12 janvier 2008
DES SERVITEURS
DES SERVITEURS
"A mesure que le programme de l'instruction primaire est devenu plus vaste, la tâche du maître et sa dignité ont grandi d'autant" écrivait Ferdinand Buisson en 1888 (cf Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, articles "Instituteurs", éd. Hachette).
Certes.
Ce qui est frappant, en ce début de XXIème siècle, c'est que ce vaste champ des possibles pédagogiques, entrevu par Ferdinand Buisson, s'est généralisé à l'ensemble des filières, de la primaire à l'enseignement supérieur. Les missions de l'école ont pris aujourd'hui un tel caractère d'urgence sociale que le débat public (en particulier dans sa dimension médiatique) en a fait l'une de ses pâtées favorites, et bien des intellectuels se font une rente des livres que, réguliérement, ils se croient obligés de broder sur le motif.
Mais, cependant que l'on cause, que l'on glose, que l'on pousse à la réforme, à la contre-réforme, à l'archi-réforme, le prestige du professeur ne cesse de se dégrader, et il est de plus en plus souvent utilisé, non plus comme un spécialiste de sa matière, mais comme un agent administratif à qui l'on demande des comptes, que l'on place et déplace au gré des circulaires, des tendances, des mesures de carte scolaire.
Il n'est pas non plus douteux que la grande sottise démagogique de "l'enfant placé au coeur de l'école" a contribué à relativiser la légitimité du Maître au profit d'une administration de plus en plus sourcilleuse quant à ses prérogatives.
Ce n'est d'ailleurs pas avec les Maîtres que les ministères discutent mais avec leurs intendants (1) et leurs syndicats.
C'est ainsi que, petit à petit, circulaire après circulaire, mot d'ordre après mot d'ordre, l'on en arrive à une école non plus dispensiatrice de savoir, mais de réglementation, non plus productrice de culture, mais de politiquement correct, non plus révélatrice de science, mais de mensonges érigés en vérités. (2)
Notes :
(1) Lesquels, en ce qui concerne les chefs d'établissements, ont reçu une prime en fin de la défunte année 2007 pour les récompenser du "travail accompli". Assez vexants tout de même, ces quelques billets distribués et qui les entérinent dans leur rôle d'agent administratif, de bons serviteurs de l'Etat. En bref, le navire a beau faire eau de toute part, et a beau être patent, - en nombre d'emplois non pourvus et d'emplois déqualifiés -, l'échec d'une grande partie du système, cela ne change rien et l'on récompense la fidélité des cadres à une politique éducative de plus en plus, en l'état actuel des choses, boiteuse.
(2) Et où l'on "distribue le baccalauréat comme un droit de l'Homme" ai-je lu récemment dans un tract d'un syndicat de droite.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 janvier 2008
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