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Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

09 mai 2008

DE L'IMAGE DU FLEUVE

DE L'IMAGE DU FLEUVE
Notes sur le poème du fleuve de André Doms (Edition l'arbre à paroles, collection "le buisson ardent", 2001).

du fleuve : C'est le titre d'un texte de André Doms constitué de 17 fragments poétiques de chacun 9 vers.

Qu'est-ce que cette image "du fleuve" ?

Le mot d'abord s'enfle briévement. Ce "e final" à peine prononcé en fait un quasi-monosyllabe cependant que le son [oe], entre la liquide "l" et la sonore "v" semble, en passant, se donner quelque importance, dos d'une vague qui s'est voulue ample et qui disparaît. (cf "le fleuve est fuite d'échines" dans le fragment 2).
Le fleuve est  une séparation. Il y a un en-deçà et un au-delà du fleuve, une géographie induite. Le fleuve sépare les zones, les quartiers, les villes, les pays, les mondes. Il n'est pas un monde en lui-même mais une temporalité, une rupture du continuum terrestre. En cela, le fleuve est mesure et rythme.
Le fleuve, si vivant dans l'économie des pays, tend à prendre dans la langue poétique qui réïfie toute chose, la sécheresse des symboles (ce qui est tout de même assez curieux). Aussi, le poème  ne nous apprend rien sur  le référent tandis que l'image du fleuve est récurrente dans de nombreuses langues.

page 8, fragment 7 :

"L'arbre interroge l'image
  du fleuve et l'image d'arbres
  qui pleuvent."
  (André Doms)

Le poème de Doms nous présente l'image du fleuve comme étant à interroger (ou qui s'interroge). Image elle-même composée d'une pluie rythmique d'images ; ainsi alternent rythme ternaire et cadence binaire :

"L'ar - / - bre in-ter-ro - / -ge l'i-mage
  du fleu - / - ve et l'i - ma - / - ge d'arbres
  qui pleuvent"

Rythmique précise donc soulignée par le jeu des sonorités. Le chiasme "arbre - image / images - arbres" suggère un effet de miroir défini par le complément de nom "du fleuve" et la proposition subordonnée relative "qui pleuvent". Combinaison d'échos, jeu de miroir : le fleuve est  présenté comme une puissance réfléchissante, réflexive même puisque le texte tend à le "faire parler", ce fleuve :

"                                  Je suis,
  je ne suis pas le fleuve fortuit"
  (André Doms, page 7, fragment 6).

Patrice Houzeau
le 9 mai 2008

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