTION DE NOUS AUTRES

L'INVENTION DE NOUS AUTRES
Notes sur "Effacement du peuplier", de René Char.

1.
Sont tout "dégarnis" les arbres... adieu, feuillées... c'est l'ouragan qu'a passé par là, avec son nom de pseudonyme de capitaine de bande dessinée.

2
Fichtre, pour l'endormir "la foudre aux yeux tendres", comme dit René Char, faut une drôle de perlimpinpin...

3.
Tant qu'à "trembler dans le grand vent", voilà qui peut se faire, mais faut être un arbre pour. Un "peuplier" en l'occurrence.

4.
Et bien sûr qu'on va le laisser le "grand vent s'unir à la terre" où tu la pousses, ta peupliétude. Qui on est nous pour l'empêcher ?

5.
A mon avis, si tu crois que tu "l'endors", la foudre et ses amènes mirettes, c'est que tu as les probabilités pour toi que tu vas y échapper.

6.
"la terre où je crois" qu'tu dis; c'est vrai qu't'as qu'à croire, que c'est ta pomme feuillue qui l'empêche, la foudre, de te cendrier illico crack.

7.
"Affile", "son souffle", et même a file vite, l'ouragan; t'as raison, "vigie".

8.
Tout "trouble" partout... y a plus rien qu'on voit... beurré "leurre"... le paysage a l'oeil cogné... il se creuse en tourmentes... déprime...

9.
Là-dedans, allez retrouver la source claire des choses... tout grouillis gribouillis, bouillu ventu foutu... l'ouragan casse les bois dont on fait les bibliothèques.

10.
"Une clé sera ma demeure"
(René Char)

11.
Peuplier, tu prophétises, tu te pressens "clé"... dedans même... hantée la demeure... syllabilisé, volatilisé, "effacé par la foudre de l'inspiration" qu'il écrit Paul Veyne...

12.
"Avoir une clé pour demeure", en voilà une belle expression pour dire qu'en fin de compte on se résume dans sa vérité. Qu'on est tout bref dans le vrai... tout ouvert, sa porte...

13.
"Feinte d'un feu que le coeur certifie"
(René Char)

14.
Après, il y a une de ces merveilles, un vers, du pur jus de classique, ce vers, avec de l'allitération dont on fait les serpents, les flammes, les plumes à Phénix - je cite : "Feinte d'un feu que le coeur certifie", qu'il écrit, Char.

15.
"Feinte d'un feu que le coeur certifie", je sais pas vous ce que vous en pensez, mais c'est du Racine, non, ce vers - ce qui tombe bien d'ailleurs, pour un arbre -, qu'on le croirait tombé de Phèdre, c't'autre foudroyée, et qui sent son alexandrin à plein foudre :
"Je suis feinte d'un feu que le coeur certifie"... Je vois ça beau, classiques Larousse, Hachette, Inspection Académique... "feinte", pour sûr que tu es fiction, t'es rien que feinte, comme nous, rien que légende, mais tout d'même t'es vraie, et "feu" de la passion, tiens... même que nos coeurs en ont besoin de cette légende, de c'te musique là, de ce ternaire, de ce tragique certifié foudre, que ça en devient l'invention de nous autres, ta poésie.

16.
"Et l'air qui la tint dans ses serres."
(René Char)

17.
"Et l'air"... quel aigle çui-là... fatum rapace... hibou destin... quel attrape-racine... quel farfouille-poitrine... qu'il vous enserre dans ses "serres"... façon blason, je vois ça aussi... un aigle là-haut qui tient une clé, oh ! elle échappe... c'te clé à demeure de vous.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 mars 2014.

 

13 mars 2014

BREFS CES RICOCHETS

BREFS CES RICOCHETS

1.
Un miroir, le roman ? Peut-être, mais promené le long d'un chemin hanté.

2.
Un miroir, le roman ? Sans doute, mais un miroir sans visage public, un miroir pour nos fantômes.

3.
L'oeuvre d'art est-elle un piège à apparaîtres ?

4.
Tiré de André Breton: "tunnel de sanglots"; "tourne toute la vie"; "parce que se perd de plus en plus" (cf "Signe ascendant", Poésie/Gallimard)

5.
"tunnel de sanglots", long tunnel de cauchemars, sanglots d'on ne sait qui précisément, de l'humain, de l'espèce.

