BLOG LITTERAIRE

Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

27 décembre 2008

BAZAR DU GRAND TOUT

BAZAR DU GRAND TOUT

« la stratégie balzacienne, on le sait, consiste à colmater toutes les brèches et à bourrer de sens l’espace ainsi obturé jusqu’à lui faire englober le Grand Tout. » (Lucien Dällenbach, Claude Simon, Seuil, collection « Les Contemporains », 1988, p.121).

J’aime bien cette idée de Balzac en maçon, bâtissant, bouquin après bouquin, cette espèce de grand bazar du « Grand Tout » qu’est La Comédie Humaine. Les maisons, comme les bouquins, ont ainsi vocation à « bourrer de sens » cet « espace » où les humains tirent les satisfactions de leurs besoins vitaux : territoires de chasse, de cueillette, terrains cultivés.
La maison, c’est le jaillissement de la polysémie dans l’univers de la domestication de la nature. Tentation de la synchronie que la demeure, du retour sur soi face à la diachronie qui court à notre perte. La maison, c’est la provisoire mise en parenthèses de la rareté naturelle.
Mais l’on sait qu’il faut beaucoup travailler pour demeurer, qu’il faut bosser dur pour se payer cet apparaître de la synchronie que nous dénonçons d’ailleurs en y introduisant la fatalité de la reproduction.
L’argent a ainsi pour fonction l’achat non pas de simples produits de consommation, mais de procurer le charme synchronique qu’évoque le bel objet.
L’argent servant aussi à élever ces diachronies fatales que sont les rejetons, nous pouvons donc lui assigner une double fonction :
-          synchronique : la création des patrimoines.
-          diachronique : la transmission des patrimoines.

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Balzac a, dit-on, toute sa vie manqué d’argent. C’est que, peut-être, pour lui, la quête incessante de l’argent avait fini par se confondre avec cette synchronie du « Grand Tout », ce bourrage de sens que lui attribue Lucien Dällenbach.

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Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 décembre 2008

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ITALIQUES DE L'AUJOURD'HUI

ITALIQUES DE L’AUJOURD’HUI

« Il importe toutefois de ne pas perdre de vue la perspective qui est la nôtre et d’interroger, sur la base des quelques considérations qui précèdent, la signification que peut revêtir aujourd’hui – c’est-à-dire à une époque où l’on se veut et se sait créateur d’Histoire et où il ne viendrait à l’idée de personne de soutenir sérieusement avec Anaxagore que l’homme est né pour contempler le soleil, la lune et les étoiles – une conception de l’Histoire qui valorise le mythe de la périodicité cyclique, voire de l’éternel retour. » (Lucien Dällenbach, Claude Simon, Seuil, collection « Les Contemporains », 1988, p.137)

J’aime les phrases. Elles brassent le langage, les phrases, le mettent en phases, en cycles. Elles sont ainsi leurs propres fantômes (1). Elles en reviennent toujours , aux italiques de l’aujourd’hui, à l’Histoire et à ses spectres agités. Telle cette période de Lucien Dällenbach que je tire d’un livre sur Claude Simon, grand créateur de phrases pour sûr. On y voit apparaître, dans cette période, l’évocation (c’est-à-dire la figure fantôme) d’Anaxagore et de l’être humain condamné à la contemplation d’un cosmos dont la réalité dépasse son entendement et la vision qu’il s’en fait (2). Je trouve d’ailleurs Dällenbach très optimiste dans sa volonté d’une humanité « créatrice d’Histoire ». C’est qu’avant tout, l’humain est un créateur de fictions. Il les appelle richesses, patrimoine de l’Humanité et ne cesse de spéculer sur leurs pouvoirs supposés. Qu’un spéculateur indélicat mette le système en cause et voilà notre humain voué à la contemplation navrée de ses propres phrases, de ses illusions perdues. Vous me direz que ces débâcles, c’est de l’Histoire aussi. Sans doute, l’histoire infinie de ce doigt, qu’avec constance et une foi inébranlable, l’Homme se met dans l’œil.

(1)     C’est de la revenance, les phrases, l’éternel retour d’elles-mêmes, de génération en génération et de bouche en bouche.

