28 avril 2008
PIEGE ONTOLOGIQUE
PIEGE
ONTOLOGIQUE
« But
despite all I have done, it remains an humiliating fact that I cannot
find the house, the street, or even the locality, where, during the
last months of my impoverished life as a student of metaphysics at
the university, I heard the music of Erich Zann. » (H.P.
Lovecraft, The Music of Erich Zann)
« Mais
malgré tous mes efforts, il me faut humblement avouer que je
n'ai pu, que je ne peux retrouver ni la maison, ni la rue, ni le
quartier de cette ville, où, pendant les derniers mois de ma
précaire existence d'étudiant en métaphysique à
l'Université, j'entendis la musique d'Erich Zann. »
(H.P. Lovecraft, La musique d'Erich Zann
in Je suis d'ailleurs,
traduction : Yves Rivière, Denoël, coll. Présence
du futur, p.19)
Certaines voies, certaines rues échappent au réel. Elles demeurent pourtant à la mémoire de certains narrateurs. Les noms changent ; les apparences des villes changent aussi. L'inconnu ne change pas. Ce qui manifeste le non-existant échappe au temps des hommes. On a beau tuer le monstre, il finit toujours par revenir, sous une forme ou une autre. Le Vampire a des disciples. Cela vaut pour Dieu comme pour les diables. Le narrateur persuadé, c'est la métaphysique qu'il étudiait, c'est-à-dire la perception humaine de l'être dans l'étant. De quoi, s'il quitte le bon bout de sa raison, affoler l'étudiant à la « précaire existence ». Quant à la musique, en voilà un étant singulier, obéissant aux contingences physiques (un instrument de musique ne peut pas tout faire) comme à des règles aussi abstraites que les règles des mathématiques ; en voilà un étant singulier qui tend à se donner l'air de transcender les lois de la physique, de faire oublier l'orchestre, de devenir son seul référent. La musique, ça serait un piège ontologique que j'en serais pas étonné.
Patrice
Houzeau
le 28 avril 2008
Commentaires
"La musique, ça serait un piège ontologique que j'en serais pas étonné".
eh oui! quel piège que celui-là qui nous sape toute volonté, nous rend fluide impotent, où parfois nous semblons ruinés de nostalgie, d'amertume ou d'autres délectations émotionnelles, car je persiste à dire que ce sont les sentiments, les variantes de notre être au monde, qui font que nous sommes une œuvre d'art vivante ; alors oui un piège que cette musique où nous dérivons, mais je préfère et de loin la dérive à l'immobilité d'un lac d'huile sans inconnu justement.
Amicalement, Nicolas
dans l'abîme du temps.... Lovecraft is here.
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