6.
L'expression "tunnel de sanglots" m'évoque le film "Providence" du désormais regretté Alain Resnais, "Providence" et sa solitude de la mémoire.

7.
J'ai parfois pensé que "Providence" était un film claude-simonien, la diachronie aléatoire de la mémoire venant perturber le cours logique des choses.

8.
Les brefs, ces ricochets dans la flaque à reflets changeants de ma caboche.

9.
La voix d'urgence tranquille d'Alain Veinstein la nuit sur France Culture.

10.
Parfois, il semble que "tourne toute la vie", s'éloignant de la route droite et claire, pour s'engager dans l'inconnu, la ruelle sombre, l'impasse.

11.
"Parce que se perd de plus en plus", se perd de plus en plus, que donc, c'est de moins en moins que, de moins en moins que, eh oui, on vieillit.

12.
Se rajeunit pas tout ça, s'aigrit, se racornit, se corne, se rhinocérosse, se fait tout clou, cuir, os, cuirasse craquelée.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 mars 2014

 

IL S'AGIRAIT DE VIVRE

IL S'AGIRAIT DE VIVRE

1.
"Il s'agissait de vivre et de penser avec ces déchirements, de savoir s'il fallait accepter ou refuser."
(Albert Camus, "Le Mythe de Sisyphe", folio essais n°11, p.73)

2.
Des fois, je prends des déchirements; je les mets dans une guitare, ce qui l'hendrixe quelquefois.

3.
"Il s'agissait de vivre" se disait-il; ce qui n'est pas facile pour un fantôme.

4.
J'en étais là de mes réflexions quand mon cerveau prit la poudre d'escampette et ne revint à mes esprits qu'à la nuit.

5.
Je mets un apparaître dans un bocal qu'une fois refermé j'agite métaphysiquement. J'ouvre pour voir si la vérité va en sortir sur son balai.

6.
Parfois je me fais des farces. Je crie: "Me voilà !" et je ne m'apparais pas.

7.
A force de forcer un peu les choses, celles-ci répliquent, qu'on se cogne, et dégringole, et chute dedans.

8.
Je mets mon coeur sur la table; je le contemple; puis je me décide - je plonge dedans et m'enfonce dans le boeuf.

9.
Un jour, j'eus trois soeurs, mais ça n'a pas duré. Je n'étais pas leur frère.

10.
"Terreur des trèfles mon égale compagne"
(René Char, "Dire aux miens")

11.
Je n'arrive pas à comprendre comment j'arrive à me battre aux échecs.

12.
J'ai inventé des jeux fabuleux, dont j'ai perdu toute règle.

13.
Pour faire une salade de reflets, il faut d'abord émietter un miroir.

14.
Lorsque la lune passe par le trou de la serrure, c'est qu'elle a quelque secret à me révéler.

15.
Les gens sont pleins de maladies que les choses leur donnent.

16.
J'ai apprécié son dernier disque. On y entend un solo de girafe saxophone tout à fait onirico-virtuose.

17.
Le réel est si lourd qu'on devrait lui faire un procès d'entrave à la légèreté.

18.
Je suppose que la lune en sait long sur la vie privée des étoiles.

19.
Le problème de la frite géante, c'est qu'elle vous sauce un bol de mayonnaise en moins de temps qu'il n'en faut à Lucky Luke pour fusiller son ombre.

20.
Le problème, c'est que mes mains n'arrivent pas à faire la vaisselle toutes seules. Elles ont désespérément besoin de moi.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 mars 2014

 

AU CREPUSCULE EN ULULANT

AU CREPUSCULE EN ULULANT

1.
Quand en songe je vois des singes, en général, le matin, je mange des bananes, ou de la confiture d'abricots, ou du pâté de campagne.

