29 juin 2007
ENTENTE DU VENT
ENTENTE DU VENT
"J'entends le vent du nord
Qui bugle comme un cor"
(Tristan Corbière, Cris d'aveugle)
J'entends le vent J'entends des voix dans
Le vent J'entends des voix mortes dans le
Vent le vent qui semble toujours revenir
Du passé avec ses villes du
Nord pleines de visages
Qui n'existent plus J'entends la bête du vent qui
Bugle et siffle de son mufle si large qu'on dirait
Comme un masque dans le ciel
Un masque de carnaval dissous - de théâtre antique - le dernier cri d'un
Cor près d'une ombre égorgée.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 juin 2007
ALORS DANS LE BLEU
ALORS DANS LE BLEU
"Then I took the dust
of a long sleepless night"
(Léonard Cohen, One of us cannot be wrong)
"Alors j'ai pris la poussière
d'une longue nuit sans sommeil"
(Traduction : Jean Guiloineau)
Alors, dans le bleu,
J'ai pris un café,
Pris mon imperméable ;
La pluie collait à la rue, la
Poussière au coeur, la poussière, sphinx dépecé
D'une nuit bien trop
Longue pour que mon coeur non plus ne se fasse pas
Nuit en cette autre nuit du sang ;
Sans joie était mon sourire et dans ma tête sans
Sommeil traînait le fantôme d'une robe blanche.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 juin 2007
DE NOUVEAU, L'ETRANGERE
DE NOUVEAU, L'ETRANGERE
"Elle ressemblait, de nouveau, à ces blondes froides et mystérieuses qui glissent dans les vieux films américains." (Patrick Modiano, La Petite Bijou, folio, p.118)
Elle muette comme une énigme aux yeux clairs
Ressemblait à quelque flamande peinte
De ses lèvres pas plus que d'un sourire l'ombre de
Nouveau dans une lumière indifférente
A hanter dans les anciennes demeures des maîtres
Ces pièces aux livres rares aux meubles sombres
Blondes jeunes femmes aux tailleurs impeccables
Froides et fuyantes comme des espionnes plutoniennes
Et parlant des langues septentrionales et
Mystérieuses vous passez ces images
Qui peuplent les albums ou alors êtes ces idéales qui
Glissent dans l'herbe aux arbres centenaires
Dans ces cimetières soigneusement entretenus que
Les détectives à imperméable des
Vieux romans noirs ou des
Films en noir et blanc
Américains visitent parfois.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 juin 2007
27 juin 2007
JUSTE CIEL !
JUSTE CIEL !
"Juste ciel ! Tout mon sang dans mes veines se glace !"
(Racine, Phèdre, I,3)
Juste une illusion qu'elle dit la chanson ! Le
Ciel en est plein ! C'est que nous en bouffons du Ciel !
Tout un fatras de dieux aux multiples fonctions !
Mon Dieu que nous disons, ce qui n'empêche pas le
Sang de couler dans la grande nuit des ailleurs ;
Dans l'horreur que ça grouille et grenouille et massacre ;
Mes aïeux ! Vous, entr'égorgés, vous, saignés des
Veines, c'est quoi donc que tous ces hallucinés
Se viandant, s'étripant, à en rêver d'éternelle
Glace pour la recouvrir, la sainte horreur des hommes.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 juin 2007
REFORME DES UNIVERSITES : VERS LA PLANTADE ?
REFORME DES UNIVERSITES : VERS LA PLANTADE ?
Si j'ai bien compris ce que l'on raconte, à peine entamée, - que dis-je ? à peine entrevue, oui ! -, la réforme des universités marquerait déjà le pas.
Faut dire que cette question de l'autonomie des universités en soulève d'autres, des questions : celle du financement d'abord, et l'on entend dire un peu partout qu'il faut donner plus de moyens à l'université.
Et pour quoi faire ?
On ne sait pas trop, à vrai dire : mieux payer ses chercheurs afin d'éviter leur fuite aux Etats-Unis ? Ce ne serait certes pas une mauvaise idée.
Engager de vastes programmes d'orientation et de professionnalisation des étudiants ? Là encore, ça peut passer tant il est vrai que certains organigrammes universitaires, et surtout leurs débouchés réels en termes d'emplois, peuvent sembler nébuleux. Restera à vérifier que les futurs Conseillers d'Orientation universitaires ne deviennent pas de simples remplisseurs de sections délaissées, et que les nécessaires stages de professionnalisation ne se transforment pas en pressages de citrons systématiques.
