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Notes et commentaires de quelques pages célèbres (ou non!), coups de plume et fantaisies diverses...

11 janvier 2009

« SUR LE CHEMIN DE LA MORT »

« SUR LE CHEMIN DE LA MORT »
(Notes sur un poème d’Henri Michaux tiré de « L’Espace du dedans », Gallimard, 1966).

« La Mort » : Elle porte une majuscule. C’est que c’est un être considérable que la Mort. Dans le poème, on la trouve au bout de son « chemin », c’est-à-dire que, tous, nous cheminons vers la Mort et que la Mort est elle-même un chemin. Ce qui apparaît donc, la Mort, au bout d’un « chemin », sous la forme d’une « grande banquise d’ouate ». La Mort est ce qui « ensuite », prend dans « l’Opaque ». L’essence de la Mort n’est donc pas dans son opacité, cette occultation de l’au-delà, mais dans la prise des vivants qu’elle enlève de ce monde dont nous sommes les dérisoires passants.

« l’Opaque » : C’est le dernier mot du poème (cf « Ensuite, elle fut prise dans l’Opaque »). Que peut-on dire d’ailleurs après l’Opaque ? L’horreur de la mort est sans doute la limite de la poésie, et en particulier de la grande menterie poétique des producteurs d’ennui versifié et de leurs maisons d’édition spécialisées.

« Elle voulut parler » : Litote. La mère n’a pas pu « parler ». C’est que « il était déjà tard », explique le texte qui fait ici l’économie du mot « trop » de sorte que les deux vers « Elle voulut parler » / « Il était déjà tard » constituent un alexandrin dont la concision est émouvante assez, pour nos yeux pleins de lecteurs mortels.

« Elle » : Le pronom a pour référent « ma mère sur le chemin de la Mort » et rythme ici une chronologie de l’ultime :
-          « Elle voulut parler »
-          « Elle nous regarda »
-          « elle pleura »
-          « Elle eut alors ce gracieux sourire de toute jeune fille qui était vraiment elle »
-          « elle fut prise dans l’Opaque. 

« toute jeune fille » : la mère mourante laisse apparaître ce qu’elle n’a jamais cessé d’être : une « toute jeune fille ».
Peut-être aussi une ultime coquetterie ?
Il est que la Mort révèle ce qui est vraiment. Tout finit par se savoir et, souvent, la Mort délie les langues.
Aussi, on a beau dire, nous ne sommes jamais que d’anciens jeunes, et vu que l’on ne peut pas être et avoir été, peu à peu, saison après saison, notre sourire se fige tandis qu’une agitation d’ombres se fait en nous. Pourtant, nous retrouvons parfois ce sourire « presque espiègle », ce sourire derrière le masque, ce sourire du chat qui a tout saisi du manège des souris.
Ici, la mère ne comprend pas sans doute que ses fils lui mentent quand ils lui disent qu’ils « comprennent bien » (cf « Nous lui dîmes – mensonge vraiment absurde - que nous comprenions bien. »). C’est donc un sourire de connivence peut-être avec ses rejetons, qu’elle a, la mère, juste avant que l’Opaque la saisisse et la fourre dans son grand sac de nuit.

« une grande banquise » : La Mort a la réputation d’être froide, glaciale même. La banquise, c’est du temps arrêté, le gel du temps, l’espace qui ne conduit plus nulle part, aporie.
L’expression apparaît deux fois dans le poème :
-          « Ma mère rencontra une grande banquise »
-          « Une grande banquise d’ouate »
L’ouate, c’est ça qui bouche la vue, c’est du brouillard dans lequel se paume l’horizon. Perdue la ligne, perdu le fil. La mère ne peut donc plus rien voir au-delà de ce temps gelé, de cet espace bouché. C’est ainsi que le groupe « une grande banquise d’ouate » peut apparaître comme l’attribut de l’impersonnel « il était déjà tard » :
« Il était déjà tard,
    Une grande banquise d’ouate. »

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 janvier 2009

Posté par patricehouzeau à 19:04 - DE LA NUIT QUI REMUE - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

encore un bien bel article...

un pavé dans un chemin de boue

Posté par nicolas vasse, 11 janvier 2009 à 22:55

jury du Prix Edgar Faure 2009

jury du Prix Edgar Faure 2009 constitué par Rodolphe Oppenheimer - Président de l'Association Edgar Faure

Monsieur Roland Dumas
Monsieur Jean-François Copé
Madame Elisabeth Guigou
Monsieur Olivier Dassault
Monsieur Gilles Catoire
Madame Corinne Lepage
Monsieur Yves Jégo
Madame Isabelle Debré
Monsieur Paul Lombard
Madame George Pau-Langevin
Madame Viviane Neiter
Monsieur Francis Bouvier
Monsieur Gonzague Saint Bris
Madame Marie-Christine Tarby-Maire
Monsieur Thierry Saussez
Monsieur Rodolphe Oppenheimer

Posté par Klebert, 17 janvier 2009 à 12:13

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