2.
Parfois, pour fixer le réel, je lance des épingles en l'air, et je finis envoûté.

3.
J'ai bien une collection de tigres, mais pour les dompteurs, j'ai renoncé. C'est qu'ils m'en ont bouffés des tigres, les dompteurs.

4.
Je ne sors pas sans mon violon invisible, avec laquelle je me joue des airs inaudibles. Du coup, personne ne s'aperçoit de rien.

5.
J'ai dû administrer un calmant à mon ombre; c'est qu'elle était trop nerveuse aussi; j'ai même cru qu'elle allait échapper mon être.

6.
Le surréalisme n'est pas soluble dans la multitude. Il faut être réaliste, et c'est bien triste.

7.
Quand je passe la nuit à la moulinette, c'est que je me fais une soupe de songes, sachez-le.

8.
Quand on prétend parler des autres, franchement, on fait de la science-fiction.

9.
Dans Camus, "l'homme absurde comprend", ce qui est déjà un exploit, et même un début de reconnaissance.

10.
Parfois, je déchire les lézards qui me passent sur la peau. Ils se recomposent alors ailleurs dans l'ombre des tableaux.

11.
Celui qui cause des moulins de son coeur doit avoir le palpitant dans un drôle d'état.

12.
Quand mon assiette ouvre l'oeil, c'est que les frites doivent être dorées et croustillantes à souhait.

13.
Ce qui est ennuyeux avec le spectre du pirate, c'est qu'il laisse son perroquet faire des saletés partout. Faudra que je lui en dise deux mots.

14.
L'avantage du chien fantôme, c'est qu'il éloigne les spectres de la cambriole. Par contre, elles dégringolent des toiles fantômes, les araignées du réel.

15.
Lorsque je vois filer truites et saumons dans la blancheur de la nappe, je sors ma canne à pêche et ma cape d'enchanteur: le rituel peut commencer.

16.
Cette nuit, l'oeil était poché. Le fantasque a bien dû se battre avec quelque réel.

17.
A force de lui en toucher deux mots, j'ai les doigts pleins de syllabes.

18.
Des fois, quand je m'interroge, j'aurais bien besoin d'un traducteur.

19.
Officiellement, ma position spatio-temporelle est claire; officieusement, c'est un mystère.

20.
Parfois, je me laisse pousser une moustache et une barbe invisibles, et je m'envole au crépuscule en ululant Landru Landru Landruuuu.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 mars 2014

 



LA VERITE EST-ELLE UNE QUESTION D'ELEGANCE ?

LA VERITE EST-ELLE UNE QUESTION D'ELEGANCE

1.
Des fois, il me pousse un nez de clown qu'on aurait tort de prendre au tragique.

2.
Tiré d'Apollinaire: "jusqu'à chacun de mes yeux"; "Les cadavres de mes jours"; "Et les roses de l'électricité"; "jardin de la mémoire".

3.
"Jusqu'à chacun de mes yeux" - ceux que je n'ai pas perdus, ceux qui me visitent encore.

4.
Les yeux qui me visitent encore ont certainement besoin de lunettes; ils me voient de moins en moins.

5.
Le problème du cadavre des jours, c'est pour les enterrer. Il y a bien les horloges, mais c'est pas si évident d'y creuser des trous.

6.
Les cadavres de mes jours grouillent encore de princes poètes et de jeunes femmes qui, "par jeu, me jetaient de la neige".

7.
Les roses de l'électricité supposent des serres branchées sur le secteur. En cas de panne, ça se fane donc. C'est bien triste.

8.
Des fois, les roses de l'électricité claquent; il faut aller en acheter d'autres chez le jardinier lumineux.

9.
"Et les roses de l'électricité" claquèrent une à une dans ce "jardin de la mémoire", qui disparaît avec le jardinier.

10.
"Anne, par jeu, me jeta de la neige" [Clément Marot]. Du coup, j'ai pris froid. Ah la poésie, j'vous jure...

11.
J'attrape la lune; j'en fais des confettis, pour les noces de Pierrot et de Colombine.

12.
Ce qui est embêtant avec mon chien volant, c'est qu'il revient de ses escapades avec des plumes d'anges dans les crocs.

