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Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

03 janvier 2008

LA STARAC A SARKO

LA STARAC A SARKO

Ce matin, quand je l'ai entendu cela, que François Fillon, le premier ministre qui fait rire, avait été chargé de contacter un cabinet de consultants pour évaluer et noter les résultats des membres du gouvernement, je ne l'ai pas cru tant cela me paraissait ENAURME comme un sketch de Jean-Marie Bigard (le gars qui n'a aucun talent et qui est très vulgaire).
Eh bien si ! c'est vrai ! Après les impôts à Johnny, la tente à Khadafi, la frimousse à Carla Bruni, les jets privés et des voeux grandiloquents comme une chanson de Barbelivien (le gars qui n'a aucun talent, mais qui fait propre sur lui), un degré de plus dans la vulgarité sarkozyenne a été franchi et voilà notre bon Fillon (le gars qui n'a aucun talent) transformé en minet de la Starac et chargé de décider qui sont les bons ministres susceptibles d'être finalistes et qui seront les mauvais que l'on éliminera pour les remplacer par Jacques Lang. (1)
Du coup, on fait appel au cabinet de "Conseil en stratégie" Mars and Co, de Paris ! Approchez, Messieurs-Dames, venez voir comme ils sont beaux, nos consultants !.
Du coup, culture du résultat chiffré (comme dans l'ex-Union Soviétique, celle du temps des objectifs de production et de l'économie planifiée ! - tiens, tiens, comme c'est curieux !).

Mais, - nom d'un colonel de cavalerie ! Quel aveu, mon Dieu, quel aveu d'inconsistance !
Sont-ils si aveugles, nos dirigeants, qu'ils ne puissent voir qui travaille dans le bon sens et qui est en passe de se planter ?
En outre, c'est bien joli de vouloir manager le gouvernement comme une société privée, mais dans une société privée, le but est clair : faire des bénéfices. Cependant qu'en politique, on le sait bien, il est parfois nécessaire de concéder du terrain aux partenaires sociaux (syndicats, parlement, institutions) si l'on veut faire avancer un dossier. Du coup, en matière d'évaluation chiffrée, il faudrait alors revoir les objectifs, non seulement en fonction des différentes stratégies ministérielles, mais aussi en fonction des tactiques sur le terrain.
Révision à la baisse qui risque de coûter cher en heures supplémentaires, c'est que ça ne travaille pas pour rien, ces bestiaux-là, et que c'est gourmand, les consultants !
D'ailleurs, je me demande combien va coûter à l'Etat, - et donc au contribuable -, cette nouvelle fantaisie présidentielle. Dans un pays où il y aurait 7 millions de pauvres
, dans un pays où l'on retrouve chaque hiver des sans-abri morts de froid et des personnes isolées mortes de faim, un tel cadeau à on ne sait quelle charlatanerie consultanesque est-il  bien sérieux ? (2)
Est-il même décent ?
Je ne le crois pas et si j'étais ministre de ce gouvernement-là, je me sentirais vexé d'être ainsi fliqué par on ne sait quel gratte-papier, d'être surveillé comme si j'étais un petit prof de collège, d'être jugé par quelqu'un qui, par ailleurs, n'a aucun mandat légitime pour se mêler des résultats de mon ministère.
Darcos, et vous, Kouchner, vous qui avez du bon sens, et qui avez déjà prouvé votre valeur dans d'autres gouvernements et en d'autres lieux, vous laisserez-vous faire, vous laisserez-vous mener par quelqu'un dont il n'est pas encore prouvé qu'il vous arrive à la cheville ?

Notes :
(1) Et pourquoi pas, tant qu'on y est, un numéro surtaxé sur TF1 pour savoir quel est le ministre que les électeurs veulent voir tomber ou au contraire veulent maintenir ?
(2) Il ne reste donc plus qu'à attendre que Le Canard Enchaîné publie les factures de cette frénésie consultatoire. Je sens que ça va être gratiné encore, cette histoire... (3)
(3) D'autant plus qu'en ce moment, dans le Nord-Pas-de-Calais par exemple, de nombreux trains du matin - donc des trains pleins de salariés qui ne peuvent guère faire autrement que de travailler plus s'ils ne veulent pas gagner moins -, arrivent en retard. Certains même n'arrivent pas du tout et sont purement et simplement supprimés. Renseignements pris auprès de la SNCF, il s'agirait dans un grand nombre de cas de problèmes liés à ce qu'ils appellent un "défaut de personnel". Autrement dit, les restrictions budgétaires se font sur le dos des usagers, qui sont, mon cher Président, des contribuables, - ce qui n'est pas négligeable -, mais surtout des électeurs. Il faudrait peut-être y penser avant de faire son Johnny comme dans les séries américaines et embaucher des consultants pour avoir l'air d'un self made-man façon roi du pétrole.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 janvier 2008

