UNE POURSUITE ONTOLOGIQUE
Notes sur Blade Runner, de Ridley Scott (1982)

1.
Blade Runner... le film de Ridley Scott... la beauté de l'inhumain qui malgré tout fascine comme s'il était humain... Ce qui tisse nos rapport aux autres, c'est la part d'inhumanité (ou d'humaine saloperie) qui traîne en eux, et dont il faut se garder... je pense quelquefois que ce sont de très vieux crabes qui vivent dans tous ces crânes que je croise... que veulent ces crabes-là ? Vous pincer évidemment.

2.
La beauté de l'inhumain qui fascine comme s'il était humain... c'est que la beauté relève de l'humain... une manière de s'approprier le réel... nous dessinons des êtres splendides... des fauves magnifiques... les uniformes des armées les plus féroces furent parfois très beaux... Ce qui fascine dans Blade Runner, c'est que les non-humains, les "répliquants", sont en fin de compte plus humains que certains humains, ils sont ultra-humains... plus forts, plus efficaces, plus perspicaces, plus beaux, plus fragiles aussi... c'est cette fragilité qui les rend d'une étrange préciosité.

3.
Sans doute, dans le futur, nous tomberons amoureux et nous vivrons avec des êtres merveilleux et créés de toutes pièces. Peut-être même ignorerons-nous que ce sont de pures consciences artificielles ; peut-être même ces êtres l'ignoreront eux aussi. Et nous nous dirons que, quand même, ils étaient, somme toute, assez médiocres, nos ancêtres.

4.
Si ça se trouve, nous n'avons jamais su que nous n'étions pas des humains. Ainsi je songe que l'humain est une invention de l'humain.

5.
Importance de la musique et des lumières dans Blade Runner. Dans certaines séquences, - celle de la mort de la fille au serpent par exemple -, la musique de Vangelis me fait penser à celle de Pink Floyd (notamment l'album Wish You Were Here). Les lumières sont urbaines, crépusculaires, traversées de pluies et de faisceaux lumineux. La pop sophistiquée et l'obscure clarté des lumières flanquent à cette poursuite ontologique une atmosphère de fin de l'être, c'est-à-dire d'avénement de l'être.

6.
Blade Runner est l'un des premiers films de la mode gothique telle qu'on l'entend actuellement : esthétisme du beau bizarre, rock progressif, lumières sombres, climat orageux, tendu, pluvieux, violence, ambiguité des postures, technologie dépravée, quelques références au folklore sado-maso (le cuir, la souplesse des corps, la beauté vénéneuse), omniprésence de la mort et de la souffrance psychique, interrogation sur le statut de l'humain.

7.
Il est à noter que, comme les humains, les répliquants se débarrassent de leur Créateur, avec cette différence que le créateur des répliquants n'est qu'existence, cependant que le Dieu des humains n'est qu'être.

8.
Le dernier répliquant, Seigneur et Nouvelle créature, avant de mourir, hurle, loup que traque l'humain, loup pourchassé par l'humaine meute. 

9.
Le film semble postuler qu'une conscience artificielle s'humanise au contact de l'humain, est capable d'empathie et sait reconnaître la beauté. Autrement dit, l'humain contaminerait l'inhumain. Mwouais...

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 janvier 2013