13 septembre 2006
PAS MORT LE DOUANIER DE FERNAND RAYNAUD !
PAS MORT LE DOUANIER DE FERNAND RAYNAUD !
Vous vous souvenez sans doute du douanier particuliérement limité de la comprenette qui, dans un sketch de Fernand Raynaud, terminait chacun de ses développements cogitatifs par un "J'suis pas un imbécile, puisque je suis douanier !".
C'est probablement ce qu'a dû penser le courageux contrôleur des transports publics d'Orléans, qu'il n'était pas un imbécile puisqu'il est contrôleur, courageux contrôleur qui a infligé une amende de 30 euros à un gamin de 9 ans et l'a obligé à signer lui-même son Procés-Verbal alors que la maman du dangereux délinquant juvénile était présente, accompagnant le môme.
Et pourquoi qu'il s'est vu infliger une telle punition, le sauvageon : parce qu'il avait oublié - ô crime terrible et à nul autre pareil ! - sa carte de transport scolaire !
Avec de tels contrôleurs, des hommes décidés et qui n'ont peur de rien, c'est sûr, les réseaux de trafiquants de drogue bien implantés et très actifs dans certains quartiers des grandes villes n'ont qu'à bien se tenir ! Et si j'étais bandit corse ou mafieux russe, j'éviterais soigneusement de mettre les pieds dans un pays où le moindre contrôleur de bus ou de tram est si avisé !
La famille du petit étant honnête, l'amende fut payée le jour même; ce qui n'était pas nécessaire puisque la procédure du très zélé contrôleur est évidemment entachée d'irrégularité.
Ce qui m'épate le plus, c'est qu'à l'heure où des médecins étrangers sont obligés de travailler dans nos hôpitaux comme des "nègres" pour pouvoir vivre décemment, et que l'on s'apprête à renvoyer des centaines de personnes, étrangères itou et travaillant en France, sous prétexte qu'elles n'ont pas de papiers en règle, - même pas de logement parfois, les gueux ! - et que cela est de nature à gêner la sérénité des chômeurs nationaux ainsi que celle des fonctionnaires pour lesquels un homme sans papiers représente un trouble patent à l'ordre administratif, et ne saurait donc se concevoir, on laisse courir dans la nature des contrôleurs à lucidité réduite, qu'ils sont même payés pour exercer leur peu de talent et qu'ils vont voter, ces braves gens, en 2007, pour Ségolène ou Nicolas, ou pour un borgne, ou pour un aveugle.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 septembre 2006
ALICE CHANTONNAIT
ALICE CHANTONNAIT
"Alice parlait, au-dessus du puits, dans une bouffée de lierre, pour entendre sa voix revenir, chuchotante, depuis l'autre versant de la réalité." (André Hardellet, Film in La Cité Montgol)
Alice chantonnait sur le puits impulsif,
Dans les bouffées de lierre et les jeux des miroirs.
Dans le lac agitant ses parures de feuilles,
L'arlequin improvise une comédie verte.
Le saxophone bleu des syllabes murmure
Le théâtre des voix revenantes, chuchotent
Depuis l'autre versant de la réalité.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 septembre 2006
APPROCHE D'ELECTRE 6
APPROCHE D'ELECTRE 6
Notes sur Electre de Jean Giraudoux (1937)
"Tout le mal du monde".
"La pourriture née du soleil, je l'accepte." (Acte II, scène 4)
Alexandrin encore, si l'on veut bien excepter le "e" final du participe "née". Bien poétique qu'elle est, Electre. Bien poétique avec cette opposition entre "pourriture" et "soleil", entre cette vérité d'en bas, dans laquelle nous nous débattons, cette vérité de la "pourriture", de la vie organique, de la vie mensongère, éphémère, théâtreuse jusqu'à la cabotine, et la lumière d'en haut, celle du soleil, celle de la pureté.
Voilà ce que cherche Electre : rendre sa pureté à la pourriture.
Comment ? En l'éclairant de la lumière absolument crue, absolument pure, absolument absolue de la vérité.
