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Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

22 mai 2008

YEUX FRISSON LOGIQUE

NOTES SUR « LE TABLEAU DU MAITRE FLAMAND » DE ARTURO PEREZ-REVERTE  (Traduction de Jean-Pierre Quijano, Le Livre de Poche)

1. « Des yeux sombres »

Les yeux comme indice de l’être méfiant : « Il avait de grandes oreilles, un nez légèrement aquilin et des yeux sombres profondément enfoncés dans leurs orbites, comme s’ils contemplaient le monde avec méfiance. » (p.78) Ce croquis est celui d’un joueur d’échecs dans un roman policier. « Des yeux sombres profondément enfoncés dans leurs orbites » pourraient indiquer la fatigue, mais il semble que l’auteur ait préféré souligner quelque apparaître, une façon spécifique d’être au monde. En effet, l’expression semble souligner la part ténébreuse du joueur d’échecs. Le traducteur utilise ainsi le possessif « leurs » pour insister sur la cohérence du visage évoqué, sur la prédominance de ce regard dans un visage qui, par ailleurs, ne convainc pas de l’intelligence du bonhomme :

« L’homme n’avait nullement cet air d’intelligence que Julia croyait indispensable chez un joueur d’échecs ». (ibid.)

2. Frisson.

«Julia regarda l’échiquier tandis qu’un doux frisson lui parcourait le dos et les bras, comme si la lame d’un couteau la frôlait » (p.153) : la comparaison porte sur ce que ressent le personnage de Julia. Un « doux frisson », voilà une expression assez anodine, en opposition avec le second terme de la comparaison : « comme si la lame d’un couteau la frôlait ». C’est l’être invisible qui est à l’œuvre ici, un être frôlant cependant que menaçant, un être qui convoite le corps, « le dos et les bras », comme s’il voulait s’emparer du corps entier de Julia. Cette sensation dont l’auteur omnipotent charge son personnage, - cependant que dans l’espace du récit, cet être frôlant et menaçant est pure production du corps -, est en relation avec le regard que Julia porte sur l’échiquier et devance d’un instant à peine une remarque sur l’importance du cavalier blanc dans la partie en cours :
« - Il reste le cavalier, dit-elle en avalant sa salive, baissant la voix sans s’en rendre compte. Le cavalier blanc. » (ibid.)

3. Logique mathématique.

Autour de l’échiquier, cette représentation symbolique de la guerre, des êtres s’agitent. Dans un roman policier, il peut même y avoir des meurtres. Autour d’un tableau à énigme aussi. C’est le cas dans ce roman d’Arturo Perez-Reverte : Le Tableau du maître flamand. Des étants inanimés agissent ainsi sur l’être vivant. C’est que les étants inanimés sont investis par l’être que leur confère le vivant. Il y a bien un peintre. Il y a bien deux joueurs qui s’affrontent.
« - Je n’aurais jamais pensé que les mathématiques avaient à voir avec tout ça. » (Le Tableau du maître flamand, p.113)
Il est remarquable, ce « tout ça ». C’est en effet dans le ça, que le vivant critique pose comme l’ensemble de tous les étants, que l’on peut trouver l’ensemble des règles qui permettent de comprendre, d’apprendre, d’agir ces objets inanimés, ces outils de l’être. Et l’interlocuteur de saisir alors la balle au bond :
« - Les mathématiques ont à voir avec tout. Avec tous les mondes imaginables, comme ce tableau, qui sont régis par les mêmes règles que le monde réel. »
Les règles du monde sont des présents de vérité générale en ce sens qu’elles ne sont que par l’homme qui définit leur être logico-mathématique cependant que, une fois la conscience critique abolie, elles tombent dans le passé permanent où il n’est plus rien, ce néant, ensemble vide de tous les étants annihilés.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 mai 2008

 

Posté par patricehouzeau à 12:47 - NOTES ET COMMENTAIRES LITTERATURE - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Chaque toile est comme une équation à résoudre, un algorithme à créé. C'est formidiable:)
Bonne journée à vous.

Posté par amel, 23 mai 2008 à 08:08

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