Accueillir plus d'étudiants ? Hou là ! Si je suis bien d'accord pour que l'on forme plus de médecins, je me demande si l'on a besoin de plus de sociologues, de plus de psychologues, de plus de musicologues, de filmologues, d'historiens de l'art, sans compter tous ces gens qui sortent des universités chargés de diplômes improbables de spécialistes en des domaines certainement fort prisés dans d'autres galaxies, mais qui, ici bas, ne suscitent guère autre chose que l'interrogation, quand ce n'est pas le sourire ironique ou la franche rigolade. (1)
Autre question, celle de la sélection. Et là, l'UNEF déjà se fait entendre en refusant par avance toute idée de sélection entre la Licence (bac + 3) et la première année de Master (bac + 4). Il est vrai que la mise en place d'une telle sélection revient à souligner la relative médiocrité des trois années de licence. Naguère, s'il existait une sélection à bac + 5 (au niveau du DEA, Diplôme d'Etudes Approfondies), il n'existait pas, à ma connaissance, de sélection entre la Licence et la Maîtrise (bac + 4). Introduire une sélection à bac + 3 revient donc à faire de la licence un diplôme qui bientôt n'aura guère plus de valeur qu'un vulgaire baccalauréat.
En tout cas, cela m'amuse d'entendre partout que la France manque d'étudiants. On voit bien que beaucoup craignent déjà pour leurs rentes. Moins d'étudiants, cela veut dire moins de postes, moins de crédits, moins de pouvoir (déjà que Nicolas Sarkozy veut en finir avec les grand-messes des Conseils d'Administration en faisant réduire de façon notable le nombre de leurs membres !).
De toute façon, chères têtes pensantes, si vous manquez de petits étudiants français, vous n'avez qu'à en adopter à l'étranger. Je suis sûr qu'il n'en manque pas, ailleurs, de jeunes gens qui voudraient bien venir étudier en France...
Encore une chose, - oh... un rien ! -, je me demande, alors que l'on ne cesse d'exprimer des inquiétudes sur le montant de la dette publique, comment va-t-on faire pour les financer, ces fameuses universités "autonomes" ?
Ce ne serait tout de même pas, par hasard, en abandonnant les Lycées Professionnels au profit de formations privées ou semi-privées ?
Ce ne serait tout de même pas, par hasard, en s'entêtant dans cette grotesque politique du "tout le monde en Seconde Générale", politique qui, certes, satisfait certains syndicats, flatte l'ego des classes moyennes, illusionne les classes populaires, et coûte relativement peu cher : installer un discoureur professionnel derrière un bureau devant trente tubes digestifs de niveau moyen coûte effectivement beaucoup moins cher que le remplacement de machines-outils qui, étant de plus en plus performantes, sont donc aussi de plus en plus onéreuses...
Une dernière petite chose qui me vient à l'esprit : on sait que, pour remettre les Français au travail, l'idée forte de Nicolas Sarkozy est de les forcer à s'endetter puisque, entre la prison pour dettes et le boulot, entre la faillite et le crédit à perpète, le choix est vite fait. Et si cet encouragement à poursuivre minimum trois ans après le baccalauréat n'était, dans certains cas, qu'un moyen, somme toute assez simple, - sinon primaire -, de les endetter, les gens, en les gavant de crédits études, de bourses, de prêts divers, en les obligeant à payer des loyers (qui vont augmenter dans les prochains mois, soyez en sûrs !), à payer des droits d'inscription (qui, paraît-il, eux aussi, vont augmenter ! c'est qu'il faudra bien la payer, l'équipe de Conseillers d'Orientation à l'usage des apprenants de niveau supérieur !), bref, à consommer du paraculturel sans en avoir, pour beaucoup d'entre eux, réellement les moyens...
Note : (1) Ce ne sont ni la sociologie ni la filmologie que je vise et qui me sembleraient risibles. Certes non, l'étude des sociétés et l'analyse des oeuvres cinématographiques sont infiniment précieuses et sont, au contraire, essentielles à la pluridisciplinarité des sciences humaines ; ce sont bien plutôt ces diplômes qui se veulent professionnalisants et qui sont faits de bric et de broc : un peu de théorie de la communication, un peu d'informatique, de sciences économiques, de statistiques, et zou ! vous voilà paré, trois ans après, pour aller ranger les bouteilles de pepsi-cola dans les rayons des supermarchés ! Et je ne parle pas des inénarrables sciences de l'éducation, discipline à la mode où on y dit à peu près n'importe quoi ! Ces fameuses Sciences de l'Educ ont même parfois remplacé, dans l'esprit hésitant des étudiants par défaut, la sacro-sainte psycho, autre fichaise ! Le mélange des deux (psychologie + sciences de l'éducation) peut donner le C.O.P. (Conseiller d'Orientation Psychologue) un être hybride sympathique et assez serviable quand il accepte d'être humble face aux réalités sociales, insupportable et dangereux quand il prétend, du haut de ses diplômes, donner des leçons sur la façon dont devraient vivre les gens... (2)
(2) Patrice Houzeau ou l'art de se faire des amis. Le plus curieux, c'est que le Conseiller d'Orientation avec lequel, cette année, j'ai pu m'entretenir de l'avenir scolaire de quelques élèves m'a semblé efficace, soucieux de bien faire, de bon sens, - un type bien, quoi ! -. Mais il est vrai aussi que depuis que j'enseigne, j'en ai tellement vues, des stupidités orientatrices : genre (et je vous jure que je l'ai entendu !) jeune conseillère un peu naïve qui vient raconter à une classe assez correcte de Mécanique Auto que l'avenir leur appartient et que, pourquoi pas, certains d'entre eux pourront passer un bac général plus tard et faire médecine ou droit ! Le plus triste, c'est que certains l'ont crue, l'illusionniste sociale ! Et cet autre encore, qui lors d'un Conseil de Classe, s'est permis d'affirmer que les enseignants, à force de coller des mauvaises notes, décourageaient les élèves (ce qui est sans doute vrai dans certains cas, - et alors ?) et qu'en conséquence, il faudrait être un peu moins exigeant... Ah oui ? et pour quoi faire ? des balayeurs titulaires d'une licence de philologie ? des mécanos qui savent pas machiner, des peintres qui savent pas peindre et des soldats qui ont peur de leur ombre peut-être ?
