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Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

12 novembre 2007

DE L'ASCENSEUR SOCIAL

DE L'ASCENSEUR SOCIAL

Lorsque l'on évoque la promotion sociale des générations, on en vient rapidement à évoquer l'hypothèse de la "panne de l'ascenseur social" dont notre pays serait victime.
Ainsi, ce soir encore, dimanche 11 novembre 2007, dans l'émission de Christine Ockrent, Duel sur la 3, les désormais incontournables médiatiques de la question scolaire (Philippe Meirieu et Alain Finkielkraut) ont débattu sur la question des "échecs de l'école" en en venant rapidement à la question de comment promouvoir ce que Finkielkraut appelle "l'amour des belles choses" et ce que Philippe Meirieu définit, me semble-t-il, comme relevant d'un niveau culturel suffisant et nécessaire pour pouvoir accéder à un degré de citoyenneté acceptable, en tout cas pour un professeur des "Sciences de l'Education" (1). Tous deux en vinrent ainsi à regretter qu'il était de plus en plus difficile de transmettre un savoir reposant sur des valeurs universelles et objectivement positives. Du coup, ils en vinrent vite à parler de ceux pour qui l'école fonctionne mal : les démotivés, les non-diplômés, en bref ceux qui, selon leurs critères, seraient non-éduqués, et donc quelque peu barbares, je suppose. A l'inverse, ils ont abondamment posé la question du comment faire pour faire redémarrer cet ascenseur social et faire en sorte que beaucoup plus d'élèves issus des milieux défavorisés accèdent à l'Université.
Quelle drôle de vision de l'ascenseur social ils ont, ces deux-là, pour qui l'Université et les Grandes Ecoles constitueraient à elles seules l'essentiel de la promotion sociale acceptable dans un pays moderne ?
Donc, selon eux, un jeune homme issu d'une banlieue, ou pas d'ailleurs (2), qui, après être passé par une formation  professionnelle (L.P, CFA, CAP, BTS), rentre à EDF ou devient plombier, ou encore est embauché dans une grande entreprise de Travaux Publics, ou même crèe sa propre entreprise, ou devient artisan d'art (etc...), ne reléverait pas de la promotion sociale...(?)
Il est quand même étonnant qu'à chaque fois que je les entends, Meirieu et Finkielkraut, ils ne parlent pratiquement jamais des formations professionnelles et il semble même que, pour eux, l'expression "ascenseur social" soit l'exacte synonyme "d'entrée dans une Grande Ecole".
Ce faisant, ils ne se rendent pas compte qu'ils entretiennent l'illusion qu'ils dénoncent pourtant eux-mêmes si souvent lorsqu'ils parlent des dérives du modèle Starac' par exemple, car, de même qu'il est exceptionnel que quelqu'un devienne vedette de la chanson à 20 ans, il est exceptionnel que quelqu'un qui vienne de la banlieue fasse un parcours de haut commis de l'Etat. On peut le regretter. Mais, à mon avis, c'est mentir aux gens, ne serait-ce que par omission, que de leur faire croire que le but de l'école serait de "renverser la pyramide sociale", "combattre la reproduction des élites" ou même "corriger les destins" (c'est joliment bien dit mais assez naïf!).
Philippe Meirieu et Alain Finkielkraut seraient plus inspirés, lors de leurs interventions télévisuelles, de rappeler que la promotion de la formation professionnelle (Lycées Professionnels, Centres de Formation des Apprentis, Formation continue) est, à mon sens, très insuffisante et que pourtant, c'est par l'accès aux professions les plus "bêtement" utiles : plombier, maçon, cuisinier, garçon de café, vendeur, coiffeur, chauffeur-livreur, agent de maintenance, électronicien, chaudronnier, etc..., que l'on assurera, par le savoir-faire, et l'avenir de nos emplois et la promotion sociale des générations. Là, en effet, on en "corrigerait des destins" et l'on verrait sans doute moins souvent ce spectacle désolant du diplômé à bac+4 occuper un emploi de manutentionnaire, ou de caissière, en attendant une éventuelle reprise réelle de la croissance économique.
Christine Ockrent, qui a les pieds sur terre, a, durant l'émission, rappelé plusieurs fois qu'il y avait près de 20% des jeunes gens entre 18 et 25 ans au chômage : nos deux têtes pensantes n'ont pas relevé et ont continué sans rire de débattre de la question de savoir si l'école avait pour but l'adaptation des masses au monde actuel ou si, au contraire, il fallait former des citoyens capables d'exercer leur esprit critique et ( ô voeu secret du grand Meirieu !) peut-être même de changer la société ! (3)
Ah ! C'est que sur ce point là, au moins, les deux ne sont pas d'accord ! Même que Philippe Meirieu, évoquant la grogne des étudiants a évoqué l'éventuelle main-mise de l'économie sur l'école, comme si l'école se devait d'être "pure" de tout commerce, de toute compromission avec l'intérêt privé qui, pourtant, par le biais des impôts, la fait vivre, cette école (4). Fort heureusement, Alain Finkielkraut a alors rappelé que les universités américaines disposaient pour beaucoup d'entre elles d'une autonomie quasi totale, ce qui ne les empêchait pas d'avoir des départements de philosophie, d'histoire, de littérature (etc...) tout à fait performants.
Ceci dit, tout le monde a quand même mis l'accent sur l'inévitable et nécessaire reprise en main de l'apprentissage de la maîtrise de la langue. On en a même profité pour rappeler la très grande sottise que fut la mise en place du travail en séquences (5) (pourtant présentée il n'y a pas si longtemps comme étant un outil formidable par un tas d'inspecteurs, de formateurs et autres faiseurs de rapports, donneurs de coups de tampon, avec parfois même une citation de Bourdieu à la bouche; ça fait bien !).