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"beauté, mon beau souci"

"BEAUTE, MON BEAU SOUCI"

"Beauté, mon beau souci, de qui l'âme incertaine
  A comme l'océan son flux et son reflux"
  (Malherbe, Dessein de quitter une dame qui ne le contentait que de promesses)

Beauté est un mot qui fascine autant qu'un visage
Mon temps est compté et ce que je trouve si
Beau n'est beau qu'à mesure que je décrois Le
Souci qui anime nos jours nous fait le coeur plus lourd
De tous nos masques nous avons fait le tour
Qui donc est dupe encore de nos simagrées
L'âme en coule comme une humeur mauvaise
Incertaine et amère comme une femme trahie
A-t-elle assez mâché son miroir qui,
Comme une fenêtre frappée, se brisa ?
L'océan, vieux dieu sans paroles, a beau nous soûler de
Son horizon tout bleu plein d'îles mystérieuses, son
Flux, nous le savons, est plein de morts
Et c'est peut-être pour cela que nous le comparons à l'âme
Son indifférence nous fascinant et ce
Reflux aussi de toute chose que grignote l'espace.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 janvier 2008

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YVES MARTIN LE MAGNIFIQUE

YVES MARTIN LE MAGNIFIQUE

Les poètes, ceusses-là qui utilisent les mots de façon si radicalement inutile, ceusses-là qui balancent des pierres dans les jardins si bien ordonnancés des belles âmes, ceusses-là qui patinent dans l'inexorable et qui, comme tout le monde, ont des soucis d'argent, de petits malaises passagers (mal aux dents, mal au ventre, mal au cul), des problèmes relationnels, des abus d'affects, les poètes sont parfois d'une magnifique simplicité. En témoignent ces vers de Yves Martin extraits d'un poème publié dans la revue Poésie 1 (n°108- 109, de juillet- août 1983, p. 147) :

"Je n'entre jamais dans une pièce
  Sans être au préalable en télépathie
  Avec un objet que j'épate,
  Volte-face, pulvérise.
"

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi, j'adore cet humour, cette nonchalance face aux choses, lesquelles ne sont pas toujours bienveillantes :

"Je n'aborde pas
  Un visage avec franchise.
  Qu'avant on me moleste,
  On m'envoie les chiens, les gardes.
"

Et cet aveu aussi dans un autre texte (cf Poésie 1 n°108-109, p. 151) :

"Ne décolérez pas
  Quand je m'assois dans le métro.
  Qui donc a dit qu'après la mort
  De ma mère, je deviendrai clochard ?
  Phénoménal pour surprendre
  Le choc des étoiles.
"

Poésie-chronique que cette poésie-là de la notation, au fil de la plume peut-être parfois, - et alors ? -, poésie qui fait se succéder aux phrases des plus prosaïques des fulgurances, des coups d'oeil sur la vision, qui relativisent autant qu'ils soulignent l'invraisemblable malaise de l'être au monde quand il prend conscience de sa fragilité.

Heureusement, il y a des compensations :

"J'ai mes mises en scène.
  J'ouvre un Penthouse,
  Vitriol de poils,
  A l'instant même
  Où la jeune fille se penche
  A sa fenêtre.
"

