BLOG LITTERAIRE

Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

30 avril 2007

FEUILLES DE SOIE

FEUILLES DE SOIE

"L'intensité est silencieuse." (René Char, Rougeur des matinaux, VII)

Dans la pièce où nous sommes seuls, il se peut que le silence fasse alors, - pourvu que nous n'ayons rien qui puisse nous distraire, nous occuper, nous encombrer -, surgir une qualité d'être que nous nommons aussi "intensité".
La contemplation des huiles et des encres, des figures de la peinture, soulignent, suscitent parfois cette intensité.
Nous aimons alors à parcourir les livres d'art, dans cet entre-temps de l'après-midi, quand nul ne songe à nous demander des comptes.
Et les tableaux que nous contemplons, les images qui nous retiennent, semblent porter en elles-mêmes cette "silencieuse intensité" à laquelle nous ne cessons d'aspirer.
Parfois c'est la musique, cet autre mode d'être intense, qui porte cette qualité.
D'où notre goût pour cette musique ancienne, ce grain de l'instrument qui ne chasse aucunement le silence mais semble le révéler à cet espace que, provisoirement, nous hantons.

"A te mordre les jours grandissent,
Plus arides, plus imprenables que les nuages qui
   se déchirent au fond des os."
   (René Char, Gravité)

Nous sommes de chair et d'os, c'est entendu, avec cette conscience réflexive, cette langue qui nous agite. Du coup, nous distinguons le corps, ce "fond des os", de nos désirs, ces "nuages" après lesquels nous courons, cette immatérialité que nous tentons de combler de choses et d'oeuvres.
Nous avons beau dire, peu d'entre nous ont ce pouvoir d'habiter l'oeuvre, de prendre oeuvre pour demeure. Beaucoup font semblant et ne cessent de parler de ce qu'ils ne connaissent pas. Le critique est un imposteur et le commentateur, un menteur.
Cependant, critique et commentateur tentent l'oeuvre eux aussi, tirant le diable du sens par la queue.
Effectivement, nous ne sommes pas Monsieur de Sainte-Colombe et ne pouvons, à vivre presque uniquement avec l'oeuvre, - à demeurer en notre pratique- , espérer susciter l'autre monde par la musique, ou tout autre mode d'expression que les hommes se sont inventés pour se donner quelque nécessité.
Nous, nous courons, galopons, nous agitons, de spectacle en spectacle, de page en page, de visage en visage, de talent en talent ; nous "mordons" dans les "jours" et la somme de tous nos projets est si grande qu'elle semble pouvoir "agrandir" toujours plus ces journées bien remplies auxquelles, fièrement, nous aspirons.
Mais nous n'arrivons guère qu'à enfoncer des portes ouvertes, et l'essence de l'oeuvre toujours nous échappe. Nos jours sont ainsi "arides" et "imprenables", plus "arides" et plus "imprenables" encore que cette projection : nous-mêmes en agitations à squelettes sur fond de ciel nuageux, puisque ces os, qui finiront par aller dans la grande désassemblance de la mort, sont eux réels, radicalement réels, et déchirent les rêves comme s'il s'agissait de simples feuilles de soie.

Note : La collection folio vient d'avoir l'heureuse idée de publier (mars 2007) sous le titre Poèmes en archipel une anthologie de textes de René Char. Pas mal d'illustrations, et un appareil critique assez discret pour s'avérer utile sans être pesant. C'est de ce recueil que je tire les citations utilisées ci-dessus (cf Rougeur des matinaux, p.275 : Gravité, p.137).

Post-Scriptum : Je viens de lire dans un très bon texte de l'excellente Marie Rennard (Alice et Tom, cf, à la date du dimanche 29 avril 2007, le blog Providence, http://providence.over-blog.org) cette intéressante citation : "Nous faisons tous partie d'un présent qui s'achemine vers le passé." Feuilles de soie oui, vraiment...