Le ministre était là. Il lui fut posée la question de la suppression du "Collège unique" (6) . Il a répondu que tous les collégiens avaient le droit d'accéder à la nouvelle lubie de l'éducation nationale, "le socle commun des connaissances", mais que le public du collège étant, par définition, hétérogène, des pédagogies différentes seraient mises en place. Si j'ai bien compris, tout dépend donc de ce que l'on y met dans ce fameux "socle commun des connaissances". S'il s'agit des fondamentaux (lire, écrire, compter), pas de problèmes. Au-delà, je crains le pire.

Notes :
(1) Les thèses dites "pédagogistes" étant de plus en plus souvent, - et de toutes parts -, attaquées, j'ai remarqué que, lorsqu'il passe à la télé, Philippe Meirieu est de moins en moins clair sur les objectifs de son "Ecole". J'ai eu ainsi ce soir du mal à comprendre ce que Meirieu définissait comme étant la finalité réelle de la maîtrise de la langue. Du reste, dans un premier temps, il a accusé la "crétinerie" des programmes télévisés d'être responsable de la montée de l'échec scolaire : C'est pas moi, m'sieur, c'est les autres !

(2) Il n'y a pas que dans les banlieues qu'il y a des gens en difficulté. Avec un salaire moyen qui pour beaucoup de Français ne dépasse pas les 1200 euros, croyez-moi, même dans les centre-villes on ne fait pas de miracles !
(3) C'est le sous-titre de l'inénarrable revue Les Cahiers Pédagogiques : "Changer la société pour changer l'école, changer l'école pour changer la société !" Philippe Meirieu y est souvent convié à s'exprimer.
(4) Je me demande même si la "mutualisation" des moyens, - "mutualisation" étant le mot à la mode pour remplacer les par trop connotés "restructuration" et "concentration" - ordonnée par Rachida Dati, la Ministre de la Justice, n'aurait pas pour but de faire un maximum d'économies pour filer des sous à la Ministre des Universités qui en a promis, elle, des moyens : 1 milliard par an pendant 5 ans ! Une paille !
(5) "le travail en séquences" : mis au point à la fin des années 80, il a été promu "panacée formidable" au début des années 90 dans les Collèges, et toutes sortes d'établissements. Le principe en est simple : au lieu d'un cours magistral, on transmet, par le biais d'une suite de documents et d'exercices, quelques notions que les élèves pourront réutiliser par la suite. Du coup, évidemment, le cours magistral étant mis de côté, voir honni par certains inspecteurs avec lesquels on ne plaisante pas avec les décisions de la hiérarchie, l'enseignement de la grammaire française s'effondra presqu'entiérement en une petite dizaine d'années ! C'est pas que ça marchait tellement bien avant, mais enfin, au moins, elle existait, la leçon de grammaire, et les "bons élèves" en connaissaient bien quelques règles, de ce mode d'emploi  de la langue.
(6) "le Collège unique". Valéry Giscard d'Estaing, qui est un grand naïf, a cru que, pour assurer à tous l'égalité des chances, il fallait que tous les collégiens suivent absolument le même cursus. Le Ministre René Haby a donc, en 1975, supprimé la plupart des réorientations de fin de 5ème afin que tous les mômes aient tous la grande chance de s'ennuyer ferme au cours d'histoire de Madame Dupond ainsi qu'au cours de physique de Monsieur Durand. Résultat trente après : certains collèges envoient dans les Lycées Généraux des élèves insuffisamment formés, les filières professionnelles se vident et, par souci d'égalité des chances, on a largement nivelé par le bas. A mon avis, la tension certaine qui existe dans certains établissements entre familles, élèves et enseignants doit beaucoup à l'échec du "Collège unique".

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 novembre 2007

   

Posté par patricehouzeau à 02:29 - CONTRE LES PEDAGOGISTES - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

L'immense découverte de la séquence ! Et on continue à sévir sans vergogne, voire même à servir aux parents questionneurs (et cons évidemment, sinon ils seraient profs) LA explication rationnelle à cette prétendue méthode : les mômes d'aujourd'hui ont la culture du zapping. Pas question de leur proposer de concentrer leur attention sur un point de grammaire jusqu'à ce qu'ils ayent compris, sont trop cons aussi.
Ceci dit, j'aurais mieux fait de passer un bac pro de plomberie que de m'emmerder à comprendre la grammaire, pourquoi mon plombier, qui fait trois fautes par ligne de devis, me pique en quinze jours de son travail l'équivalent de cinq mois du mien... et qui c'est qu'est le con prestigieux de l'ascenseur social dans cette affaire hein ?

Posté par marie, 12 novembre 2007 à 14:53

ABSOLUMENT

Absolument et avec la desaffection des filières professionnelles, les élèves qui auront choisi la plomberie, l'électricité, bref, tout ce qui relève de la pose et du dépannage à domicile vont en gagner des sous ! Pendant ce temps-là, les ANPE seront pleines de psychologues, de sociologues, de bidulologues pleins de diplômes et parfaitement sans emploi ! Ou alors un emploi déqualifié !

D'ailleurs, en fin de compte, le fameux problème du robinet, c'est toujours le plombier qui le règle !

Amicalement
Patrice Houzeau

Posté par patrice houzeau, 12 novembre 2007 à 17:13

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