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Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

02 janvier 2008

DU PRESSENTIMENT VERTIGINEUX

DU PRESSENTIMENT VERTIGINEUX

Les Poètes de sept ans : L'un des plus fascinants sans doute parmi les poèmes de Rimbaud. Déjà là, l'Arthur, il a bien l'air démangé par l'ailleurs. Un ailleurs livresque certes :

"Il lisait son roman sans cesse médité,
Plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées,
De fleurs de chair aux bois sidérals déployées,
Vertige, écroulements, déroutes et pitié !"
(Les Poètes de sept ans, vers 58-61)

mais un ailleurs de visionnaire ! C'est qu'il est là, tout là, l'Arthur futur, le galopin aux "semelles de vent", dans la méditation consciencieuse de la perfection formelle du "Bateau ivre" :

"J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
- Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
Million d'oiseaux d'or, ô future vigueur ?-"
(Le Bateau ivre, vers 85-88)

Ce vers : "Vertige, écroulements, déroutes et pitié!", c'est, - il le dit -, le "vertige" annoncé, le vertige justement, celui de la "Saison en enfer" et des "Illuminations":

"Assez vu. La vision s'est rencontrée à tous les airs.
Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours.
Assez connu. Les arrêts de la vie. - Ô Rumeurs et Visions !
Départ dans l'affection et le bruit neufs !"
(Départ in Illuminations)

Où l'on voit que taraudé par la vision qu'il fut, l'Arthur. Visuels surtout, les effets du "Poète de sept ans", avec ses "lourds ciels ocreux" et ses "forêts noyées" puis ce fut le passé composé des visions accomplies : "J'ai vu des archipels sidéraux" pour enfin l'amertume du "Départ", celui qui condamne la poésie au placard : "Assez vu. La vision s'est rencontrée à tous les airs." 

Programmatique, le Rimbaud ? Peut-être. En tous cas, assez conscient de lui-même pour pressentir ce qui l'attendait :

"Vertige, écroulements, déroutes et pitié !
- Tandis que se faisait la rumeur du quartier,
En bas, - seul, et couché sur des pièces de toile
Ecrue, et pressentant violemment la voile !"
(Les Poètes de sept ans, vers 61-64)

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 janvier 2007
 

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