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 avril 2007

Posté par patricehouzeau à 07:59 - Notes sur René CHAR - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

ACHILLE DEFIANT

ACHILLE DEFIANT

Ce sont les derniers vers de l'Acte III (scène 7) de l'Iphigénie de Racine :

"Madame, à vous servir je vais tout disposer.
Dans votre appartement allez vous reposer.
Votre fille vivra, je puis vous le prédire.
Croyez du moins, croyez que tant que je respire,
Les dieux auront en vain ordonné son trépas.
Cet oracle est plus sûr que celui de Calchas."
    (vers 1075-1080)

Le guerrier Achille s'adresse ainsi à Clytemnestre, en phrases courtes (5 en 6 vers) et affirmatives. Il accepte de reporter l'entretien orageux avec Agamemnon (il aura lieu à la scène 6 de l'Acte IV). C'est qu'il est bouillant, l'Achille et Iphigénie craint que les deux hommes n'en viennent aux mains peut-être :

                                                        "Au nom des dieux,
Madame, retenez un amant furieux.
De ce triste entretien détournons les approches.
Seigneur, trop d'amertume aigrirait vos reproches.
Je sais jusqu'où s'emporte un amant irrité,
Et mon père est jaloux de son autorité."
    (vers 1055-1060)

dit-elle à sa mère (Clytemnestre), dit-elle à son prétendant (Achille).
Il accepte donc de reporter cet entretien et de "laisser parler des bouches plus timides" (cf v. 1062), mais il se tient prêt, Achille, à intervenir et à placer sa quasi-invincibilité dans la balance, allant jusqu'à défier les dieux et leurs devins (Calchas) (1) :

"Croyez du moins, croyez que tant que je respire,
Les dieux auront en vain ordonné son trépas."

Car qui pourrait ainsi remettre en cause les arrêts du ciel, sinon un demi-dieu ? Achille est en effet le fils de Pelée, roi de Thessalie et d'Epire, et de la déesse Thétis. Comme en plus, sa déesse de mère l'a rendu quasi-invulnérable en trempant le bambin dans le Styx (2) ; - le tenant forcément par quelque part, elle le tint par le talon qui devint ainsi la seule partie vulnérable de son corps -, il n'y a aucune raison qu'il ne défie pas les dieux et ne puisse promettre que la princesse Iphigénie aura la vie sauve.
D'où la répétition de la forme "croyez", cette assurance des formes affirmatives ("votre fille vivra, je puis vous le prédire"), le rythme ternaire du dernier vers de l'Acte ("Cet ora - / -cle est plus sûr / que celui / de Calchas"), cette certitude enfin que la vertu du guerrier, - la foudre du glaive peut-être -, réussiront là où échoueraient les larmes de Clytemnestre (cf le vers 1065, "Il entendra gémir une mère oppressée") et les arguments d'Iphigénie (cf les vers 1066-1069 : "Et que ne pourra point m'inspirer la pensée / De prévenir les pleurs que vous verseriez tous, / D'arrêter vos transports et de vivre pour vous ?").

Notes : (1) Calchas est un devin, c'est-à-dire qu'il interprète les signes et les messages que les dieux envoient aux humains. Calchas est donc un analyste, un commentateur. Les hommes ont sans doute inventé la littérature pour tenter de comprendre la volonté des dieux, et percer leur secret. Les hommes ont sans doute inventé la littérature pour tenter de déchiffrer ce dieu caché en l'autre, ces énigmes aux visages humains.
(2) Achille jouit donc d'un tempérament bien "trempé" : songeant cela, je m'aperçois tout à coup que le très célèbre Obélix des aventures d'Astérix (que nous devons à René Goscinny et Albert Uderzo) est lui aussi bien "trempé", rapport à ce qu'il est "tombé dans la marmite de potion magique quand il était petit". Merci à Marie Rennard qui, dans un commentaire ci-dessous, rappelait qu'Achille était aussi un héros de bande dessinée (que l'on doit à Greg) et m'y a fait penser, au petit village gaulois par ailleurs très différent de l'univers des dieux, des demi-dieux et des princes grecs. C'est qu'en fin de compte, ils sont plutôt républicains, ces gaulois qui s'opposent à la paix armée des Romains.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 avril 2007

Posté par patricehouzeau à 05:38 - NOTES SUR IPHIGENIE DE RACINE - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 avril 2007

QUATRAIN SANS SE DEMONTER

QUATRAIN SANS SE DEMONTER

Comme je remontais des montres impossibles,
Je ne me sentis plus hanté par mes fantômes ;
De toute façon, le remonter, - pas possible !
Je me rabattis donc sur le boudin aux pommes.

