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17 mars 2007

"PASSANTE BLONDE ET NOIRE"

NOTES SUR POURSUITE D'ULYSSE D'ANDRE DOMS (Maison de la Poésie Nord/Pas-de-Calais, 1999).
Le texte d'André Doms figure ici en caractères gras.

"PASSANTE BLONDE ET NOIRE"

Page 8

Tu reposes      dit-on
Quand ce serait au bout de mes mots
comment croire ?

Deux phrases. Une reprise de la langue telle que couramment nous la pratiquons, cette oralité qui nous sert à rire et à pleurer, et à travailler aussi, parmi les vivants.
Le verbe "reposer" est ici employé à titre d'euphémisme, celui que nous employons dans les églises où nous n'allons plus guère, celui que nous employons dans les discours que quelques-uns parmi nous font quand on le leur demande, à l'occasion de ces commémorations, de ces réunions, de ces festivals qui permettent de nous compter, de nous compter encore, saison après saison, au nombre des actifs.
Vient ensuite un alexandrin coupé, un alexandrin stoppé :

"Quand ce serait au bout de mes mots / comment croire ?"

Au bout de l'alexandrin : "comment croire ?"
Là encore l'interrogation.
Là encore l'intransitivité.
Croire. La question de la croyance - de la foi peut-être, de la foi sans doute, de la foi quand même - est liée à cette évidence de la mort dans laquelle nous nous mouvons tous, patiemment.
Limite de la vie, limite du langage, limite de la foi. Le deuil pose des limites à l'humain :

Le coeur qui s'arrête
devient inhabitable

La mort tue la maison.
Vivre avec, c'est donc habiter un "coeur".
L'expression pourrait sembler étrange.
Prenons en compte ceci : nous n'existons jamais que dans le regard de l'autre, la conscience de l'autre.
La personne que nous aimons, cet être singulier, est ainsi cette conscience que nous vivons, cette conscience qui nous fait vivre ainsi.
La maison est le lieu de cette mise en jeu quotidienne de la conscience aimée.
Ce que nous reconnaissons comme le lieu de l'affectivité : le "coeur" symbolise aussi cette puissance de la conscience, ce miracle d'exister dans la conscience de l'autre. "Le coeur inhabitable", c'est donc la conscience perdue, la conscience "arrêtée".
Ce coeur était d'ailleurs propriété commune :

Le nôtre battait sa fête
à la noueuse mémoire
du fleuve et de la route

Battre sa fête : on songe à l'expression "la fête bat son plein".
Restent les méandres de la mémoire, le cours du fleuve et la route, lieux de circulation, chemins, liaisons entre les vivants.
Restent les chemins de la mémoire.
"Noueuse" évidemment, c'est-à-dire pleine de crises, de débats, de trajets, de projets, de noeuds qu'il a fallu dénouer, ou trancher.

Tu me précèdes
passante blonde
et noire

L'auteur semble s'adresser à l'être disparu, un coeur arrêté.
Il lui rappelle cette évidence que, si elle est partie avant lui, il la rejoindra un jour ou l'autre, et qu'en fin de compte, elle n'est pas une "morte", mais une "passante blonde".
Idéal de la femme blonde ?
Idéal de la femme dégagée de la temporalité ?
Ce que nous rêvons de la conscience de l'autre, une extra-temporalité, une blondeur infinie, une ombre sans cesse.
Ainsi la passante, la passante sempiternelle est-elle blonde et noire.
Par association d'idées, on songe alors à ce titre, La Négresse blonde de Georges Fourest.
Nous sourions. Nous savons bien sûr que les deux textes ne sont pas comparables.
Il s'agit plutôt ici de l'évidence de l'ombre.
Il s'agit plutôt ici de l'évidence de la lumière.
Nous vivons tous entre ombre et lumière, dans "cette obscure clarté qui tombe des étoiles " (Corneille), entre la nuit et le jour.
Entre la lourdeur de la terre et le vertige de l'air.
Toujours courons-nous vers la lumière et pourtant, notre ombre finit toujours par nous rattraper.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 mars 2007

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