30 juin 2006
PLAIES (De quelques enquêteurs)
PLAIES
(...) J'ouvris la porte d'un coup de pied ; Lee se lavait les mains dans le lavabo.
Il me les montra et je vis le sang qui perlait de plaies aux jointures.
- J'ai cogné le mur. Pénitence pour Nash.
Ça ne me suffisait pas. Je laissai libre cours à ma furie et j'écrabouillai mon meilleur ami jusqu'à ce que mes mains n'en puissent plus et qu'il gise à mes pieds, sans connaissance.
(James Ellroy, Le Dahlia Noir, traduction de Freddy Michalski, Rivages/Noir, p.238).
Un monde de flics américains qui cognent et se font mal.
Dans les romans du type "hardboiled" américain, les fameux romans "noirs", les policiers défouraillent un max et remplissent les morgues de chair sanglante et d'âmes perdues.
Mais pas seulement. S'ils se font mal, c'est aussi moralement, mentalement, affectivement.
Ainsi l'enquêteur de l'assez terrible roman Le Dahlia Noir de James Ellroy qui court d'une désillusion l'autre au fur et à mesure que sa longue, très longue quête, - 488 pages -, lui révèle quelques méandres et pas mal de turpitudes.
Les durs à cuire en bavent des ronds de chapeau cependant que dans l'univers élégant des romans à énigmes, ces romans-puzzle aux intrigues pleines de mystères et de tasses à thé, les détectives privés, - pas de fonctionnaires désabusés dans ce monde-là, voyons ! - semblent traverser les meurtres les plus bizarres sans en paraître le moins du monde affectés.
Car ce sont de purs intellectuels que ces hommes à "petites cellules grises" et d'une foi inébranlable dans la puissance de leur esprit déductif !
Hercule Poirot peut être agacé, en aucun cas il ne se montrera touché, navré ou désolé, - il sera peut être bien un peu ennuyé, mais pas plus ! - car son quant-à-soi, son goût de la maîtrise de soi en toutes circonstances, qui distingue les vrais gentlemen de leurs imitations salariées, lui interdit de se laisser atteindre par la vilenie du monde.
Sherlock Holmes certes se drogue et souffre fréquemment d'accès de neurasthénie, - il a d'ailleurs tout du cyclothymique -, mais que se présente l'étrangeté d'un mystère bien épatant, et le voilà à s'activer, à se remuer les méninges, à se déguiser, à disparaître pour surgir soudain comme un diable cogiteur d'une pipe fumante. Et ce qui l'intéresse, dans toutes ces énigmes improbables, ce n'est pas tant l'humanité que la mécanique des circonstances. Holmes n'est pas un découvreur du coeur humain, c'est un mécanicien de l'entropie.
Quant au français Jules Maigret, - le moins invraisemblable de tous les enquêteurs -, c'est une force qui va, l'homme tranquille qui traverse et s'arrange avec les méfaits du réel, - puisque c'est son gagne-pain -, avec l'assurance de celui qui ne doute pas des valeurs qu'il s'est donné.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 juin 2006
LES FLÂNEURS
LES FLÂNEURS
Monsieur de Sainte-Colombe : "Avec la vie passionnée que je mène !"
Sa fille aînée : "Vous menez une vie passionnée, père ?"
Sa fille cadette : "Père, vous menez une vie passionnée ?"
(D'après Pascal Quignard, Tous les Matins du Monde)
Rimbaud, dit-on, composait ses poèmes en marchant, les mâchant et les remâchant entre ses lèvres puis soudain, il s'arrêtait, sortait de ses poches crevées quelque bout de papier et transcrivait.
Le film de Milos Forman sur Mozart, Amadeus, nous montre le génie composant en jouant négligemment avec une boule de billard. C'est qu'à ce moment-là, Mozart ne compose plus mais transcrit, ayant déjà en tête l'ensemble des motifs de son oeuvre.
Racine, dit-on, procédait de la même manière pour ses tragédies et les alexandrins semblaient sans doute tomber de sa plume comme les fruits mûrs d'un arbre.
La légende littéraire rapporte que le poète Horace pouvait sans hésiter dicter plusieurs centaines de vers à son secrétaire - en ce temps-là, les secrétaires étaient souvent des esclaves, c'était bien pratique ! - et que le lendemain, il pouvait de mémoire citer les vers exacts qu'il désirait corriger. Même si le fait n'est pas authentifié, l'anecdote est éclairante en ce sens qu'elle définit le génie comme un apparaître : celui de la virtuosité prodigieuse.
