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Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

02 février 2008

QUÊTE

QUÊTE

"Puisque j'ai commencé de rompre le silence"
(Racine, Phèdre, Acte II, scène 2, vers 526)

La tragédie est un acte de rupture du silence.
J'ai presque envie d'écrire "un pacte de rupture" tant cet acte est concerté, précisé dans l'ordre des mouvements de ce monde.
Révélant ce qui est tu, le locuteur, - ici Hippolyte déclarant sa flamme à Aricie -, enclenche la mécanique tragique.
Mais sans cette rupture, le locuteur est bien prêt de perdre la maîtrise de lui-même :

"Puisque j'ai commencé de rompre le silence,
  Madame, il faut poursuivre ; il faut vous informer
  D'un secret que mon coeur ne peut plus renfermer."
  (vers 526 - 528)

La répétition de la forme impersonnelle "il faut", en même temps qu'elle retarde le moment de l'aveu, souligne la nécessité dans laquelle se trouve Hippolyte de dévoiler ses sentiments. C'est qu'il est miné, éprouvé (cf vers 541 "contre vous, contre moi, vainement je m'éprouve") par cet amour dont il évoque si bien et si simplement le caractère obsessionnel :

"Depuis près de six mois, honteux, désespéré,
  Portant partout le trait dont je suis déchiré,
  Contre vous, contre moi, vainement je m'éprouve :
  Présente je vous fuis, absente je vous trouve ;
  Dans le fond des forêts votre image me suit ;
  La lumière du jour, les ombres de la nuit,
  Tout retrace à mes yeux les charmes que j'évite ;
  Tout vous livre à l'envi le rebelle hippolyte."
  (vers 539 - 546)

Pourtant, cette langue si claire, si franche, lui semble comme "étrangère" à lui-même :

"Songez que je vous parle une langue étrangère"
  (vers 558)

Ainsi, cette langue de l'obsession amoureuse, en exprimant le désarroi d'Hippolyte devant cet amour qui l'occupe tout entier (c'est-à-dire qui prend possession de lui), exprime aussi cette quête de l'homme qui cherche à se comprendre lui-même, de l'homme en proie au songe existentiel :

"Maintenant je me cherche, et ne me trouve plus"
  (vers 548)

Quelle formidable expression de cette quête d'identité qui a tant fait couler d'encre et qui est ici si briévement, si intensément, évoquée.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 février 2008

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SUBSTANCE

SUBSTANCE

"La substance du Tout est docile et plastique."
(Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, Livre VI, I ; traduit par Mario Meunier, Garnier-Flammarion, 1964)

La pensée pour lui-même de Marc-Aurèle selon laquelle la
Substance serait comme une pâte à modeler
Du matériau à façonner
Tout un tas de bitonniaux
Est assez réjouissante en ce temps
Docile comme un électeur
Et assez formidable pour justifier la
Plastique pleine de possibles de ce monde.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 février 2008

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SUR LE SONNET DES CORRESPONDANCES

SUR LE SONNET DES CORRESPONDANCES

Ce sonnet de Baudelaire est célèbre qui anime la Nature d’une étrange activité symbolique et fait de cette anima un observatoire de l’humanité (« l’homme y passe à travers des forêts de symboles /  qui l’observent avec des regards familiers »). Dès lors, les symboles semblent peupler une Nature capable d’expression puisque ses « vivants piliers / laissent parfois sortir de confuses paroles ». Le paysage ainsi évoqué semble suggérer cette familière absurdité du réel à laquelle nous nous cognons sans cesse comme l’abeille à la vitre.
Véritable « Art poétique » que le second quatrain : assonances (« comme de longs échos qui de loin se confondent »), unité des contraires (« vaste comme la nuit et comme la clarté »), exposition en un seul vers de la théorie des correspondances (« les parfums, les couleurs et les sons se répondent »), esquisse d’une esthétique de l’analogie qui nourrira nombre d’expérimentations plastiques du XXème siècle et apportera un souffle nouveau à l’art du commentaire en ajoutant à l’outil philologique une réflexion sur la connotation, sur la portée des métaphores, sur ce que signifie réellement un texte.
En cela, le premier tercet semble proposer une illustration de cette théorie des correspondances en donnant en exemple une série d’images.
Dans le second tercet, Baudelaire a entrevu sans doute l’importance de la théorie des correspondances qui prennent alors un goût d’infini, et cette « expansion des choses », qui constitue le douzième vers du sonnet, nous rappelle que le propre de l’art, que l’excellence du chef-d’œuvre réside dans cette inépuisable puissance d’évocation capable d’enchanter et « l’esprit » et les « sens. »

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 février 2008

CORRESPONDANCES

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, pièce IV

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DE NATURA

DE NATURA

« La Nature est un temple où de vivants piliers »
(Baudelaire, Correspondances)

La verte, qui est sans mensonge ni vérité, l’âpre
Nature, oùsque les forts bouffent les faibles,
Est bien féroce sans doute comme un banquier quelconque ;
Un de ces foutoirs que c’est la nature,
Temple du n’importe quoi très atroce,
Où les cadavres nourrissent les vivants.
De cadavres nous aussi, hommes
Vivants, nous subsistons ; ce sont là les
Piliers de nos églises, les guichets de nos administrations.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 février 2008

Posté par patricehouzeau à 11:14 - CONTREVERS - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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