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Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

30 avril 2008

LA ROUTE ETAIT DROITE

LA ROUTE ETAIT DROITE

"La route était droite, nue, lisse, de ce bleu métallique particulier aux grandes nuits de lune, en automne." (Pierre Pelot, Parabellum tango, J'ai Lu, p.101)

La lune j'en mange vu que je suis lunatique
Route voici la route et son serpent automobile
Etait-elle d'ici d'ailleurs la voici envolée
Droite dans le ciel serpent bitume
Nue dans la chambre dans un lavis de lune
Lisse comme la peau de
Ces bêtes dont on fait des habits
Ce ciel est si bleu
Bleu le ciel bleu pis crack v'la que
Métallique la foudre fait des riffs
Particulier quand même ce rythme dans le ciel
Aux chansons je prête des infinis
Grandes sont-elles les ritournelles toutes les
Nuits toutes les nuits elles tournent leur manivelle
De cervelle en cervelle y glissant la
Lune toute entière toutes les nuits
En quelques accords de piano
Automne voilà que tu la ramènes ta frimousse nostalgie.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 avril 2008

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29 avril 2008

OBSCUR ET FANTASQUE

OBSCUR ET FANTASQUE

«The Rue d'Auseil lay across a dark river bordered by precipitous brick blear-windowed warehouses and spanned by a ponderous bridge of dark stone. » (H.P. Lovecraft, The Music of Erich Zann)

« La Rue d'Auseil se trouvait de l'autre côté d'un fleuve sombre, bordé  d'immenses entrepôts de briques aux fenêtres opaques, et franchi par un lourd pont de pierre noirâtre. » H.P. Lovecraft, La musique d'Erich Zann in Je suis d'ailleurs, traduction : Yves Rivière, Denoël, coll. Présence du futur, p.20)

Le champ lexical de l'obscur investit la phrase d'une présence quasi minérale, lourde, prégnante, réifiée, figée dans le temps et dans l'espace : « fleuve sombre, fenêtres opaques, pierre noirâtre ».
Le lieu étrange, « la Rue d'Auseil », est ici doté d'une géographie : une zone industrielle avec son « fleuve sombre » à «odeur chargée de relents douteux », ses « immenses entrepôts de briques aux fenêtres opaques », « la fumée des usines proches ».
Le lieu étrange est ainsi situé « de l'autre côté d'un fleuve sombre », c'est-à-dire au-delà de la zone industrielle (ce qui nous change des fatales maisons paumées dans des cambrousses improbables), au-delà de l'activité industrieuse des hommes, dans l'hallucination :

«The houses were tall, peaked-roofed, incredibly old, and crazily leaning backward, forward, and sidewise. » (H.P. Lovecraft, The Music of Erich Zann)

«Les maisons qui bordaient la rue étaient hautes, avec des toits pointus, incroyablement vieilles, et toutes penchaient de la façon la plus fantasque qui fût, en avant, en arrière ou de côté. » H.P. Lovecraft, La musique d'Erich Zann in Je suis d'ailleurs, traduction : Yves Rivière, Denoël, coll. Présence du futur, p.20)

Les maisons sont « fantasques », elles semblent ivres à se pencher de tous côtés. Maisons de dessin animé que ces maisons-là ; maisons de fantaisie, suggestions d'improbables :

« Occasionally an opposite pair, both leaning forward, almost met across the street like an arch; and certainly they kept most of the light from the ground below. » (H.P. Lovecraft, The Music of Erich Zann)

« Par endroits, deux maisons se faisant face s'inclinaient l'une vers l'autre formant une sorte de pont au-dessus de la rue, ce qui l'empêchait naturellement d'être bien claire. » (H.P. Lovecraft, ibid.)

Elles représentent ainsi, ces humoristiques maisons, un écart par rapport à la norme des architectures rectilignes. Elles relèvent d'un être autre de la même manière que la « musique de Erich Zann » s'écarte de la beauté d'une « sorte de fugue avec des reprises véritablement merveilleuses » pour les « accords bizarres » d'une musique toute autre, aux « notes ensorcelantes », une musique propre à hanter le narrateur.