(2)     Les phrases, de la contemplation aussi, du microclimat ; le lecteur y passe, s’y arrête parfois, un vague goût de synchronie à l’âme.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 décembre 2008

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LES CHIENS, AVEC LEURS BONNES TÊTES DE CHIENS

LES CHIENS AVEC LEURS BONNES TÊTES DE CHIENS

Les chiens, avec leurs bonnes têtes de chiens… Ce cousin du loup (on l’entend parfois rappeler, ça, dans les émissions animalières) fait ainsi bonne figure avec sa gueule de « meilleur ami de l’homme ». Mais qu’il grogne ou qu’il montre les dents et nous voilà face à cette évidence du danger que représente tout être vivant.
C’est que nous vivons dans des drames à venir.
« La vie est belle à proportion qu’elle est cruelle. »
« La vie n’est belle qu’à proportion qu’elle est cruelle. »
Je cite ici de mémoire le Pascal Quignard de Tous les matins du monde. Et cette phrase est elle-même, dans son élégance toute classique, belle à proportion qu’elle est lucide, d’une lucidité de blessure.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 décembre 2008

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A PROPOS DE LA CHANSON ZOMBIE

A PROPOS DE LA CHANSON ZOMBIE

La chanson Zombie des Cranberries, sortie il y a déjà quelques années, s’entend encore assez souvent ; Le clip l’accompagnant, on le voit encore sur les chaînes qui diffusent des clips musicaux en continu. Elle évoque, cette chanson, la violence avec la voix douce d’une chanteuse. On y voit, dans le clip, une immense croix de bois, emblème christique de cette violence qui gouverne le monde. On y voit des images en noir et blanc d’une Irlande pauvre et patrouillée d’hommes en armes. On y voit des visages d’enfants. C’est du rock, un lointain héritage des punkeries de la fin des années 70, comme en témoigne la rythmique lourde et saccadée à la façon des marches militaires : de la violence stylisée donc. C’est même assez kitsch, surtout ces anges dorés avec leurs arcs ; quant aux paroles, il n’est pas certain que ce soit de la haute poésie. Pourtant, cela s’écoute avec plaisir et colère. C’est aussi du commerce, sans aucun doute, et le tribut de la démocratie puisque la liberté d’expression n’est possible que grâce aux lois du marché. L’évocation de la violence doit être aussi rentable que la lessive, les matchs de foot, l’essence et l’épicerie. Il y a tout de même quelque chose de plus, quelque chose comme un poing levé, une révolte latente, une colère qui pourrait éclater.

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 27 décembre 2008

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"JOURNAUX DU TEMPS"

« JOURNAUX DU TEMPS »

« - Vous l’aurez probablement lu dans les journaux du temps. » (Agatha Christie traduit par Claire Durivaux, Mon petit doigt m’a dit, Club des Masques, p.109).

Comprendre : dans les journaux de ce temps-là, de cette époque-là à laquelle nous nous référons maintenant. Quand bien même il s’agit là d’une traduction littérale un peu désuète, la généricité du complément de nom « du temps » est formidable. Voici que les journaux ne sont plus seulement datés, mais qu’ils relèvent de cette immense masse du passé, cette immense masse qui n’existe que parce que nous y puisons les éléments dont nous sommes la cause.
-          Comment ça, la cause ?
-         Eh oui, la cause, en ce sens que, nous vivants, sommes les contractants de ce temps auquel dont donnons tout son sens.

D’ailleurs, peut-être que les extra-terrestres qui, à ce qu’on dit, circuleraient allègrement et régulièrement au-dessus de nos têtes dans des chars dorés et d’énigmatiques cylindres, ne conçoivent pas le temps de la même façon que nous. D’où, sans doute, cette curieuse absence de communication entre eux et nous.

Et d’abord, d’où vient que nous nous intéressons tant au passé, au point de vouloir faire la liste la plus complète des éléments et des événements qui le composent ? Pour éclairer le présent ? Oui, mais pas seulement, et la réponse se trouve peut-être dans les romans policiers, puisque le passé, qui intéresse tant les enquêteurs, est aussi ce qui est rempli de douleurs : « Vous l’aurez probablement lu dans les journaux du temps. Cela se passait, voyons… il y a environ vingt ans. Une série de meurtre d’enfants. » (Agatha Christie traduit par Claire Durivaux, Mon petit doigt m'a dit, Librairie des Champs-Elysées, collection « Club des Masques », p.109).

Et la douleur est aussi ce qui éprouve la persistance à être. D’où notre fascination et notre volonté de comprendre ce qui a bien pu se passer et comment les gens ont fait avec cette douleur, comment ils s’en sont sortis.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 décembre 2008

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