VAR : Comme je remontais des montres impossibles,
Je ne me sentis plus hanté par mes squelettes ;
De toute façon, le remonter, - pas possible !
Je m'en fus donc griller saucisses et côtelettes... (1)

Note : (1) Synérèse, of course, on dit communément "côt'lettes".

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 avril 2007

Posté par patricehouzeau à 12:27 - brefs, chansons idiotes, amuse-gueules - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 avril 2007

"EYELIDS"

"WITHOUT EYELIDS"

I can stay awake all night, if need be -
Cold as an eel, without eyelids.
    (Sylvia Plath, Zoo Keeper's Wife, vers 1-2)

Je peux rester éveillée toute la nuit, si besoin est -
Aussi froide qu'une anguille, sans paupières.
    (trad : Valérie Rouzeau)

On peut se demander ce que peut vouloir dire "without eyelids" ("sans paupières") ; "sans paupières", cela veut donc dire les yeux ouverts, irrémédiablement ouverts sur la réalité de la nuit, cette réalité qui nous échappe et finit toujours par nous engloutir : Mon dieu, faites que je ne souffre pas, et nous essayons alors d'échapper à cette idée que nous pouvons souffrir, que nous souffrirons sans nul doute puisque souffrir est le lot commun. (C'est bien pour ça que les humains ont inventé la religion, c'te bonne blague, pour essayer de trouver un sens à toute cette souffrance, toute cette souffrance insensée, inutile quasi, quand on y pense !).
"stay awake all night" : "rester éveillée toute la nuit" ; ah ! quelle dérision quand on y songe ! Rester éveillé toute la nuit ! Passer des nuits blanches... Voilà ce que nous faisons souvent, nous les peureux de la plume ! Nous, les ceusses qui essayons de retrouver courage en l'écriture et qui ne cessons d'affronter les figures du réel, tous ces gens qui savent comment s'y prendre alors que nous, c'est lamentablement que nous pataugeons, dans cette nuit à visage humain que l'on appelle "la vie de tous les jours"...
D'ailleurs, ces gens, nous les méprisons ; mais comme (en plus !) nous avons besoin d'eux, alors...
Ceci  dit, elle s'est suicidée, Sylvia Plath, la poétesse que nous admirons : comme quoi, ça suffit sans doute pas de passer des nuits "without eyelids", "sans paupières". Faut croire, le réel, le vilain et très tenace réel, il est plus fort que nous autres, les plumitifs !

No passaran quand même !

Quant à Sarkozy (Nicolas), il passera sans doute le second tour ; je l'aimais bien, le Nicolas, pour son courage et son originalité ; mais, maintenant, faut dire, plus il se rapproche du trône, moins il a l'air franc ! Qu'il ait engueulé Azouz Begag au téléphone, le menaçant de lui "casser la gueule", franchement, je m'en fous ; au contraire, je trouve que vaut mieux ça, - une bonne engueulade  -, que de basses manoeuvres (genre "Affaire Clearstream" and co), mais qu'il se donne l'air maintenant de pas y toucher, genre Edouard Balladur ("mais, comment, chère Madame, vous n'y pensez pas..."), eh bien, c'est drôle, mais ça me laisse un drôle de goût dans la bouche...

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 avril 2007   

Posté par patricehouzeau à 15:54 - notes sur Sylvia Plath - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

IN MEDIAS RES DANS LA RUE

NOTES SUR LA FILLE DU PROFESSEUR
(d'après La fille du professeur, dessin de Guibert, scénario de Sfar, Dupuis, collection Expresso)

1.

In medias res dans la rue
elle le tire par le bras
elle l'a au bout de sa main,
cet homme dont on ne voit pas le visage
elle le tire par le bras
et le presse de venir dans la rue
Lui il annonce tout de suite la couleur
il précise son paradoxe.

2.

Car - vrai ! - dans la lumière blanche
l'ombre qui parle ne raffole pas forcément du soleil
fût-elle pharaonne
fût-elle en compagnie d'une demoiselle
fût-elle protégée d'un haut-de-forme
momie suscitée par la magie du dessin.

3.

Mais c'est à Kensington qu'elle veut aller,
la demoiselle au parapluie,
la sans cavalier ; c'est à Kensington
qu'elle veut aller avec cette momie
qui fera bien l'affaire
vu que dans cette vieille angleterre
la fille d'un professeur ne peut décemment
pas prétendre s'amuser sans être accompagnée.