Patrice Houzeau
le 29 avril 2008

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28 avril 2008

EXCLUSIVITE DE L'OMBRE

EXCLUSIVITE DE L'OMBRE

«... and I recall that I took none of my few acquaintances there. » (H.P. Lovecraft, The Music of Erich Zann)

«... et je sais fort bien que je n'ai fait venir en cet endroit aucune des rares personnes que je connais. » (H.P. Lovecraft, La musique d'Erich Zann in Je suis d'ailleurs, traduction : Yves Rivière, Denoël, coll. Présence du futur, p.19)

Les lieux étranges sont sans partage. Exclusifs, ils ne tolèrent que le regard fasciné, la proie, la victime des mécaniques de l'ombre. Ils nient les liens sociaux, leur substitue la lutte des vivants et des morts, l'emprise de l'absurde sur le raisonnable. La plupart des récits fantastiques ne sont pas téléologiques : on ignore quels sont les buts ultimes des créatures mystérieuses qui tendent leurs filets dans les eaux des ténèbres (j'adore ce genre d'expression, « les eaux des ténèbres », c'est idiot mais ça me fait marrer). Mis à part la conquête du monde par des bizarres ultra-spatiaux, ou la colonisation de la planète par l'armée de vampires du Comte Dracula, on ne voit pas trop ce qu'ils veulent, les êtres étranges des récits fantastiques. Ce sont de pures puissances agissantes, des animaux en fin de compte, même s'ils sont doués de langage et d'une apparence de raison. Aussi se font-ils oublier. Maniant le paradoxe, je suis tenté de les prouver par leur inexistence même. Certes, ils n'existent pas (qui a jamais vu autrement qu'en rêve les glauques divinités des nouvelles de Lovecraft ?), mais leur être est cependant redoutable. Dieu est d'autant plus évident et présent qu'il n'existe pas. Et, depuis que l'on a annoncé sa mort, il semble qu'il n'en est que plus évident et présent. Lorsque Dieu était encore vivant, on s'arrangeait avec lui. On troquait les Saints, truquait les comptes ; « Dieu reconnaîtra les siens » disait-on ; on le laissait décider tout seul puisqu'après tout, il était là pour ça. Mais depuis qu'il est mort, c'est une autre affaire : on doit se débrouiller par nous-mêmes et se demander : « qu'est-ce qu'il ferait, le Vieux, à ma place ? », et puis surtout, on lui doit le respect, à Dieu, maintenant qu'il est devenu un personnage historique.


Patrice Houzeau
le 28 avril 2008

 

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PIEGE ONTOLOGIQUE

PIEGE ONTOLOGIQUE

« But despite all I have done, it remains an humiliating fact that I cannot find the house, the street, or even the locality, where, during the last months of my impoverished life as a student of metaphysics at the university, I heard the music of Erich Zann. » (H.P. Lovecraft,
The Music of Erich Zann)

« Mais malgré tous mes efforts, il me faut humblement avouer que je n'ai pu, que je ne peux retrouver ni la maison, ni la rue, ni le quartier de cette ville, où, pendant les derniers mois de ma précaire existence d'étudiant en métaphysique à l'Université, j'entendis la musique d'Erich Zann. » (H.P. Lovecraft, La musique d'Erich Zann in Je suis d'ailleurs, traduction : Yves Rivière, Denoël, coll. Présence du futur, p.19)

Certaines voies, certaines rues échappent au réel. Elles demeurent pourtant à la mémoire de certains narrateurs. Les noms changent ; les apparences des villes changent aussi. L'inconnu ne change pas. Ce qui manifeste le non-existant échappe au temps des hommes. On a beau tuer le monstre, il finit toujours par revenir, sous une forme ou une autre. Le Vampire a des disciples. Cela vaut pour Dieu comme pour les diables. Le narrateur persuadé, c'est la métaphysique qu'il étudiait, c'est-à-dire la perception humaine de l'être dans l'étant. De quoi, s'il quitte le bon bout de sa raison, affoler l'étudiant à la « précaire existence ». Quant à la musique, en voilà un étant singulier, obéissant aux contingences physiques (un instrument de musique ne peut pas tout faire) comme à des règles aussi abstraites que les règles des mathématiques ; en voilà un étant singulier qui tend à se donner l'air de transcender les lois de la physique, de faire oublier l'orchestre, de devenir son seul référent. La musique, ça serait un piège ontologique que j'en serais pas étonné.

