07 octobre 2007
EN ECOUTANT LA PAVANE
EN ECOUTANT PAVANE POUR UNE INFANTE DEFUNTE (qui est magnifique et fut composée par Maurice Ravel)
J'écoute en octobre en ma maison la Pavane du grand Ravel
Pavane formidable d'une caravane chargée d'images
Pour on ne sait quelle magie dans la savane - on ne sait quel rite
Une devineresse fumant le havane ou au palais une
Infante endormie dans un verre de cristal - est-ce son cercueil ?
Défunte car le passé achève les contes et les enfants.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 octobre 2007
FRONDE
FRONDE
ADRASTE
Ce belître (1) insolent (2) me fait encore bravade.
LYSE
A ce compte, Monsieur, votre esprit est malade ?
ADRASTE
Malade, mon esprit ? (3)
LYSE
Oui, puisqu'il est jaloux (4)
Du malheureux agent de ce prince des foux. (5) (7)
(Corneille, L'illusion comique, Acte II, scène 8, vers 565-568)
(1) Quand je ne peux plus supporter mon visage, je l'arrache. Je le froisse et le mets en boule et le jette dans la corbeille à visages. Aussitôt sur ma face de sang je prends un visage tout neuf ; je fais dès lors une toute autre figure. Cela n'a qu'un temps, bien sûr.
(2) Je suis plein d'insolences comme un chien grouille de puces. Partant, je suis mauvais chien et mauvais camarade.
(3) La vivacité des répliques est une des plus jolies choses de L'illusion. Ici, le chiasme ("votre esprit est malade" / "malade, mon esprit") construit cette vivacité ; ce sont attaque et parade de savante escrime. Le gentilhomme Adraste est peut-être assez épaté que la servante Lyse lui parle avec une telle franchise. Il est vrai que les servantes sont bien plus puissantes que les valets de comédie et ont ce pouvoir de faire progresser l'action.
(4) Lyse aussi est jalouse. Elle se sent dédaignée par Clindor et va dans cette scène révéler à Adraste, amoureux d'Isabelle, que celle-ci la belle en pince pour le valet Clindor : "Si j'ose vous le dire / Ce n'est plus que pour lui qu'Isabelle soupire." (vers 577-578). L'esprit de Lyse est donc tout aussi malade de jalousie que celui d'Adraste.
(5) Comment en effet être jaloux de ce qui n'est jamais qu'un complément : "Oui, puisqu'il est jaloux / Du malheureux agent de ce prince des foux." Ce vers 568 définit de façon dépréciative l'apparence de Clindor : un complément d'objet ("du malheureux agent") suivi d'un complément de nom ("de ce prince des foux"). Clindor est ainsi réduit à sa fonction : il n'est jamais que le valet d'un nom ridicule, - celui de Matamore -, et est ainsi déterminé à n'être que l'ombre d'une ombre. (6)
(6) En grammaire française, le complément de nom est aussi appelé complément de détermination.
(7) "jaloux" / "foux" : rime pour l'oeil. Il est assez révélateur que la poésie, et même la plus classique, la plus respectueuse en apparence des règles, n'hésite pas à bousculer l'orthographe pour les besoins de sa cause. La poésie est une fronde sans doute au beau royaume du langage.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 octobre 2007
