BLOG LITTERAIRE

Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

10 août 2007

C'EST TOUT DE MÊME CURIEUX !

C'EST TOUT DE MÊME CURIEUX !

Il y a ce soir, vendredi 10 août 2007, à Amiens, un enfant de douze ans dans le coma parce que, enfant russe d'un couple mixte (la mère est tchétchène et le père ukrainien) et voulant échapper à une interpellation de nos chères forces de police, il est tombé, l'enfant, il a chuté du balcon de l'immeuble, - le quatrième étage tout de même ! -  par où il aurait tenté de s'enfuir (!).
C'est tout de même curieux ces interpellations de sans papiers sans histoires d'origine russe alors que l'on sait parfaitement que Paris est truffé d'un tas de mafieux de Russie itou (trafiquants d'armes, de drogue, quand ce n'est pas d'êtres humains) à qui l'on fiche la paix because ils en ont eux, des papiers, - des vrais, des faux, des qui sont pas à eux -, mais qu'importe, puisque l'on sait bien qu'il est infiniment moins dangereux d'aller interpeller des pauvres sans papiers appuyés par quelques bénévoles du Réseau Education sans Frontières que des caïds défendus par des gardes du corps bien armés.
C'est tout de même curieux quand on sait ce qui se passe en Tchétchénie. Mais il est vrai que depuis que l'on admet Vladimir Poutine dans le club des démocrates ouest-occidentaux, il est fascinant de voir comment la question tchétchène a soudain disparu des écrans.
C'est tout de même curieux que ce genre d'interpellation musclée ait lieu au mois d'août, au moment où bon nombre d'associations sont obligées de fermer leurs portes faute de permanents disponibles pendant les vacances, au moment où bon nombre de cabinets d'avocats sont fermés pour la même raison.
Mais Brice Hortefeux, l'un des moins sympathiques parmi les lieutenants de Nicolas Sarkozy, affirme que c'est un hasard, que la justice a simplement suivi son cours.
Comme on le voit, elle a en effet suivi son cours...

En tout état de cause, je n'aimerais pas être le policier chargé de l'interpellation du môme et qui l'a vu tomber et s'écraser au sol. Je crois que j'aurais du mal à trouver le sommeil.
Mais il est vrai que l'on s'habitue à tout, y compris à la malhonnêteté intellectuelle comme l'ont montré les exemples récents de Villepin (oh le menteur !), de Chirac (oh le supermenteur !) de Gergorin (oh le fourbe !), de Forgeard (oh le voleur !), sans parler de l'inénarrable Ségolène Royal qui s'est quand même bien fichu du monde et de tous ces autres comiques troupiers issus de toutes ces grandes écoles fort utiles, à n'en pas douter, puisqu'elles préparent bien nos chères élites à être parfaitement hypocrites, et absolument faux-culs, pour le bien de l'Etat, évidemment.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 août 2007

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PHENIX FEU FONTAINE

PHENIX FEU FONTAINE

Voilà que sous la lune il y eut des murmures
De revenants semant leurs ombres sur les murs
Les jours suivants s'y développa une plante
Une longue lance de fougère grimpante

La plante grimpa jusqu'au pubis de la lune
Des tours dans le ciel se jetèrent des brunes
Des blondes aussi des rousses qui en chutant
Jetèrent des flammes faisant fuir les passants

Les fleuves et les rues se remplirent de cris
Les statisticiens dirent ce monde fini
On captura des phénix pour les sacrifier
Au culte de la gueule ogresse du brasier

On tenta de rappeler les revenants mais
De la lune nul ne consentit à glisser
Préférant rester sous le sable des paupières
Plutôt que de se fondre au feu furieux des fièvres

Les ailes des phénix flambaient dans le brasier
Y éclataient aussi des tas de coeurs grillés
Avec les ossements des martyrs on façonna
Cors trompes tibiaphones et harmonicas