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 juin 2007
25 juin 2007
COMBATTIF
COMBATTIF
"Dans les suprêmes ultimes impasses je m'accroche au sens animal, rétif à mort, féroce à pas croire..." (Céline, Le pont de Londres, folio, p.226)
Dans la nuit où s'qu'on est quand même quelquefois,
Les poings et les dents serrés, au moment des
Suprêmes emmerdements et qu'on s'angoisse aux
Ultimes limites qu'on pourrait pas passer,
Impasses où s'qu'on perd fatal le goût de rire,
Je me sais un couteau entre les dents car je
M'accroche aux branches où s'agitent tous les singes !
Au cul je vous botte et que je crache à vos faces !
Sens dessus-dessous, tout pêle-mêle vous tous !
Animal que je suis, je vous plante à la gorge !
Rétif, farouche, un loup, une gueule aboyeuse,
A les cracher, vos quatre vérités, crues à
Mort dans l'âme, minables que je vous mettrai,
Féroce, vipérin, vénéneux j'ai le coeur !
A poil qu'vous finirez, charognards, bouffe-coeurs !
Pas indemnes que vous en sortirez à pas
Croire... ah ! pour sûr que je ne vous aime pas !
Note : Pur jazz, pur jazz que tout ça ! Du rythme ! verbe, verve, c'est jamais que ça, les contrevers... La poésie à message et bons sentiments, je laisse ça à d'autres, bonnes âmes et béats des concours, hannetons rimailleurs des festivals à sourires, ennuyeux du vers libre et dépendeurs de critiques...
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 juin 2007
24 juin 2007
HERBE PUANTE
HERBE PUANTE
"- Herbe puante où le lièvre
Est un sorcier poltron qui fuit..."
(Tristan Corbière, Paysage mauvais)
Herbe, herbe où la lune gerbe jaune, oh très
Puante puisqu'un étang, près de là, s'étale
Où quelques crapauds jouent du trombone et du bugle ;
Le fleuve est rouge du sang des trépassés ; un
Lièvre détale et la Messagère travaille ;
Est-il plus mélancolique lieu que l'herbe en
Un pays mâchouillé par la nuit où l'oeil du
Sorcier reconnaît chaque plante ? Quant à moi,
Poltron, je n'y reste que le temps de mes vers
Qui se font je ne sais comment sous ma main qui
Fuit en noircissant le papier Ah ! tiens, il neige...
Patrice houzeau
Hondeghem, le 24 juin 2007
UN GRAND OISEAU ME FRÔLE
UN GRAND OISEAU ME FRÔLE
"Un grand oiseau me frôle avec son dur plumage"
(Henri Thomas, Un beau rêve)
Un ciel zébré d'amazones d'un autre temps
Grand vent qu'il fait et les guerrières s'éparpillent
Oiseau de feu dans l'arbre une flamme jaillit
Me voici dit la princesse morte dont la robe
Frôle de son aile la pierre du château
Avec le vent la robe se disperse et clair
Son corps apparaît et traverse les murailles
Dur le temps qui dure au coeur du captif Un long
Plumage de légende lui froisse les paupières.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 juin 2007
JE NE
JE NE
"- Je ne m'aime ni ne me hais"
(Tristan Corbière, Paria)
Je ne suis que vain au vent
ne suis vraiment que pour qui
m'aime et ce n'est pas grand-monde
ni puissant ni misérable
ne suis jamais ce que je
me promets pourtant ne me
hais et ne suis donc que moi.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 juin 2007
TINTOUIN
TINTOUIN
Figurez-vous, ça en fit du tintouin !
Figurez-vous qu'il se mit à casser la vaisselle...
Vous auriez vu le massacre, à la porcelaine ;
ça ! elles volèrent, les soucoupes, itou les soupières
en un concerto brisé pour fracas de faïences...
Fit tant du boucan et de l'éclat partout que
du coup, ils rappliquèrent, les voisins à ce
tintouin formidable et nocturne.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 juin 2007
