11 avril 2006
LA MORT AUSSI EST UNE HISTOIRE BELGE
LA MORT AUSSI EST UNE HISTOIRE BELGE
Notes sur le film Madame Edouard de Nadine Monfils (France, 2004)
L'action est à Bruxelles dont on voit la place De Brouckère dès les premiers plans.
Un commissaire joué par Michel Blanc avec un chien du nom de Babelutte, friandise collante.
Il a un adjoint catastrophique du nom de Bornéo qui a déjà flanqué le feu au bureau en renversant la machine à café sur la photocopieuse. On a connu ça avec Gaston Lagaffe du dessinateur André Franquin.
Il y a un cadavre dans le cimetière (eh non, ce n'est pas une plaisanterie !), un cadavre de femme, et sans sépulture encore, alors qu'on avait rendez-vous avec un homme dans la nuit des monuments funéraires et des amours clandestines.
Mais ça, c'est un monde, sais-tu !
En face du cimetière, il y a une maison de retraite, comme ça les pensionnaires ont une vue imprenable sur l'avenir c'est le commissaire qui fait cette remarque. Il a de l'humour, et, de plus, il fait du tricot. Apparemment d'ailleurs, il n'est pas marié et il semble bien qu'il vit avec sa maman. Ce n'est pas vraiment l'Inspecteur Harry, le commissaire, là.
Et toi, t'as rien trouvé ?
Non, rien à part des anges sans tête...
Cela, c'est un exemple du doux surréalisme de certaines répliques.
Le commissaire donc prend ses repas avec sa maman, Ginette (jouée par Annie Cordy) qui aime les gadgets et cuisine beaucoup de choux de Bruxelles puisque, n'est-ce pas, il a fallu quand même en acheter des choux de Bruxelles pour avoir en cadeau la magnifique cocotte "Safari" qui trône au milieu de la table ; elle aime aussi "son gamin" et ne tarde pas à découvrir un orteil humain dans la gueule du toutou.
L'orteil appartient au cadavre dont il fut précédemment question et, pour l'heure, un apparent psychopathe danse sur un air de piano après avoir dit des folies funèbres au dit cadavre de jeune femme.
Le commissaire intervient et interpelle le danseur d'entre les tombes.
C'est un jeune homme avec une tête à faire de la publicité pour la cassonade Graeffe.
On y évoque Magritte et Delvaux. On y découvre un cadavre avec un bras en moins, comme une Vénus bruxelloise.
En parlant de Vénus, il y en a bien une, dans le film, de spécialiste de l'amour, - d'ailleurs, elle boit -, mais plutôt dans le genre sauterelle blonde arpenteuse de trottoirs : c'est Dominique Lavanant qui s'y est collée, au rôle de la pute alcoolo, et elle est marrante.
On y boit donc, de la bière, de la "Mort Subite" et de la Kriek qui sont des bières assez acides.
Le personnage qui donne son nom au film, Madame Edouard, c'est un travelo interprété par Didier Bourdon.
Elle aussi boit de la bière, habituée qu'elle est du bistro "La Mort Subite" d'où une jeune fille qui y louait une chambre a disparu.
C'est d'ailleurs la fille que l'on trouva morte dans le cimetière avec un bras en moins et une tête de circonstances.
La fille de Madame Edouard débarque à Bruxelles, après tant d'années, sans savoir que son père vit en femme.
Le chien du commissaire fait penser au basset des épisodes de la série Colombo années 70.
On trouve un autre cadavre :"intoxiqué au cyanure" comme l'autre, tandis qu'au bistro, un nain revendeur essaye de fourguer des babioles bruxelloises aux clients exaspérés.
On y découvre itou un signe cabalistique (AGLA) puis un troisième cadavre.
On pense à voir ce film de Nadine Monfils au loufoque Les Oreilles entre les Dents de Patrick Schulmann (France, 1986), on y retrouve la même atmosphère déjantée, le goût du gag, le même humour un peu potache.
Détail pittoresque : chaque corps est découvert non loin d'une tombe d'un peintre local.
