06 mai 2008
EROS AU FLEUVE II
EROS AU FLEUVE II
(Notes sur le texte du fleuve de André Doms, éditions l'arbre à paroles, collection "le buisson ardent")
Page 4, fragment 3 :
Eros se mêlant du fleuve, au fleuve :
"Il me faut un creux de reins,
un vacarme de gorge, deux feux
de galets, d'autres fragments
de toi pour savoir ce peu
que je pèse aux mains du vent"
(André Doms)
Le "creux de reins", la "gorge", la présence du corps ("toi") : autant de "fragments" désirés, mêlés à une poignée d'éléments du réel (le "vacarme", les "galets") et soulignés par la nécessité ("il me faut") d'évaluer sa propre présence, "ce peu que je pèse aux mains du vent".
Page 5, fragment 4 :
"l'humble automne" : Aux saisons des qualités d'homme ou aux humains des humeurs de saison. C'est toujours le temps à l'oeuvre. Et cette humilité de fait devant ce qui décroît, ce qui décline, ce qui se "partage" entre la terre et le vent, le temps et l'espace.
Echos encore : "l'humble automne" / "où tu t'étonnes". A vrai dire, seul un bon lecteur, ou mieux, une lecture réïtérée et attentive du poème permet d'en révéler la discrète musique. C'est aussi en cela que la poésie est infiniment précieuse ; de tous les arts littéraires, elle est la plus puissante dans l'art d'évoquer les sons. Un orchestre secret est à l'oeuvre dans chaque poème.
Page 6, fragment 5 :
"l'ancienne horlogerie du fleuve" : Le temps a forme de fleuve. L'image est "ancienne". Ele a traversé les siècles et s'impose dès que le poème, comme l'on pose une équation, pose l'énigme de l'être.
Une trinité dans le verbe "être" :
ce qui fut, ce qui est, ce qui sera ; le père, le fils, le saint-esprit (puisque ce qui sera n'est encore qu'en esprit).
L'homme en être prémonitoire. Après, il met tout en oeuvre pour que ses prédictions soient réalisées.
Page 7, fragment 6 :
" Je suis,
je ne suis pas le fleuve fortuit"
De deux propositions contraires, l'une au moins n'est pas fausse. Ce que la physique quantique révèle est à l'oeuvre aussi dans la littérature de l'énigme.
La rime est signifiante : "suis" / "fortuit". L'être est à la fois nécessaire et inutile, déterminé et hasardeux, libre et contraint. L'être fortuit est aussi une des manières d'être évident, une de ces évidences de l'être qui vous saisit soudain, vous étonne, vous enthousiasme, vous met mal à l'aise. Et cependant que nous jouons avec le hasard, nous cherchons dans les cieux ce qui nous détermine, nous prédestine, nous administre au-delà de la physique et des préfectures :
"Rêve-t-il aussi qu'il choisit
son cours ? Ou ne veut-il aucun
sens à l'épreuve ? Je suis,
je ne suis pas le fleuve fortuit"
(André Doms)
Patrice Houzeau
le 6 mai 2008
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