FANFARE D'LA VOIX ETRANGE
Pour piano vif, tambour persistant, et violon dodo.

1.
"Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,
L'Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,
Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix
Que ne recueille pas de cinéraire amphore."
(Mallarmé, Sonnet en yx)

Ses purs ongles très longs - c'est une griffue
Ses purs ongles très longs - aux lèvres rouge sang
Ses purs ongles très longs - et à l'oeil noir
Dédiant très haut - c'est une sorcière à un rituel
Trés haut qu'elle lève ses longs bras et d'ses ongles
Leur onyx nix nix nix qu'elles disaient les saxonnes
L'Angoisse - ce serait son nom à la griffue ?
l'Angoisse, ce minuit - oui ça fait sabbat y a pas d'doute
Ce minuit c'est donc la sorcière de minuit, qui
Soutient, lampadophore - soutient un lampadaire
Lampadophore c'est plutôt porte-flambeau
Lampadophore, mais lampadaire m'amuse
Maint rêve vespéral c'est qu'on plane faut croire
Maint rêve vespéral dans le cosmos qu'on patauge
Maint rêve vespéral et qu'c'est le soir donc
Brûlé par le Phénix çui-là là, l'oiseau de feu
Le Phénix le ressuscité d'ses cendres bin cézigue
Phénix i fait rien qu'à ficher l'feu à chaque ressuscitance

Que ça fait un d'ces binz à chaque fois
Que ne recueille-t-on ses cendres quand il est éteint
Pas de problèmes pas d'histoires hop ! dans la
Cinéraire amphore comme on les met toutes dans cette
Amphore là leurs cendres aux macchabées cramés.

2.
"Que la mort triomphait dans cette voix étrange !"
(Mallarmé, Le tombeau d'Edgar Poe)

Que la camarde la blafarde la cauchemare
Que la mort triomphait triomphe triomphera
Que la mort remporte toujours tous les os
Que la mort triomphait dans les nouvelles d'Edgar Poe
Dans cette voix étrange qui fit jaser les corbeaux
Que la mort triomphait et la littérature
Que la mort triomphait cela est certain
Que la mort triomphait certain comme la peur d'un enfant
Que la mort triomphait nous vivons avec
Que la mort triomphait nous en faisons des chansons
Que la mort triomphait quelle belle fanfare
Que la mort triomphait fanfare pour morts-vivants
Que la mort triomphait et le Diable en rit encore.

3.
"La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres."
(Mallarmé, Brise marine)

La chair ça qui assotte
La chair l'étalée partout
La chair la demanderesse elle
Est triste la chair d'la viande qui passe son temps
Hélas ! qu'il dit le poète
"Hélas !" Tu parles Charles
Hélas tu dis ! bah vaut mieux un
Hélas que marmaille qui braille
Et j'ai lu tous les livres c'est qu'ils se répètent
Tous les livres plus ou moins
Tous les livres surtout ceux qu'on ne lit pas
Tous les livres moi je lis peu ça m'endort...
Les livres moi ça m'endort
Les livres sauf Céline et San-Antonio
Les livres moi ça m'endort
Les livres d'ailleurs vous même qui lisez des
Livres et me lisez je sens bien que vous piquez du nez. 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 juillet 2013