Les flots dans la nuit remuaient leur infini
De ventres enflés et de longs poissons tout gris
Les mémoires vomissaient des marées d'images
Qui établirent leurs colonies sur les pages

C'est ainsi que s'écrivirent quelques légendes
J'aimerais parfois que le vent passant m'en rende
Une ou deux c'est que j'ai peu d'imagination
Comme on le voit en lisant mes brèves fictions.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 août 2007


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POURQUOI JE NE PUIS ÊTRE ECOLOGISTE

POURQUOI JE NE PUIS ÊTRE ECOLOGISTE

Grande déception cette semaine où, tous les matins, les bonnes âmes semblent avoir pris le contrôle de France Culture et nous bassinent avec des problèmes d'environnement qui, à mon avis, les dépassent complétement. Je ne parle pas des journalistes (ils font leur métier et l'écologie est effectivement un enjeu de la pensée contemporaine), mais de certains intervenants qui font fort dans le catastrophisme de la discussion de bistrot.
Ce matin donc, vendredi 10 août 2007, sur France Culture, il est question de "l'écologie politique". Et c'est justement là l'expression qui, à mes yeux, condamne l'écologie dans son entier.
Qu'il y ait des problèmes d'environnement, nul ne le contestera et de même que, à la Renaissance, chaque progrès technique pouvait être ressenti comme une menace sur l'emploi de milliers de manoeuvres (on pourrait relire à ce propos certaines pages de L'Oeuvre au Noir de Marguerite Yourcenar), à chaque fois que l'homme transforme la nature, - en travaillant tout simplement -, il provoque des changements qui peuvent en effet poser problème.
C'est sur la façon de prendre en compte ces changements que l'écologie politique se trompe gravement. En effet, ce dont se gargarise sans cesse les "Verts", les "Ecolos" et tous les tenants de je ne sais quelle marche naturelle du monde, c'est de ce fameux "développement durable" qui, à bien y songer, ne veut rien dire du tout.
Poser comme postulat que l'humanité entière devrait suivre une sorte de modèle unique baptisé "développement durable" revient en fait à poser comme nécessaire la création d'un être nouveau, d'un "homme nouveau" : l'homo ecologicus, une sorte de citoyen planétaire qui, volontairement, - ou non, d'ailleurs ! -, restreindrait sa liberté d'innover, de créer, de circuler, de se nourrir, de dévier de la norme (en fumant, en consommant de l'alcool, en mangeant gras, ...).
Eh bien, moi, de même que je ne veux pas de l'apprenant assoté des théories pédagogiques de Philippe Meirieu, de cet "homme nouveau" façon écologique, je n'en veux pas.
Pourquoi ?
Eh bien, parce qu'il est absolument contraire à l'idée que je me fais de ce que l'on appelle l'humanité, c'est-à-dire un ensemble d'individualités ni passionnées, ni rationnelles, radicalement disparates, différenciées, relevant de cultures, de modes d'être spécifiques.
En outre, je me permets de rappeler que, dans le genre "homme nouveau", le XXème siècle a largement et lourdement déjà donné. Que ce soit dans le genre fasciste (le "surhomme" et la "race pure" des théories nazies) ou dans le genre communiste ("l'homme nouveau", le "citoyen modèle", l'homo sovieticus dont on a bien vu, après la fin de l'empire soviétique qu'il n'était qu'une fiction politique et qu'il s'effaça bien vite devant l'immense variété des comportements humains).
De ce fait, l'écologie politique me paraît être le dernier des avatars d'un totalitarisme, d'un absolutisme, qui prend toujours le beau masque de l'humanisme pour, en fin de compte, nous asservir à un projet politique catastrophique.
Vous me direz : "Mais alors, que faut-il faire ?"
Sans doute ce que l'humanité fait le mieux : chercher, comprendre, innover.
C'est là le travail des chercheurs, des scientifiques, des intellectuels.
Que les politiques prennent leur place, ou  décident pour eux de ce qu'il faut faire, et, tôt ou tard, nous le regretterons, amérement.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 août 2007

