18 février 2008
MAIS QU'EST-CE QUE T'AS ?
MAIS QU'EST-CE QUE T'AS ?
(Facétie pour femme à barbe, en hommage à Carlos, l'interprète de Rosalie et de tant d'autres).
"Mais qu'est-ce que t'as doudou dis donc"
(Claude Lemesle, Rosalie)
Mais j'ai beau me creuser la cervelle
Qu'est-ce que qu'est-ce quoi se passe
Ce n'est pas jouasse le genre de face
Que tu me fais là alors je me demande
T'as quoi donc quoi qu't'as quoi donc
Doudou ma douce mon démon adorable oh
Dis le dis le ce qui tant te tracasse
Donc dis donc car tout ça me dépasse.(1)
(1) moi l'sel ! Oui, je sais, c'est crétin, mais ce sont des petits riens comme ça qui amusent mon âme simple. (2)
(2) En tout cas, c'est pas avec des âneries pareilles que j'serai invité à pontifier dans l'émission à Velter sur France Culture.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 février 2008
PÂLE
PÂLE
"Pâle étoile du soir, messagère lointaine"
(Alfred de Musset, Le Saule)
Pâle comme tu brilles pâle ma pauvre
Etoile Bonne qu'on t'a dit Mon oeil!
Du bleu de ta lointaine splendeur le
Soir je t'observe l'ironique O belle
Messagère hermétique sentinelle trop
Lointaine pour pouvoir te décrocher.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 février 2008
EN PASSANT
EN PASSANT
Musset dans la dédicace de La Coupe et les Lèvres, à propos de l'écriture :
"Au moment du travail, chaque nerf, chaque fibre,
Tressaille comme un luth que l'on vient d'accorder.
On n'écrit pas un mot que tout l'être ne vibre."
Surtout si l'on a bu beaucoup trop de café ! (1)
(1) On sait que j'ai le coeur moqueur et fort sceptique...
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 février 2008
NUAGES NOIRS
NUAGES NOIRS
Les nuages
i semblent
de grosses
vaches qui
prouteuses
de passage
ruminantes
soudain se
mettraient
à pisser à
pisser dru
longuement
sur ce qui
remue dans
les champs
les champs
deviennent
boueux là.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 février 2008
INTERROGATION D'ARICIE
INTERROGATION D'ARICIE
"Croirai-je qu'un mortel, avant sa dernière heure,
Peut pénétrer des morts la profonde demeure ?
Quel charme l'attirait sur ces bords redoutés ?"
(Racine, Phèdre, vers 389 à 391)
Dans la Phèdre de Racine Acte II
Des vers 389 à 391 Aricie semble
Douter que lui Thésée ait décidé
De son propre chef de "pénétrer"
Au royaume des ombres comme s'il
S'était suicidé le roi d'Athènes
Thésée et Aricie de s'interroger
Sur la puissance du "charme" qui
- Quel est donc ce sortilège ? -
Amena Thésée à se rendre au lieu
Où se forme l'empire des ombres.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 fécrier 2008
SUR TROIS VERS DE LAFORGUE
SUR TROIS VERS DE LAFORGUE
"Toto sauce du poing un débris d'écuelle,
Gémit, piaille, renifle et, tout en pleurnichant,
Fait des bulles de morve et suce une chandelle."
(Jules Laforgue, Intérieur, Les Complaintes et les premiers poèmes, Poésie/Gallimard, p.174)
J'aime bien la poésie de Jules Laforgue quand elle prend pour sujet ces petits riens qui - nos jours en sont tissés - nous font sourire et nous rappellent que nous sommes avant tout simples, simples comme le bonjour que nous donnons entre nous pour signifier que nous sommes les vivants d'une même communauté.
Un exemple de cette simplicité dans la poésie du grand Jules :
"Toto sauce du poing un vieux débris d'écuelle,
Gémit, piaille, renifle et, ...
Ces vers certes sont prosaïques, mais ils ont ce pouvoir de rendre comiques de dérisoires détails piqués çà et là. On dirait bien, en effet, de petites images, des croquis, choses vues ou reprises d'illustrations de presse, de littérature populaire peut-être.
...tout en pleurnichant,
Fait des bulles de morve"
Cela m'épate qu'un poète ait l'esprit assez lucide pour éviter de bondieuser comme le ferait un pâle romantique. D'ailleurs, vous savez quoi ? Eh bien, le Toto en fin de vers, il "suce une chandelle", - na!
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 février 2008
DU MINOTAURE II
DU MINOTAURE II
"Et la Crète fumant du sang du Minotaure"
(Racine, Phèdre, vers 82)
Le Minotaure on s'en souvient : bête de fable, maudit bestiau, un monstre que la légende situe en l'île de Crète.
Fatal ce monstre mi-homme mi-taureau.
Il me rappelle ce personnage du très beau Satyricon de Federico Fellini (1969), un peplum somptueux, solaire, et profond comme la tragédie, et comme la mémoire aussi, avec ce vent qui souffle tout au long du film, liant les scènes entre elles, rappelant que le vent souffle sur toute chose, efface toute chose, à la manière de cette fresque qui constitue les dernières images du film (me semble-t-il) et qui présente des personnages que le temps a conservés jusqu'à nous cependant que, lentement, ils semblent, inéluctablement sans doute, s'effacer.
Vous vous souvenez sans doute de cette magnifique séquence qui le montre, le monstre, portant pour couvre-chef une tête de taureau de combat et affrontant ceux qui s'aventurent - ou que l'on aventure dans le Labyrinthe, pour le spectacle de ce qui semble s'apparenter à une corrida sur le mode antique, d'une Grèce archaïque, sans âge même au point d'en devenir fantasmatique, archétypale.
Dans le Labyrinthe donc, il n'en faisait, en combat singulier, qu'une bouchée, de son adversaire. D'ailleurs, dans la fable, c'est rien moins qu'anthropophage qu'il est le rejeton des batifolages - curieux tout de même, ces accouplements des humains avec des animaux - ici il s'agit de Pasiphaé fricotant avec un taureau blanc d'une beauté merveilleuse que Poséïdon avait envoyé sur terre pour se venger du roi Minos, l'époux de ladite Pasiphaé.
Donc, le cocu du dieu, Minos, enferma le monstre dans ce lieu où l'on ne peut jamais savoir où l'on est, dans ce lieu que seul sans doute maîtrise le Minotaure, c'est-à-dire la mort violente qui attend sa proie au tournant d'une des voies illusoires, d'une des apories du Labyrinthe.
Assez mangeur d'humains, le Minotaure.
Ainsi, Athènes, la grande cité grecque, devait fournir chaque année la bête en chair fraîche : Sept jeunes hommes, sept jeunes filles.
Le Minotaure enfin fut fracassé par Thésée, le père d'Hippolyte, lequel est le beau-fils de Phèdre, laquelle est la fille de Pasiphaé, et donc la demi-soeur du Minotaure. Dieux du ciel et d'ailleurs, quel dédale !
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 février 2008
