23 décembre 2008
TOUT DE MÊME BIEN VIFS
TOUT DE MÊME BIEN VIFS
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Cette réplique :
« Ou bien, nous demeurons encore trop vivants pour être morts, ou bien nous sommes trop morts pour être encore en vie. »
que l’on trouve au troisième acte de La Balade du Grand Macabre de Michel de Ghelderode, je l’aime bien (cf folio, p.145). Ah paradoxe ! Etre ni morts ni vivants, à la fois morts et vivants... superposition d’états à la manière du chat de Schrödinger dans son opaque boîte, qui l’est, le matou, mort et vivant. Paradoxe du personnage de théâtre dans la bouche duquel le dramaturge place cette réflexion sur l’état de mort. C’est que Ghelderode est mort lui aussi ; et le personnage n’est vif que dans la bouche de l’acteur bien vivant qui l’interprète sur scène.
C’est que la mort, on en a plein la tête, plein les jours, plein les nuits, plein les histoires de suicides, de morts subites que l’on raconte, d’accidents effroyables, de faits divers incroyables - y en a même qui s’en font une spécialité, dans les familles, de ces morbidités, de l’emploi du présent de narration pour être plus terrible encore dans le macabre de l’évocation -.
Ah oui, je l’aime bien, cette réplique qui rappelle que nous sommes mortels, tellement mortels que, vifs, nous nous demandons parfois si nous ne sommes pas déjà morts. D’ailleurs, il y en a des politiques qui se chargent de nous la suggérer, cette idée que nous serions déjà un peu morts, déjà, un peu enterrés par les banques internationales, les grandes écoles, les ministères prétentieux, les pays émergents, les conseils d'administrations, les patrons délocalisateurs, les spéculateurs internationaux (ceux qui ont fait les grandes écoles), la crise internationale. Oui, mais voilà, nous sommes tout de même bien vifs, et si la colère nous prend, le coup de pied au cul que certains risquent de se manger, ce sera pas celui d’un fantôme, sais-tu, ministre ?
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 décembre 2008
OU MILLE DIABLES BLEUS
OU MILLE DIABLES BLEUS
Rimbaud remix
Où mille diables bleus dansent dans l’air (Plates-bandes d’amarante jusqu’à…) – Arrivée de toujours, qui t’en iras partout (A une raison) – des boulevards de cristal habités incontinent par de jeunes familles pauvres qui s’alimentent chez les fruitiers (Métropolitain) – Des erreurs qu’on me souffle, magies, parfums faux, musiques puériles (Nuit de l’enfer) – La jeune maman trépassée descend le perron (Enfance II) – Et l’infini terrible effara ton oeil bleu ! (Ophélie II)
Voilà à la fenêtre gigue d’enfer, là où mille diables bleus dansent dans l’air ! Quelle équipée sauvage alors, cette parade de soldats dans le labyrinthe.
Arrivée de toujours, qui t’en iras partout. Quel bel alexandrin ! – c’est du Rimbaud - ; ça souffle sur les braises, cette raison-là, lance des reflets de flammes, des joailleries inouïes le long des boulevards de cristal habités incontinent par de jeunes familles pauvres qui s’alimentent chez les fruitiers.
Dans Le Labyrinthe de Pan, de Guillermo del Toro, le capitaine franquiste est traité « d’assassin », de « fils de putain », par le vieil agriculteur dont il vient de tuer le fils. Cela fait toujours plaisir à entendre qu’une brute à galons soit appelée « fils de putain ». Cela fait d’autant plus plaisir que c’est probablement faux, mais on n’est jamais assez injurieux avec les brutes galonnées, les trop zélés ronds-de-cuir, les trop polis pour huissiers de justice et ces administrateurs judiciaires qui aiment à faire trembler. Quant aux spéculateurs, que les mouches leur sortent de la bouche ! Ah, crapauds des banques et des commerces d’argent blanchi, qu’Ophélia, celle dont l’infini terrible effara l’œil bleu, vous donne « trois pierres d’ambre magique » et, comme le crapaud du Labyrinthe, vous en vomirez votre foie, votre estomac, votre ventre !
C’est qu’ils nous en ont fomentées, les très diplômés, des erreurs : magies frelatées, probabilités couillonesques, parfums faux de froides féeries, musiques puériles : j’ai pensé qu’il en avait prises, de ses phrases, de ses énigmes, de ses illuminations, le Rimbaud, dans des livrets d’opéras vieux, des romans de nos aïeules :
« C’est elle, la petite morte, derrière les rosiers. – La jeune maman trépassée descend le perron. – La calèche du cousin crie sur le sable. – Le petit frère - (il est aux Indes !) là, devant le couchant, sur le pré d’œillets. – Les vieux qu’on a enterrés tout droits dans le rempart aux giroflées. » (Arthur Rimbaud, Enfance II) et de la même enfance : « L’essaim des feuilles d’or entoure la maison du général. Ils sont dans le midi ». Et cela encore, de fameux : « Des bêtes d’une élégance fabuleuse circulaient. ».
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 décembre 2008
"Je suis le seigneur du château"
"Je suis le seigneur du château"
J'emprunte au cinéaste Régis Wargnier ce titre qui fait rêver.
Je - ce truc sans moi quand je n'y serai plus -
Suis cette langue que je vous tire quand
Le sable de la nuit aura passé mon corps ;
Seigneur, ô bouc chantant, voici les mille coups
Du théâtre hanté : ce sont les ombres du
Château là-bas au bout du labyrinthe.
Le chien que j'ai dans la gueule vomit un
Sable noir comme un poing ganté.
De sable les châteaux, de sable les syllabes ;
La ville déplie ses labyrinthes et la
Nuit avec ses sabliers
Passe comme cheval fantôme
Le long de la mer où gémit le sable le
Long de la mer où gémit le sable le long
Des cavaliers qui s'effondrent sous la pluie
Corps désarticulés de pantins démontés.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 décembre 2008
