30 mai 2008
HASARD... HASARD...
HASARD... HASARD...
"Moi je dis qu'après nous
ne reste rien du tout."
(Jean Tardieu, Voyage avec Monsieur Monsieur in Le fleuve caché, Poésie/Gallimard, p.112-113)
"Avec Monsieur Monsieur" : Répétition drolatique du mot "Monsieur" au premier vers de "Voyage avec Monsieur Monsieur" de Jean Tardieu. Au vers 2, nous apprenons que le narrateur part en voyage avec Monsieur Monsieur.
"Bien qu'ils n'existent pas" : Il se pourrait que Monsieur Monsieur n'aient aucune existence connue. Il faut bien pourtant qu'ils soient quelque part, puisque le narrateur en parle. Dans l'espace imaginaire du poème qu'ils sont ; dans l'imaginaire qu'ils sont ; dans le poème. Du reste, Monsieur Monsieur, ce n'est pas rien que ce Monsieur Monsieur-là ; c'est qu'ils ont droit à la majuscule, savez-vous, aussi bien que tous les êtres humains que l'on peut appeler "Monsieur", y compris les malfaisants et les hommes féroces.
"Je suis seul ils sont deux" : Le narrateur dit qu'il est "seul" avec Monsieur Monsieur. Façon élégante de dire que le narrateur est "seul" tout court. La fonction de l'énigme est ainsi de partager avec le lecteur les êtres imaginaires de nos sphingeries privées (1).
"quand tout fuit autour d'eux" : Dans le poème, le narrateur et Monsieur Monsieur prennent le train, ce qui est une manière d'appréhender la fuite de tout ce que nous traversons. Quant aux observateurs, - les passagers -, ils se "satisfont" de l'illusion de "rester immobiles" dans cette course à rebours du temps et de l'espace. Ce qui me fait penser à ces bandes magnétiques que l'on joue à l'envers dans la musique électro-acoustique de Pierre Henry ou de Pink Floyd, ce son de cymbale que l'on fait résonner, en en ralentissant considérablement le rythme, de sa poussière d'écho à sa source (la frappe), petit big bang, dont le son à l'impact est effacé, pour laisser cette foudre lente de l'éclat traverser l'espace jusqu'à nos oreilles.
"chacun a ses raisons" : Ainsi, cette fuite des "choses" prend racine dans la survenue pérpétuelle de l'avenir ("les choses viennent") autant que dans leur accomplissement dans le passé ("elles s'en vont"). Ce sont les deux faces d'une même médaille, puisque Monsieur Monsieur "sont face à face".
"Quand le train les dépasse
est-ce que les maisons
subsistent ou s'effacent ?"
Voici une question intéressante concernant la permanence de l'étant. Une fois que je ne regarde plus cette part d'univers que tantôt je regardais, est-ce que cette part d'univers persiste à être ou s'abolit-elle aussitôt qu'elle n'est plus dans aucun champ de vision ? (2)
On suppose parfois que, dans l'étrange domaine de la physique des particules, le regard de l'observateur influe sur l'objet observé. C'est que le hasard n'existe pas. Autrement dit, le hasard n'est que parce que l'être humain, en le nommant, l'a inventé. D'où le fait que certaines religions tentent de le juguler, ce hasard trop humain pour que l'on puisse y prêter foi. Du coup, on prédestine, on inscrit dans Le Grand Livre, on aliène l'individu à des dogmes et à des interdits.
Ce que je vois, c'est moi qui le nomme. En dehors de moi, il n'y a que de purs phénomènes, l'indicible de la matière en soi, sans nécessité ni hasard. Ce que je vois, tant que je ne le nomme pas, procède du même continuum phénoménologique que ce que je ne vois pas. Pour le chien, seul existe ce qui à lui se manifeste. Ce qu'il ne voit pas, ce qu'il ne sent pas, ce qu'il n'entend pas, ce qu'il ne perçoit pas n'existe pas tout en étant l'ensemble des choses que le chien peut voir, sentir, entendre, percevoir.
Puisque j'observe de l'étant, je sais qu'il y a quelque chose plutôt que rien et que ce quelque chose échappe en soi à l'Histoire et à la Géographie, au hasard et à la nécessité, au présent de vérité générale comme aux plus aléatoires des univers aléatoires que peut concevoir l'aléatoire machine du cerveau humain. "Alors le train s'arrête / avec le paysage / alors tout se confond." (Jean Tardieu, ibid.)
