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12 mai 2008

CINOCHE

CINOCHE

La critique tire sa justification de la représentation laquelle, explicitement ou pas, se présente elle-même comme critique.
La représentation, se tenant en aval du conflit, - le territoire prédominant sur le lieu d'être, l'économique sur le culturel -, occulte la production massive d'armement et, au besoin, prend l'apparence du discours le plus critique envers les institutions de manière à ce que la diversion soit la plus efficace possible.
En cela, diversion et divertissement ne font plus qu'un et occupent suffisamment l'esprit pour que l'on ne relève pas trop souvent que les charges de nos chansonniers les plus insolents, que les cours du plus lucide de nos philosophes sont payés avec l'argent des marchands d'armes.
La ruse la plus subtile, - et donc la plus scandaleuse -, étant de faire croire que le niveau de culture générale moyen de la population montant, il y aurait dans cette démocratisation du savoir, dans cet accès du plus grand nombre aux possibles sociaux, une garantie de paix sinon universelle, du moins répandue partout où le modèle libéral avancé, et ses péripéties socio-démocrates, serait suivi.
Mais, justement, crises économiques, concurrence internationale, prévisions pessimistes quant à l'avenir de la mondialisation, sont autant de signaux annonçant des conflits sinon probables, du moins possibles.
L'alibi culturel consiste ainsi à déployer le meilleur de nos stratégies éducatives afin de mieux former, non pas les citoyens d'une cité idéale qui n'existe que dans la langue de bois des politiques, mais les futurs techniciens des guerres électroniques à venir, lesquelles pourraient être essentiellement ce qu'elles sont déjà : des guerres économiques.
C'est ainsi que la fin de l'Histoire est reportée aux calendes grecques, dans une téléologie pour classe d'examen cependant que, encore et toujours, le projet inconscient de l'humanité, pérenniser le réglement de comptes de l'homme avec l'homme, se manifeste dans cet équilibre de la terreur qui lui permet d'affirmer vouloir la paix c'est-à-dire préparer la guerre.
Il y aurait-il une primitivité pacifique, une société ayant opté pour les qualités de son statu quo et ayant donc renoncé à la création de nouveaux besoins (société "primitive" rêvée sans doute par les écologistes les plus enragés), sa destruction est inéluctable eu égard aux nécessités de l'organisation du commerce mondial.
La représentation est donc un nécessaire passe-temps de cette nouvelle aristocratie de fait constituée par les grands pourvoyeurs d'armement.
Jadis, la noblesse de la vieille Europe, qui fut duelliste et cavalière, pieuse et trucideuse, lorsqu'elle se trouvait désoeuvrée, prenait alors le goût des sciences, des fêtes et des spectacles. Elle cultiva ses jardins, ses théâtres, ses académies et parfois même ses perversions. Revinrent alors les masques, le rire ancien et le Chant du Bouc.
La bourgeoisie, singeant la noblesse, pour mieux, en des temps futurs, la supplanter, se piqua également de sciences et de techniques. Elle fit si bien que ses fils obtinrent le droit de recevoir eux aussi une éducation de qualité.
Quant au peuple, on l'occupe en le faisant travailler à la place des machines que l'on n'a pas encore inventées, et on lui octroie le droit de s'amuser aux divertissements que la bourgeoisie lui fabrique. Pour veiller au grain : le gendarme, le prêtre et le maître d'école, qui, en tant que représentants de l'ordre, de l'église, de l'institution scolaire sont certes contestés (la critique trouvant sa justification dans la représentation) mais répondent cependant toujours présents, sous une forme ou une autre.
On saupoudre tout cela de chansons à bons sentiments, d'indignations d'autant plus spectaculaires qu'elles sont télévisées, publiées, débattues ; on y ajoute de la charité bizness, des jeux à gratter, loteries incroyables, greluches à poil, démocratisation de l'enseignement supérieur, coupes du monde en tout genre, quinzaine du blanc et promotions diverses et, dans ce moins mauvais des mondes possibles, on a quelque chance de passer sa vie relativement tranquille en attendant que nos descendants aillent faire tonner le canon et s'entr'égorger pour du pétrole, le développement durable ou l'aide aux industries nécessiteuses.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 mai 2008

Posté par patricehouzeau à 02:55 - CONTRE LES PEDAGOGISTES - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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