Pourtant, ce qui a permis à Rimbaud, à Mozart, à Racine, à Horace et à tant d'autres de composer leurs oeuvres, ce n'est pas un génie spontané, - quelle blague ! -, mais très certainement l'habitude prise d'une très grande concentration.
Cette même concentration qui d'ailleurs pouvait les faire passer aussi pour des inadaptés (Mozart) ou des caractères de cochon (Rimbaud) car essayez donc un peu d'avoir une conversation suivie avec un quidam quelconque tout en composant de tête Une Saison en Enfer ou La Flûte enchantée !
Vous me direz qu'il ne suffit pas de se concentrer pour écrire des chefs-d'oeuvre sinon nos Lycées seraient pleins de génies en herbe, - ce qui est assez peu le cas, soyons francs ! - et vous aurez raison puisqu'il faut tenir compte aussi de la formation des dits génies : si Mozart n'avait pas connu si tôt un apprentissage musical aussi intensif, nul doute qu'il ne serait pas devenu ce maître incontesté de l'opéra et ce compositeur qui, à lui seul, semble résumer l'intérêt du baroque, la perfection du classicisme et l'ébauche du romantisme.
Mais je gage que cette si intense concentration fit aussi partie de leur formation, qu'en même temps qu'ils apprenaient à maîtriser leur instrument, qu'ils apprenaient à analyser et à synthétiser, ils apprenaient aussi à se concentrer, à se couper du monde bavard qui les entourait pour se livrer au seul exercice de la pensée créatrice.
Leur exemple est ainsi riche d'enseignement : ce n'est certes pas dans le bla-bla-bla généralisé, la communication de masse, la joute verbale improvisée et le débat que se construit l'oeuvre mais dans la concentration et la maîtrise de soi.
C'est ainsi que Stendhal s'est donné toute sa vie l'allure d'un flâneur, que Mozart, malgré dettes et désillusions, a eu l'air de s'amuser beaucoup, que Simenon écrivait très rapidement des romans à succès et qu'une fois le point final mis et le manuscrit posté, il partait faire la java, c'est ainsi que tant de génies ont eu l'air de traverser la vie en flânant, comme de prodigieux danseurs de corde.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 juin 2006
29 juin 2006
OEDIPE ET LE SPHINX
OEDIPE ET LE SPHINX
Sur un tableau de Gustave Moreau
Les ailes sont droites, surprises dans la verticale de leur battement.
Je scrute les yeux de celui qui me scrute et suis à chaque fois étonnée de l'audace du guerrier.
Ma poitrine est nue puisque la beauté est fascinante comme l'énigme.
Je suis dos aux murailles et suis sans issue tandis que la chienne qui chante s'agrippe à mes vêtements.
Dans l'attente de la réponse, je m'émerveille des cheveux blonds et repliés de celle qui porte diadème à la façon d'une antique demoiselle de royauté.
Se pourrait-il que le Sphinx soit aussi princesse celte ou saxonne ?
Ou Hélène de Sparte pour qui les rois et les princes moururent ?
Je ne contemple pas ses seins nus mais l'étonnement des yeux.
Les griffes dans les secondes qui viennent vont me lacérer les chairs et le sang coulera.
C'est peu de sang pourtant puisque dans les ravins et les fossés, je peux voir, - il suffit que je baisse les yeux ou que je détourne le regard - les mains agrippées encore et les corps déchirés des hommes qui ont tenté la cruauté.
Cette boucherie, vous ne pouvez la voir, elle n'est visible que dans la nuit des mystères.
Cette boucherie, vous pouvez la voir, elle signe le passage des meutes humaines.
Ma victoire sur l'énigme me donnera le coeur d'une ville et le lit d'une reine.
Le fer de ma lance pique l'étoffe qui court le long de mon flanc.
Je n'en aurai pas besoin puisque c'est par la parole que se fera l'évidence même.
A moins que l'on ne me demande de lui percer le coeur puis de lui trancher la tête.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 juin 2006
27 juin 2006
TOUT FINIT PAR SE SAVOIR
TOUT FINIT PAR SE SAVOIR
Eloignons-nous d'ici. Rompons la collation. La bétonnière au collier de fer à laquelle nous sommes promis ne cesse dans son fracas d'ilote de répéter : "Jamais plus !" (René Char, La Collation interrompue, Eloge d'une Soupçonnée précédé d'autres poèmes, Poésie/Gallimard, p.70).
