03 octobre 2007
DE LA SIMPLICITE EN POESIE
DE LA SIMPLICITE EN POESIE
“Hond die onder aarde dwaalt
zacht gras als een vacht.” (1)
« Un chien qui erre sous la terre
l’herbe douce comme un pelage. » (2)
L’herbe se nourrit. Elle est assez carnassière savez-vous, l’herbe tendre ? « douce comme un pelage », l’herbe qui puise ses forces aux entrailles de la terre.
Ainsi les morts se mêlent-ils au vivant.
Ce sont des vers d’Anneke Brassinga. On ne peut pas mieux dire la simplicité d’être lucide, car être lucide, c’est avant tout être simplement, sans violon, sans pathos. Au monde, puisqu’il faut bien être à quelque chose, mais alors par pure ironie du sort, sans complicité.
“De groene weiden
door grauw schuim geschrobd.
Drijvende dweilen
in het rond.”(3)
« Les prés verts
frottés d’écume grise.
Des serpillières dérivent
En rond » (2)
C’est ce que nous apprécions dans la poésie d’Anneke Brassinga, la frappante simplicité des images, leur trivialité presque. Voici les linges d’écume grise qui couvrent la mer comparés à des serpillières.
A moins d’être particulièrement fat, ou hypocrite, c’est avec ces images que nous vivons, ce sont elles que nous remuons muettes dans nos mâchoires, caramels sans lyrisme, speculoos qui accompagne le café que nous prenons, attendant notre train :
“Woorden, bekend, in bewaring
rollen als kiezels tussen de tanden
klikken en zeggen : niets
dat licht geeft in de kelder,
niets zien wij van bovenaf.” (4)
« des mots familiers roulent,
enchaînés, graviers entre les dents,
sonnent et prononcent :
rien qui éclaire dans la cave.
On ne voit rien de là-haut. » (2)
A moins d’être particulièrement fat, ou hypocrite, comment penser que cette rivière des mots qui coule de page en page puisse faire autre chose que nous renvoyer à nous-même, à notre pauvre humanité ? Que l’on tente de « s’élever », et nous perdons contact avec cet être « obscur » et que nous pressentons comme étant nous-mêmes.
Que l’on tente de s’élever, et l’on voit que l’on ne voit rien :
“niets zien wij van bovenaf.
Een jodelende Tiroler
shopt het verder.” (4)
« On ne voit rien de là-haut.
Les vocalises d’un Tyrolien
en feraient plus. » (2)
Comme l’ironie va bien à la simplicité ; c’est le gant d’une personne qui vous rend visite en vous regardant, un demi-sourire aux lèvres, et l’œil brillant un peu de ce qu’elle va vous dire.
Références :
(1) Anneke Brassinga, Nabestaan, in descendance, édition bilingue, traduction de Patrick Burgaud, Maison de la Poésie Nord/Pas-de-Calais, 1993, p.46
(2) Traduction : Patrick Burgaud.
(3) Anneke Brassinga, Over zee, op. cit., p.50
(4) Anneke Brassinga, Het obscure, op. cit., p.52
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 octobre 2007
INCONSEQUENT
INCONSEQUENT
Mon animal de compagnie roupille - il ronfle !
Chien qui dort et rêve de choses sans nom
Dort petit bout d'univers fort peu conséquent;
Mon s'en fout des souris roupille et ronfle aussi
Chat qui dort et rêve de compagnies sans nom
Aussi inconséquent que l'éclat d'une étoile.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 octobre 2007
TÊTE D'HERBE
TÊTE D'HERBE
"l'herbe moisie
flotte dans les pensées"
(Gaston Criel, La fausse quête, Editions Jacques Brémond, 1997, p.16)
L'herbe avec tous ses morts dedans - Fermez le ban ! -
Moisie un cadavre traîne aussi dans le placard
Flotte sa tête conservée dans du formol
Dans chacun de nos gestes cette tête flotte
Les malades qui ne supportent plus leur corps
Pensées vagabondes chiens tournant sur eux-mêmes.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 octobre 2007