Posté par patricehouzeau à 08:22 - NOTES SUR LA BANDE DESSINEE - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 avril 2007

NICOLAS SARKOZY EST-IL FREQUENTABLE ?

NICOLAS SARKOZY EST-IL FREQUENTABLE ?

On finit par se poser la question lorsque, à force de l'entendre, on en vient à se dire : "Mais qu'est-ce qu'il raconte ?"
En effet, on sait que Ségolène Royal (Parti socialiste) et François Bayrou (UDF) se sont mis d'accord sur la tenue d'un débat public qui, normalement, aurait d'abord dû prendre la forme d'une conférence devant tout le gratin de la Presse Régionale (la seule presse qui marche encore un peu ; les quotidiens nationaux étant en train de s'asphyxier lentement, faute de lecteurs) ; puis, la Presse Régionale ayant trouvé les raisins trop verts (ah, tiens...), le débat fut prévu sur Canal + ; c'est alors que le très utile CSA (l'autorité "morale" de l'audiovisuel) fit valoir que, dans ce cas, il serait très difficile de garantir l'équité du temps de parole entre les deux adversaires du Second Tour des Présidentielles (Nicolas Sarkozy contre Ségolène Royal ; - je le rappelle à tous ceux qui auraient, ces derniers temps, participé à quelque voyage sur Mars qui les aurait tenus éloignés des contingences politiques du monde occidental).

Bon, très bien...

Le problème, c'est que ce soir, vendredi 27 avril 2007, on peut entendre à la télévision cette déclaration de Sarkozy, selon laquelle, ce débat, ce serait un peu comme si dans une finale de la Coupe du Monde, on laissait la troisième équipe jouer un match en dépit de son élimination...
Oui... Mais, Monsieur Sarkozy, tout le monde sait, depuis les frasques marseillaises d'un certain Bernard Tapie (qui vous soutient, d'ailleurs ; étrangement bizarre , étrangement curieux , curieusement singulier, convenez-en...), que le football n'est peut-être pas le milieu le plus honnête qui soit...
Du coup, comparer le Second Tour des élections présidentielles à une compétition de football laisse, - comment dire ? -, comme un goût amer dans la bouche.

Quant aux débats, c'est vrai qu'on peut en imaginer, et des pas piqués des hannetons. Un débat entre Brice Hortefeux dit "Fissa-fissa" et Azouz Begag, "le Mouton Noir" par exemple ; ou entre Noël Forgeard (l'heureux gagnant à la dernière loterie d'Airbus, plus de 8 millions d'euros !) et quelques représentants des Restaus du Coeur...
Johnny dit Le Suisse, Doc Gynéco dit euh... Doc Gynéco, Bernard Tapie dit Nanard, Brice Hortefeux... hmmm, franchement, sont-ils fréquentables, ces gens-là ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 avril 2007
   

Posté par patricehouzeau à 21:56 - actualités - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 avril 2007

SOLEIL APRES SOLEIL

SOLEIL APRES SOLEIL

Le Soleil et la Lune ont rendez-vous, - c'est vrai ! -,
Rendez-vous capital avec la fin de ce monde.

Soleil, ô science des aveugles !
Après tout, tu n'es qu'un dieu,
Soleil qui dissipe tout.

Lune, ô chanson des perdus,
Après tout, tu n'es qu'éclat,
Lune, vieux ventre gonflé.

Soleil, tu blanchiras mes os
Après avoir brûlé ma peau ;
Soleil, je te pisse à la raie !

Lune, ô zombie, fantôme, ancienne,
Après avoir vidé ma tête,
Lune, suceras-tu mon sang ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 avril 2007

Posté par patricehouzeau à 15:18 - fantaisies - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

