"VANITE DANS UNE NICHE"
(Adriaen Coorte, 1688, huile sur toile, 77,5 x 62,5 cm, Middelburg, Zeeuws Museum)

Couple de dés, - l'un dans la lumière, l'autre à la lisière de l'ombre -, ce qui rappelle que le hasard gouverne nos vies comme un capitaine lunatique.
Hasard d'autant plus coup de dés que la suite de coups de dés qui divise nos jours est inscrite dans la minutie des montres.
Puis, après la lampe à huile et sa mèche qui se consume, inéluctable comme le départ, les plaisirs, les compensations au temps qui dépouille, le tabac et sa pipe blanche comme de la fumée, prenant appui sur le crâne, le jeu de cartes, la musique - partition froissée, cornée, entre les dents -, la longue flûte au vin ambré dont les reflets surgissent de l'ombre, immatériels à la façon des notes de musique se détachant une à une de l'instrument, lenteur savante d'un dialogue nocturne.
Si la niche est éclairée, c'est peut-être afin que nous puissions mieux voir l'ombre et ses quelques signes de feuillage qui semblent y inscrire notre part d'origine.
Nous ne croisons pas le regard du mort dans ce crâne qui prit plaisir à la patience du tabac, à la passion du jeu, au vin et à la musique, avec maintenant des yeux absents dans des orbites tournées vers l'ailleurs au symbole si menu ici : un simple coquillage, indice de l'infinie variété des choses et de l'omnipotence du Créateur.

Patrice Houzeau
le 28 mai 2008