13.
Quand j'observe les roses; des fois, elles rougissent. Je comprends alors que je les gêne et je rentre regarder la nuit.

14.
"dans le miroir de notre amour", un beau jour, il n'y eut plus que le vide de la salle de bain.

15.
La plupart des gens préfèrent les complications de l'être à deux plutôt que la simplicité d'être seul.

16.
La plupart des gens préfèrent les complications de l'être à deux plutôt que la compote de pommes.

17.
Pour ma part je préfère rester seul plutôt que de travailler dans une usine de compote de pommes.

18.
Des fois, je préfère une vérité, si brève fût-elle, à la longueur du mensonge.

19.
L'être à deux suppose l'ombre d'un doute et l'aveuglement partiel de la confiance.

20.
Si les mines pouvaient parler et qu'elles vous disaient : - "Non, je n'exploserai pas !", les croiriez-vous ?

21.
Certains d'entre nous, consciemment ou pas, se jettent au bas d'eux-mêmes.

22.
Ceux qui ont peur de leur ombre, leur ombre finit par les étouffer.

23.
Des fois, je me sens façon à l'étouffée dans l'oeuf dans un coin de ma pomme.

24
Je suis triste des fois comme si j'avais bu une bouteille entière de Verlaine.

25.
A force de chatouiller les baleines, elles finissent par gondoler la mer; et ça fait des veuves.

26.
J'ai dû acheter une muselière à mon bureau. Il devenait trop bavard. Il finissait par se prendre pour moi, l'iznogoud.

27.
Lorsqu'il pleut des crayons, j'en attrape quelques uns avant qu'ils se cassent au sol; avec, je dessine des pluies.

28.
Proposition pour un sujet de bac philo: La vérité est-elle une question d'élégance ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 mars 2014

 

12 mars 2014

QUE DISAIS-TU TOI QUI ME FASCINAS ?

QUE DISAIS-TU TOI QUI ME FASCINAS ?

1.
Tiré de René Char: "aussitôt fait silence"; "qui les frôle éclôt"; "Que disais-tu ?".

2.
Dès que l'irréel... ou que le réel... des fois, on sait plus tant on nous carabistouille... quelque chose "aussitôt fait silence"... c'est qu'on n'sait quoi dire.

3.
Dans les herbes, des souffles cachés... et les pas qui font se faufiler d'autres bêtes... un serpent parfois.

4.
"Que disais-tu ?" Je n'ai plus en mémoire que fascination.

5.
La musique acousmatique utilise souvent le vent, souvent le vent, souvent le vent, pour signifier le passage du sûrement peut-être.

6.
La musique acousmatique fait coïncider des durées disparates, de brèves et vives stridences trouant les nappes synthétiques.

7.
La musique acousmatique - et Pink Floyd aussi, dans leurs meilleurs albums - suggère ce point fantomatique où la synchronie coïncide avec la diachronie, où d'une muraille surgit le vif flap-flap-flap d'un envol.

8.
Je ne sais; la sève qui tourne au coin
Sous l'ancien rituel sans nuages.

9.
Je me dicte à part moi la langue des coin-coins
Qui jouent d'l'ironie à chacun de mes passages.

10.
Parfois, quand je dors, j'entends des chansons, médiocres le plus souvent, de pâles imitations de la musique du réel.

11.
Je n'engrange pas les grains comptés;
Ils m'échappent du lieu où se promène mon cerveau.

12.
Comme je le laisse aller sans yeux, il ne reconnaît rien
Et aboie comme un petit chien, beaucoup et inutilement.

13.
L'art est ce qu'en matière d'irréel le réel fait le mieux.

14.
Le réel n'est supportable qu'en tant que producteur d'irréel.

15.
Même le réalisme le plus plat est porteur de cette part d'imaginaire dont nous avons besoin pour croire que ce monde n'est pas tout à fait désespérant. La vache peinte par un amateur est elle aussi un animal fabuleux. Bien sûr, dès que l'illusion s'efface, que le manteau réaliste tombe, il ne reste plus que couleur étalée et nature morte.

