25 janvier 2008
MONOSYLLABES
MONOSYLLABES
"Je ne sais où je vais, je ne sais où je suis."
(Racine, Phèdre, Acte IV, scène 1, vers 1004)
C'est le roi Thésée qui dit cela : cet alexandrin monosyllabique, cet émiettement des certitudes, cette perte des repères.
En quelques syllabes, le roi est nu.
Un humain ordinaire, dépositaire de l'humaine condition.
Ceci dit, le travail du poète est justement de mettre de l'ordre dans ce désarroi.
Il est en effet assez remarquable que les tragédies de Racine soient aussi impeccables dans cette mise en évidence du désordre des passions.
"Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon coeur."
(Racine, Phèdre, Acte IV, scène 2, vers 1112)
J'ai souvent attribué ce vers à la bouche de Phèdre et m'aperçois maintenant, à ma grande confusion, que c'est Hippolyte qui les prononce, ces douze syllabes, à la scène 2 de l'acte IV, dans une tirade où il tente de se défendre des accusations paternelles. Le roi Thésée l'accuse en effet de convoiter Phèdre, c'est-à-dire l'épouse du roi.
Je me suis donc souvent trompé. Il est vrai que je n'avais lu Phèdre depuis longtemps, les coutumiers encombrements humains, - et ma sottise me portant toujours à autre chose -, m'ayant souvent éloigné de ce qui pourtant devrait constituer l'essentiel de ma vie.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 janvier 2008
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