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POSSESSION DES SIGNES

POSSESSION DES SIGNES
Notes sur Le Revenant de Charles Baudelaire (pièce LXIII des Fleurs du Mal)

Celui qui écrit est aussi celui qui revient.
Il partage ainsi avec "les ombres de la nuit" quelque vocation à hanter les âmes :

"Comme les anges à l'oeil fauve,
  Je reviendrai dans ton alcôve
  Et vers toi glisserai sans bruit
  Avec les ombres de la nuit ;"
  (vers 1-4)

"Glissant", immisçant, énigmatique s'imagine-t-il alors avec aussi ce regard d'une acuité particulière, celui des "anges à l'oeil fauve", celui de ceux qui voient tout sans être vus, espions de l'invisible, ces voyeurs qui seraient nos "gardiens".

Mauvais ange vraiment qui se réclame de la lune et du serpent :

"Et je te donnerai, ma brune,
  Des baisers froids comme la lune
  Et des caresses de serpent
  Autour d'une fosse rampant."
  (vers 5-8)

Bizarre, à y songer, cette alliance de la très fille "fatidique marraine, de la nourrice empoisonneuse de tous les lunatiques" (Baudelaire, Les bienfaits de la lune in Les petits poëmes en prose) et du symbole du tentateur, de l'envoûteur d'Eve, comme si l'être ne pouvait se saisir que dans la dualité masculin-féminin, qui excluerait dès lors la dualité du bien et du mal, ou plutôt se situerait au-dessus de la problématique du bien et du mal, dans un au-delà de la morale, un any where out of the world, un "n'importe où hors du monde".

C'est qu'il l'a vampirique, la vocation du revenant, et bien possessive ! Et s'il "baise" et "caresse", c'est pour mieux prendre possession, sans doute, de ce corps qu'il semble réclamer comme lui étant dû : cf le possessif "ma brune" au vers 5.

Au delà de la morale donc, le revenant, celui qui écrit, puisqu'il a pour vocation d'évoquer un monde d'où tout manichéïsme est condamné à s'effacer devant la toute puissance des signes.
Et si l'autre, au demeurant, celle qui reste, n'est jamais que "celle qui est trop gaie", alors :

"Quand viendra le matin livide,
  Tu trouveras ma place vide,
  Où jusqu'au soir il fera froid.

  Comme d'autres par la tendresse,
  Sur ta vie et sur ta jeunesse,
  Moi, je veux régner par l'effroi."
  (vers 9-14)

Sinistre ici, le madrigal ? Certainement !
C'est que parmi les grands novateurs de la poésie française, Baudelaire est l'un des rares à ne pas s'être compromis avec un humanisme plus ou moins forcé, plus ou moins de façade, si ce n'est de pure convention.
Il a pourtant, à mon sens, rendu à l'humanité un service bien plus précieux que la plupart des poètes de bonne volonté que l'on continue à propager dans les écoles, en montrant, avec un art qu'il a voulu impeccable, que l'être humain n'était ni passionné, ni rationnel (cf le vers 8 de Sonnet d'automne, pièce LXIV des Fleurs du Mal : "Je hais la passion et l'esprit me fait mal !") mais qu'en dehors de toute passion et de toute raison, l'être humain est en proie aux signes, en possession des signes et de toutes ces chimères dont les signes font commerce en d'énigmatiques "correspondances" qui ne cessent de tisser cet inconnu que sans cesse nous poursuivons, cette "expansion des choses infinies" (Correspondances, Les Fleurs du Mal, pièce IV, vers 12) que nous appelons "civilisation", "humanité" ou "Histoire".

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 août 2007

Posté par patricehouzeau à 00:44 - NOTES SUR CHARLES BAUDELAIRE - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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