DUKE ELLING, DUKE ELLING, DUKE ELLINGTON

En écoutant une compilation de Duke Ellington And His Orchestra, ces quelques notes, dont j'vous dirai aussi que, comme je suis une poutre en musique, et que j'ai l'ouïe qui s'fane un peu, je confonds tout, mais m'en moque.

1.
"Cool Rock" : Le titre donne le ton de la compilation. Cool puisque le jazz de Duke Ellington est une musique qui mêle cool et puis tout de même pas que cool, drôlement inventive aussi, travaillée, ciselée, gravée, taillée avec le couteau des anges qui n'existent pas, même que l'orchestre à Duke leur fait une jolie joyeuse messe, ironique comme un solo de trompette, qui en raconterait une bien bonne à un saxophone, qui la répéterait, la blague, à toute la section rythmique.

2.
"P.S. 170" : Mystérieux comme le tombeau hindou. Le genre de fantaisie qu'on se dit qu'y aurait moyen de faire une chouette chorégraphie dessus, avec des danseuses, du palais mirifique, d'la jungle à tigre, à fièvre, et Jerry Lewis, parce que j'aime bien Jerry Lewis, et que Jerry Lewis se cadençant la peau et les os en compagnie d'une donzelle dansante sur une musique d"Ellington, ça devrait le faire.

3.
"Don't You Know I Care ?" : ça commence qu'on dirait qu'Aznavour va vous en chanter une, mais c'est le piano qui continue sur sa lancée, avec une diction parfaite qu'on comprend toutes les notes, et qui les répète aussi, ses notes, comme pour vous dire, mais si, mais si l'ami, c'est comme, comme ça, comme ça tu vois, que ça roule, et puis vois-tu, si tu sais tu, si tu comprends ça, t'as tout compris, t'as qu'à t'as qu'à t'as qu'à, t'as qu'à demander au sax, si tu si tu si tu m'crois pas.

4.
"Hi, June" : Le genre de cool balancé comme le balancement du whisky dans le verre ; d'ailleurs, dans les glaçons, si on regarde bien, on voit une blonde au bar, une brune près du piano, belle comme une énigme, et puis l'espion dans les plantes vertes.

5.
"Hi, Jane" : Après quelques secondes de silence, l'orchestre reprend sa sérénade, le whisky dans le verre, le son des glaçons, la blonde au bar, la brune près du piano, l'espion dans les plantes vertes.

6.
"Anatomy Of A Murder" : Intro piano genre atmosphère à mystérieux meurtre mais plutôt crime du pan de mur, polar donc, avec des notes basses - y a du grave dans le groove - et puis les cuivres qui se torturent un peu, qu'ont l'air de gémir, de palabrer mauvaise graine, avant de se mettre à table.

7.
"Alone Together" : La flûte élégante... la contrebasse ronronnante... vous a un air de chanson... un poil bucolique (c'est la flûte et nos vieux cours de latin - Virgile et ses pâtres à flûtiau - qui nous inclinent à). Je dis la flûte, mais si ça se trouve, c'est autre chose comme instrument à chante la moi claire et nette ta chanson. En tout cas, cela va son train (celui que contemple la paisible vache), ça sautille, s'tortille d'aise, et comme c'est basé sur flûtiau solo et contrebasse sautillante, on comprend le titre.

8.
"Chinoiserie" : Petit bijou. Qui part boogie du piano, et puis les cuivres balancent des riffs. La batterie est épatante (Rufus Jones). C'est tiré de Tchaïkowsky précise la note. Je reconnais pas trop le thème. M'en fiche. Qui chinoise un peu aussi (d'où le titre) et qui syncope efficace, et s'agite du sax, et qui bigue et qui bangue, que vers la fin ça trombone (ou sax bar ?) des drôles de sons, genre bestiole des marais qui coasse, et coaque, et cloaque, et glauaque. Superbe.

9.
"Vancouver Lights" : Le thème est beau à pleurer. Aurait pu servir pour le générique d'une série d'épisodes des enquêtes du commissaire Maigret. Classieux et urbain. Mélancolique dans les rues, mais qui va finir par l'emporter, le morceau, je vous le dis, moi.

10.
"Hello Dolly" : Evidemment épatant. La trompette, la voix éraillée comme si durant la Prohibition, il avait plu du whisky dans les rues, et puis les cuivres qui new-orlinssent. Un bel hommage à Amstrong, qu'on dirait tellement qu'c'est le génial Louis qui chante, que c'est peut-être lui, Louis Armstrong, qui, revenu du grand boeuf des ombres, nous en rejoue de sa trompette des vivants. Une chanson super belle, que ce Hello Dolly qui vous donne envie de revoir des vieux potes, sauf que vous vous dites que vous avez pas tellement envie de les revoir en fait, que vous préférez rester chez vous peinard à écouter du Duke Ellington et qu'on vous fiche la paix. Ceci dit, si elle est gironde, la Dolly... Mwouais... mais non. A moins qu'elle joue de la trompette. Et encore.

11.
"The Twitch" : J'sais pas ce que c'est qu'un twitch (serait-ce un sandwich écrabouillé par un orchestre de jazz ? une sorcière à trombone ? Un parapluie ? Une machine à coudre ? Une table de dissection ?) C'est élégant et nerveux, avec des airs canaille de big band qui en raconterait des vertes et des pas mûres, des fois, dans l'instrument. Bluesy donc. La cymbale qui siffle et sifflote, et le cuivre qui ironise. L'orchestre derrière les solistes a l'air de dire r'dis-le-me qu'c'en est marrant. Bon, par acquit de conscience, j'ai regardé dans l'harrap's. Un twitch, c'est un "coup sec", même que to have a nervous twitch, c'est avoir un tic nerveux. Il me quitte plus l'harrap's, et depuis que je scribouille sur les choses de ce monde, j'ai jamais autant appris de mots anglais. Comme quoi... Comme quoi quoi ? Comme quoi moi, faut que j'm'intéresse ; si ça m'intéresse pas, j'ai la comprenette figée, le Q.I congelé, l'ignorance chronique. 

12.
"Things Ain't What They Used To Be" : Le classique classieux par excellence. Générique né, ce thème. Idéal pour annoncer une émission de jazz orientée bon vieux swing. Ou pour rêver qu'on drague une très jolie femme, du genre qu'existe pas. En tout cas, ma pomme, des comme ça, elle en connaît pas.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 mars 2013