18 août 2008
AH LES FAUSSAIRES !
AH LES FAUSSAIRES !
(A propos du grotesque appel en faveur de Philippe Val)
Un détail me chiffonnait quant à la très instructive affaire Siné-Val (où l’on voit le petit Paris des gens qui croient que l’on s’intéresse réellement à ce qu’ils disent régler leurs comptes sur la blogosphère tandis que l’on s’aperçoit que la presse qui se paie ne sert plus guère qu’à une chose : faire rire d’elle sur Internet), un détail me chiffonnait donc. J’ai pris le temps de vérifier et voilà maintenant que je m’aperçois que les signataires en faveur de Philippe Val ont signé un texte non seulement grotesque (ce que l’on savait déjà), mais je m'aperçois aussi que les rédacteurs dudit texte se sont comportés comme des faussaires.
En effet, voici un extrait du fameux appel « Pour Philippe Val, Charlie-Hebdo et quelques principes » publié par le journal Le Monde (daté du 31 juillet 2008) et tel qu’on peut encore le trouver sur Internet (je fais du copié-collé, comme cela nul ne pourra m’accuser de manipuler les foules) :
"Le 2 juillet 2008, enfin, il y eut cette fameuse phrase sur la prétendue conversion de Jean Sarkozy au judaïsme afin d'épouser "sa fiancée juive", cela étant supposé lui permettre de "faire du chemin dans la vie"." (Pour Philippe Val, Charlie-Hebdo, et quelques principes)
Et voici maintenant la phrase exacte telle qu’on a pu la lire dans le Charlie-Hebdo du 2 juillet 2008 :
« Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de DARTY. Il fera du chemin dans la vie, ce petit. » (Siné)
Vous ne remarquez rien ?
Mais si… Allons… Regardez bien… Bon sang, mais c’est bien sûr ! Dans l’appel en faveur de Val, ils l’ont virée, la virgule que Siné avait pris grand soin de placer entre le mot « fiancée » et l’adjectif « juive » !
Et alors, ça change quoi ?
Eh bien tout (ou presque) :
En effet, si j’écris la phrase telle que la supposent les rédacteurs de l’appel en faveur de Val, voici ce que cela donne :
« Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée juive et héritière des fondateurs de Darty. »
Où l’on voit qu’ici l’adjectif « juive » serait employé pour désigner une essence, soulignant ainsi le caractère forcément juif d’une éventuelle fiancée de Jean Sarkozy, ainsi, par ailleurs, qu’une supposée « nature juive » des héritiers des fondateurs de Darty.
MAIS CE N’EST PAS CE QUE SINE A ECRIT !
Au contraire, Siné a pris soin d’utiliser l’adjectif non en épithète (laquelle épithète sert souvent à désigner la qualité principale d’un objet, - par exemple : un philosophe prétentieux ; un directeur de journal arriviste, un chroniqueur ennuyeux, un dessinateur talentueux -, et donc l’essence même d’un objet), mais en apposition (on dit aussi « épithète détachée ») laquelle sert à indiquer la qualité existentielle d’un objet (c’est-à-dire non naturelle, mais purement culturelle, par exemple : un philosophe, beau comme une pub pour un après-rasage,… ; un directeur de journal, malin, un peu autocrate (dit-on),… ; un chroniqueur, ennuyeux comme la censure,… ; un dessinateur, talentueux comme Siné,…).
J’ajoute, qu’en outre, Siné a pris soin de mettre la marque DARTY en majuscules, ce qui exprime bien son intention de mettre l’accent non sur la judaïté de la demoiselle, mais sur l’importance que l’on peut supposer à la dot de ladite demoiselle et ne fait qu’illustrer la très populaire expression selon laquelle « l’argent va à l’argent ». Ceux qui y voient de l’antisémitisme feraient bien de relire leurs cours de philosophie de terminale avant de prendre la plume pour démolir des gens de talent.
On me dira : «Mais, mon bon Monsieur Houzeau, pourquoi diable Siné a-t-il employé cette épithète détachée, soulignant ainsi la judaïté de la supposée fiancée de Monsieur Sarkozy Junior ? »
Eh bien, voyez-vous, si Siné ne l’avait pas employée, cette épithète détachée, on aurait pu l’accuser de suggérer au lecteur l’idée selon laquelle évidemment, elle ne peut être que "juive", la fiancée de Monsieur Sarkozy Junior et par ailleurs héritière des fondateurs de la marque d’électro-ménager bien connue. Ainsi, si l’on enlève l’épithète détachée, nous lisons :
« Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, héritière des fondateurs de DARTY. Il fera du chemin dans la vie, ce petit. » (d’après Siné).
Il va de soi que le lecteur, dès lors, ne peut que penser que la dite héritière est « forcément juive » puisque Jean Sarkozy serait prêt à « vouloir se convertir au judaïsme avant de l’épouser ». Le caractère implicite, suggestif, d’une telle phrase pourrait effectivement être assimilé à de l’antisémitisme latent, et même rampant.
