SUR CHAQUE CHOSE
De quelques bribes des Poésies d'Henri Thomas.

"Voici les jours où j'aperçois sur chaque chose
la marque obscure du prochain délabrement"
(Henri Thomas, Sésame)

1.
"le moteur fonce dans la nuit" : il court après son tigre.

2.
"le carnet reste dans la boue" : du coup, pour l'appeler, la fille de la véranda, ça va pas être facile, surtout qu'à tous les coups, c'est encore un présent de narration, ça ; le carnet, il est même plus dans la boue, il est retourné au néant, et vous, vous mangez des frites, en buvant une bière, même qu'il pleut.

3.
" j'étais homme, je suis..." : ah non ! je veux pas le savoir, pas de confidences, s'il vous plait !

4.
"l'esprit plein des débris" : miettes du passé tombées des lèvres du Grand Engouffreur de cités. Le Grand Engoulevent quoi. Le croque-tours.

5.
"mon bonheur est couleur de fable" : d'ailleurs, c'est une fable.

6.
"une rue assez tranquille" : no blood today.

7.
"mémoire obscure" : on n'y reconnaît pas grand chose, labyrinthée, la mémoire, on y avance à tatons, entre des demi-visages, qu'on essaie de se visionner entier, ça cauchemarde dans la mirette, picasso l'oculaire.

8.
"la pierre aveugle et douce" : imaginez une pierre avec des yeux et dotée d'un caractère de cochon ; vous n'avez pas fini de la revevoir à la figure.

9.
"la nuit qui meurt" : heureusement, elle râle pas trop. Elle ressasse simplement. Je dis ça parce que des fois, on lit de ces trucs sur la nuit, qu'c'est un ressac, une plus loin, une plus proche, une intérieure, une brûlure, ah bah... non, la nuit, elle ressasse, une vieille, la nuit, une grogne.

10.
"le vieil été" : tout ridé comme un pruneau sec, tout antique, très vieux grec, vieux mur et fromage de chèvre. Fait carte postale, ça comme expression "le vieil été".

11.
"cette flamme qui prend / aux broussailles du langage" : l'inconscient sans doute, le désir qui brûle tout, fout le feu partout, que ça vous fait des poèmes incandescents, tout braiseux, lyriques et inflammables.

12.
"le galop des jours et des nuits" : dadas du temps, manège des heures, on tourne en rond en vieillissant et toutes ces sortes de clichés.

13.
"les vignes du silence" : le vin que l'on en tire lie les langues.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 février 2013