22 mars 2007
"Où vais-je l'insensé ?"
NOTES SUR POURSUITE D'ULYSSE d'André Doms (Maison de la Poésie Nord/Pas-de-Calais)
Le texte d'André Doms figure en caractères gras.
"Où vais-je l'insensé ?"
Page 9.
Comme quelques notes d'un piano qui, une à une, viennent interrompre le silence, répartis en vers de 4 syllabes, les mots brefs inscrits sur la page :
ailes venelles
neiges nuages
rêves soleils
filaient vers elle
La clarté des syllabes ouvertes intensifie la féminité du pronom elle.
La rime "venelles / elle" ainsi que l'emploi des liquides donnent une grande fluidité à la phrase.
Le mot Chant semble dès lors s'imposer :
Chant de la terre
Le poème, nous le savons, est un Chant.
Ici pourtant, ce n'est pas le poème seul qui est ainsi désigné mais la présence de l'être.
Poursuite d'Ulysse serait ainsi un texte sur la présence de l'être.
Il y a Chant de la terre car il y a quelque chose sur cette terre.
Quelque chose que le voyageur Ulysse cherche à retrouver après la longue bataille des vivants et des morts.
Ce que la philosophie appelle l'étant, cet être au monde dont nous ne pouvons savoir, tant que nous n'en faisons pas subjectivement l'expérience, s'il existe ou pas cependant qu'il persiste en nous comme une légende, une nostalgie.
Liée à la question de l'être, la question du sens, qui prend ici la figure de l'interrogation :
où vais-je l'insensé ?
Dans le silence, - cet espace blanc qui sépare les syllabes -, on pourrait deviner la forme forte du pronom : Moi.
Celui-ci est "haïssable", on le sait.
Notons l'étrange discrétion - la discrétion n'est-elle pas cette étrangéïsation de l'individu, cette mise à distance respectable de la réalité ? -, notons l'étrange discrétion du narrateur.
De façon remarquable, celui qui pose la question du sens se dit lui-même "insensé".
Celui qui écrit sur la dépossession de l'être fait ici l'ellipse du pronom personnel.
L'aimée s'est échappée de nos frontières
Ce dernier vers du fragment de la page 9 se veut explicitement "poétique".
Conclusion d'un conte ? Morale d'une fable ?
Le mot frontières rattacle le narrateur à sa condition. C'est bien le monde des vivants qui se caractérise par des "frontières".
L'au-delà, c'est bien l'au-delà de quelque chose.
La mort, certes, n'est pas un chemin.
Mais tous les chemins mènent à l'au-delà de toute chose connue.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 mars 2007
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