05 février 2008
TOUJOURS EST-IL
TOUJOURS EST-IL
« Toujours est-il que le gros zig est sans connaissance. »
(San-Antonio, Vas-y, Béru ! Fleuve Noir, p.90)
Toujours je l’ai vu jovial, le Gros,
Est-il tombé dans une marmite de spleen
Que sa tête prenne ainsi l’air d’un clebs battu,
Le formidable arpenteur de sept lieues ?
Gros comme un cœur peut l’être, le
Zig qui pleure des rivières parce qu’il a perdu sa puce, il
Est comme un trader qu’aurait paumé l’argent,
Sans entrain, comme un cheminot qui déraille ;
Connaissance par les abîmes du cœur qu’il expérimente soudain.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 février 2008
J'EN AI MARRE
J'EN AI MARRE
J'en bave des tranches de vache et c'est que j'en
Ai l'bourdon qui me korsakoff' le carafon
Marre que j'en ai de toujours être sans un.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 février 2008
26 x 26 = 676
26 x 26 = 676
Vingt-six lettres de l'alphabet français
Au terme - quel calcul ! - de leur mise au
Carré (eh ! on s'amuse comme on peut !)
Font, ce qui nous fait une belle jambe,
Six-cent-soixante-seize trucs sonores.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 février 2008
DE LA POESIE PURE
DE LA POESIE PURE
Notes sur quelques extraits de Pour un tombeau de Wozzeck de Pascal Commère cités dans Ciel d'Europe, panorama de la poésie européenne d'aujourd'hui, Maison de la Poésie Nord/Pas-de-Calais, 2000, p.55).
Le texte de Pascal Commère figure ci-dessous entre guillemets.
"... Et n'achevant tes phrases, s'il faut appeler ainsi
pareil assemblage de mots disjoints"
C'est de l'architecture fantôme, du palais idéal flottant entre deux lignes ; c'est aussi ce que nous tentons parfois, assembler des "mots disjoints", les connecter comme au jeu de go on connecte des positions sur le damier.
"... Cherchant
aujourd'hui quelque chose qui serait poésie pure, je ne perçois
que le vacarme prolongé des bûches ce matin"
Peut-être cet espoir de "quelque chose qui serait poésie pure" est-il semblable à cette recherche de la source par le sourcier.
Se peut-il qu'il y ait "poésie pure" ?
Qui a comparé le poème à une partie d'échecs toujours recommencée ?
Toujours la même partie, et toujours différente, par le jeu infini des permutations.
C'est en cela que réside la noblesse du jeu d'échecs qui donne à l'homme la maîtrise absolue des possibles.
Quant au "vacarme", il est de ce monde - bien sûr - et ne relève de la "poésie pure" que par le seul talent du poète :
"Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours."
(Baudelaire, Chant d'automne)
"Que fait-on de sa vie, que fut-elle
hors cette somme de besognes quotidiennes : balayer
poussière et neige - rien : bêcher, tailler un manche ?"
L'Histoire est besogneuse.
Elle balbutie le quotidien d'innombrables hommes de main.
Et comme s'il pouvait exister une Histoire pure, on prend l'habitude d'habiller les bouchers d'un manteau tragique. Ainsi les assassins nourrissent nos fictions.
"trois anémones en plastique serrées sur sa poitrine..."
Vous avez mis ces mots en italiques, comme si vous les citiez, comme s'ils constituaient un exemple de cette "poésie pure" que nous pensons devoir au monde.
Peut-être (comme j'aime cette expression qui souligne que l'être est dans ses possibles), peut-être est-ce là un moyen de transcender cette "vie perdue" que vous évoquez :
"... mais toute vie n'est-elle pas
d'avance mi-brisée, aussi bien nue - perdue,
tels tes pas au jour le jour dans l'ombre sur la poussière..."
"poussière et neige" ; "ombre sur la poussière" : noir et blanc.
Comme les pièces du jeu.
Les notes de la musique.
Les mots sur la page.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 février 2008
MIROIR
MIROIR
"Put your sharp
knife in my kitchen, your books
in mys stacks. Let your face
share my mirrors."
(Paula Meehan, Playing House, in Ciel d'Europe, panorama de la poésie européenne d'aujourd'hui, Maison de la Poésie Nord/Pas-de-Calais, 2000, p.110)
"Mets ton bon couteau
dans ma cuisine, tes livres
sur mes piles, ton visage
à côté du mien dans mon miroir."
(Traduction Anne Bernard-Kearney et Nicole Laurent-Catrice, ibid. p.111)
Comme dans le poème de Paula Meehan,
Tu apporteras ton couteau, ton bon couteau,
Tes livres, les meilleurs de tes livres, et ton
Visage dans lequel il y a tant de visages ;
Et tout cela, nous le mettrons dans ce miroir.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 février 2008