L'impératif ordonne le choix poétique.
Ici, l'éloignement et la rupture. L'exil loin du fatal "Jamais plus !" qui abroge ; la fuite donc de la répétition du bâti, de "la bétonnière au collier de fer".
Ainsi firent les hommes du Christ, les résistants, les incompromis.
Il vaut mieux sans doute renoncer à certains privilèges :
Hors de nos mains les anses de la marmite ! Y cuit l'amanite panthère après les souples confitures ! (La Collation interrompue)
L'alchimie est cuisine ; la transformation passe par le travail des images qui semble magie, énigme, beau mystère : deux octosyllabes pour rappeler la souplesse du danger.
Bien que la publication de "La Collation interrompue" date de 1979 et du recueil Fenêtre dormante et porte sur le toit, il figure dans le recueil Eloge d'une Soupçonnée précédé d'autres poèmes 1973-1987 (Poésie/Gallimard).
Eloge d'une Soupçonnée
Le titre lui-même, beau mystère.
Ce que nous soupçonnons en l'autre est-il digne d'éloge ?
Est-ce le soupçon en lui-même qui mérite l'éloge ?
Le Saint ne fait pas d'éloges ; le Saint n'est pas soupçonneux.
Le Saint est pure phénoménologie.
Il fait cependant louange de l'insoupçonnable Seigneur.
Bien malin qui peut dire quelle est la part de Dieu dans cette entropie du Soupçon que nous appelons monde conscient.
D'ailleurs, le Diable, n'est-ce pas, est abonné à tous les journaux et les Enfers constituent le centre absolu du recoupement d'informations.
Tout finit par se savoir.
Note : Le mot "ilote" désigne une personne réduite en esclavage, à la misère, à l'ignorance. L'amanite panthère (amanita pantherina) est un champignon que l'on trouve partout en France, un vrai poison. René Char évoque ici à la fois la souplesse des félins (les panthères), le poison mortel de certains champignons et la tradition des "souples confitures", bénéfices et maléfices baignent donc dans la même marmite, il n'y a pas de nature extra-humaine du mal.
Patrice Houzeau
Grande-Synthe, le 27 juin 2006
On a fait bouillir le charcutier
ON A FAIT BOUILLIR LE CHARCUTIER
Samedi dernier, dans l'excellente émission de Jean-Pierre Coffe, Ça s'bouffe pas, ça s'mange ! (France Inter), à l'occasion de la publication de Je, François Villon (1) de Jean Teulé (Julliard), il a été rapporté qu'au Moyen-âge, dans ce Moyen-âge de la fin de la Guerre de Cent Ans et de cette armée de coquillards (mercenaires soudain sans emploi) qui attaquaient villes et villages et parmi lesquels se trouvait sans doute François Villon, si l'on pendait les hommes, on enterrait vivantes les femmes.
Il s'est trouvé des charcutiers pour, la nuit venue, aller déterrer et récupérer les plus frais et les point très âgés de ces cadavres afin d'en faire littéralement de la chair à pâté.
Eh oui ! Certains charcutiers médiévaux ajoutèrent au veau, au porc, au poulet et au lapin quelques livres de chair de femme morte et firent donc des anthropophages de certains de leurs clients.
Cela méritait la peine de mort.
Et cette peine de mort fut parfois appliquée en faisant bouillir en place publique le charcutier dans un grand chaudron.
On commençait par le flanquer saucissonné comme un vulgaire rôti dans un chaudron d'eau froide de sorte que les gens intéressés par le spectacle avaient le temps, entre le moment de l'allumage du feu et l'aboutissement de la cuisson, d'aller faire leurs courses.
Cependant, il s'est trouvé des juges assez impatients pour ordonner que le condamné soit plongé dans une eau parvenue à ébullition.
ON A FAIT BOUILLIR LE CHARCUTIER
On l'a pris sur le fait en train de dépecer Il
A un grand couteau le charcutier qui
Fait du pâté avec la chair des gens Du coup à
Bouillir qu'on l'a mis dans un grand chaudron
Le mauvais traiteur, le charognard
Charcutier qui au veau mêla la chair de femme.
Note : (1) Jean Teulé a intitulé son livre Je, François Villon ce qui n'est pas sans rappeler un livret d'opéra écrit par Orlando de Rudder - Moi, François Villon - lequel opéra fut composé par Bruno Letort et enregistré en 1994, Editions Tangram, Paris.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 juin 2006
26 juin 2006
Stabilité
STABILITÉ
Le moi est historique. Il s'inscrit dans une chronologie dont il se fait un roman, des films, du fantasme. De la rêverie.