D'ailleurs, au centre de la pièce, le Lamento du Jardinier l'affirme clairement :
"C'est cela que c'est, la Tragédie, avec ses incestes, ses parricides : de la pureté, c'est-à-dire en somme de l'innocence."
Ce qui a déclenché cet alexandrin électrique, cette revendication de la "pourriture née du soleil", c'est cette remarque lucide de Clytemnestre :
"Tout le mal du monde est venu de ce que les soi-disant purs ont voulu déterrer les secrets et les ont mis en plein soleil."
"Tout le mal du monde", c'est justement ce qui va tomber sur Argos, sur Clytemnestre, sur Egisthe, sur Oreste ; "tout le mal du monde", le sang, le meurtre, la mort puisque, en effet, la vérité d'Electre, l'implacable lumière d'Electre, déclenche les cadavres.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 septembre 2006
LA VIE AU VILLAGE
LA VIE AU VILLAGE
Car le ciel est livide au Lac-des-Libellules
et dans les noirs couvents où dorment les vieux ifs,
les Vierges à genoux dans le froid des cellules
mouillent les crucifix de longs baisers lascifs...
(Georges Fourest, Jardins d'automne in La Négresse blonde)
Les chevaux, depuis longtemps dissous dans la brume. Perdus du côté des marais. On y entend parfois quelques picardes exclamations ou quelques jurons flamands : ce sont des spectres qui s'appellent
Car le ciel est livide au Lac-des-Libellules
et dans les noirs couvents où dorment les vieux ifs,
les Vierges à genoux dans le froid des cellules
mouillent les crucifix de longs baisers lascifs...
Une heure sonne à la cloche des gens là-bas qui vaquent à leurs affaires et s'appellent par leur prénom. Ce sont les héritiers des campagnes et des grands égorgements de peuples dans les blés et les bois.
Mais ils n'ont cure ni de Jeanne d'Arc ni de Bonaparte et remercient le Bon Dieu d'être là, sans oublier Sainte Rita parce que l'aîné, le voilà bachelier maintenant.
Quant au vieux qui jadis fourrait sa main sous la jupe des filles, le voilà crevé et pieusement endormi dans la paix du Seigneur
Car le ciel est livide au Lac-des-Libellules
et dans les noirs couvents où dorment les vieux ifs,
les Vierges à genoux dans le froid des cellules
mouillent les crucifix de longs baisers lascifs...
Je n'écoute plus le pendu qui me parle des contrats en cours. Les gens s'arrangent comme ils peuvent avec la mort. Et puisque le loup au ventre vide n'est pas l'ami du loup au ventre plein, passons notre chemin et un doigt d'honneur au faiseur de morales, au diseur de bonnes actions, au pêcheur de salades, à l'agent immobilier, au militant des autres dont nous n'avons que faire, qui grondons et nous apprêtons à sauter à la gorge du professeur
Car le ciel est livide au Lac-des-Libellules
et dans les noirs couvents où dorment les vieux ifs,
les Vierges à genoux dans le froid des cellules
mouillent les crucifix de longs baisers lascifs...
Mon invisible blason est à la chimère sanglante entre tour blanche et tour noire au grand soleil des loups, au pal dressé, à gueule de dragon. Je passe.
Au bord du chemin, parmi vipères et crapauds, la marieuse aux longs doigts, occupée.
Occupée aussi la sage femme dont je vois se pencher l'opulente poitrine dans l'encadrement des fenêtres.
Quant à l'ordonnatrice des enterrements, elle en sait toujours assez. Saluons la sans autre discours
Car le ciel est livide au Lac-des-Libellules
et dans les noirs couvents où dorment les vieux ifs,
les Vierges à genoux dans le froid des cellules
mouillent les crucifix de longs baisers lascifs...
Patrice Houzeau
Hondeghem contre l'A24
le 13 septembre 2006
JE FUME
JE FUME
Je traîne dans le jour bariolé de la ville
Fume en me disant que j'aurai des temps meilleurs
Et j'écoute grincer le violon de mon coeur
Je traîne dans le jour étrange de la ville
Bois des alcools trop forts pour ma petite tête.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 septembre 2006
