09 mai 2007
DE L'INEVITABLE CRISE DES UNIVERSITES
DE L'INEVITABLE CRISE DES UNIVERSITES
9 Mai 2007, France : avant même que le Président Sarkozy ne soit rentré en fonction, les étudiants de certaines universités organisent des assemblées générales et votent des grèves.
Que l'élection de Nicolas Sarkozy puisse servir de détonateur à la crise attendue des universités ne m'étonne guère.
Un coup d'épée dans l'eau, probablement, un simple avertissement, et je ne doute pas que tous les partis et formations de gauche n'appellent très vite les étudiants à renoncer à toute action qui risquerait de les desservir en braquant contre eux une opinion publique qui, rappelons-le, a voté massivement en faveur de Nicolas Sarkozy.
Ceci dit, il se dit un peu partout que l'un des projets de la nouvelle majorité serait de procéder à l'accélération de la professionnalisation des universités en sacrifiant, si besoin est, certaines filières considérées comme peu utiles (philologie, langues anciennes, histoire de l'art,...).
Il me paraît donc nécessaire de rappeler que ce qui fait la valeur d'une université n'est pas sa rentabilité financière, mais la richesse de sa bibliothèque, le renom de ses enseignants et de ses chercheurs ainsi que la qualité de ses étudiants.
En outre, transformer l'Université en outil au service du marché de l'emploi entraînera une dévalorisation de la tradition universitaire française : deviendrons-nous aussi une puissance secondaire sur le plan intellectuel ?
Mais je suis tranquille : Qui voudrait réformer actuellement l'Université mettrait le feu aux poudres.
Dangereux, beaucoup trop dangereux ; chasse gardée d'une gauche plurielle présente à tous les échelons, variable d'ajustement des statistiques du chômage, source de revenus directs ou indirects pour quelques dizaines de milliers de personnes, l'Université, que l'on a rempli à craquer d'ex-lycéens qui n'ont rien à y faire, s'enflammera si, quel que soit l'objectif, on tente de la ramener à des dimensions plus rationnelles.
Que faire alors ?
Eh bien, agir en amont ! En reprofessionnalisant les Lycées Professionnels et en élargissant considérablement le cadre de leurs missions (et pourquoi pas des filières semi-professionnalisantes dans le secteur de l'audio-visuel ? dans les métiers du spectacle ? et ce n'est là qu'un exemple...).
Pour cela, il faut dès maintenant inciter les étudiants à s'inscrire dans des filières professionnelles. Cela est possible en multipliant les partenariats avec les entreprises, les chambres de commerce et d'industrie, les corps constitués, les Centres de Formation des Apprentis (etc...), en augmentant considérablement la durée des stages et en rénumérant les élèves stagiaires, en raccourcissant la durée des études dans certaines filières (4 ans pour former une femme de ménage, c'est lui faire perdre son temps ainsi que gaspiller l'argent du contribuable), en allongeant au contraire la durée de certaines formations par la création dans le cadre des Lycées Professionnels de sections de Brevet de Technicien Supérieur et de formations répondant aux nouveaux besoins économiques et sociaux (tourisme, éco-emplois, etc...).
Bref, en faisant des Lycées Professionnels non plus une succession de formations "par défaut", mais un véritable outil d'intelligence et d'efficacité au service du marché, on finira bien par les voir se vider les amphithéâtres surpeuplés de plus ou moins dilettantes : ne resteront que les happy few et les missions traditionnelles des universités (recherche fondamentale et appliquée, transmission des savoirs les plus spécialisés). On verra alors que le financement de l'Université ne posera plus guère de problèmes.
Bon, de toute façon, je prêche dans le désert, je pisse dans un violon, je cause, je cause et c'est tout c'que j'sais faire because, en la matière, notre Président tout neuf va s'empresser d'adopter les solutions miracles de n'importe quel totor à diplômes de son futur gouvernement, et va décider, soit de réformer la boîte à blablas pluridisciplinaires et mettre illico-presto-tout-de-go étudiants et lycéens dans la rue (ça rappellera des souvenirs à François Fillon), soit d'attendre, et alors, elles n'ont pas fini de pédaler dans la choucroute, nos facultés et dans cinq ans, on en sera au même point qu'aujourd'hui ; et c'est pas brillant...
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 mai 2007
L'HUMOUR COMME ANTI-VIDE
L'HUMOUR COMME ANTI-VIDE
Notes sur Lyonnesse (Sylvia Plath in Arbres d'hiver précédé de La Traversée, poésie/Gallimard, p.218-219, traduction : Françoise Morvan)
Avec ce goût pour des référents qui se fondent dans le paysage :
"Sea of his eyes washing over it
And a round bubble
Popping upward from the mouths of bells
People and cows."
"De ses yeux l'inondant d'un coup,
Une bulle oblongue
Montant de la bouche arrondie des cloches,
Du peuple et des veaux."
L'image amuse qui focalise le regard sur une assemblée de paysans, de veaux et de cloches. On dirait bien ici la brève description de quelque enluminure médiévale.
"There's where it sunk.
The blue, green,
Gray, indeterminate gilt"
"C'est là que tout s'est englouti,
La mer bleue, verte
Vaguement grise ou dorée"
On peut toujours rêver quelque cité engloutie : Ys, la Cité engloutie, pourquoi pas ? Ne reste jamais que cette "mer bleue, verte, vaguement grise ou dorée". Evidemment, l'adverbe "vaguement " va comme un gant à la grande salée. Et c'est sous ce "vaguement" que se tient la précision des merveilles.
Cette évocation de la légendaire Ys, -"Sea-cold, sea-cold it certainly is" semblent crier les mouettes ; "Ys est à coup sûr d'un froid de mer, d'un froid de mer", et ce "certainly is" qui semble faire assonance avec le français "Ys", ("Ys" se dit "Lyonnesse" en anglais) -, mène de toute façon à la "Table Rase" de ce qui n'a plus lieu d'être autrement que dans la mémoire de la langue, et ici même, mène à la béance du Dieu des images ; mais avant l'éternel constat tabulaire, l'ironie du conte :
"The white gape of his mind was the real Tabula Rasa."
"Le blanc béant de son esprit fut la vraie Table Rase."
Ce qui n'a plus lieu d'être se tient dans l'oubli de dieu ; le "blanc béant" est un mangeur de temps, un ravaleur de batailles, puisque derrière toute illustration se tient, de toute façon, le blanc de la toile ou du papier, ou encore ce "vaguement gris ou doré" de ce qui se délite.
"The big God", "le gros Dieu" donc béant, blanc et béant.
Contre-pouvoir au livide : l'humour. Ainsi, les gens d'Ys,
"Ils n'ont jamais pensé qu'ils avaient pu être oubliés,
Que le gros Dieu,
Fermant l'oeil avec l'indolence, avait pu les lancer
Par-dessus la falaise et sous tant d'histoire !"
"It never occurred that they had been forgot,
That the big God
Had lazily closed one eye and let them slip
Over the English cliff and under so much history !"
Quelle figure rabelaisienne, ce "gros Dieu" indolent, à l'oeil mi-clos !
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 mai 2007
