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Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

09 avril 2008

JUSTE CIEL !

JUSTE CIEL !

Oenone dit :
« Juste ciel ! tout mon sang dans mes veines se glace ! »
(Racine, Phèdre, vers 265)

Juste est-il l’épithète qui convient pour évoquer ce
Ciel d’où tombe la foudre et
Tout ce que nous supportons ?
Mon Dieu n’est pas mon dieu il n’est que le
Sang qui coule sur la terre
Dans les fleuves qui passent les villages
Mes amis ne sont que ce que le vent en dit Aux
Veines on lie des corps des chevaux morts
Se chante-t-il cet homme et tous ses incendies ? Sous la
Glace voilà sa face d’ombre pour l’œil du prédateur.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 avril 2008

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CHATS

CHATS

« Des grands sphinx allongés au fond des solitudes »
(Baudelaire, Les Chats)

Des seigneurs sans partage de
Grands seigneurs griffus aussi
Sphinx que la plus sphinge des rêvées
Allongés dans des royaumes familiers
Au clair de la lune nous les dessinons au
Fond de leurs yeux quel est ce monde ?
Des nerfs des chimies improbables et ces
Solitudes de l’homme parmi les hommes.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 avril 2008

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L'EAU, LE VENT

L’EAU, LE VENT

« L’eau, le vent lissent la terre à leur guise. »
(André Doms, illuminée, in André Doms entre épopée et lyrisme de Georges Thinès et Pierre Romnée, L’Age d’Homme, p.134)

L’eau nous la longeons
Le vent et ses lointains le
Vent et ses châteaux effondrés
Lissent le peuple des pierres
La gorge des forêts la
Terre où nous cueillons nos légendes
A se souvenir que nous ne sommes
Leur ombre à ces dieux que, à notre
Guise et selon les circonstances, nous agitons.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 avril 2008

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07 avril 2008

REPETITION DES DEIUX PENDUS

REPETITION DES DIEUX PENDUS

Que le fou accorde enfin sa guitare
Qui nous chante le vent du nord qui
Nous soûle de ses miroirs à hiboux.

La pluie est pleine de dieux pendus
Et dégringole dégringole dégringole
Sur les pays noirs et blancs sur de
Vieilles photos sur les maisons qui
N’existent plus c’est que nous nous
Sommes très hantés savez-vous c’est
Deux langues qui nous habitent il y
En a une pour Dieu une pour le roi.

Que le fou accorde enfin sa guitare
Qui nous chante le grand Jacques et
Nous soûle de ses anciennes amours.

La pluie est pleine de chiens morts
Et décarcasse décarcasse décarcasse
Les villes qui ne sont plus du tout
Les mêmes les visages bouffis et la
Nuit tremblante des ivrognes ceux à
La mort prochaine qui leur ronge le
Foie qui ne savent plus que bégayer
Leur nom de Dieu en pensant au roi.

Que le fou accorde enfin sa guitare
Qui nous prêche ouragan et la levée
De la Mer du Nord et misère froide.

La pluie est pleine de coqs égorgés
Et de cris qui grincent de cris qui
Grincent sur les toits des vieilles
Eglises roule le tambour roule il a
La peau dure roule le tambour roule
Le tambour de la pluie sur la place
Où le soleil revient toujours jeter
Aux dieux morts les chevaux du roi.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 avril 2008    

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05 avril 2008

NOUS SOMMES AUX IMAGES

NOUS SOMMES AUX IMAGES
(trois remarques sur « L’Oeil et l’Esprit » de Maurice Merleau-Ponty)

1) page 21 : « Lumière, éclairage, ombres, reflets, couleur, tous ces objets de la recherche ne sont pas tout à fait des êtres réels : ils n’ont, comme les fantômes, d’existence que visuelle. » (Maurice Merleau-Ponty, L’Oeil et l’Esprit, folioplus philosophie)

Nous sommes aux images comme nous sommes aux fantômes : étonnés par leur mystère. L’être représenté est aussi énigmatique qu’un spectre de roman fantastique. C’est pourtant le signe, le langage qui seul permet l’énigme. L’image sans légende n’est rien. Elle n’est pas plus étonnante qu’une motte de beurre ou une flaque de pluie. Tout au plus est-elle distraction. Ainsi, le commentaire révèle l’œuvre, explique cette généalogie du spectre que constitue son apparaître : « lumière, éclairage, ombres, reflets, couleur ».

2) page 55 : « La peinture ne cherche pas le dehors du mouvement, mais ses chiffres secrets. » (Merleau-Ponty)

Travail d’occultiste donc que celui de l’analyste. Il s’agit non pas de saisir le mouvement dans une de ses phases mais de synthétiser l’ensemble des mouvements induits par l’image. Cela se fait spontanément. L’œil, à la manière des devins,  « voit » dans les signes le geste vif du calligraphe, devine la lumière d’un autre temps, cet autre jour d’un autre siècle dans un atelier flamand, lit le désastre dans les figures torturées, la mort violente dans Guernica, la patience contemplative du désir dans les toiles de Balthus. La toile est ainsi chiffrée, porteuse d’un monde que l’amateur de tableaux tente de saisir. L’image sans ce monde invisible n’est rien.
Elle peut tout dès que l’œil s’ouvre sur cette réalité que la peinture révèle.
Ainsi la plus blanche des toiles révèle l’ombre qui y passe, qui s’y mêle, sans pourtant lui appartenir.
Elle n’est même pas signée, cette ombre.