(1) sphingerie : on doit ce néologisme à Guillaume Apollinaire.
"Et le troupeau de sphinx regagne la sphingerie" (Apollinaire, Le Brasier in Alcools)
(2) Sauf celui de Dieu, évidemment, qui, de fait, donne ainsi une cohérence à toute chose. Tu es puisque je te regarde.
Patrice Houzeau
le 30 mai 2008
29 mai 2008
"OUI, UN MEIDOSEM"
"OUI, UN MEIDOSEM."
(Notes sur "trente-quatre lances enchevêtrées..." in Portrait des Meidosems, La vie dans les plis, Henri Michaux, Poésie/Gallimard, p.118)
Dessin : La phrase s'y entend à suggérer le motif :"Trente-quatre lances enchevêtrées peuvent-elles composer un être ?".
Voici qui pourrait servir de titre à une composition abstraite, ou de problématique à l'usage d'un métaphysicien.
C'est que la question porte sur les composants de l'être.
L'implicite de l'être est le vivant. Sa nomination implique qu'il s'agit ici d'un être vivant, et non d'un simple étant. C'est qu'il y a différence de qualité entre l'être vivant (l'étant conscient) et l'étant dénué de toute conscience et même de possibilité de conscience (dans le cas des intelligences artificielles par exemple, ou des états méconnus de la conscience).
Du reste, ce conscient-là a un nom : le "Meidosem".
Alors, s'il a nom, c'est qu'il est. La réponse à la question "Trente-quatre lances enchevêtrées peuvent-elles composer un être ?" est donc affirmative : "Oui, un Meidosem."
Henri Michaux a ainsi cette grande prescience du nom de l'être et de ce qu'il implique : une existence poétique, l'être imaginaire qui, parce qu'il influe sur nos vies (la preuve, nous y consacrons du temps et des lignes, à ce Meidosem cependant que nous ne nous intéressons que moyennement à la plupart de nos contemporains lesquels sont des êtres parfois si encombrants que l'on voudrait bien parfois qu'ils se dissolvent dans le virtuel afin que puissions aisément n'en pas tenir plus compte que d'un schtroumpf pour finir par les oublier tout à fait) qui, parce qu'il influe sur nos vies, relève de l'être.
Pourquoi donc cette problématique alors ?
C'est que, justement, l'être du Meidosem figuré par "trente-quatre lances enchevêtrées", est en crise. Ses armes de guerre, il les a retournées contre lui, "il se les est passées d'abord à travers le corps" dit le texte. C'est donc un "Meidosem souffrant", un Meidosem de proposition subordonnée relative : "qui ne sait plus où se mettre, qui ne sait plus comment se tenir, comment faire face, qui ne sait plus être qu'un Meidosem."
Dans le "n'être plus qu'un" qu'il est, le Meidosem, dans cette réduction de l'être à l'étant, sans transcendance, qui ne peut plus être autre chose que ce qu'il est, aliéné donc à sa propre définition d'être qui n'a pas sa place, d'être dans le mal-être.
La question se pose donc de sa cohérence puisque, dit le texte, "ils ont détruit son "un".
Patrice Houzeau
le 29 mai 2008
28 mai 2008
"VANITE DANS UNE NICHE"
"VANITE DANS UNE NICHE"
(Adriaen Coorte, 1688, huile sur toile, 77,5 x 62,5 cm, Middelburg, Zeeuws Museum)
Couple de dés, - l'un dans la lumière, l'autre à la lisière de l'ombre -, ce qui rappelle que le hasard gouverne nos vies comme un capitaine lunatique.
Hasard d'autant plus coup de dés que la suite de coups de dés qui divise nos jours est inscrite dans la minutie des montres.
Puis, après la lampe à huile et sa mèche qui se consume, inéluctable comme le départ, les plaisirs, les compensations au temps qui dépouille, le tabac et sa pipe blanche comme de la fumée, prenant appui sur le crâne, le jeu de cartes, la musique - partition froissée, cornée, entre les dents -, la longue flûte au vin ambré dont les reflets surgissent de l'ombre, immatériels à la façon des notes de musique se détachant une à une de l'instrument, lenteur savante d'un dialogue nocturne.