Patrice Houzeau
le 28 avril 2008

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26 avril 2008

ET DANS CE CALME POURTANT

ET DANS CE CALME POURTANT

« Et pourtant, le crépuscule venu, un rugissement remplissait ce silence ; un corps géant se glissait le long d’un large sentier battu, à travers le fourré. »
(Julie Laguirande-Duval, Le Dragon de Wawel in Contes et Légendes de Pologne, Fernand Nathan, p.21)

Et dans ce calme où moutonnent les moutons
Pourtant quand le ciel commençait à bleuir et
Le village à s’endormir dans le
Crépuscule on voit au loin un clocher de carte postale 
Venu d’on ne sait où de la nuit des vieilles lunes
Un long mugissement lançait ses nasales pour finir en
Rugissement ce qui évidemment
Remplissait toutes les oreilles et
Ce bucolique
Silence qui sied aux campagnes des contes et légendes
Un grand froissement de feuilles accompagnait le
Corps d’un animal que l’on supposait
Géant qui
Se déplaçait le long du fleuve
Glissait sur la rive
Le long des arbres et long lui-même disait-on
Long comme le livre des péchés
D’un coup le voilà agile et
Large sur le
Sentier courant sur le sol
Battu puis
A travers les haies à
Travers toutes les clôtures
Le grand dévorant s’élance et voilà qu’il s’en est
Fourré un dans la gueule, de mouton, le dragon.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 28 avril 2008

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DU "MANTEAU QUI FEND L'ESPACE"

DU "MANTEAU QUI FEND L'ESPACE"
Notes sur le poème Le manteau qui fend l'espace de Henri Michaux (La vie dans les plis, Poésie/Gallimard, p.94)

Ce que l'on "montre avec mystère" est chargé du poids de l'être mystérieux qu'on lui confère. L'étant ainsi montré n'est pas un étant ordinaire. D'ailleurs, cet être mystérieux est concédé, donné "à regret". Le don lui-même est chargé du mystère du rituel, - ici, celui de la "révérence" : cf qu'il est grand, le mystère de la foi. Au moyen-âge, on appelait "mystère" un drame religieux que l'on représentait sur le parvis des églises. L'objet est ainsi transmis "avec révérence" et baptisé d'une formule périphrastique : "issue du manteau qui fend l'espace".
Ce qui en fait est mystérieux dans ces trois phrases de Henri Michaux extraites du poème Le manteau qui fend l'espace (in La vie dans les plis, Poésie/Gallimard, p.94), c'est le référent du pronom "la" :
- "On me la donne avec mystère."
- "On me la donna à regret."
- "On me la donna avec révérence."

Le fait de lister ces trois propositions souligne leur parallélisme, lequel a pour effet de mettre en évidence les mos-clés : "mystère", "regret", "revérence", et de préparer l'étrange et amusant complément : "issue du manteau qui fend l'espace."
Tous les manteaux fendent l'espace. La périphrase est drolatique qui met l'accent sur une qualité habituelle du manteau, une qualité inhérente au manteau, une condition même du manteau (que l'on puisse se déplacer avec, que l'on puisse "fendre l'espace", est en effet un minimum) cependant que ce secret ordinaire des manteaux est rarement exprimé.
Le mot "espace", avec ce "a ouvert" suivi de la sifflante "s" et de cette poussière d'être que retient à peine le "e muet" a beau jeu de finir la phrase. Il est plein d'échos mystérieux, de bip-bip inaudibles - mais parfaitement imaginables -, d'engins lointains aux ultra-précises électroniques, plein de fantômes aussi, cet "espace" que, manteau sur le dos, nous traversons, ou qui nous traverse...
La suite du texte nous renseigne sur la nature de l'objet : "Cependant, une loque à la main, je m'en allai."
La loque relève du n'être plus que : cf
il n'est plus que souffrance.
La relique aussi, avec cette différence qu'en la relique sont concentrées, cristallisées, toutes les qualités de l'être dont elle est issue : cf les reliques d'un saint. Ici, la "loque" est en fait la relique d'un "manteau qui fend l'espace".
La périphrase emploie un présent de vérité absolue qui souligne la persistance à être des objets légendaires.
Du reste, l'objet est absolument inutile : "Elle ne m'aidait en rien." Sauf à attirer l'attention, et même la jalousie sur soi : "Ainsi je la gardai, et il me semble que sans jamais m'être réellement utile, elle me fait prendre en considération par les Grands, qui, si je ne m'abuse, vont jusqu'à m'en jalouser obscurément."
On dirait bien là une histoire de gamin racontée par un écrivain.
Ce qui est assez précieux, en tout cas pour moi qui n'aime guère que la littérature nous fasse la morale.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 avril 2008

