BLOG LITTERAIRE

Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

05 mai 2008

EROS AU FLEUVE

EROS AU FLEUVE
Notes sur le texte du fleuve de André Doms (édition l'arbre à paroles, collection « le buisson ardent », Maison de la Poésie d'Amay, 2001).

Page 2 :

« Le fleuve prend peur de
   sa géologie trop certaine,
   l'heure se grève,... »
   (André Doms)

Les vers, par l'enjambement qu'ils proposent, soulignent la syntaxe. En français, le complément d'objet de la forme «prend peur» a un air de complément du nom, à en déduire qu'on a toujours peur de quelque chose, que la peur n'est pas sans objet. On m'objectera la subjectivité de ma grammaire. Mais qu'est-ce qu'écrire, sinon rendre sa part la plus belle au sujet, cette part fût-elle largement inconsciente ?
Ainsi, pourquoi ces vers, et non d'autres, m'arrêtent-ils ?

- Pour ce mouvement critique peut-être : la prise de conscience qu'une « géologie » n'est jamais sûre, qu'aucune base n'est jamais si assurée qu'on le croit, quand bien même elle aurait tout l'air d'une science : le mot « géologie » n'est-il pas un mot savant ?

- Pour cette énigme aussi (« l'heure se grève ») puisque j'ai le goût des énigmes, ou plutôt je suis preneur de l'apparence énigmatique. Quel bel apparaître que cet être à part, là, dans le fleuve des pages. Ici, cette « heure » qui « se grève », c'est peut-être qu'elle s'allourdit, se charge d'affects, ou d'eau ?

Page 3 :

« Brève, l'eau tire un ciel
   qui s'accélère »
   (André Doms)

S'il y a un texte caché, une sous-jacence, voici qu'elle affleure : « brève, l'eau ».
C'est un bruissement que cette combinaison labiale (b) / liquide (r) [br] suivie de l'ancien mot eve qui désignait jadis l'eau. Et puis quel écho d'avec la page 2 : « l'heure se grève ».
D'ailleurs, le mot « ève » apparaît lui-même :

« Brève, l'eau tire un ciel
   qui s'accélère. Nos rives
   se resserrent. J'attise l'ève
   à la crête du temps. »
   (André Doms)

Echos. Une discrète musique anime ces vers :
- la consonne « v » : « brève », « rives », « ève »
- et cette assonance : « brève », « ciel », « accélère », « resserrent », « l'ève », « crête » : les sons s'ouvrent et se referment semblant mimer des reflets sur l'eau.

Nous avons, à ces deux brèves, donné pour titre « Eros au fleuve ». C'est que, le désir participe, dès les premiers vers du texte, à cette réflexion « du fleuve » (titre complément de propos) :

« ..., le fleuve est fuite
   d'échines où mon désir
   s'invente aux loups du vent. »
   (André Doms, p.3)

Le poème comme invention du « désir » ? Peut-être. La rêverie, à coup sûr, dans la « fuite » des « échines » sur lesquelles court cette meute des « loups du vent » que personne sans doute ne peut jamais tout à fait maîtriser.

Patrice Houzeau
le 5 mai 2008

 

 

 

Posté par patricehouzeau à 11:09 - NOTES SUR ANDRE DOMS - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1