Si la niche est éclairée, c'est peut-être afin que nous puissions mieux voir l'ombre et ses quelques signes de feuillage qui semblent y inscrire notre part d'origine.
Nous ne croisons pas le regard du mort dans ce crâne qui prit plaisir à la patience du tabac, à la passion du jeu, au vin et à la musique, avec maintenant des yeux absents dans des orbites tournées vers l'ailleurs au symbole si menu ici : un simple coquillage, indice de l'infinie variété des choses et de l'omnipotence du Créateur.
Patrice Houzeau
le 28 mai 2008
24 mai 2008
SIZAIN
SIZAIN
Il me semble parfois fragile comme verre
Mon coeur cette bouillie que les chiens de la terre
Mangeront quand la boue m'aura pris tout entier
Et que je n'aurai plus besoin ni de souliers
Ni des mots pour le dire encore que j'aimais
Le visage d'Elise et la nuit et l'été.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 mai 2008
LONGUE DAME EN NOIR
LONGUE DAME EN NOIR
La dame merveilleuse demanda
Longue dame au spectre de la boîte oblongue
Dame aux cheveux bleus brillants comme la flamme
En longue robe noire au revenant
Noir comme l'ombre de laisser aux vivants un peu d'espoir
La dame est bien gentille elle ne vient que la nuit
Longue dame au visage lisse comme un dessin
Dame du souci de celui qui dort et songe
En quelques mots bien doux au revenant
Noir comme l'encre elle demanda que
La dame de la nuit d'entre les pages
Longue comme la légende la
Dame de chaque lune demande
En pitié du vivant au revenant
Noir comme le sang que nous soyons épargnés
La dame grâce à elle la
Longue étincelle de l'humain persiste
Dame ô dame que l'on dit vierge
En trois coups de dents voici que le coeur
Noir d'on ne sait quoi vous passe dans la gorge.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 mai 2008
22 mai 2008
CONTREVERS A BLUEBERRY
CONTREVERS A BLUEBERRY
(en feuilletant Chihuahua Pearl de Charlier et Giraud, éditions Dargaud)
1. Planche 12a, case 2 : Il est en prison l'homme.
Il accroupi maussade amer qu'il
Est à travers les barreaux je jour jaune
En rogne qu'il est dans sa
Prison même qu'il se dit "Bloody hell!..."
L'homme, qu'il se dit qu'"cet âne galonné déraille complétement..."
2. Planche 13a, case 4 : Et le poing fit tomber le militaire.
Et impeccable dans sa trajectoire
Le bras fila dans l'espace avec au bout un
Poing qui s'abattit
Fit perdre son équilibre
Tomber l'impeccable
Le très digne
Militaire aux gants blancs.
3. Planche 26a, case 2 : Sur le rocher le gars au fusil.
Sur un rocher à la frontière
Le coin est tout étiqueté de cactus et plein de poussière sur le
Rocher debout il crie que la cloche a sonné
Le signal pour la patrouille des federales ce sont des
Gars du Mexique celui-là monte la garde
Au cas où il passerait le yankee qu'un coup de
Fusil dissiperait comme un mauvais rêve.
4. Planche 39b, case 4 : Dans le bruit sur la scène.
Dans la fumée, les vapeurs d'alcool, la sueur,
Le brouhaha, le
Bruit des hommes qui boivent et parlent,
Sur les planches apparaît la chanteuse à
La voix qui insiste I am a poor lonesome cow-girl Sur la
Scène épatante qu'c'est que cette blonde beuglante là.
5. Planche 44a, case 2 : Demonios del infierno s'écria le gobernador.
Demonios Demonios qu'il cria Demonios
Del infierno en entrant dans la chambre
Infierno que cette blonde bouche à bouche Demonios
S'écria-t-il bouche à bouche avec ce yankee
Le gaillard mal rasé mal peigné malotru qu'un
Gobernador amoureux ne saurait tolérer.
