30 août 2007
SOUS UNE LUNE INSOLENTE
SOUS UNE LUNE INSOLENTE
"Moi, près de mon chat Mürr, je rêve à ma fenêtre."
(Jules Laforgue, La première nuit)
Moi, un négligent me hante - eh ! je suis rêveur...
Près de mes chers bouquins, le courrier en retard...
De tout je me fais motif à traîner la lune ;
Mon temps passe, cancre invétéré ; quant à mon
Chat, il roupille comme un sphinx sans voyageur.
Mürr qu'il s'appelle, comme un chat de chez Laforgue ;
Je suis plus fainéant encor à le contempler,
Rêve en regardant la pluie qui strie les fenêtres,
A à ? à ! ah-ah! ah... ah-ah ? ah-ah ! à ! ah... (1)
Ma tête grouille de vers stupides... A ma
Fenêtre, la lune, qui me tire la langue !
(1) Oh !
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 août 2007
"CASSER LA VILLE"
"CASSER LA VILLE"
"Dans ma chambre toujours les mêmes tonnerres venaient fracasser l'écho, par trombes, les foudres du métro d'abord qui semblaient s'élancer vers nous de bien loin, à chaque passage emportant tous ses aqueducs pour casser la ville avec et puis entre-temps des appels incohérents de mécaniques de tout en bas, qui montaient de la rue, et encore cette molle rumeur de la foule en remous, hésitante, fastidieuse toujours, toujours en train de repartir, et puis d'hésiter encore, et de revenir. La grande marmelade des hommes dans la ville." (Céline, Voyage au bout de la nuit, folio, p.267-268).
La phrase de Céline sonne parfois, dans cette prose syncopée de formules, comme une période si classique encore dans le Voyage, si soigneusement rythmée, avec ses échos (cf "fracasser" / "casser" ; "repartir" / "revenir"), ses allitérations ("toujours", "tonnerres", "trombes", "métro",... ou encore: "molle rumeur", "remous"), furieusement hyperbolique aussi, qui nous emmène ailleurs, s'attachant à la modernité et cultivant le soubresaut, les urbaines tonitruances faites, entre autres, "d'appels incohérents de mécaniques de tout en bas", à en déborder du sens commun, à en "casser la ville", cette origine du roman de la "grande marmelade des hommes" ; rêvé ce roman, réécrit perpétuel... Des films même qu'on en fait maintenant, des autres existants, comme si on ne pouvait les sentir, les humains, qu'en représentation. Sinon, peut-être, ce n'est supportable en vrai que si on est payé pour. Ou alors, c'est que l'on est un saint, une sainte, un témoin de l'humain...
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 août 2007