IRONIE POLITIQUE

IRONIE POLITIQUE

Au moment où j'écris ces lignes, personne ne peut dire si la France va rester à droite, et s'orienter dans une voie (celle de Nicolas Sarkozy) plus libérale encore, atlantiste (c'est-à-dire que l'on va laisser faire aux Américains ce qu'ils font déjà : ce qu'ils veulent), avec un côté bonapartiste dû à la personnalité quelque peu autoritaire parfois, semble-t-il, de l'actuel champion de la majorité présidentielle ; ou si, au contraire, les Français vont choisir le calme trompeur des mots qui endorment, des formules que tout le monde comprend, des promesses que l'on ne pourra tenir que par de récurrentes augmentations d'impôts dont les riches se fichent (la Suisse et le Luxembourg ne sont pas faits pour les pauvres), que les plus pauvres ne pourront pas payer, et qui incomberont donc (une fois de plus) aux salariés des classes moyennes, lesquels, pour beaucoup d'entre eux, ne se font guère d'illusions sur l'avenir de leur pouvoir d'achat, mais, étant les plus gentils du monde, votent tout de même à gauche dans l'espoir que le parti socialiste maintiendra, - et créera même -, le plus de postes possibles dans le secteur public.

Personne ne peut dire de quel côté, d'ici le 6 mai, le coeur des Français battra.

Cependant, il est peut-être quelque chose d'infiniment ironique dans cette campagne présidentielle : c'est qu'il est possible que ce soit un homme dit de la "seconde génération", un fils d'une famille originaire du Maghreb, un de ces enfants pauvres des écoles de la République, qui "a réussi", comme on dit, il est possible que ce soit le désormais centriste Azouz Begag (ex-ministre délégué à la Promotion de l'Egalité des Chances, parrainé par Dominique de Villepin, puis, depuis les émeutes de novembre 2005, en conflit larvé, et maintenant ouvert, avec Nicolas Sarkozy), qui, parce qu'il vient de publier un livre-témoignage sur son expérience ministérielle (Le Mouton noir dans la baignoire, Ed. Fayard) ; qui, parce qu'il apparaît éminemment sympathique ; qui, parce qu'il semble vouloir parler franc et clair ; qui, parce qu'il raconte ce dont nous nous doutions déjà : que beaucoup de gens de droite peuvent être méchants, vexants, arrogants, méprisants, voire menaçants (ne dit-on pas un peu partout que Nicolas Sarkozy aurait quelque jour menacé verbalement Azouz Begag de lui "casser la gueule" ?) ; qui, donc, parce qu'il attaque Sarkozy sur son point faible (son impulsivité), risque de faire basculer le choix des Français à gauche plutôt qu'à droite.

On pourra dire alors que c'est une mauvaise candidate (Ségolène Royal) qui aura été élue pour de bonnes raisons (le refus de l'impulsivité sarkozyenne).

Ce qui m'amuse, dans cette histoire, c'est l'hypocrisie avec laquelle on feint de s'indigner de tel ou tel comportement qui serait caractéristique d'une certaine droite.
Tout d'abord, je dis bien "une certaine droite" car, comme il y a plusieurs gauches (la prolétarienne et la caviar, sans compter la chrétienne et la libre-penseuse), il y a aussi plusieurs droites, et l'on ne peut comparer le très cultivé, policé et subtil Dominique de Villepin (qui fut d'ailleurs, en d'autres temps, un Ministre des Affaires Etrangères fort apprécié) au nerveux, trop en gueule, et parfois très médiocre (ah ! cet entretien Nicolas Sarkozy / Michel Onfray pour Philosophie Magazine,
c'est Homer Simpson débattant avec Alain Minc !)
Non, ces deux mondes là, celui de la tradition française, de la diplomatie, du prestige, voire du panache, des Belles Lettres (de Villepin) et celui des affaires, des déclarations coups de poing / coups de gueule, des "m'as-tu-vu comme je suis malin et entreprenant ?" (Sarkozy) ne se fréquentent que par obligation ministérielle. Autrement, ils ne se supportent tout simplement pas.
Ensuite, parce que moi-même je suis de droite, je sais parfaitement qu'ils ne faut pas s'attendre à beaucoup de politesses de la part de gens qui, par ailleurs, passent leur vie à lutter pour imposer leur point de vue, leur personnalité, leur individualité même, dans un monde où tout est rendu public, où tout est jugé à l'aune d'une hyper-affectivité souvent hors de propos (croyez-vous que les ministres socialistes, jadis, ne s'invectivaient pas entre eux ? ; et souvenez-vous de Bernard Tapie, de son arrivisme, de sa prétention, de ses agressions verbales ; n'était-il pas "de gauche" alors ?) (1)
Les politiques de droite sont, c'est vrai, souvent durs en paroles, excessifs, souvent impulsifs (jusqu'à la gaffe, la bourde, la bêtise) ; c'est que, souvent aussi, ce sont des individualités fortes, égotistes, voire égocentriques, qui semblent parfois avoir à s'excuser de leur appartenance politique, et qui, souvent aussi, se moquent bien d'une prétendue discipline de parti. C'est ce que peut-être Azouz Begag n'a pas compris.