6. Ha Ha The Moose
Ha je ris je m'épate
Ha quand j'entends l'époustouflant Ha Ha
The Moose electric band d'acid rock Ha Ha The
Moose lancer ses drolatiques féeries sur la toile. (1)
(1) Ce qui n'a rien à voir avec Bluebberry et Chihuahua Pearl, mais comme j'écoute tout en contreversant l'étonnant Voodoo Lady de Ha Ha The Moose (ou comment faire du Pink Floyd sans dépenser des millions), je ne puis m'empêcher de signaler que sur Internet, on peut trouver en téléchargement légal des concerts d'un tas de fous furieux aussi électriques qu'américains qui vous jouent un de ces acid rock dont les Morts Reconnaissants pourraient très bien être fiers, eux qui en ont quand même suscité plus d'un, de combo décoiffant.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 mai 2008
YEUX FRISSON LOGIQUE
NOTES SUR « LE TABLEAU DU MAITRE FLAMAND » DE ARTURO PEREZ-REVERTE (Traduction de Jean-Pierre Quijano, Le Livre de Poche)
1. « Des yeux sombres »
Les yeux comme indice de l’être méfiant : « Il avait de grandes oreilles, un nez légèrement aquilin et des yeux sombres profondément enfoncés dans leurs orbites, comme s’ils contemplaient le monde avec méfiance. » (p.78) Ce croquis est celui d’un joueur d’échecs dans un roman policier. « Des yeux sombres profondément enfoncés dans leurs orbites » pourraient indiquer la fatigue, mais il semble que l’auteur ait préféré souligner quelque apparaître, une façon spécifique d’être au monde. En effet, l’expression semble souligner la part ténébreuse du joueur d’échecs. Le traducteur utilise ainsi le possessif « leurs » pour insister sur la cohérence du visage évoqué, sur la prédominance de ce regard dans un visage qui, par ailleurs, ne convainc pas de l’intelligence du bonhomme :
« L’homme n’avait nullement cet air d’intelligence que Julia croyait indispensable chez un joueur d’échecs ». (ibid.)
2. Frisson.
«Julia regarda l’échiquier tandis qu’un doux frisson lui parcourait le dos et les bras, comme si la lame d’un couteau la frôlait » (p.153) : la comparaison porte sur ce que ressent le personnage de Julia. Un « doux frisson », voilà une expression assez anodine, en opposition avec le second terme de la comparaison : « comme si la lame d’un couteau la frôlait ». C’est l’être invisible qui est à l’œuvre ici, un être frôlant cependant que menaçant, un être qui convoite le corps, « le dos et les bras », comme s’il voulait s’emparer du corps entier de Julia. Cette sensation dont l’auteur omnipotent charge son personnage, - cependant que dans l’espace du récit, cet être frôlant et menaçant est pure production du corps -, est en relation avec le regard que Julia porte sur l’échiquier et devance d’un instant à peine une remarque sur l’importance du cavalier blanc dans la partie en cours :
« - Il reste le cavalier, dit-elle en avalant sa salive, baissant la voix sans s’en rendre compte. Le cavalier blanc. » (ibid.)
3. Logique mathématique.
Autour de l’échiquier, cette représentation symbolique de la guerre, des êtres s’agitent. Dans un roman policier, il peut même y avoir des meurtres. Autour d’un tableau à énigme aussi. C’est le cas dans ce roman d’Arturo Perez-Reverte : Le Tableau du maître flamand. Des étants inanimés agissent ainsi sur l’être vivant. C’est que les étants inanimés sont investis par l’être que leur confère le vivant. Il y a bien un peintre. Il y a bien deux joueurs qui s’affrontent.
« - Je n’aurais jamais pensé que les mathématiques avaient à voir avec tout ça. » (Le Tableau du maître flamand, p.113)
Il est remarquable, ce « tout ça ». C’est en effet dans le ça, que le vivant critique pose comme l’ensemble de tous les étants, que l’on peut trouver l’ensemble des règles qui permettent de comprendre, d’apprendre, d’agir ces objets inanimés, ces outils de l’être. Et l’interlocuteur de saisir alors la balle au bond :
« - Les mathématiques ont à voir avec tout. Avec tous les mondes imaginables, comme ce tableau, qui sont régis par les mêmes règles que le monde réel. »
Les règles du monde sont des présents de vérité générale en ce sens qu’elles ne sont que par l’homme qui définit leur être logico-mathématique cependant que, une fois la conscience critique abolie, elles tombent dans le passé permanent où il n’est plus rien, ce néant, ensemble vide de tous les étants annihilés.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 mai 2008
21 mai 2008
ET C'EST-I VRAI QU'C'EST FAUX ?
