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Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

11 mai 2008

DU CINEMA COMME COGITO

DU CINEMA COMME COGITO

"C'étaient les visages, Eliot, ces visages maudits, qui semblaient se moquer du spectateur, comme s'ils eussent été vivants." (H.P. Lovecraft, Le Modèle de Pickman in Je suis d'ailleurs, traduction de Yves Rivière, folio SF, p.171)

Le cinéma, art du mouvement perpétuel, tend à chorégraphier la violence. La mise en scène des corps se fait dans une approche paroxystique du vivant. Cependant, le cinéma, parce qu'il est art de la figuration, est un simulacre. "C'est du cinéma !", "Arrête ton cinéma !" : les expressions populaires l'attestent, cette violence n'est pas réelle en soi, elle n'est qu'un faux-semblant. De même que le Cid ou Dom Juan ne sont tout d'abord que des êtres de papier, les héros des salles obscures ne sont jamais que des phénomènes techniques, des dei ex machina, des dieux de la machine.
Un mensonge qui dit la vérité ?
Même pas. Il y a plus de vérité dans une chambre d'hôpital que dans un film. Faudrait-il alors, comme on le fait de vulgaires contrefaçons, brûler les films ?
Surtout pas, car la mise en scène des corps filmés virtualise (1) à ce point le réel qu'elle prouve que nous sommes bien vivants. Le cinéma est un cogito. De même que je puis douter de tout sauf de ce que quelque chose est nommé (2), je puis douter de tout sauf de la fausseté de ce que je vois. L'illusion est irréductible.
C'est d'ailleurs l'illusion qui nous motive. L'illusion du projet. L'illusion de la satisfaction du désir. En cela, le cinéma est d'une préciosité radicale car il participe de l'être spectaculaire qui nous conditionne totalement jusqu'à la liberté que nous prenons de le critiquer.

(1) Cependant que, par antiphrase, celui qui fait des films est appelé "réalisateur".

(2) de ce que quelque chose est nommé : et non pas "de ce quelque chose qui est nommé". Je puis toujours douter du référent mais pas du signe que j'emploie pour le désigner. La vérité est ce que dit la langue que j'emploie. De là cette épouvante que je puis tout à fait maîtriser une ou même plusieurs langues et pourtant ne pas agir moralement. L'histoire de l'Allemagne nous donne l'exemple le plus frappant d'une nation qui ayant atteint un haut niveau de civilisation a failli disparaître en ayant choisi la dictature contre la démocratie, en ayant promu une langue (celle des nazis) contre toutes les autres. La leçon de la prédominance de l'économique sur le culturel n'a pourtant pas été retenue par tous, et ils sont encore nombreux, les bons apôtres qui s'imaginent que l'on doit farcir les têtes de littérature et de philosophie avant que les corps qui soutiennent ces têtes puissent apprendre à se nourrir correctement par l'exercice d'un métier. On peut reprocher beaucoup de choses aux Etats-Unis d'Amérique, et au libéralisme en général, mais, parce que la pratique libérale est avant tout une application critique (un exercice constant de la démocratie en même temps qu'un outil de résolution des crises), il nous semble que le modèle libéral reste le seul à permettre la pluralité des langues, et non pas leur confusion dans un modèle républicain, certes, mais terriblement réducteur.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 mai 2008

Posté par patricehouzeau à 07:07 - sur le cinéma - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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