Il ne s'agit pourtant pas de délire puisqu'il y a une origine, une maîtrise des images, un art de vivre entre le réel et le symbolique.
Que l'un avale l'autre, que le symbolique veuille à lui seul résoudre l'équation du réel, - l'existence perçue comme une suite de problèmes à résoudre -, ou que l'indifférente brutalité du réel se mette à brûler les signes et le monde devient tyrannie, qu'elle relève du social sous les formes successives des dictatures toujours nouvelles et toujours identiques ou qu'elle relève du moi dans l'auto-tyrannie de la folie.
Le tyran insensé des Romains est ainsi au centre d'un conflit entre volonté de puissance absolue sur le réel et puissance absolue de l'imaginaire.
Pour nous, nous restons en équilibre, sur la corde raide sans même réellement y songer, - sauf en période de crise justement -, dans ce modus vivendi qui nous sert de stabilité.
Patrice Houzeau
Grande-Synthe, le 26 juin 2006
25 juin 2006
J'AIME LE SILENCE
J'AIME LE SILENCE
J'aime la nuit venue le retour du silence,
Le temps aux yeux de chat, le temps aux bouches closes ;
Silence oh silence enfin et regret des mots.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 juin 2006
DE L'UNIFORME DES JEUNES JAPONAIS ENTRE AUTRES
DE L’UNIFORME DES JEUNES JAPONAIS ENTRE AUTRES
L’ineffable François Bayrou s’est déclaré récemment en faveur du retour de l’uniforme dans les écoles.
Orlando de Rudder, suite à notre article de cette nuit (cf « Cauchemar électoral »), a réagi par un commentaire que nous nous permettons de reproduire ici et auquel nous réagissons nous-même :
Les Japonais, etc.. qui sont en train de "gagner" ne permettraient pas le millième de ce qu'on autorise dans nos écoles et collèges. L'uniforme y est de rigueur dans beaucoup d'établissements. t autres fantaisies...
Moi aussi, je trouve scandaleux que les marques soient un outil de discrimination, d'oppression et je me souviens que l'uniforme a été créé pour que les moins fortunés ne soient pas écrasés par la morgue des riches... Et l'uniforme, c'est déjà fait: la marque en est un, même si les vêtements sont un peu différents...L'uniforme ne me gênerait pas: on n'est jamais libre de son habillement et les codes sociaux de toute façon font que notre choix est limité. C'est une fausse liberté promue par les marchands...
De toute façon, ceux qui changent le monde ou apportent du nouveau s'habillent classiquement: Sati en notaire de province, les surréalistes en costume-cravate, etc...
A l'école, il suffirait peut-être d'enseigner le respect normal: "tenue correcte exigée" et tenue de ville en cours, tenue de sport au stade... la vie, le monde extérieur, hors du vase clos...
Pendant ce temps là, les écoles à uniforme font les dirigeants de demain: les autres subiront, subiront, subiront. En partie parce qu'ils auront suivi la mode...
La vraie vie est ailleurs.
Mais après tout, pourquoi ne pas ABANDONNER les banlieues, les pauvres, tout ça comme on le fait, en fait, en n'osant pas se montrer autoritaire, normal? Pourquoi ne pas continuer à mépriser en acceptant la violence et des tenues vestimentaires que personne, dans le vrai monde, ne supportera? Laissons-les sans autorité, sans construction, sans solidité morale, culturelle, intellectuelle, affective.. cette non-assistance à personne en danger en fera des chômeurs: ça fera plus de boulot pour ceux qui ont aimé l'école, qui l'ont acceptée, se sont construits par elle. Et parmi eux, ceux qui sont allés dans une école "à uniforme" en étaient fiers de le porter! D'un côté, les "hors vie", de l'autre l'élite!
Posté par orlando de rudde, 25 juin 2006 à 11:05
Certes, l'uniforme est très employé dans le système scolaire japonais, - d'ailleurs presqu'entiérement privatisé - et il est ainsi devenu un cliché pornographique !- L'adolescente en jupe, avec chemise blanche ou bleue, chaussettes blanches et cravate constitue l'un des fantasmes les plus souvent repris dans les mangas pour adultes ! Beaucoup de ces jeunes filles préféreraient passer inaperçues dans la rue en portant comme en Occident pulls larges et jeans !D'autant plus que le nombre élevé d'agressions sexuelles sur mineures semble être un des traits constants de la société nipponne !