ET C’EST-I VRAI QU’C’EST FAUX ?
Je viens de recevoir en commentaire ce texte que je vous livre tel quel. Moi, à vrai dire, j'y pige que couic à cette affaire de faux Rimbaud. Sinon, que, d’après ce que dit Raphaël Zaccharie de Izarra, certains prétendus spécialistes du génial gamin s’y seraient laissé prendre. Cela ne m’étonne qu’à moitié, surtout si ces « spécialistes » sont des universitaires.
Ceci dit, ce jeudi 22 mai 2008, je m'aperçois que ce texte retrouvé de Rimbaud est toujours présenté comme authentique par une partie de la presse. Du coup, je me demande si le dénommé Zaccharie de Izarra ne serait pas un plaisantin, ou un auteur en mal de reconnaissance...
Je vous laisse juge. Moi, personnellement, je ne suis sûr de rien...
« Après vérifications et confirmations, l'inédit de Rimbaud était bien un faux !
Un premier article suspect mais assez intriguant (reproduit ci-après) était apparu sur le NET à l'annonce de la découverte d'un texte inédit de Rimbaud :
L'auteur d'un des coups montés les plus audacieux de ces dernières décennies s'est manifesté sous le nom d'emprunt "Jean Daube Rit" (presque anagramme douteux du pseudonyme adopté par le jeune Rimbaud lui-même "Jean Baudry"). De source indiscutable, l'imposture a été prouvée auprès d'un certain journaliste parisien collaborant à la rédaction d'une célèbre revue littéraire (et qui a préféré -on le comprend- garder l'anonymat). Le faux a été effectué grâce à la recomposition frauduleuse d'archives anciennes à l'aide de vieilles feuilles vierges (authentiques celles-là) ajoutées à la revue en question qui aurait été ensuite "retrouvée" chez un bouquiniste de Charleville-Mézières. Affaire à suivre...
Piégé comme les autres, Nabe hier soir dans l'émission de Taddéi sur France 3 (le 19 mai 2008) a pour la première fois lu ce faux à l'adresse de millions de crédules !
Cet article publié sur plusieurs sites officiels était demeuré anonyme.
Puis dans un second temps le falsificateur -ou prétendu tel- s'est dévoilé dans les termes suivants à travers un autre article, dûment signé cette fois :
Voilà : je suis l'auteur de cette imposture qui est en train de prendre des proportions énormes. J'en frémis d'horreur. Et d'aise. Je n'en suis pas à mon coup d'essai il est vrai : j'avais déjà fabriqué des faux documents littéraires à propos de Maupassant et de Hugo, pour ne parler que des plaisanteries un peu consistantes (publiées sur support papier "authentique", donc)... Bien entendu mes potacheries n'avaient jamais marché, du moins pas au point de déranger les cercles officiels. Jusqu'à ce que je m'essaye à un "faux Rimbaud". Cette fois la supercherie a été prise au sérieux, trop. Beaucoup trop, à hauteur inconsidérée de la folie furieuse des médias souvent prompts à s'emballer à la moindre alarme littéraire !
Les seuls responsables sont les "spécialistes" crédules relayés par les journalistes pressés de vendre de l'information et non l'auteur de cette malicieuse falsification. Je ne me considère pas comme un faussaire au sens judiciaire du terme mais comme un aimable gredin qui a ouvert sa cage à plumes que le vent médiatique a emporté plus haut que prévu. La blague sera de toute façon utile : elle permettra de remettre les pendules à l'heure chez les prétendus spécialistes de Rimbaud.
Pour la partie strictement littéraire la rédaction du texte "à la Rimbaud" fut l'étape la plus facile et la plus plaisante de l'entreprise. Un peu plus complexe -mais à la portée de tout bon faussaire un peu habile- fut de confectionner un faux matériel sur vieux papier. Le faire entrer ensuite dans un circuit classique afin de lui donner la "patine onirique" nécessaire à sa crédibilité (grenier de particulier, bouquiniste, antiquaires) à travers un protocole plausible ne demande pas une grande imagination, au contraire ! Découvert par un cinéaste sur les traces de Rimbaud (comme le hasard fait bien les choses, n'est-ce pas ?) le document fut fatalement récupéré "dans les règles de l'art". La presse n'avait plus qu'à prendre le relais.