3) page 58 : « La vision est la rencontre, comme à un carrefour, de tous les aspects de l’Etre. » (Merleau-Ponty)

Devant une neige un Etre de Beauté de haute taille. (…) Les couleurs propres de la vie se foncent, dansent, et se dégagent autour de la Vision, sur le chantier. (Arthur Rimbaud, Being Beauteous)

La « neige » rimbaldienne, ce blanc de la toile peut-être.
En tout cas, ici, ça m’arrange.
Cela vaut « carrefour » puisqu’un « Etre de Beauté de haute taille » (c’est dire sa noblesse !) y métamorphose les couleurs, vision alchimique par laquelle les « couleurs propres de la vie », ce qui nous est donné à chaque instant de voir, « se foncent, dansent, et se dégagent autour de la Vision ». Ce mot de « vision » dit bien ce qu’il veut dire : il exprime à la fois le fait de voir et l’objet même de cette vue. Autrement dit, la Vision colle l’Oeil à sa réalité ; elle fascine l’Esprit à un point tel qu’il n’est plus tout à fait en chemin. Il s’arrête soudain à ce « carrefour » qui s’ouvre dans l’image.
Ce « carrefour » des possibles de l’Etre est dans cette rencontre de l’Oeil (la « vision ») et de l’Esprit (l’Oeil pur n’existe pas) de même que, s’il est un point d’où l’on peut voir tous les points (l’Aleph), ce point n’est rien en-soi. Ou plutôt, s’il est quelque part, il n’a de légitimité que parce qu’un écrivain, - Borges -, en a fait le sujet central d’un texte. L’Aleph ignoré n’est rien ; il est sans mesure (sans mesure commune avec nous), il est pure matière. Inventé, il peut faire l’objet de toutes les croyances, de tous les rites, comme un dieu, et la somme des discours que l’on tiendra sur lui visera à en éclairer tous les aspects. Cependant, plus on en fera un objet d’analyse et de commentaire, plus il posera de problèmes. Tous les corollaires du postulat « Il est un point d’où sont visibles simultanément tous les points » restent à écrire. La vision ne s’embarrasse pas des corollaires ; elle est pur émerveillement, analyse fascinée par son objet, elle distingue soudain la féerie des fantômes, elle envisage avec enthousiasme cette totalité des « aspects de l’Etre », ce roman formidable dont les péripéties se déroulent ailleurs et qu’il nous est donné, par extraordinaire, d’entrevoir.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 avril 2008 

 

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NOTES SUR PHEDRE ACTE II Scène 6

NOTES SUR PHEDRE DE RACINE (Acte II, scène 6)

THERAMENE
Cependant un bruit sourd veut que le roi respire :
On prétend que Thésée a paru dans l’Epire.
Mais moi qui l’y cherchai, seigneur, je sais trop bien…
(vers 729-731, Acte II, scène 6)

Le « bruit sourd » de la rumeur et cette respiration du roi - font résonner cette réapparition probable de Thésée comme un événement d’autant plus étrange que Théramène n’y croit pas.

Pulsation de l’absent sous la peau du poème
Si les poèmes ont une peau douteux qu’c’est
Car les poèmes ne sont pas des poulets, non
Ce ne sont que signes sur le vide d’un suaire

HIPPOLYTE
Théramène, fuyons. Ma surprise est extrême.
Je ne puis sans horreur me regarder moi-même.
Phèdre… Mais non, grands dieux ! qu’en un profond oubli
Cet horrible secret demeure enseveli !
(vers 716-720, Acte II, scène 6)

Hippolyte, face à « cet horrible secret » du désir de Phèdre, se couvre de honte, - comme pourrait se couvrir de honte une jeune fille trop désirée, et c’est qu’on l’aimerait plus brute, l’Hippolyte car, après tout, il y a de quoi s’en moquer, de cette marâtre amoureuse convoitant son beau-fils ! – et il se refuse, Hippolyte à en expliciter la cause. Le désir de Phèdre devient inexprimable, inaudible. Pour Hippolyte, la seule solution se trouve dans la fuite.

THERAMENE
Est-ce Phèdre qui fuit ou plutôt qu’on entraîne ?
Pourquoi, seigneur, pourquoi ces marques de douleur ?
Je vous vois sans épée, interdit, sans couleur !
(vers 714-716)

Le projet de fuite énoncé par Hippolyte au vers 717 fait écho à cette autre fuite à laquelle assiste Théramène en arrivant sur scène alors qu’après le terrible aveu de Phèdre (scène 5), celle-ci est emmenée par Oenone hors de la vue de son beau-fils stupéfait :

OENONE
             Que faites-vous, madame ! justes Dieux !
Mais on vient : évitez des témoins odieux.
Venez, rentrez, fuyez une honte certaine.
(vers 711-713, Acte II, scène 5)

Hippolyte rejoint par Théramène semble médusé, désarmé (cf « je vous vois sans épée »), défait (« sans couleur »), blessé (« pourquoi ces marques de douleur »). Il semble ainsi que le guerrier vient de subir un rude assaut. C’est d’ailleurs au chef de guerre, au prince, que Théramène s’adresse du vers 721 au vers 724 :

THERAMENE
Si vous voulez partir, la voile est préparée.
Mais Athènes, seigneur, s’est déjà déclarée ;
Ses chefs ont pris les voiles de toutes les tribus :
Votre frère l’emporte, et Phèdre a le dessus.

