BLOG LITTERAIRE

Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

09 mai 2008

UN LIVRE IMPORTANT SUR LA LOGIQUE DE LA LANGUE

LE DFU : UN LIVRE IMPORTANT SUR LA LOGIQUE DE LA LANGUE

C'est un dictionnaire, de type "français courant". Il a pour titre "Dictionnaire du Français Usuel" (DFU) et se présente comme un ouvrage non de type enclyclopédique, mais comme un utilitaire : "15 000 mots utiles en 442 articles" précise-t-on sur la couverture.
De fait, l'ouvrage de Jacqueline Picoche et Jean-Claude Rolland est avant tout un excellent outil de sémantique.
Les mots y sont d'abord présentés en situation, c'est-à-dire à l'aide d'exemples qui permettent au patient (pardon, à l'apprenant, à l'élève quoi!) d'appréhender le sens, non pas dans l'abstraction d'une présentation technique, mais par la compréhension du sens général de la phrase.
Ainsi, pour le verbe "imaginer", trois phrases, correspondant à trois structures différentes, rythment l'article :
- "L'ingénieur imagine un nouveau modèle d'avion." : verbe + COD.
- "Othello s'imagine que Desdémone le trompe.": emploi pronominal + complétive.
- "J'imagine que vous avez bien réfléchi avant d'agir." : Verbe + complétive.

Mais si les structures sont données par des phrases-exemples, les auteurs ont eu cette intelligence de ne pas assommer l'amateur de français avec le très précieux, très pointu, très nécessaire, - mais complétement barbant -, vocabulaire en cours de la syntaxe, et ont préféré à l'art savant des abréviations linguistiques, la réflexion sur le sens que prend le mot employé, mis en contexte, contextualisé (ce qui n'est pas peu dire).
Ainsi, la mise en évidence de la structure de la phrase-exemple, lorsque l'analyse est bien faite, amène le lecteur à réfléchir sur le sens global de l'énoncé :

- "L'ingénieur imagine un nouveau modèle d'avion."
A1 humain imagine A2, IMAGE mentale.
  A1 humain imagine A2, UN PROJET.
(Jacqueline Picoche, Jean-Claude Rolland, article "imaginer", Dictionnaire du Français Usuel, De Boeck, Duculot, 2002)

Quand j'ai lu ça, pas peu que j'ai sifflé d'admiration. En effet, c'est la première fois que je tombe sur un usuel qui permet, non seulement d'analyser, mais aussi de commenter le sens de certains énoncés.
De ces trois lignes en effet, l'on peut induire que l'imagination est une faculté liée à la construction d'images mentales ; qu'elle est aussi liée à l'élaboration de projets, lesquels apparaissent à l'esprit sous forme d'images mentales que l'on peut qualifier de "fantaisies" (le mot est étudié dans le même article), de "chimères" (le mot est étudié dans le même article), de "fantasmes" (dans le même article, le mot, vous savez la suite...) :

"II. Othello s'imagine que Desdémone le trompe.
  A1 s'imagine A2, contraire à la réalité.

"1. A1 se TROMPE.
Ce qu'il CROIT / ne se passe que dans son imagination! - / Son imagination l'EGARE. Othello prend ses imaginations pour des réalités. Ses soupçons sont imaginaires! Il est capable de tuer cette innocente! (et il la tue effectivement, dans la pièce de Shakespeare)."
(Jacqueline Picoche, Jean-Claude Rolland, article "imaginer", Dictionnaire du Français Usuel, De Boeck, Duculot, 2002)

Les mots de la langue n'étant plus présentés à la seule lumière de la froide raison syntaxique mais en archipels analogiques, dans le bouillonnement du sens, il peut apparaître (c'est là l'espoir de l'Inspecteur Antoine Vilvandré, qui, chaque fois qu'il le peut, dit le plus grand bien de ce livre) que le DFU pourrait s'avérer un excellent outil d'apprentissage du français en tant que langue étrangère (FLE) ou à destination d'élèves en délicatesse avec leur langue natale (et là non plus, c'est pas peu dire.).

Une petite remarque cependant : et où est-il passé, l'accent circonflexe du "u" de la forme "brûler" ? Je cite : "Tu as crié. - Qu'il y a-t-il? - Je me suis brulé avec la friture." (Picoche, Rolland, ibid, article "Crier").

Patrice Houzeau
le 9 mai 2008


Posté par patricehouzeau à 16:40 - EVENEMENTS CULTURELS - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

DE L'IMAGE DU FLEUVE

DE L'IMAGE DU FLEUVE
Notes sur le poème du fleuve de André Doms (Edition l'arbre à paroles, collection "le buisson ardent", 2001).

du fleuve : C'est le titre d'un texte de André Doms constitué de 17 fragments poétiques de chacun 9 vers.

Qu'est-ce que cette image "du fleuve" ?

Le mot d'abord s'enfle briévement. Ce "e final" à peine prononcé en fait un quasi-monosyllabe cependant que le son [oe], entre la liquide "l" et la sonore "v" semble, en passant, se donner quelque importance, dos d'une vague qui s'est voulue ample et qui disparaît. (cf "le fleuve est fuite d'échines" dans le fragment 2).
Le fleuve est  une séparation. Il y a un en-deçà et un au-delà du fleuve, une géographie induite. Le fleuve sépare les zones, les quartiers, les villes, les pays, les mondes. Il n'est pas un monde en lui-même mais une temporalité, une rupture du continuum terrestre. En cela, le fleuve est mesure et rythme.
Le fleuve, si vivant dans l'économie des pays, tend à prendre dans la langue poétique qui réïfie toute chose, la sécheresse des symboles (ce qui est tout de même assez curieux). Aussi, le poème  ne nous apprend rien sur  le référent tandis que l'image du fleuve est récurrente dans de nombreuses langues.

page 8, fragment 7 :

"L'arbre interroge l'image
  du fleuve et l'image d'arbres
  qui pleuvent."
  (André Doms)

Le poème de Doms nous présente l'image du fleuve comme étant à interroger (ou qui s'interroge). Image elle-même composée d'une pluie rythmique d'images ; ainsi alternent rythme ternaire et cadence binaire :

"L'ar - / - bre in-ter-ro - / -ge l'i-mage
  du fleu - / - ve et l'i - ma - / - ge d'arbres
  qui pleuvent"

Rythmique précise donc soulignée par le jeu des sonorités. Le chiasme "arbre - image / images - arbres" suggère un effet de miroir défini par le complément de nom "du fleuve" et la proposition subordonnée relative "qui pleuvent". Combinaison d'échos, jeu de miroir : le fleuve est  présenté comme une puissance réfléchissante, réflexive même puisque le texte tend à le "faire parler", ce fleuve :

"                                  Je suis,
  je ne suis pas le fleuve fortuit"
  (André Doms, page 7, fragment 6).

Patrice Houzeau
le 9 mai 2008

Posté par patricehouzeau à 14:24 - NOTES SUR ANDRE DOMS - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

DES IMAGES

DES IMAGES

Dans l'ordre aux innombrables grains de sable
Les images multiplient leurs signes les
Images nous y cherchons l'écho de nous-mêmes y
Figure aussi le brûleur d'icônes le briseur de statues et
Aussi le contempteur des visages
Celui qui nie l'épée de l'énigme celui
Qui jette une lézarde de sang le long du masque celui qui
Nie la nécessité du poème et du cri
Les images aux corbeaux, les
Images aux loups blancs, les images dans la main de Cassandre.

Patrice Houzeau
le 9 mai 2008

Posté par patricehouzeau à 09:30 - CONTREVERS - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1