06 mai 2008
OMBRES DANS LES SIGNES
OMBRES
DANS LES SIGNES
Quand
j'étais plus jeune, ce qui veut dire plus vulnérable,
mon père me donna un conseil que je ne cesse de retourner dans
mon esprit :
« Quand
tu auras envie de critiquer quelqu'un, songe que tout le monde n'a
pas joui des mêmes avantages que toi. » (Francis
Scott Fitzgerald, Gatsby le Magnifique,
traduction de Victor Liona, Le Livre de Poche, p.23, 1985).
Au
commencement était l'incipit. Ce que l'on pourrait admettre si
l'on pense que tout est écrit. Et dans l'incipit, la figure du
Père, la loi du Père, la parole qui hante, celle que
l'on ne cesse de retourner dans son esprit. Ici, elle
contraint la critique. Elle ne l'interdit pas formellement mais
l'assujettit à l'inégalité des origines. Conseil
de diplomate, - ne t'en vas pas vexer les gens par des remarques qui
les renverraient à leurs complexes. Morale bien pensante qui
consiste, en fin de compte, en se refusant à trop en dire, à
exclure, à fixer l'autre dans son conditionnement. Politesse,
indifférente politesse, qui est encore sans doute la meilleure
façon de détester tout en restant inaperçu.
Refus de porter un jugement sur ceux qui ne sont pas du même
monde ; mise à distance des pratiques différentes, ce
goût des autres qui
témoigne aussi de notre incapacité à la
solitude. Humeur de romancier aussi : il faut bien que les
personnages viennent de quelque part. C'est si intéressant de
les décrire tels qu'on se les imagine, objets sociaux,
fantômes sociologiques, pré-jugés, ombres que
l'on voit s'agiter dans les rideaux des signes et que l'on prend pour
des êtres réels.
Patrice
Houzeau
le
6 mai 2008
Commentaires
Délicat comme le sens d'un pétale.
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