Le piège déjà sur Hippolyte. « Phèdre a le dessus » : Hippolyte sera donc obligé de partir. Cela ne fait aucun doute. S’il part tout de suite, il part la tête haute, de son propre chef. S’il attend, il risque d’être chassé…

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 avril 2008

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03 avril 2008

OUBLIEZ TOUT DE CE QUE L'ON VOUS A APPRIS

OUBLIEZ TOUT DE CE QUE L'ON
VOUS A APPRIS SUR LA POESIE
LE XXIème SIECLE DE L'ECRIT
COMMENCE AVEC CES 400 COUPS

COUVERTURE_DE_L_ANTHOLOGIE_LE_JARDIN_OUVRIER_IVAR_CH_VAVAR___CAMARADES_DESSIN_DE_ANNETTE_MESSAGER_Dessins_Pinocchio__2005_FLAMMARION__2008__408_pages__25_euros

LE RESTE N'EST QUE LITTERATURE
POUR PRIX LITTERAIRES ET PROFS
DE LETTRES C'EST-A-DIRE RIEN !

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02 avril 2008

VLAKSADRACH

VLAKSADRACH
(à lire avec une voix dénuée de tout lyrisme, c'est-à-dire une vraie voix blanche, aussi neutre qu'un grain de sable sur une plage, avec pas plus d'amour ou de haine qu'une page d'un livre saint dans les mains d'un aveugle sourd et muet de naissance.)

Vlaksadrach
Sunokarkass
Ksakassabwa
Silencieuse
Ladrachienn
Elkassunpeu
Grosskelson
Sesficelles
Lesficelles
Dupoèmemême
Keàfilskilé
Cepoèmetrès
Fantochklon
Agiteaublan
Secdlapajlà
Dehorilpleu
Etcestchian

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 avril 2008

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V'LA LA DRACHE

V'LA LA DRACHE

V'la la drache
Sur nos carcasses elle casse
La drache v'la
La drache chienne elle casse
Un peu grosses
Ses ficelles les ficelles du
Poème qu'elles
Sont ses ficelles à la pluie
Poème fantoche
A fils que l'on agite sur la
Page sèche car
La drache jamais que chienne
Sèche qu'c'est
Ici il pleut et c'est chiant

Patrice Houzeau,
fait à Hondeghem
le 2 avril 2008.

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PUR SANG

PUR SANG

« Chaque morceau de viande est une sorte d’usine, moulin et pressoirs à sang. » (Francis Ponge , Le morceau de viande, Le parti pris des choses, Poésie/Gallimard, p.64)

Cette vision de l’humanité : une boucherie hyperactive. Au moins là, on ne saurait se tromper.
Nous sommes effectivement faits de viande, chair et os. Le reste ? Eh bien, ma p’tite dame, du langage, de la littérature, des sentiments, de l’âme pour l’âme.
C’est qu’on est peu de choses, allez.
Mais quand on a dit ça, on a rien dit.
Encore que cette proposition pongienne pourrait figurer en introduction d’un cours théorique à l’usage des apprentis bouchers.

Ou en exergue d'un réquisitoire...

« La variété infinie des sentiments que fait naître le désir dans l’immobilité a donné lieu à l’infinie diversité de leurs formes. » (Francis Ponge, Faune et flore, Le parti pris des choses, p.85)

C’est pourtant vrai que nous, humains, qu'on est formidables !
A nous, toutes les techniques, les magies, les technologies, les inventions, innovations, toutes les langues, les arts, les armes, les lois, et ce n’est pas avec des substantifs qu’on l’épuise, la bête humaine.
Et déjà, dans l’immobilité, rêvant, nous inventons déjà !
Nous regardons les nuages et pensons les plans de palais inédits !
Nous regardons nos frères et imaginons les pires traîtrises !
Et je ne parle même pas de l’obscénité de la plupart de nos désirs journaliers !
D’une « infinie diversité » que nous sommes ! Et dire que tout ça va finir en pure matière, en pur ça, sans conscience, ni Dieu, ni nom !
L’homme est sa propre ironie.
C’est sans doute cela l’en-soi de la Justice.

A part ça, fabuleux cette manière de Ponge d’associer le désir porteur de mouvements et l’immobilité de nous autres, verticaux réflexifs, statiques à songes.

Oxymores à ronger, voilà tout un tas de poèmes.

Et que ces notes soyent signées Patrice Houzeau de Hondeghem, le 2 avril 2008, n'est jamais qu'une chose ridicule de plus.
Encore heureux qu'il y ait d'la musique...

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