UN BON DISQUE DU HORACE SILVER QUINTET : SONG FOR MY FATHER

C'était au temps où les disques étaient encore enregistrés par de vrais musiciens, le 31 octobre 1963, le 28 janvier 1964, et le 26 octobre 1964 pour être aussi précis que l'étaient déjà les notes de pochette des disques de jazz et plus particuliérement ceux de la mythique collection Blue Note.
L'opus a pour titre Song for my Father et est signé du Horace Silver Quintet : CARMEL JONES ou BLUE MITCHELL à la trompette, JOE HENDERSON ou JUNIOR COOK au saxophone ténor, HORACE SILVER au piano, TEDDY SMITH ou GENE TAYLOR à la basse et ROGER HUMPHRIES ou ROY BROOKS à la batterie.
Pourquoi deux noms ? Je ne sais pas.
Peut-être les trois séances d'enregistrement, puisqu'elles furent éloignées dans le temps, ont-elles eu besoin de deux formations différentes eu égard aux problèmes de disponibilité des musiciens ?
Alors, si vous en avez assez des disques de rap à répétition de plus en plus niais, de plus en plus bidouillés et qui, pour une large part, ne sont enregistrés que pour blanchir de l'argent pas très clair, si vous ne supportez plus de voir se pavaner à la télévision des analphabètes en baskets nourris aux hamburgers et au coca cola du Monoprix du coin, de ces ânes rimailleurs qui ne sauraient pas jouer Frère Jacques à la flûte à bec mais qui vous gueulent dans les oreilles que "les frangines sont bonnes, même si elles sont un peu connes" et "qu'on va mettre le feu sur la place, et à Sarko niquer sa race", si vous en avez ras le bol donc de toute cette quincaillerie rap, slam, hip-hop, trip-hop, et Prosper Yop-la-Boum, c'est moi le chéri d'ces gonzesses, je vous conseille ce disque de Horace Silver, Song for my father, que EMI a eu la bonne idée de rééditer en 1998. Il devrait pouvoir se trouver, sinon, EXIGEZ-LE !
Qur dire de cet album sinon que c'est l'un des plus élégants disques de jazz que je connaisse : Horace Silver et ses musiciens font preuve de talent sans ostentation, sans vouloir vous en mettre plein les oreilles ; à l'étalage de la virtuosité sont préférés ici l'intelligence du solo, la construction, le développement raisonné du thème, l'art de la citation qui accroche l'auditeur. Avec un zeste d'influence bossa-nova et une trés grande clarté dans la mise en place des morceaux, Horace Silver touche juste, remarquablement juste.
Remarquez bien que certains des musiciens de ce quintet étaient loin d'avoir blanchi sous le harnais, comme l'épatant batteur, Roger Humphries, alors âgé de 20 ans (!) et le bassiste Teddy Smith (30 ans).
Donc, voilà une galette qui a maintenant plus de 40 ans d'âge et qui sonne plus moderne que les conneries du rap les plus actuelles :

Photo_de_couv_de_la_r__dition_de_Song_for_my_father_de_Horace_Silver_1998

Allez, un petit contrevers :

Horace, j'écoute swinguer ses noires et puis ses blanches,
Silver, et puis glisser Silver, Silver, l'argent vif des cuivres,
Au beau thème de Lonely woman, mon coeur s'accroche ;
Piano, tu mets des yeux noirs partout dans la nuit blanche.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 juillet 2006