16.
Nous aimons la musique pour cette impression d'espace imaginaire qu'elle suggère. Mais, de la même manière que les textes trop fréquentés finissent par nous peser, il arrive que les séquences rythmiques si appréciées nous étouffent.

17.
Du reste, en dehors des artistes, des critiques et des historiens, peu de gens se confrontent réellement  à l'art. L'air y est irrespirable. Aussi, nous nous contentons souvent de passer devant les oeuvres en déclarant nos admirations devant ce que nous comprenons à peine.

18.
Resterions-nous longtemps devant un tableau que nous finirions par nous fasciner, par nous perdre aux yeux du réel.

19.
Je me méfie des oeuvres d'art; ce sont des pièges à conscience aussi redoutables que certains visages.

20.
Le réel est un grand consommateur de fictions. Je ne puis vivre sans imaginer ce que je vis. De mes fantômes je tire le sens de mes actes.

21.
Est-il vrai que certaines oeuvres d'art contemporain ne sont pas autre chose que des lessiveuses ?

22.
Est-il vrai qu'une fois terminé leur travail de blanchîment, de ces oeuvres parfois si rapidement exécutées, critiques et conservateurs en font déjà moins de cas ?

23.
Est-il vrai que certains "génies" internationaux des années 80 et 90 sont maintenant ouvertement moqués et que leurs "oeuvres" sont vouées à pourrir dans les réserves ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 mars 2014

 

AVEC UNE INDEFECTIBLE LOYAUTE

AVEC UNE INDEFECTIBLE LOYAUTE
Notes sur le poème "Dire aux miens" de René Char, en utilisant des fois les notes en bas de page des Classiques Hachette (cf René Char, "La Sorgue et autres poèmes", présentés par Marie-Claude Char et Paul Veyne).

1.
A: - Remarquez ces vers incroyables de René Char :

"Avec un carré de ta peau je ranimerai des parachutes
capturerai ces libellules à torse de boucher qui désossent l'espace
".

B: - C'est vrai qu'ils étonnent... D'autant que leur sens n'est pas évident...

A: - C'est que nous ne pensons pas aux libellules en termes de "torses de boucher", et nous ne relions pas habituellement leur vol saccadé aux gestes du boucher quand il désosse la viande.

B: - Oui, c'est une idée de poète, et même de poète surréaliste, ou de chercheur d'autres promesses.

2.
A: - J'aime bien de René Char ce "Tes os grondent", qui suppose que le grondement est structurel... Peut-être que l'être n'est pas autre chose que le grondement des os de Dieu.

B: Ou du Diable...

A: Ou des deux... L'être étant grondant de tous côtés, grondant du Diable comme du Bon Dieu...

3.
A: Tout de même, des fois, il pousse la charrue, les boeufs et toute la noce un peu loin dans le fossé, le poète. Que pensez-vous de ceci ? - je cite :

"l'éparpillement des scories du langage sur le point de s'unir au sperme de l'image" ?

B: - C'est certes un peu raide.

A: - C'est dépréciatif surtout, ces "scories du langage" et ce "sperme de l'image" qui iraient se marier je n'sais où... ici, sans doute, parmi nous, en noces obscènes... pornographie sociétale... spectacle et bagatelles... politique...

B: - En tout cas, ça nous change des lyriques ridicules et des images attendues.

4.
A: - Remarquez aussi, qu'en poésie, les mots désignent plus de choses que dans leur emploi ordinaire... Ainsi, ce vers :

"Malgré l'intimité multiforme du néant",

eh bien, normalement, le néant, c'est le néant, le nib, le nada, le rien, le que couic, et donc, son "intimité multiforme", au néant, ça s'rait bien un peu n'importe quoi.

B: - Sauf si l'on considère que le "néant" désigne ici la peur du néant, puisque, n'est-ce pas, le néant, comme la mort, c'est surtout du vide, de la négation, de l'absence. Ce qui lui donne de la consistance, au néant, c'est l'angoisse qu'il suscite dans nos bocaux à concepts. Et on a tout de même un peu de mal à vivre tout le temps avec cette idée pourtant commune, c'est qu'un jour, on ne sera plus du tout et qu'il n'y a rien à faire.

