24 décembre 2008
REVENANCE
REVENANCE
« Le jadis définit le domaine qui précède l’apparition du spectateur dans le visible.
Or, pour qu’il se souvienne, il faut qu’il succède. »
(Pascal Quignard, Sur le jadis, folio, p.161)
Le souvenir ? De la revenance, de l’être qui n’a plus de lieu : le passé n’existe pas, il est dans ce dont nous nous souvenons ; il est par ce que nous nous souvenons.
L’Histoire, une ontologie donc, qui donne toit et loi à ce qui n’existe plus et que le commentaire bâti sur le persistant (le document) retrouve, de la même manière que l’enquêteur retrouve l’enchaînement des événements.
Le souvenir, cette revenance, cette tentation de la synchronie, il est que la diachronie des générations lui est nécessaire. L’Histoire est d’ailleurs ce qui se transmet, ce qui s’enseigne.
C’est sans doute là sa fin. Il n’y a pas d’autre « fin de l’Histoire » que l’éternel retour des souvenirs, des persistances dans l’être, des commentaires.
C’est que la littérature n’en a pas fini d’agiter ses fantômes, et que nous, « spectateurs apparus dans le visible », n’en avons pas fini d’être perplexes, songeurs, problématiques.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 décembre 2008
"JE NE COMPRENDS"
« JE NE COMPRENDS »
Comprendre : saisir du sens. Ce que l’on comprend peut aider. Comprendre, c’est prendre avec, s’accompagner du réel.
La compréhension est son propre objet, cf « comprendre qu’il n’y a rien à comprendre » :
« PORPRENAZ
Je ne comprends.
VIDEBOLLE
Ni moi. Il faut comprendre…
PORPRENAZ
Qu’il n’y a rien à comprendre…
VIDEBOLLE
Et se contenter de comprendre…
PORPRENAZ
Que rien n’est compréhensible. »
(Michel de Ghelderode, La Balade du Grand Macabre, folio, 2002, p.144)
Porprenaz et Videbolle en tout cas, - leurs patronymes ivrognesques n'affirment-ils pas leur connivence ? -, se comprennent vu que chacun finit les répliques de l’autre.
Les humains ont en commun cette humilité devant la compréhension. Les humains « se contentent de » ; ils constatent que le réel est quelque chose qui échappe radicalement à la compréhension. Non seulement, on ne peut pas tout comprendre, mais, en fin de compte, comment être sûr qu’il y a quelque chose à comprendre ? Nous inventons peut-être, à chaque instant, les objets si variés de nos lucidités.
Cependant, nous avons besoin de croire à la compréhensibilité du réel pour ne pas penser que nous sommes d’absurdes animaux savants. L’être est quelque chose qui se comprend, et dont nous sommes le saisissement.
Qu’il n’y ait rien à comprendre est quelque chose qui se comprend.
L’invention de la compréhensibilité (et donc celle de l’incompréhensibilité) est fondatrice : elle détermine l’ensemble des humains vivants. Les morts, eux, c’est sûr, n’ont plus rien à comprendre. Le mort ne comprend plus rien ; le vif ne comprend jamais tout à fait. Il y a bien du mystère là-dedans…
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 décembre 2008