Ce n'est pas le même à chaque fois comme si, mais cela on le comprendra plus tard, l'assassin avait voulu indiquer un rapport existant entre la jeune fille morte et le peintre choisi.
Le film baigne dans une ambiance faussement bon enfant où l'on emploie des belgicismes à tout va ("Mais s'il vous plaît !", "On se voit tantôt" ; "Quel bazaar !" ; "Mais pour qui se prend-on ?" "Je vous laisse à vos carabistouilles" ; etc...), où certaines scènes évoquent effectivement les tableaux de Magritte avec leurs célèbres hommes à chapeau melon, où le chien Babelutte parle tout naturel comme le Milou à Tintin, mais il y est question aussi de morts violentes, d'ambiances qui pourraient facilement tourner au glauque, de messes noires ou grotesques à la James Ensor et zou ! un pendu !
Ce coup-ci, c'est un homme car jusque là, ce n'étaient que des jeunes femmes...
La fille de Madame Edouard s'appelle Marie et elle est étudiante aux Beaux-Arts.
Elle cherche son amie Karine, une jeune artiste peintre, elle la cherche dans Bruxelles tandis que l'on apprend qu'il paraît que le blanc de titane rend les couleurs plus lumineuses vu qu'on en met sur les toiles à peindre dessus.
Par la fenêtre du commissariat de police, on voit passer un curé à vélo portant une croix recouverte de coquilles de moules.
Le pendu aussi a été intoxiqué au cyanure avant d'être suicidé par pendaison.
Voilà le formidable Rufus en habit noir des artistes de music hall.
La secrétaire du commissaire (Josiane Balasko) aime les boucles d'oreille fantaisie tandis que l'on s'approche du dénouement : Karine avec un pistolet (euh non pas la viennoiserie) sur la tempe ; et quant à Marie, il se pourrait bien qu'on lui coupât le bras, à Marie, la fille au travelo, que l'on voit quelques instants peindre avec rage, lançant des éclairs de peinture rouge sur la toile.
Voilà le formidable Rufus, en habit blanc et chemise noire des gens qui habitent de si belles maisons.
Vais-je vous révéler le fin mot de l'histoire ?
C'est ça, compte là-dessus, fiu, et va voir si Tintin a retrouvé l'Oreille cassée !
"Bienvenue chez les morts" annonce la fin du film et cette découverte que la camarde aussi est une histoire belge, férocement belge.
Film sur la "belgitude" certainement que ce Madame Edouard, aux références multiples (peinture, surréalisme, bande dessinée, ligne claire, marché aux puces, bière, mauvais goût, gadgets, le goût du grotesque et du bizarre qui peut aller jusqu'au morbide,...), film sur la "belgitude" donc et sur ce que sans doute, comme tous les particularismes, cette belgitude tente de cacher, c'est qu'en fin de compte, la mort est partout chez elle, aussi à l'aise qu'une pomme dans un tableau.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 avril 2006
Commentaires
Vous avez une façon de raconter
que cela donne envie d'aller voir ce film
ah l'humour l'humour qui nous manque tant !
ah au fait ce film existe-il vraiment ?
On ne sait jamais avec les Belges !
simple curiosité
il y a des lustres que je ne vais plus au cinéma
mais en Belgique assez souvent...
... à moins que cette critique vous l'ayiez complètement inventée
ce qui serait suprêmement belge !
Il existe un belle bege histoire vraie a=à propos de nadine monfils, je vis la rconter sur mon blog!!!
Pour Dominique
Merci, Dominique, pour l'élégante gentillesse de votre commentaire.
Pour répondre à votre interrogation : oui, le film "Madame Edouard" existe bel(ge) et bien !
Et je suis assez flatté que vous émettiez l'hypothèse d'une pure construction de ma part tant j'aurais aimé écrire le scénario et les dialogues de ce film. Mais je connais mes limites.
Par contre, je suis certain que Orlando de Rudder pourrait très bien écrire ce genre d'histoires pleine d'humour, de loufoquerie et de mélancolie aussi.
Patrice Houzeau
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