Et voilà comment un gentil farceur se retrouve avec une méchante affaire sur les bras !
Raphaël Zacharie de Izarra »
DIGUE DONDON
DIGUE DONDON
« Quand ce jeune homm’ rentra chez lui,
Quand ce jeune homm’ rentra chez lui;
Il prit à deux mains son vieux crâne,
Qui de science était un puits !
Crâne
Riche crâne,
Entends-tu la Folie qui plane ?
Et qui demande le cordon,
Digue dondaine, digue dondaine,
Et qui demande le cordon ;
Digue dondaine, digue dondon ! »
(Jules Laforgue, Complainte du pauvre jeune homme in Les Complaintes et les premiers poèmes in Poésie/Gallimard)
Pour évoquer la folie, quoi de plus adéquat, quand on veut faire dans le poétique turbulent, que la fantaisiste chanson puisque dans une chanson, c'est le rythme et la mélodie, ce que l'on appelle aussi "l'air", qui prédominent sur le contenu, lequel est parfois insignifiant.
La chanson est ainsi une manière d'esquiver la raison, de la soumettre aux fantaisies du rythme. D'où les fatrasies médiévales qui sonnent comme des cadences, d'où les textes drolatiques de Frank Zappa, ou si étranges de Léonard Cohen, de Bob Dylan, de Jim Morrison, jusqu'au kobaïen, cette langue inventée par ces fous furieux du groupe Magma (l'un des plus inventifs parmi les groupes pop/rock français de la décennie 70).
Et ces "airs de la Folie" que l'on entend dans certains opéras : celui du Platée de Rameau est un bijou, je vous le conseille ; d'ailleurs, Platée est une merveille de fantaisie baroque.
La folie, en voilà un sujet grave. Ici, elle « plane » comme un oiseau de proie, une chauve-souris, une maladie, un vampire suceur de raison.
C’est un état menaçant que celui de l’être « fou ».
Selon Laforgue, on peut « l’entendre », la folie, passer au-dessus de soi.
D’ailleurs, le français tel que ça se cause dit bien : «Il souffle un vent de folie ».
Le vent, on l’entend, c’est même ce que l’on entend le plus une fois que l’on se retrouve le bec cloué, tout seul, chez soi, avec son « vieux crâne ».
Lequel est peut-être, selon la mode des étudiants de la fin du XIXème siècle, quelque tête de mort dérobée par un carabin facétieux, et sur laquelle le narrateur médite, plagiant Hamlet, à propos de la vanité du savoir face à la Bouche d’ombre qui tout avale.
Ce qui donne à penser qu’il s’agit ici plus de mélancolie, de doute existentiel, que de perte de la raison.
Le vent… C’est que cela me fait penser à ce que les visiteurs du passé que sont les héros du téléfilm Les Langoliers (USA, Tom Holland, 1995, d’après une nouvelle de Stephen King) entendent : ce bruit lointain qui ne cesse de se rapprocher, ce bruit de grignotage, d’émiettement de tout ce qui fut.
L’entendre on peut donc, la folie.
Comme dans Baudelaire :
« Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que les esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement. »
(Baudelaire, Spleen, Les Fleurs du Mal, pièce LXXVIII)
Du coup qu’ça sonne et retentit, le refrain de la chanson, comme une imitation de cloches : Digue dondaine, digue dondon !
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 mai 2008
20 mai 2008
OH ! MAIS C'EST QUE
OH ! MAIS C'EST QUE
"Oh ! Lorsqu'au dehors, memento des morts,
Pleure et beugle la bise"
(Jules Laforgue, Apothéose)
Oh ! Mais c'est que j'aime ça, moi le rock
Lorsqu'au solo la guitare évoque des
Dehors indicibles dans des villes invisibles
Memento des saisons passées, les corps
Des jeunes filles y traversent le temps des
Morts ; irait-on dans ce passé que
Pleure une guitare nostalgique
Et l'on verrait qu'il n'y a plus rien qui passe et
Beugle, pas même entre les cités fantômes
La vache d'un pré sans fin où la
Bise chatouillait jadis narines et feuillages.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 mai 2008
