12 septembre 2007
"PORTANT CHACUN UN CIERGE"
« PORTANT CHACUN UN CIERGE »
« Langlois et M. le curé, portant chacun un cierge, se trouvaient à ce moment-là tous les deux seuls au seuil du presbytère ; c’est-à-dire à l’orée du village ; et, à cent mètres au-delà d’un petit pré, on voyait dans la nuit très noire la muraille très noire de la forêt. » (Jean Giono, Un roi sans divertissement, folio, p.57)
Les deux hommes portent « chacun un cierge », - une lumière donc, une lueur confrontée à la « nuit très noire », à la « muraille très noire de la forêt ».
Dialoguant ainsi dans cette zone qui est à la fois profane (« l’orée du village ») et religieuse (le « seuil du presbytère »), ils semblent presque suivre un rituel.
D’ailleurs, le « soldat » Langlois est félicité par M. le curé pour sa « connaissance exacte des puissances de la messe ». Le voilà donc reconnu comme étant, en quelque sorte, initié.
Et cette « connaissance des puissances », cette prescience de l’ombre est si aigue que Langlois va jusqu’à effrayer l’homme de Dieu :
- « (…) Avouez que le monstre ne peut pas approcher du sacrifice divin. » affirme l’ecclésiastique.
Mais Langlois n’en est pas si sûr :
- « En vérité, dit Langlois, je ne voudrais pas vous troubler, monsieur le curé, mais je crois qu’il s’en approche fort bien et je crois, au contraire, que c’est parce qu’il s’en est approché que nous n’avons rien risqué. »
C’est que le diable aussi aime les divertissements. Et si ce diable n’est pas de nature métaphysique mais de pure humanité, il ne peut être que fasciné par les « puissances de la messe », par l’apparaître et la magnificence du rite. Fasciné, diverti, ravi, il en oublie le mystère de ses propres rites.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 septembre 2007
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