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 janvier 2008

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POLEMOLOGIE RIMBALDIENNE

POLEMOLOGIE RIMBALDIENNE

"l'inflexion éternelle des moments et l'infini des mathématiques" : c'est dans le texte Guerre de Rimbaud (cf les Illuminations) que l'on trouve cette formule qui associe le temps découpé en ces "moments", que nous traversons plus ou moins mal, à cet "infini des mathématiques", ce champ des possibles qu'induisent les équations.
Nous sommes donc réellement entre deux absolus : celui, "éternel" et concret, des circonstances et la pure abstraction des signes.
Indissociables ces deux absolus, nous le savons bien, qui nous nous mêlons tout à la fois de philosophie, de préparer le repas du soir, de ne pas manquer nos trains ou nos rendez-vous, qui nous plongeons, dès que nous le pouvons dans l'infini si bref des chansons et des poèmes, qui élevons des enfants tout en nous préoccupant de politique, qui relativisons tout, tout en dramatisant beaucoup de ce qui n'est jamais qu'illusions que le vent finit par dissiper.
Indissociables et parfois contradictoires.
Tel grand massacreur d'âmes, tel général en chef ou tel marchand d'horreurs peut aussi être un amateur de poèmes. Et il est des gens bons comme le pain qui jamais n'apprécieront Rimbaud ou Baudelaire.
Ce n'est là que rappeler l'infinie complexité des actions humaines.
Je me demande si ce n'est pas ça que Rimbaud appelle "Guerre" ; je cite :

"A présent l'inflexion éternelle des moments et l'infini des mathématiques me chassent par ce monde où je subis tous les succès civils, respecté de l'enfance étrange et des affections énormes. - Je songe à une Guerre, de droit ou de force, de logique bien imprévue."

C'est cette "logique bien imprévue" qui m'incline à penser que, pour Rimbaud, la "Guerre" est peut-être ce rapport conflictuel entre "l'inflexion éternelle des moments" et "l'infini des mathématiques", entre le concours des circonstances et la pensée en-soi, entre le puits et l'étoile ; conflit donc qui aurait pour enjeu et champ de bataille l'homme, évidemment, l'humanité qui n'a de sens que dans ce rapport entre ce qui est et ce qui est à être.
"Simple, trop simple" me direz-vous ?
Peut-être.
D'ailleurs, c'est par ce constat que Rimbaud termine son texte :

"C'est aussi simple qu'une phrase musicale."

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 janvier 2008

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"AU BORD DU TEMPS"

"AU BORD DU TEMPS"

Une récente livraison de Feuilles de Poémier, la revue qu'anime Denise Jardy-Ledoux, datée de Décembre 2007 / janvier 2008 ; j'y trouve, cités par Jeanne Maillet, ces huit vers impeccables, ce texte de Eugène Guillevic (ce numéro de la revue lui est d'ailleurs consacré) :

"Dans l'arbre privé de fruits et de feuilles
  qui déjà se lasse
  des rameaux jouant pour ne pas trop voir
  le soleil couchant,
  une pomme est restée
  au milieu des branches
  Et rouge à crier
  crie au bord du temps."

1) "arbre privé de fuits et de feuilles" : stérile donc, dépouillé, en manque de printemps puisque  "privé de fruits et de feuilles".

2) "qui déjà se lasse" : bel effet rythmique qui, par le contraste avec cet allongement de l'encre sur le papier, de la syllabe dans la bouche que constitue le pronominal "se lasse", stoppe le "a" final de l'adverbe "déjà".

3)"des rameaux jouant pour ne pas trop voir" : décasyllabe. 2 X 5 donc. Ce fragment est d'ailleurs presqu'uniquement composé de séquences de cinq syllabes (regroupées aux vers 1 et 3 en décasyllabes), à l'exception du vers 5 : "une pomme est restée".
Le spectateur, ce narrateur du poème, ce commentateur, ce promeneur solitaire, semble s'attarder au jeu des "rameaux", lequel le détourne, le distrait, sans qu'il en soit tout à fait dupe, de cette vérité toute simple de la finitude des choses que symbolise ici "le soleil couchant".

4)"une pomme est restée" : au milieu du poème comme au milieu des branches, cette pomme qui reste, qui persiste dans l'être.

5)"au milieu des branches" : le mot "branches", comme tout à l'heure la forme "se lasse", semble vouloir prolonger le bref écho de ce vers. Echos justement que ce jeu des assonances ("couchant" / "restée" / "branches" / "crier" / "temps").

