04 novembre 2007
"IL NEIGE A TOUT JAMAIS"
"IL NEIGE A TOUT JAMAIS"
"Il neige à tout jamais. On tousse. On n'a personne."
(Jules Laforgue, Les après-midi d'automne)
Il fait pas beau because c'est l'hiver ;
Neige des petits bonhommes très froids tout mous.
A la fenêtre on voit bien que l'on ne peut plus sortir.
Tout est plein du bleu morne des fantoches désoeuvrés.
Jamais plus peut-être s'animera leur comédie.
On se sent vieillir comme un poème de Mallarmé ; on
Tousse - c'est que l'on fume trop aussi !
On se fait du vin chaud et puis l'on dort. On
N'a plus du tout d'idées. Les doigts tombent du piano.
Personne pour les ramasser. On se fait la gueule.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 novembre 2007
TEMPS DE CHIEN
TEMPS DE CHIEN
"Sous le ciel pluvieux noyé de brumes sales, (1)
Devant l'Océan blême, assis sur un îlot, (2)
Seul, loin de tout, je songe (3), au clapotis du flot,
Dans le concert hurlant des mourantes rafales." (4) (5)
(Jules Laforgue, Méditation grisâtre in Les Complaintes et les premiers poèmes, Poésie/Gallimard, p.239)
(1) C'est qu'il ne doit pas voir grand chose, le "seul, loin de tout", dans toute cette pluie, ce lavis de "brumes sales", et ces "rafales" qui se meurent peut-être mais qui sont bien hurlantes tout de même.
(2) Assis sur un îlot,
J'écoute clapoter le flot ;
Au loin, le diable pousse un rot,
Et moi, sous mon chapeau,
Je me dis Quel idiot
Je suis d'être venu
Sur ce rocher très nu
Sans journaux ni radio !
(3) Evidemment, que vouliez-vous qu'il fît ? Pêcher ? Se promener solitaire au risque de se rompre le corpus vivendi sur la digue glissante ou les galets casse-gueule ? N'étant point océanologue, il n'avait donc pas d'autre choix que de songer, que de rêvasser, que de bêtement glandouiller oisivement tandis que, pendant c'temps-là, quoi qui font, les Chinois ? Ils travaillent, évidemment.
(4) C'est des trucs à devenir sourd comme un pot à tabac, ça !
(5) C'est ce que l'on appelle un "temps de chien". D'ailleurs, entendez-le gronder, et haleter, et allitérer "dans le concert hurlant des mourantes rafales".
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 novembre 2007
