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Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

26 février 2007

TROIS ANS DE PERDUS

TROIS ANS DE PERDUS

Avec l'école, ce qui a de bien, c'est que l'on trouve facilement dans la société civile de quoi illustrer ses défauts, à la grande machine à raconter des sottises aux jeunes gens.
Aujourd'hui, je me suis enfin décidé à me faire rafraîchir les cheveux.
Dans les salons de coiffure, maintenant, c'est mixte, - fini le coiffeur viril qui vous tranchait la chevelure, gauloise au bec, tout en commentant le Tour de France ou les divers championnats de football -, de nos jours, c'est le règne gracieux de l'apprentie, de la shampouineuse, de la jeune fille aux ciseaux.
Donc, en voilà une, souriante, affairée, polie, et comme les sujets de conversation, dans les salons de coiffure, finissent rapidement par passer la haie du y a plus de saison, et faudrait pas s'étonner qu'on ait des gelées en mars pour en venir au et vous travaillez dans quoi, si ce n'est pas indiscret, voilà mon Houzeau relançant son monologue persistant sur la dévalorisation des Lycées Professionnels et l'hypocrisie de pas mal de têtes pensantes du pédagogisme dans cette affaire.
En règle générale, les gens qui travaillent dans le privé me donnent raison, - tandis que la plupart des fonctionnaires ne s'autorisent pas à avoir un avis, puisque, après tout, ils ne sont pas payés pour penser, mais pour contrôler, comme chacun sait -. Travaillant dans le privé, la coiffeuse me donne raison et me conte la navrance suivante (je cite de mémoire) :
"C'est comme moi, vous savez, à la fin de ma troisième, je voulais faire un CAP coiffure. Dans mon collège, mes profs m'ont dit non, tu as une trop bonne moyenne, tu ne vas quand même pas aller dans un Lycée Professionnel, tu vas faire une Seconde générale !"
On n'est pas toujours sûr de soi quand on se dandine sur ses quinze ans. Voilà notre demoiselle dans un Lycée à entamer des études générales dont on sait quand elles commencent, mais, quant à leur fin, c'est une autre paire de palmes (académiques, bien sûr).
"J'ai donc passé mon bac, puis ensuite, comme je n'avais pas envie d'aller à l'université, j'ai donc, en fin de compte, passé un CAP coiffure.
- Ah oui ! fis-je, vous avez donc perdu trois ans !
- Et encore, j'ai eu de la chance de trouver une formation privée car impossible de s'inscrire dans un Lycée public, "trop vieille" qu'ils disaient, et même, pour certains patrons, j'étais "trop vieille" pour commencer !"
Chers collègues des collèges qui oeuvrez si efficacement pour que les Lycées Professionnels se vident de leurs forces vives et que les Universités se remplissent d'à peu près étudiants, chers "démocrates de l'enseignement supérieur et de la culture", je vous le demande, entre nous : dormez-vous contents ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 février 2007

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NOTES SUR MONSIEUR OUINE 1

L'ETRANGE ETRANGETE DU ROMAN : "MONSIEUR OUINE" DE GEORGES BERNANOS
(Pages 39-40-41, édition Presses Pocket, 1985)

Dans les premières lignes de Monsieur Ouine de Bernanos, il est question d'un regard de l'un dans les yeux de l'autre, et il est question aussi de l'effacement du regard :

Comme ses yeux sont pâles ! On dirait qu'ils s'effacent peu à peu, se retirent... les voilà maintenant plus pâles encore, d'un gris bleuté, à peine vivants, avec une paillette d'or qui danse. (Presses Pocket p.39)

L'exclamative "comme ses yeux sont pâles !" semble relever du style indirect libre et l'on ne sait pas de quel regard il s'agit : celui dont le référent serait le pronom "elle" (1er mot du texte : "Elle a pris ce petit visage à pleines mains") ou celui de Steeny en proie à l'angoisse ("Et il se jette en arrière, les dents serrées, sa jolie figure crispée d'angoisse, comme s'il allait vomir. Mon Dieu !").
Le bon sens nous ferait opter pour la seconde solution : le regard de Steeny fuit ces yeux qui le scrutent "avec une audace tranquille" dit le texte. Mais le trouble est là : le roman ne se laisse pas aborder si facilement.

Monsieur Ouine commence par un dégoût, une crise que le sommeil suspend bientôt :

Voilà que le sommeil l'a pris en traître, en assassin, avant même qu'il ait fermé les yeux. (p.40)

Voici de nouveau ce pronom à l'oeuvre, ce personnage surgi, apparu soudain près de l'enfant (Steeny) :

Elle pose la main sur son front, ou plutôt elle la place lentement, soigneusement, presse de la paume les tempes, glisse dans la chevelure emmêlée ses doigts mystérieux toujours frais. (p.40)

"Mystérieux" est bien l'épithète qui convient.
Le personnage qui agit ainsi n'est pas donné explicitement et toute la scène semble racontée par un point de vue familier de ce pronom "elle", un point de vue interne pourrait-on penser si chacune des attitudes, - ou peu s'en faut -, n'était pas commentée par une autre voix narratrice, celle de l'auteur sans doute.
Ainsi au refus de Steeny d'accompagner la servante (?) - "Miss" - dans son projet de sortie du chien, le pronom tout puissant "fait face", "redresse le menton", "découvre ses dents éclatantes" (ce qui est purement descriptif) mais, aussitôt, cette attitude est commentée :

Elle fait face de toutes ses forces, de tout son courage, de toute sa jeune vie à la présence familière, bien qu'invisible, au disparu, à l'englouti, à l'absent éternel dont elle a reconnu la voix. (p.40-41)

Ce que l'on reconnaît et qui revient toujours, n'est-ce pas ce que l'on appelle un "esprit", cette pure conscience qui parle par la voix des vivants et qui est pourtant bel et bien "invisible", "disparu", éternellement absent ?
Bizarrement étrange, étrangement bizarre donc, ce début de roman de Georges Bernanos, qui semble relier entre eux les détails réalistes d'une écriture héritée du XIXème siècle par un fil narratif à la tonalité fantasmatique.
Le roman serait-il, dès la première scène, pris d'une "étrange étrangeté" ?

L'enfant semble en proie aux femmes :

"Du dehors, elle l'a saisi brusquement par la taille - aussi traîtresse, aussi souple qu'une bête, avec son immense chevelure qui flambe. (...) Il connaît depuis longtemps cette violence calculée, sournoise, ces caresses féroces qui le bouleversent de curiosité, de terreur, d'une sorte d'écoeurement inexprimable." (p.41)

C'est que "Miss" semble vouloir s'emparer de l'enfant, par l'oxymore ("des caresses féroces"), par la ruse d'une affection un peu trop appuyée, un peu trop démonstrative au goût de Steeny qui "refuse désespérément son regard, serre les dents pour ne pas crier."
Quant à "Miss", elle a bien l'air d'un beau diable, "aussi souple qu'une bête", et la chevelure flamboyante des flammes de l'enfer. N'est-elle pas maligne, celle-là qui, dans ces premières pages, ne nous est pas clairement présentée : est-elle une servante, une employée de maison, une nurse anglaise, une jeune fille au pair, une cousine que l'on héberge ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 février 2007 

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