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25 avril 2008

DE L'ÊTRE-LA DU POEME

 

DE L'ÊTRE-LA DU POEME
Notes sur "Le Château n'est plus..." de Henri Michaux, La vie dans les plis, Poésie/Gallimard, p.197). Les citations faites du poème de Henri Michaux figurent entre guillemets.

L'absence a une généalogie, celle de la présence : ne peut être absent que ce qui fut présent, cf "Le Château n'est plus" (Henri Michaux, La vie dans les plis, poésie/Gallimard, p.197). Le n'être plus souligne ce trou dans l'être qu'est l'absence.
L'absence du Christ souligne qu'il fut présent, homme parmi les hommes, fils parmi les fils.

Ce qui reste ? "L'allée sombre", c'est-à-dire ce qui mène (ou démène) du Château.
Elle n'a plus donc réellement d'utilité, cette "allée sombre", sauf à persister dans son être "d'allée".
Mais si elle n'est plus utile au "Château", elle reste utile au sentiment poétique du monde, cet usage ontologique de la langue, cf "la fille du grenadier est là".
La forme "est" induit un présent de narration à ce point si présent dans l'être-là qu'il est ici immédiatement perçu comme un présent de vérité absolue.

C'est la cavalière d'un drôle de cheval, qui a "les pattes entourées de serpents enroulés", qui est "enrubanné des lanières déchiquetées de son propre pelage tombant ensanglanté", un cheval blessé, un cheval navré, un "cheval malheureux", à la "tête immense et folle", un cheval allitératif : "couvert de l'écorce putride de son corps souffrant qui se défroque et se défait par plaques" :
    - "couvert, écorce, corps, qui, défroque, plaques"
    - "couve
rt, écorce, putride, corps, souffrant, défroque"
    -"souffrant, défroque, défait"


D'où ce conseil donné à la cavalière : « Oh, jeune fille altière, il te faudra descendre de ce cheval, jeune fille altière ! Il le faudra. » C'est ainsi qu'aura passé le temps du cheval, celui de « l'allée sombre », de la « fille du grenadier », du « Château ». Alors le passé sera vraiment aboli, sans l'être-là de la présence, sans le n'être plus du Château ; n'en resteront que les signes, la matière du poème.

Patrice Houzeau
Le 25 avril 2008

 


 


     

 

 


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23 avril 2008

LES TROIS PREMIERES PHRASES DU POEME AUBE

LES TROIS PREMIERES PHRASES DU POEME « AUBE »

« J’ai embrassé l’aube d’été.

   Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte. »
(Arthur Rimbaud, Aube, illuminations) 

« J’ai embrassé l’aube d’été » :
     -    octosyllabe, assonance « embrassé » / « été ».
      
-         narrateur : « j’ ».
      
-         marque d’antériorité : « j’ai embrassé ».
    
-         action d’embrasser, saisir une réalité, s’en emparer temporairement, contact physique entre le narrateur et la réalité « aube ».
      
-         « aube » : abstraction, l’action d’embrassement de « l’aube » pourrait la personnifier.
      
-         « aube d’été » : généricité, ensemble de toutes les « aubes d’été ». « l’aube » marque le commencement du jour, l’irruption de la lumière dans le réel. l’aube d’un jour nouveau : connotation positive, indicateur de changements à venir, d’une « révolution » au sens où le passé pourrait être considéré comme « révolu ».
    