MAIS CE N’EST PAS CE QUE SINE A ECRIT ! Et, en conséquence, le procès d'antisémitisme qui est fait à Siné, dessinateur de talent, aimant le jazz et les chats, par des gens dont on peut légitimement se demander s’ils n’ont pas cherché à se débarrasser d’un employé de manière à ne pas être obligés de lui verser des indemnités de licenciement, ou de rupture de contrat, par exemple, ne peut être considéré, en l'occurrence, que comme nul et non avenu.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 août 2008
LA GRANDE BÊTE ET LE REPAS APPARU
LA GRANDE BÊTE ET LE REPAS APPARU
Note sur Les Sept Châteaux du Roi de la Mer in Le Grand Nocturne , Jean Ray, Editions Labor, 1984, p.61 à 72)
Dans la nuit fantastique, certains êtres du dehors se mettent à remuer d’une vie inhabituelle (cf «les hautes rafales qui menaient folle vie au-dehors») et l’on y entend meugler de grandes créatures rêvées, de ces créatures que l’on suppose à la vaste nuit océane (cf «Un meuglement arriva de loin, comme une plainte de grande bête marine»).
L’allusion fantastique est ainsi de nature périphrastique et métaphorique ; elle suppose la nuit des objets, le trouble nocturne des étants qui, soudain, permet, sinon engendre, la manifestation de quelque «minuscule bestiole des ténèbres».
L’allusion fantastique n’est cependant pas coupée des nécessités du réel ; c’est ainsi que le texte de Jean Ray multiplie les descriptions de repas copieux, et même surabondants :
«Des petits pains poudrés de farine bise, une tourelle de beurre jaune, de longues tranches de saumon fumé luisant d’huile rose, des buissons de crevettes fraîches, des ailerons de raie en gelée, des fromages largement tranchés, des régimes de saucisses, des plies frites, tout cela apparut comme au toucher d’une baguette de fée.»
Merveille donc que ce repas apparu.
Festin d’autant plus merveilleux qu’il favorise la révélation :
«- Mangez, mangez et mangez encore ! ordonna Bjorn… Cela pousse aux confidences. Ventre rempli n’a plus de secret.»
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 août 2008
CIRCULEZ ! Y A RIEN A VOIR !
CIRCULEZ ! Y A RIEN A VOIR !
Quelqu’un vient de me dire que l’on aurait, dans le secret de je ne sais quel laboratoire, réussi à rendre «invisible» un objet.
Je me demande si l’adjectif «invisible» convient bien ici, et si l’adjectif «translucide» ne conviendrait pas mieux.
Nous ne voyons pas la réalité telle qu’elle est. Les objets sont des monstres ignorés. Nous pressentons bien qu’il y a quelque chose derrière les choses mais nous sommes bien en peine de définir ce pourquoi de l’étant sur lequel nous basons pourtant bien des métaphysiques, des religions, des croyances, des mystères.
Il nous semble ainsi que ce pourquoi de l’étant ne cesse de se manifester à nous, et nous lui avons même trouvé une catégorie d’être : celle de l’apparaître. Catégorie fort curieuse en cela qu’elle est fort proche de celle de «l’apparition». Comme les surréalistes l’avaient pressenti, cette manifestation de l’être dans le visage, cette convulsion de la beauté, cet inconscient structuré par la langue qui déploie soudain féeries et légendes, fantômes et images étranges, qui fait parler les morts et pare la sexualité de pouvoirs secrets, semble constituer un faisceau de preuves qu’il y a bien quelque chose derrière les choses, que l’humain pressent et dont il est peut-être le secret animateur.
Et soudain, voilà l’invisibilité qui flanque le palais merveilleux par terre.
Nous ne voyons les choses que par les couleurs, les formes et les dimensions qu’il nous est possible de percevoir. Tout ceci n’est que pur jeu d’optique et rien n’est vraiment comme il a l’air d’être. Que l’on passe dans l’au-delà de cette illusion nécessaire, et l’on devrait voir ce qui est, c’est-à-dire comment cela est en réalité. Et voilà-t-il pas que l’on nous annoncerait qu’il n’y a rien à voir que pure translucidité, que - avouez quand même que c’est bête – qu’il n’y aurait rien d’autre à voir que du connu, du déjà vu, ces objets que nous voyons à travers l’invisible.
D’où vanité de toutes les tentatives artistiques et religieuses. Dieu est mort et c’est l’être invisible qui l’a tué. Dès lors, tous les arts ne renvoient qu’à eux-mêmes, ce que d’ailleurs la musique nous apprenait déjà, combinaison de signifiants sans signifiés autres que la maîtrise du compositeur, la subtilité de l’interprète, l’intelligence de l’auditeur. Dès lors, il n’y a rien à chercher véritablement qui ne soit déjà là, et l’envers des choses, le «par-delà le miroir» ne conduit à rien d’autre qu’à ce reflet de nous-mêmes qui tantôt nous émerveille, tantôt nous épouvante, nous séduit ou nous dégoûte.
Ceci dit, qu’est-ce qu’un objet qui est là sans que l’on puisse le voir ? Un objet parallèle, j’entends parallèle aux objets visibles. Et je me demande si c’est avec une «clé de verre» que nous pourrions, quelquefois, ouvrir l’univers parallèle des étants invisibles.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 août 2008
