14 novembre 2007
HIER DANS MON LYCEE
HIER DANS MON LYCEE
Hier, dans mon Lycée, ça piquait un peu les yeux à l'étage : gaz lacrymo (effet pervers de la rénovation des BEP et de l'illusion du niveau de culture générale qui monte).
Mais, ce qui est vraiment intéressant, c'est la réaction d'un de mes élèves étrangers :
- "Pourquoi ils font ça, Monsieur ?"
Eh oui, il ne comprend pas, lui qui vient d'un pays sans avenir, un pays où l'on détourne l'aide humanitaire, où les marchands d'armes sont reçus comme des rois et les journalistes emprisonnés, il ne comprend pas pourquoi dans cette France où il est venu parce que la France, n'est-ce pas, est un pays riche, il ne comprend pas, lui qui veut apprendre, pourquoi il y a des gamins qui balancent du gaz lacrymogène dans les couloirs.
Que lui répondre ?
Que lui répondriez-vous, Meirieu, vous qui avez toujours réponse à tout ?
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 novembre 2007
DE LA LOI DU PLUS FORT ECONOMIQUE
DE LA LOI DU PLUS FORT ECONOMIQUE
Les grands délocalisants sont de grands irresponsables.
En effet, je me demande ce que ces puissants parmi les puissants comptent faire pour échapper aux entreprises des mafias qui prospèrent dans ces pays émergents où la corruption est si fréquente, et où, décidément, il apparaît de plus en plus clairement que la loi du plus fort économiquement finit toujours par profiter aux bandits.
A cet égard, les récents scandales qui éclaboussent l'industrie du jouet soulèvent beaucoup plus de questions que certains le voudraient.
Et s'ils échappent aux réglements de comptes qui, nécessairement, se feront (n'oublions pas que pour la mafia russe ou les "triades" chinoises, nos grands patrons ne sont que des "putains d'étrangers"), comptent-ils réellement échapper aux oppositions plus ou moins virulentes qui, dans nos pays de droit, finiront par avoir leur peau.
Croient-ils vraiment, nos grands capitaines de l'industrie et du commerce, que, dans ces "paradis du néo-capitalisme", des pouvoirs politiques forts garantiront longtemps leur tranquillité sans prendre, eux aussi, un jour ou l'autre, leur part du gâteau (1) ?
En outre, il faudrait peut-être qu'au lieu d'aller faire le beau dans les médias, ils (re)lisent Le Contrat social de Rousseau ; ils y apprendraient que nul pouvoir ne peut longtemps se maintenir par la force puisqu'il finit toujours par tomber sous les coups d'un plus fort que lui : l'industrie délocalisée du jouet risque, en effet, de payer fort cher l'irresponsabilité de ses dirigeants.
En se rendant illégitimes par la supression de centaines de milliers d'emplois en Europe et aux Etats-Unis, nos grandes entreprises finiront par s'écrouler comme des maisons sans fondation, des arbres déracinés.
La naïveté de certains de nos dirigeants est d'ailleurs assez insondable. J'en veux pour preuve la récente émission "Complément d'enquête" (France 2) où l'on a vu Noël Forgeard, ex-dirigeant d'EADS, expliquer combien il était meurtri par les attaques qu'il était obligé de subir (ah le pauvre homme !) depuis qu'il a démissionné en empochant la bagatelle de quelques millions d'euros. Il a même montré à l'antenne son avis d'imposition (ah le brave homme !) et déclaré que lui, issu d'un milieu modeste (aïe ! encore un fils de pauvres !), était fier de les payer, ces 3 millions d'impôts (si, si, vous avez bien lu !) qui, n'en doutons pas, serviront à pourvoir aux nécessités des salariés licenciés du secteur de l'aéronautique et de l'armement réunis.
Mais ce n'est pas ça que l'on vous reproche, mon petit Monsieur, et on le sait bien que la loi est aussi faite pour les puissants ; ce que l'on vous reproche, c'est d'être parti en empochant le maximum d'argent sans même l'esquisse d'un geste envers les milliers d'emplois que le groupe AIRBUS-EADS risque de perdre suite aux retards accumulés et aux erreurs de stratégie commises par vous comme par d'autres d'ailleurs.
(1) D'ailleurs, il faudrait peut-être se poser la question de savoir si certains de ces pouvoirs forts ne pactisent pas déjà eux-mêmes avec la mafia. La corruption des politiques et des administrations est-elle autre chose qu'une conduite mafieuse ?
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 novembre 2007
LIBERTE CONTRAINTE
Vaste sucre
Le ciel parfois me semble un vaste sucre bleu sur lequel l'eau coule longuement et vient se mêler à l'absinthe de nos esprits.
"Sphinx noir"- "Sphinx blanc"
André Breton, en 1939, dans la préface de son Anthologie de l'humour noir, distingue le "sphinx noir" de l'humour objectif du "sphinx blanc" du hasard objectif. Deux sphinx de haute ironie donc, comme il y a une magie noire et une magie blanche, comme il y a des jours noirs et des nuits blanches, le night and day des touches du piano, et les cases noires et blanches de l'échiquier de tous les possibles.
Nous vivons dans des combinaisons que l'esprit cherche à maîtriser absolument. L'ironie étant que la généalogie de ces combinaisons doit tout au hasard.
L'inimaginable
Nous ne nous consolons sans doute jamais vraiment d'être nés, d'être ainsi jeté en pâture au regard, de risquer à tout moment l'inimaginable horreur d'une mort violente.
Société ouverte
Toute société dite "ouverte" se complique. Paradoxalement, plus la société semble s'ouvrir, plus les agents de cette société éprouvent le sentiment d'être assujetti à l'aporie d'une modernité sans fin.
La liberté est contraignante et, André Breton a raison, la Beauté vouée à être convulsive.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 novembre 2007
