SECRETE-SPLEEN

"Et le dernier était tellement p'tit, mon vieux, qu'on l'appelait le P'tit Poucet."
(Le petit chaperon rouge raconté par Jacques Martin prenant une voix de colonel faussement bourru).

1.
"De sa fourrure blonde et brune"
(Baudelaire, Le Chat, II)

De son corps le parfum quelle claque
Sa chair vous r'file du fantôme à passé elle toute
Fourrure à vous en r'fourguer de la nostalgie
Blonde elle vous retourne crèpe
Et puis bicolore la rose blanche
Brune comme l'odeur du café au matin.

2.
"Un malheureux ensorcelé
Dans ses tâtonnements futiles"
(Baudelaire, L'irrémédiable)

Un lovecrafté... faut dire
Malheureux pourquoi qu't'y es rentré tout
Ensorcelé que te v'là pourquoi qu't'as ô fada
Dans la pièce condamnée ouvert la porte de
Ses Majestés à l'Ailleurs qui vont t'piéger dans leurs
Tâtonnements glauques qu't'es tout paniqué
Futiles tes tentatives pour t'enfuir porte claquée.

3.
"Et la peur de vieillir, et ce hideux tourment"
(Baudelaire, Réversibilité)

Et tu t'imagines un peu
La main d'la mort qui te frôle et dis t'as pas
Peur qu'un coup tu tombes pis
De passer asphyxié d'l'aut' côté ? Ou de
Vieillir se rancir la viande
Et pis plus savoir c'qu'on dit
Ce tremblement irrépressible des paluches ce
Hideux masque dans la glace ce
Tourment de plus savoir où t'es.

4.
"Mon coeur multiplié jouit de tous vos vices !"
(Baudelaire, Les petites vieilles, IV)

Mon palpitant c'est à n'pas croire mon
Coeur i s'dédouble façon millefeuille tout
Multiplié mon coeur qui boum-boume partout et
Jouit de ses échos dans le trouble des vitres
De tous les côtés mon coeur dans tous les coins
Tous les trous mon coeur entre
Vos masques i file mon coeur rat vif mon coeur vos
Vices pis vos vertus tout qu'il mord mon coeur qu'ça saigne.

5.
"Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux"
(Baudelaire, Spleen)

Vient alors ses sécrète-spleen les
Tendre ses attrape-couillons les tendre
Ses lourds
Filets les tendre pour nous blouser flouter flouer
Au fond de nos yeux distiller des tristesses au
Fond de nos coeurs ses serpents glacés les glisser au fond
De nos âmes ses lames froides les glisser au fond de
Nos pommes verser ses vers au fond de nos
Cerveaux souffler du brouillard qu'on voit plus que couic.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 mai 2013