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23 avril 2008

LES TROIS PREMIERES PHRASES DU POEME AUBE

LES TROIS PREMIERES PHRASES DU POEME « AUBE »

« J’ai embrassé l’aube d’été.

   Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte. »
(Arthur Rimbaud, Aube, illuminations) 

« J’ai embrassé l’aube d’été » :
     -    octosyllabe, assonance « embrassé » / « été ».
      
-         narrateur : « j’ ».
      
-         marque d’antériorité : « j’ai embrassé ».
    
-         action d’embrasser, saisir une réalité, s’en emparer temporairement, contact physique entre le narrateur et la réalité « aube ».
      
-         « aube » : abstraction, l’action d’embrassement de « l’aube » pourrait la personnifier.
      
-         « aube d’été » : généricité, ensemble de toutes les « aubes d’été ». « l’aube » marque le commencement du jour, l’irruption de la lumière dans le réel. l’aube d’un jour nouveau : connotation positive, indicateur de changements à venir, d’une « révolution » au sens où le passé pourrait être considéré comme « révolu ».
    
-         « d’été » : complément du nom « aube ». L’été marque un achèvement, une arrivée à maturité de la lumière, une consommation de cette maturité, des fruits et des légumes de saison.

« Rien ne bougeait encore au front des palais » :
      
-         Onze syllabes.
      
-         « Rien ne bougeait » : forme négative. Imparfait marqueur d’une durée dans laquelle s’inscriront des passés simples événementiels (« et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit »). Imparfait descriptif, marqueur d’une stabilité provisoire de l’étant.
    
-         « Rien » : aucune chose. Le mot « rien » englobe tout, généricité de tous les étants possibles dans le cadre spatio-temporel (« l’aube d’été ») proposé par le poème.
    
-         « encore » : l’adverbe de temps efface l’accent rythmique sur la seconde syllabe de « bougeait ». Indicateur de changements, d’une évolution, d’une suspension dans le temps. Il n’est pas encore arrivé : Le temps d’avant son arrivée est ainsi suspendu, marqué par le statu quo, concentré dans l’adverbe.
    
-         « au front des palais » : l’emploi du mot « front » pourrait personnifier le mot « palais ». La personnification est une hantise de l’étant par l’être vivant. Le « front », c’est aussi la « partie supérieure ou antérieure, ou à la fois supérieure et antérieure d’un objet » (Larousse, L6, 1980).
    
-         « des palais » : complément du nom « front ». Assonances : « J’ai embrassé » / « l’aube d’été » / « Rien ne bougeait » (4+4+4=12, alexandrin) / « encore au front des palais ». Indicateur culturel ; les palais sont des constructions humaines ; le pluriel pourrait oniriciser la description. Le mot « palais » désigne une construction remarquable par ses dimensions , il désigne aussi « la paroi supérieure de la bouche » (Larousse, ibid).
    
-         Séquence polysémique : « embrassé » / « front » / « palais ».
      
a)     « embrassé » (action de se saisir du réel, action de donner un baiser à quelqu’un ou quelque chose marqué par la valeur symbolique que le sujet investit dans l’objet ou qu’une communauté de sujets donne à quelque chose, il embrasse son portrait / embrasser le sol natal, embrasser le sol d'une terre promise.
      
b)     « front » : partie supérieur du visage mais aussi partie supérieure d’un bâtiment.
      
c)     « palais » : partie supérieure de la bouche mais aussi bâtiment de grande dimension, lieu d’être de personnages remarquables.
          
Oniricisation du poème. La polysémie induit l’oniricité. Le visage se superpose à la vision, ou sous-tend cette vision, de palais immobiles.

« L’eau était morte. »
-         Quatre syllabes. L’attribut « morte » rompt la chaîne assonantique « embrassé, été, bougeait, palais ».
-         Opposition entre la mort et la vie, entre l’être mort et la vivacité idéelle de l’eau. des eaux mortes : des eaux stagnantes, sans trace apparente de vie.
-         « était » : imparfait annonçant le passé simple « je ris » (cf « Je ris au wasserfall blond ») et l’opposition entre « l’eau morte » et l’eau vive du « wasserfall » (chute d’eau, cascade en allemand).

            Patrice Houzeau
            
Hondeghem, le 23 avril 2008

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