-         « d’été » : complément du nom « aube ». L’été marque un achèvement, une arrivée à maturité de la lumière, une consommation de cette maturité, des fruits et des légumes de saison.

« Rien ne bougeait encore au front des palais » :
      
-         Onze syllabes.
      
-         « Rien ne bougeait » : forme négative. Imparfait marqueur d’une durée dans laquelle s’inscriront des passés simples événementiels (« et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit »). Imparfait descriptif, marqueur d’une stabilité provisoire de l’étant.
    
-         « Rien » : aucune chose. Le mot « rien » englobe tout, généricité de tous les étants possibles dans le cadre spatio-temporel (« l’aube d’été ») proposé par le poème.
    
-         « encore » : l’adverbe de temps efface l’accent rythmique sur la seconde syllabe de « bougeait ». Indicateur de changements, d’une évolution, d’une suspension dans le temps. Il n’est pas encore arrivé : Le temps d’avant son arrivée est ainsi suspendu, marqué par le statu quo, concentré dans l’adverbe.
    
-         « au front des palais » : l’emploi du mot « front » pourrait personnifier le mot « palais ». La personnification est une hantise de l’étant par l’être vivant. Le « front », c’est aussi la « partie supérieure ou antérieure, ou à la fois supérieure et antérieure d’un objet » (Larousse, L6, 1980).
    
-         « des palais » : complément du nom « front ». Assonances : « J’ai embrassé » / « l’aube d’été » / « Rien ne bougeait » (4+4+4=12, alexandrin) / « encore au front des palais ». Indicateur culturel ; les palais sont des constructions humaines ; le pluriel pourrait oniriciser la description. Le mot « palais » désigne une construction remarquable par ses dimensions , il désigne aussi « la paroi supérieure de la bouche » (Larousse, ibid).
    
-         Séquence polysémique : « embrassé » / « front » / « palais ».
      
a)     « embrassé » (action de se saisir du réel, action de donner un baiser à quelqu’un ou quelque chose marqué par la valeur symbolique que le sujet investit dans l’objet ou qu’une communauté de sujets donne à quelque chose, il embrasse son portrait / embrasser le sol natal, embrasser le sol d'une terre promise.
      
b)     « front » : partie supérieur du visage mais aussi partie supérieure d’un bâtiment.
      
c)     « palais » : partie supérieure de la bouche mais aussi bâtiment de grande dimension, lieu d’être de personnages remarquables.
          
Oniricisation du poème. La polysémie induit l’oniricité. Le visage se superpose à la vision, ou sous-tend cette vision, de palais immobiles.

« L’eau était morte. »
-         Quatre syllabes. L’attribut « morte » rompt la chaîne assonantique « embrassé, été, bougeait, palais ».
-         Opposition entre la mort et la vie, entre l’être mort et la vivacité idéelle de l’eau. des eaux mortes : des eaux stagnantes, sans trace apparente de vie.
-         « était » : imparfait annonçant le passé simple « je ris » (cf « Je ris au wasserfall blond ») et l’opposition entre « l’eau morte » et l’eau vive du « wasserfall » (chute d’eau, cascade en allemand).

            Patrice Houzeau
            
Hondeghem, le 23 avril 2008

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22 avril 2008

HOAX ? PAS HOAX ?

HOAX ? PAS HOAX ?

Je flânais çà et là au hasard des blogs lorsque mon sang ne fit qu’un tour à la lecture (photos à l’appui) d’une étrange histoire d’artiste qui, en 2007, aurait exposé pendant plusieurs jours l’agonie d’un chien attaché à une corde et que l’on n’aurait pas nourri jusqu’à ce que l’animal fût mort. A voir sur le site PPA, Philippe Pissier Archives, à la date du 8 avril 2008,
http://pissierarchives.canalblog.com/ .

Evidemment, ça fout en rogne. J’ai même laissé un commentaire rageur sur le site incitant au boycott des manifestations d’art conceptuel et autres modernes et distinguées escroqueries et m’apprêtai à rédiger une diatribe contre l’artiste en question lorsque je me demandai s’il existait, ce personnage.