6)"Et rouge à crier" : l'accent est mis sur la couleur, ce rouge qui éclate, ce "rouge à crier" et qui exprime sans doute cette surprise de la pomme restée, de la pomme persistante dans la grisaille de l'arbre dépouillé.
"crie au bord du temps" : remarquable sonorité en ces deux dernières brisures de vers. La  séquence palato-vélaire ("k"), labiale ("b"), dentale ("d","t"), l'enjambement et la répétition du motif du "cri" font d'un simple aperçu anecdotique (une pomme rouge dans un arbre nu) une vision sous-tendue par la soudaine révélation de l'étrangeté fondatrice du réel.
Il est tout aussi remarquable que le poète lie, de si sobre façon, la puissance du cri muet, qui semble hanter la matière, à ce "bord du temps" que nous longeons comme on longe une  infranchissable frontière.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 janvier 2008


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DEUX EN MARGE DES FLEURS DU MAL

DEUX EN-MARGE DES FLEURS DU MAL

1.
"Ils prennent en songeant les nobles attitudes
  Des grands sphinx allongés au fond des solitudes"
 
(Baudelaire, Les Chats, Les Fleurs du Mal, pièce LXVI)

"au fond des solitudes" c'est-à-dire au désert dont les "grands sphinx allongés" prouvent qu'il y eut, en d'autres temps, des hommes et des énigmes.

2.
L'Irréparable (Les Fleurs du Mal, pièce LIV): Le Diable évidemment ! Nécessaire si l'on veut évoquer l'être-même du Mal ! Ici, "Le Diable a tout éteint aux carreaux de l'Auberge!". Lucifer, ce porte-lumière, est donc aussi un grand éteignoir, un semeur de ténèbres aussi régulier et persistant que le "Marchand de sable".

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 janvier 2008

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PRESENT DE VERITE ONTOLOGIQUE

PRESENT DE VERITE ONTOLOGIQUE

J'ai écrit jadis que Dieu était un présent de vérité générale.
Non ! Dieu est un présent de vérité ontologique.
Tous les présents de vérité générale ne relèvent pas de l'ontologie.
Certains sont, de fait, des présents de vérité - oserais-je dire - anthologique.
Si ! si ! Prenez cette citation célèbre d'un dialogue de Michel Audiard :
"Les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît !"
Outre qu'il est des cons timides, des cons velléïtaires, cette phrase n'a pas pour but de définir l'être en-soi du con mais de préciser une manière d'être, - laquelle ne peut se confondre avec l'être en-soi -, nos manières d'être n'étant que cette galerie de masques derrière lesquels se cache cet être absurde et complexe que l'on appelle "humain" puisque, avec une persistance dans l'être que même les pires crimes n'arrivent pas à démentir, la langue le définit comme tel.
Ainsi, la phrase d'Audiard n'est jamais qu'un avis subjectif sur la façon dont on peut reconnaître un con quand on en croise un.
Ceci dit, il est vrai qu'il n'y a pas d'être sans manière d'être.
Dieu lui-même se caractèrise par une manière d'être Dieu que même les plus subtils des déïstes ou des gnostiques n'arrivent jamais à épuiser.
En ce sens, Dieu est un chef-d'oeuvre.
Cette dernière phrase n'étant pas un présent de vérité ontologique mais un présent de vérité existentielle.
Qu'on se le tienne pour dit !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 janvier 2008

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DU VER DES MORTS

DU VER DES MORTS

Dans les premiers vers de L'Irréparable (Les Fleurs du Mal, pièce LIV), il est question d'un "long Remords" présenté sous la forme d'un parasite "Qui vit, s'agite et se tortille", l'assonance "i" semblant mimer le tortillement du ver, lequel "se nourrit (...) comme le ver des morts" des restes de nous autres :

"Pouvons-nous étouffer le vieux, le long Remords,
                 Qui vit, s'agite et se tortille,
  Et se nourrit de nous comme le ver des morts,
                 Comme du chêne la chenille?
  Pouvons-nous étouffer l'implacable Remords?
"
  (Baudelaire, L'Irréparable, vers 1- 5)

Dans le poème C ("La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse...") ce "ver des morts" est à l'oeuvre encore parmi les :

"Vieux squelettes gelés travaillés par le ver".

Dans ce même texte ("La servante au grand coeur...") : décembre en sa nuit.
Le bleu et le froid.
Une vignette à la ligne claire que ce vers :

"Si, par une nuit bleue et froide de décembre"

et ce présent de vérité générale qui voudrait souffler un vent d'outre-tombe en cette élégie :

"Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs".

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 janvier 2008

Posté par patricehouzeau à 09:05 - NOTES SUR CHARLES BAUDELAIRE - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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