Ce n'est pas l'uniforme qui fait le bon soldat !
Les jeunes Anglais portent une tenue plus ou moins uniforme dans beaucoup d'établissements et, cependant, de l'aveu même de leur propre ministre de l'éducation, leur "baccalauréat" est devenu une parodie d'examen tant il est facile à obtenir ! (+ de 90% de reçus !).
Quant aux jeunes gens des banlieues que l'on laisserait tomber faute de discipline, il y a maldonne ! Ce ne sont pas eux qui paient les pots cassés ! En effet, ceux qui s'accrochent à leur formation professionnelle réussiront car on aura besoin encore longtemps d'ouvriers qualifiés, de plombiers, de coiffeurs et coiffeuses, de chaudronniers, de fleuristes, de cuisiniers, de serveurs, de maçons, etc... ! Et certaines branches d'activité manquent même de main d'oeuvre alors que 40 % des étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur en sortent sans diplôme et que, - je le rappelle une fois encore – un quart des jeunes actifs de moins de 26 ans est sans travail !
Non, les plus à plaindre sont les enfants des classes moyennes à qui les égalitaristes de tout poil, - en particulier les "pédagogistes" (expression de la revue Le Monde de L’Education pour désigner les modernistes qui ont œuvré à l’échec actuel d’une partie de l’éducation nationale), à qui les égalitaristes, - de gauche comme de droite d'ailleurs ! - font croire depuis des années que leur avenir réside dans le Lycée général et les études longues dans ces universités sur lesquelles on se fait beaucoup d'illusions (pour un bon professeur combien de trissotins, de fils d'archevêques, de rentiers de l'intellect, de crypto-marxistes ou de révisionnistes honteux !).
Mais il est vrai que le marché des études longues profite à beaucoup (investissements dans de nouvelles constructions, développement du logement étudiant, euphorie des mutuelles, - vous vous souvenez de cette curieuse affaire de financement du Parti Socialiste à partir des caisses d'une mutuelle étudiante ? -) et permet de faire croire aux Français que le niveau monte (il n'y a qu'à regarder la Star Académie pour s'en convaincre !) tout en faisant baisser artificiellement le nombre de demandeurs d'emplois (les étudiants ne sont pas comptabilisés comme demandeurs d'emplois puisqu'ils sont en formation !).
Certaines municipalités encouragent même les titulaires d'un Bac Professionnel à s'inscrire à l'Université en leur octroyant un petit plus financier (en plus de la bourse !).
Résultat : avec ou sans uniforme, des milliers de jeunes gens qui devraient travailler depuis longtemps dans l'industrie, le commerce ou l'artisanat, courent droit à l'échec, à la désespérance, à l’aigreur (certains d’entre eux finissent par ne plus voter ou voter pour les extrêmes tant ils sont conscients que l’on s’est bien payé leur tête !)
Et franchement, je ne pense pas que le port ou non de l'uniforme y soit pour grand chose !
Du reste, et perfidement, je pose la question : à qui incomberaient les frais de l'achat de cet "uniforme" ?
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 juin 2006
CAUCHEMAR ELECTORAL
CAUCHEMAR ÉLECTORAL
Il m'a bien semblé entendre aux informations que François Bayrou, le chef de file de l'UDF et opposant déclaré de Dominique de Villepin et de Nicolas Sarkozy sans doute aussi, s'était prononcé "plutôt en faveur", - n'oublions pas que François est centriste ! - du retour de l'uniforme dans les écoles.
Pourquoi ? Parce qu'il juge "effrayante" - rien que ça ! - l'invasion des marques dans les cours des Collèges et des Lycées aussi sans doute.
Ce n'est pas très libéral, ça, François...
Je me souviens qu'il y a quelques années, je l'avais entendu, alors qu'il venait de rentrer dans ses fonctions ministérielles, se prononcer contre l'introduction des distributeurs de préservatifs dans les Lycées au prétexte que : - là il avait plus ou moins clairement expliqué que valait mieux être sourd que d'avoir des rapports sexuels avant sa majorité -. (1)
Bon, il ne manque plus que de rétablir, - comme le souhaitait Chevénement, vous vous souvenez, le copain à Saddam Hussein, - le rituel de l'hymne national (avant ou après les cours ?), puis le crucifix au mur ou le portrait du Président ou de Du Guesclin tant qu'on y est, puis les images pieuses ou hautement civiques en récompense des actions méritantes, puis les bonnes soeurs ou les Hussards Noirs de la République et leur tirage d'oreilles et leurs coups de règles sur les doigts et nous aurons sans doute une vraie Education Nationale Française telle qu'on en parle encore quand on n'a rien d'autre à faire et surtout n'oublions pas de limiter la mixité aux établissements expérimentaux, comme ça on est sûr qu'il n'y en aura pas besoin, de distributeurs de préservatifs dans les Lycées !