A: - Eh oui, nous ne serons plus du tout, et il faudra faire avec.

B: - Mais la peur du néant, partout diffuse qu'elle est, insinuante, masquée par nos rires et nos grimaces. Elle est derrière les murs, les portes; elle flanque sa tête de cheval pâle à la fenêtre; elle est dans le visage des gens, - voyez cette fatigue dans les rides qui sillonnent le contour des yeux, ce je ne sais quoi de saurien dans les paupières, de reptilien dans la froideur de l'oeil quand il ne se croit plus regardé. Le néant, c'est notre intime. Objectif, impartial, il ne fait aucune distinction entre nous, et nous promet le rien avec une indéfectible loyauté.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 mars 2014

 

AU VOL DE L'ANGE DANS SA CHUTE

AU VOL DE L'ANGE DANS SA CHUTE

1.
Tiré de René Char :"Tellement j'ai faim"; "que le mal demeure sans relève"; "scrupuleuse solitude" (cf "Vivre avec de tels hommes").

2.
"Tellement j'ai faim"... sans déconner, j'en boufferais de l'autre, ou du bon dieu en tranches...

3.
"que le mal demeure sans relève"... qu'il remonte pas sa gueule du marais brun... qu'il revienne pas débiter ses bottes dans nos rues...

4. J'aime l'idée d'une "scrupuleuse solitude". Celle de ceux qui savent que l'on ne doit pas tout dire, pas trop se montrer, se faire ombre.

5.
Tiré de René Char: "C'est cet incendie de la lune"; "où le diable nous a fixé"; "d'insectes tirant mille traits" (cf "Feuillets d'Hypnos").

6.
A la lumière de cet incendie sans flammes, la lune, voyez, nous nous consumons à petit feu.

7.
Nous sommes où le diable nous a fixés, et nous enquêtons sur les anges.

8.
Musique striée, patience énervée "d'insectes tirant mille traits" de couleur aigue, lancinante, rauque et sombre, étalée sur le couteau de la toile.

9.
Dans le bref initial de "Partage formel", de René Char, la séquence "puissances magiques et subversives du désir" agite sa féérie symbolique.

10.
Tiré de René Char: "La vitre-cloaque"; "les yeux tout-puissants"; "s'irritent".

11.
Le composé "vitre-cloaque", quelle trouvaille ! d'la fenêtre glauque donc, de la vision par le trou.

12.
Les yeux, les yeux sont tout-puissants, et jettent dans le réel des orages de regards.

13.
J'apprécie "s'irritent"; j'apprécie ce son bref; j'apprécie ces deux syllabes, ce couple de colère, en bout, comme un accord décisif.

14.
Je me demande jusqu'où peut siffler un bref ? Et un noeud de brefs ?

15.
La musique acousmatique regorge d'accords perdus que le compositeur a saisi au vol de l'ange dans sa chute.

16.
Comme la virtuosité allègre d'un vibraphoniste, comme l'élégance d'un danseur de claquettes blesse parfois quand vous l'avez lourd dans la carcasse, l'encaisse-mépris.

17.
Des fois, coeur lourd, et pis la pluie... du coup, ça gonfle...

18.
Bon, faut que j'filoche, y a Plumeau qu'a détruit ma toile.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 mars 2014

 

11 mars 2014

POLITICAILLE

POLITICAILLE

1.
Problématique politique: Comment blanchir l'argent des caisses noires ?

2.
Je ne pense pas que, à quinze jours des municipales, l'annonce du gel des retraites soit une bonne chose pour le gouvernement.

3.
Ceci dit, c'est vrai que c'est pas avec les retraités du gaz qu'on peut négocier, s'arranger, tandis qu'avec certaines instances représentatives, je pense que... Vous dites ? Magouiller ? Oh ! Quand même pas ? Si ? Ah... vous croyez ?

4.
On devrait créer un ministère des illusions perdues.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 mars 2014

 



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