Il s’appellerait Guillermo Vargas Habacuc et serait d’après Wikipedia un Costaricain né en 1975 (il n’aurait donc pas 50 ans comme on le lit sur certains sites ; à moins qu'il ne s'agisse d'une coquille : "1975" pour "1955" ?).
En outre, un tour rapide des blogs traitant du sujet montre que presque tous reprennent le même texte, mot pour mot, ou quasiment, et le tiennent pour véridique sans se poser de questions… Et, cependant :

1) Où ? Quand ? Comment ? Et qui a pris les photos que l’on nous présente ? Et s’il s’agissait de photomontages ?

2) Je sais bien que les gens ont parfois des comportements d’un conformisme affligeant, mais j’ai du mal à croire que personne, absolument personne dans le public ne soit intervenu pour faire cesser, ne serait-ce que pour des questions d'hygiène, l’atroce exhibition, que personne n’ait tout de suite alerté la SPA locale ; ceci dit, si ça se trouve, ça n’a peut-être aucun sens au Nicaragua (pays où aurait eu lieu l'exposition incriminée), d'alerter la SPA (je dis cela sans cynisme ; ils ont peut-être d'autres chats à fouetter, au Nicaragua.)

3) Et puis, je me demande comment ils ont fait pour l'empêcher d'aboyer et/ou de grogner (lui auraient-ils coupé la langue et/ou les cordes vocales ?), et qui s'occupait de nettoyer les inévitables urines et excréments et vomissures de l'animal dont on nous dit qu'il était "malade" ? L'artiste lui-même ?

4) Et si « l’œuvre », puisque l’on est ici en pleine dérive conceptuelle, n’était que virtuelle. Autrement dit, il n’y aurait jamais eu d’exposition (ou, à tout le moins, d’une manière très différente que celle présentée sur le web) et la « performance » (c’est le terme employé par les zozos de l’art conceptuel) consisterait en un gigantesque hoax à l’échelle de la planète internet.

Bon, moi, ce que j’en dis, c’est que je n’en sais rien. S’il se trouve que l’histoire est vraie, vraiment vraie jusqu'à la mort attendue, contemplée, méditée et préméditée du chien, eh bien, c’est que ce monsieur Guillermo Vargas Habacuc (y sonne pas vrai ce nom !) n’est rien moins qu’un sadique, - un sale con quoi ! -, dont les agissements relèvent des tribunaux.
Mais l'on dit aussi que le chien "n'aurait été attaché que quelques heures, et se serait échappé."
Sinon, il se peut que ce monsieur Habacuc soit un provocateur, un blagueur dans le genre agressif. Cela, à mes yeux, ne le rend pas plus intéressant pour autant. J’ai toujours considéré que les faiseurs de canulars, de blagues téléphoniques, et autres joyeusetés pour la télé n’étaient jamais que des faux jetons finis.
Autre hypothèse : il n’existe peut-être pas du tout, cet homme, et, écrivant sur lui, nous participons peut-être à une vaste et universitaire expérience sociologique sur les légendes urbaines et autres hoax.
Ou il peut s’agir aussi d’un règlement de comptes et l’on attribue à ce monsieur Guillermo Vargas Habacuc des actes qu’il n’a pas commis.
Allez savoir !
En tout cas, et en l’absence de certitudes, - n’oublions pas que, sur les blogs, tous les documents sont par définition virtuels -, pour ma part, je préfère attendre d’en savoir plus avant de prendre parti.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 avril 2008

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RUE DESERTE

RUE DESERTE

"La rue déserte, toute ruisselante, brillait sous le soleil, comme un miroir." (Georges Bernanos, Monsieur Ouine, Presses Pocket, p.105)

La rue est déserte on s'y étrangle pourtant la
Rue file lame dans l'espace
Déserte on y croise des regards pourtant
Toute la lumière éparpillée dans le gel
Ruisselante la rue une noyée du matin y
Brillait la fée fracassée
Sous un vertige de fenêtres et d'escaliers
Le jour glisse sa tête blanche entre les acrobates bleus le
Soleil aspire leurs longs et minces corps dans ses pailles
Comme la flamme liquide d'un phénix éteint
Un philtre porteur de songes
Miroir qui défait les visages miroir hennissant.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 avril 2008

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