On sait que, récemment, François Bayrou a souhaité une sorte d'union des centristes de gauche aux centristes de droite et a déclaré que le clivage gauche/droite était, je le cite, une vraie "connerie" (2), espérant sans doute lier un temps le sort électoral de l'UDF, -et donc de lui-même -, au sort de la nouvelle championne du Parti Socialiste, la très politiquement correcte et prévisible Ségolène Royal.
Il est vrai qu'ils sont faits pour s'entendre ces deux-là.
Et pour ma part, et très franchement, je suis découragé à l'idée d'une victoire de ce centre-là, de cette union là entre Ségolène et son bon gros sens et François-les-Gros-Sabots.
Vous imaginez un peu, la Ségolène qui, il y a encore quelques semaines, ne pouvait supporter l'idée du mariage homosexuel (Beuark ! Quelle horreur !) et qui, maintenant, les conduirait elle-même, Maurice et Robert, devant Monsieur le Maire, avec un grand sourire bien socialiste encore ! La Ségolène, la future recordwoman de l'entartage politique, la Ségolène Présidente ! et Bayrou Premier Ministre !
Ce serait à coup sûr la revanche des médiocres, la rebiffade des caves, le règne du "Quand on est fatigué, il faut dormir mais quand il faut travailler, il faut travailler ! et que la pluie, ça mouille et que les vilains sont méchants et qu'il faut punir les affreux et récompenser les gentils et qu'avant l'heure, c'est pas l'heure mais qu'après l'heure et tant va la cruche"...Bref, j'aurais la désagréable impression que Corne d'Aurochs est devenu Calife à la place du Calife, ce qui est quand même embêtant vu qu'il faudra tout de même songer que Japonais, Chinois et Américains sont en passe de nous manger tout crus, avec l'assentiment des Grands Européens, et les soupirs de vierges effarouchées de nos capitaines d'industries (j'ai bien l'impression que le coup entre Arcelor et Mittal est arrangé depuis longtemps mais que l'on amuse la galerie et les actionnaires avec des OPA d'opérette, et dire que j'ai écrit des articles contre l'offre inamicale de Mittal, faut-y que j'soye naïf, tiens !)
(1) Moi, personnellement, je m'en tamponne des boutonneux en rut, mais je sais, comme tout le monde que le sida, l'hépatite et le polichinelle dans le tiroir courent les Lycées aussi bien que les rues et les ministères, aussi vaudrait peut-être mieux veiller au grain.
(2) Oh ! François...
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 juin 2006
PAUSE DEJEUNER
PAUSE DEJEUNER
Vers qui ne servent à rien qu'à moquer les groins. (1)
Elle dans sa cuisine au son de la radio (2)
Se coupe un bon morceau de baguette fraîche (3) et
Prépare son repas de midi au boulot (4)
Un en-cas de cochon de pain et de beurre un (5)
Sandwich à grignoter en papotant peinarde (6)
Au moment prévu pour (7) elle pensera qu'au
Jambon ajouter on peut quelques cornichons. (8)
Notes :
(1) Nous devons cette plaisante synecdoque à l'érudit Orlando de Rudder. Il l'a récemment utilisée à plusieurs reprises dans ses articles (cf Le Blog Nécessaire d'Orlando de Rudder, http://orlandoderudder.canalblog.com/ )
(2) C'est-y pas beau le crescendo du Boléro ?
(3) Baguette fraîche que son ami, bravant le froid en hiver et en été surmontant sa paresse, aura été lui chercher à la boulangerie la moins éloignée.
(4) Denrée de plus en plus rare et de moins en moins bien payée.
(5) Du beurre hein ! Pas de la margarine, malheureux !
(6) On parle ici d'une femme, cela va de soi !
(7) Moment prévu pour par les conventions collectives.
(8) C'est bien, les cornichons, ça va avec tout (ou presque).
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 juin 2006