Non, ce qui est gênant dans cette affaire, c'est que l'on y sent un relent de xénophobie, de racisme peut-être chez certains, qui a bien dû l'attrister, le ministre qui y croyait, sans nul doute, à l'égalité des chances.
Et c'est bien pour ça qu'il y aura peut-être une grande ironie à voir le livre d'Azouz Begag (en tête des ventes actuelles, dit-on) faire basculer une partie de l'opinion centriste en faveur de Ségolène Royal et partiper à la désormais possible défaite de Nicolas Sarkozy.

Note :
(1) Il soutient maintenant Sarkozy, le Tapie ; comme c'est curieux !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 avril 2007

   

Posté par patricehouzeau à 00:32 - actualités - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 avril 2007

CLARTE CLASSIQUE

CLARTE CLASSIQUE

"Vos yeux seuls et les miens sont ouverts dans l'Aulide."
    (Racine, Iphigénie, vers 6)

On a souvent dit que l'alexandrin racinien semblait si naturel qu'il "rasait la prose".
C'est là tout l'art de la clarté de l'écriture classique qui assimile la virtuosité (ici, le rythme ternaire "Vos yeux seuls / et les miens / sont ouverts / dans l'Aulide") à la netteté du propos, si précis ici que le vers en devient quasi intemporel, c'est-à-dire moderne, si l'on considère que ce qui est réellement moderne est ce qui ne se démode pas.
Même rigueur ternaire et même clarté du discours  dans le vers suivant (vers 7) :

"Avez-vous dans les airs entendu quelque bruit ?"

Même rigueur ternaire, même clarté dans cette cadence du vers 9 :

"Mais tout dort, et l'armée, et les vents, et Neptune."

qui termine la réplique sur quatre groupes de trois syllabes et cette conjonction "et" qui en souligne l'extrême musicalité.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 avril 2007

Posté par patricehouzeau à 23:00 - NOTES SUR IPHIGENIE DE RACINE - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

CHANT DU BOUC

CHANT DU BOUC

1.

C'est un roi qui parle
puisque la tragédie est
aux puissants comme aux ombres
Qui parle
puisque la tragédie est une brûlure
commune aux prétendants du soleil
Qui parle
d'une royauté immense que souligne le souffle
Qui parle
dans cette nuit qui appartient aux dieux
Qui demande
qu'on reconnaisse
sa voix de l'ordre aux ordres soumise
Qui parle dans sa nuit.

2.

C'est le roi on le reconnaît dans la pénombre
où brûlent les torches des veilles
Leurs yeux seuls sont ouverts dans la nuit de l'Aulide
C'est le roi on s'inquiète
de ce peu de sommeil
de la rumeur de l'ombre
Se pourrait-il que les vents aient levé leur veto
Mais tout dort.

3.

C'est un roi qui parle
et qui regrette de n'être pas un homme dans la foule
Il déteste soudain sa couronne
et tout l'or et tout l'argent du temps
C'est un roi qui parle
et qui regrette de n'être pas cet invisible
que les dieux ont oublié.

4.

Quel corbeau parle-t-il ainsi sous la couronne ?
Qui est cet homme qui déplore son palais ?
Le conseiller nocturne est tout à ses questions
sur le dépit du roi et l'énigme des dieux.

Roi, je ne suis plus le roi.
Père, je ne suis plus le père
Epoux, je ne suis plus l'époux
Fils, je ne suis plus le fils.

La nuit, ce sont les dieux qui se jouent des humains
comme de simples guignols sur les tréteaux grecs ;
ce n'est plus la Grèce ici, mais la bipèdie,
la bipèdie à fils, le jeu cruel des dieux,
le sujet préféré du Bouc et de son chant.




Posté par patricehouzeau à 19:14 - CHANT DU BOUC - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2  3  4  5   Page suivante »